‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 17 sur 275 · VI. D'APRÈS VIEN · texte numérisé non relu

VI. D'APRÈS VIEN

La Chambre de Justice fait rendre gorge aux maltôtiers. — Jos. Vien pmxit, Cochin flius direxit, Alamet sculpsit. Planche de l'Histoire de Louis XV par médailles, publication qui n’a pas eté

menée à bonne fin et qui en est restée à 13 figures de Gochin et autres, fort belles du reste.

ALIX (PrerrEe-MIicHEL).

Pierre - Michel Alix, né en 1762 (et qu'il ne faut pas confondre avec François Allix, né à Honfleur en 1753, élève de Descamps à Rouen, puis de Le Bas à Paris, où il est mort en 1794), a pratiqué avec succès le procédé de la gravure en couleur, qui consiste à se servir de plusieurs planches portant chacune une teinte différente, et qui se raccordent au moyen de points de repère, dont on remarque facilement la trace sur les marges. L’habileté de cette sorte d'impression consiste à produire des tons harmonieux , par une heureuse fusion des couleurs à la rentrée de chaque nouvelle planche.

Dans les estampes, Alix fut loin d'obtenir les résultats qui ont fait la célébrité de Debucourt, témoin la Servante et le Boucher, grandes estampes assez plates, et certaines pièces d’après Greuze, l’Accordée de village, le Paralytique, qui font penser à ces enluminures ornant les boîtes à musique et dont un mécanisme fait mouvoir les personnages par saccades. Mais dans les portraits, il se montra parfois l’égal des meilleurs artistes du genre , Janinet et Sergent.

Alix paraît avoir mis en pratique la maxime que l’art

18 LES GRAVEURS DU XVIIIt SIÈCLE.

n’a point d'opinion politique; pendant les trente années si pleines d'événements, de 1789 à la Restauration, il tint imperturbablement ses productions au goût du moment, et son œuvre, classé par ordre chronologique, ne laisserait pas d’être d'une variété piquante , tous les régimes y trouvant également leur compte.

Un superbe portrait de Marie-Antoinette, d’après madame Vigée-Lebrun , dédié au roi, ouvre la marche. C'estune pièce digne d’être mise en pendant du portrait de la reine par Janinet: puis viennent des portraits de la collection Le Vachez, le Lavoisier et le Fourcroy de la collection de Bonneville , et aussi une ennuyeuse série de médaillons ovales in-4, où l’on remarque, à côté des grands auteurs classiques français, des portraits d'actualité, comme Baïly et Mirabeau. La popularité des constituants s'effondre, nous sommes en pleine Terreur, Alix détruit les portraits qu'il a déjà faits, par crainte des visites domiciliaires, et les remplace par ceux de Zepelletier de Saint-Fargeau, Chalier, Marat et Charlotte Corday, ainsi que par ceux des deux enfants que leur mort héroïque fit jouir pendant quelque temps d’une immense popularité parmi les patriotes, Barra et Viala. L'imprimeur y avait obtenu « cet air de vie et d'animation qui assure le succès et qui à ce moment était prisé au-dessus de tout éloge. »

Robespierre tombe, Alix grave, d'après Boissier, le Triomphe de la République le 9 thermidor de l'an IL. «C'est le plus effroyable gachis de cinabre que l'on puisse produire », dit Renouvier dans son Histoire de l'art pendant la Révolution, considéré principalement dans les estampes (Paris, veuve J. Renouard

1863) , livre intéressant que nous.aurons bien souvent l’occasion de citer.

Sous le Directoire , nous passons à des sujets légers , Vénus parlant pour Cythère, Vénus entrant au bain, le Télégraphe de l'amour, la Lanterne magique d'amour, le Pelit redresseur de quilles. Voici venir les portraits de Barras en grand costume directorial, de Bonaparte; ceux des trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun réunis ; Napoléon I, Pie VIT, deux pièces sur la Naissance du roi de Rome, et même deux estampes ridicules intitulées le Beau Dunois avec deux couplets de Partant pour la Syrie en guise de légende.

L'œuvre d’Alix se termine par la Capitulation de Paris, les Marèchaux de France au château de Compiègne (3 mat 1814), l'Entrée solennelle de S. M. Louis XVIII à Paris. Puis (rien n'y manque, en vérité) une Vue du champ de mai et preslalion du serment par les troupes, et enfin , la France, sous les traits de la duchesse de Berry, dans les bras de l'Espérance, d’après Laffite : « Français, un héritier des Bourbons vous est promis! » etc. Cette pièce faite à l’occasion du mariage du duc de Berry, fut le chant du cygne d’Alix , qui mourut le 27 décembre 1817.

Un des principaux ouvrages d’Alix est la série d’estampes en couleur gravée d’après les dessins de Chéry pour l'ouvrage de Levacher de Charnois, intitulé : Recherches sur les Costumes et les Théâtres de loutes les nations, tant anciens que modernes,1790, 2 vol. in-4, 53 figures , la plupart en couleur par Alix , Ridé et Sergent.

Quelques-unes de ses productions se rapprochent du

20 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.

cadre de la vignette : la Leçon de dessin, déposé à la Bibliothèque impériale , — la Vérité arrache à la calomnie le masque de la salyre el repousse les coups qu'elle veut lui porter, d’après Chéry , in-8 au lavis, — deux pièces in-4 en travers, en couleur , sur Robinson Crusoë d'après Taunay. Le Blanc indique aussi des sujets tirés des Contes de La Fontaine d'après Saint-Phal.

AÏx s'est occupé de la gravure d’estampes pour illustrer Don Quichotte, s'il faut en croire ce billet, adressé au citoyen Rigaud, galerie du Louvre: < Avant huit jours j'aurais l'avantage de présenter à » Monsieur Rigaud une épreuve terminée de la > troisième planche de Don Quichotte. Je le supplie, » en conséquence, de remettre un petit à-compte à » mon épouse, il m'obligera beaucoup. P. M. Alix. » Paris, 10 brumaire an 9. » Et au bas, de la main de » Madame Alix : « Reçu dix-huit livres à-compte comme » dessus. Alix. » — Au verso de la feuille, autre reçu : « Reçu du citoyen Didot la somme de dix livres » pour solde de la planche de Don Quichotte repré- » senté à cheval lisant et Sancho tirant du linge d'une » valise, Paris, ce 9 frimaire an IX , femme Alix » 1,

Vingt-huit livres pour une planche ! Où sont les beaux temps de la gravure? On voit bien que la Révolution a passé par là. Après tout, c'est peutêtre juste ce que valait la planche d’Alix.

Alix était le filleul de Préville , il est doné naturel qu'il ait commencé par ce célèbre comédien une série de portraits d'acteurs grand in-4, d’après Garnerey ,

1 Cette lettre fait partie de la collection de M. Portalis

série qui se continue par Baptiste aîné, Michu, Madame Maillard, la cantatrice qui remplit, en 1793, le rôle de Déesse de la Raison dans l’orgie organisée par les Hébertistes , et Madame Saint-Aubin , portrait plein de vie et d'animation, chef-d'œuvre de gravure en couleur.

Le catalogue que nous donnons des portraits d'Alix

st, croyons-nous, le plus complet qui ait été publié

jusqu’à ce jour.

ot

PORTRAITS

. Aubert-Dubayet (le Général) en pied, d’après Boilly; in-fol. (Catal.

de la 330€ vente Vignières).

. BAILLY. — Peint par Garnerey d’après David ; ovale in-fol.

. BAPTISTE AINÉ. — Gravé par P.-M. Alix. — A Paris, chez

l’Auteur, rue et hôtel Serpente, n° 14. — In-fol.

L'acteur est représenté dans son costume de la ;ièce de Robert Chef de Brigands. Au bas de la planche est une scène du 4f acte : Voyons , qui meltra le premier la main sur son capilaine, sans armes.

. BARRA (Joseph), assassiné par les Rebelles à l'age de 13 ans. Il

est mort en criant : Vive la République. .La Convention Nationale a décerné à ce jeune héros les honneurs du Panthéon français. — D'après Garnerey; in-4.

Barra est habillé en hussard, avec un colback bleu à bandes rouges sur lequel

est la devise: Liberté ou la Mort. Sous l’ovale du portrait est une scène qui représente la mort du jeune héros.

. BARRAS, en grand costume de Directeur, avec un chapeau empa-

naché de plumes tricolores. Cadre carré avec faisceaux sur les

côtés et tablette dans le bas; grand in-4.

Nous ne connaissons ce très-curieux portrait que par une épreuve avant toute lettre qui figure dans la collection de MM. Béraldi. Nous pensons qu'il doit ètre attribué à Alix.

. Bernadotte, en pied, tirant son sabre, d’après Le Dru ; in-fol.

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