CONDÉ (JORN
L’anglais John Condé, agréable graveur au pointillé, a exécuté dans les dernières années du XVIII siècle . un certain nombre de portraits parmi lesquels nous signalerons quelques femmes au type fin et distingué , représentées en pied d'après le peintre Cosway, Mrs Bouverie, Mr Füzerbert, Mr Tickell, etc.
Condé entourait ses portraits d’une bordure imitant ces encadrements composés de filets et de teintes plates qu'on appelle glomisages, du nom de l'encaäreur et marchand d’estampes Clomy, qui 16 a inventés. Ce petit artifice, en apparence indifférent, n'est pas sans relever et faire valoir les gravures qui ont été tenues dans les tons pâles, le pointillé, la sanguine, l’aqua-tinta, les pièces sans marges. On l'employait souvent au XVIII siècle pour les dessins.
Les amateurs français apprécient beaucoup un petit portrait ovale de Madame Du Barry, signé de Condé, d'après Cosway. Nous le soupçonnons pourtant d'être un portrait de pure fantaisie, sans ressemblance aucune.
COPIA (Jacques-Louis).
Le graveur qui s'est peut-être le mieux identifié avec ce grand artiste qu'on appelle Prudhon, celui qui a le mieux compris le génie voluptueux , caressant en même temps qu'élevé de son modèle , est Jacques- Louis Copia. Il est juste de dire toutefois que, sans Prudhon, Copia serait resté perdu dans la foule, qu’il lui fallait, pour que ses rares qualités de modelé et de douceur trouvassent leur emploi, des œuvres propres à les faire ressortir, et qu'enfin Prudhon par la perfection et le terminé de ses dessins, en même temps que par ses conseils et la direction qu’il leur imprimait a aidé singulièrement ses graveurs et favorisé l’éclosion des délicieuses interprétations de ses œuvres. Malheureusement Copia mourut à trente-cinq ans, trop tôt pour pouvoir graver les grandes œuvres de son ami, mais non pas sans avoir eu le temps de faire apprécier son rare mérite.
Jacques-Louis Copia est né en 1764 à Landau. Ivint à Paris et ses premiers travaux parurent dans les planches et fleurons de l'Histoire de l'Art de Winckelmann, et dans un livre traduit de l'allemand par Jansen . éditeur qui était, dit-on, son beau-frère, livre
intitulé Zdées sur le Geste et l'Action Théätrale (1788): un ravissant petit portrait de la reine Marie-Antornelte, d'après Piauger, et un autre fort gracieux d’après Myris, de Madame de Genlis, gouvernante des jeunes princes d'Orléans, assise à son bureau, la plume à la main et coitfée d’un élégant chapeau, doivent aussi dater de ses débuts. Citons de la même époque le portrait de Mirabeau, d'après Sicardi, Come la Trovate, estampe galante d’après le même miniaturiste et la gravure d’une bien froide composition de Le Barbier , {a Matinée Turc (sic), où rien ne fait présager le moëlleux graveur. Enfin Copia rencontre Prudhon et de cette collaboration heureuse vont naître quelques précieuses estampes.
À son retour d'Italie, en pleine crise révolutionnaire, sans ressources, accablé par sa désagréable épouse et par une famille qui s'augmentait, Prudhon cherchait quelques travaux, n'importe lesquels. Un amateur, le comte d'Harlai, instruit de cette situation dificiie, —ui commanda plusieurs dessins. Le jeuné peintre avait commencé à Rome les études d’une scène mythologique, {a Vengeance de Cérès : il proposa au comte de la terminer, et d'exécuter deux compositions gracieuses se faisant pendant, {Amour réduit à la Raison et le Cruel rit des Pleurs qu'il fait Verser.
Dans /a Vengeance de Cérès, où l'on voit la déesse qui va changer en lézard le jeune Jacchus qui se moque d'elle pendant qu'elle mange, première estampe gravée par Copia , le graveur s’est montré très-habile dans le pointillé des chairs et il a très-heureusenent relevé de burin les draperies et les parties sombres.
C'est du même procédé que s’est servi l'artiste pour graver les deux autres compositions, procédé évidemment enseigné et exécuté sous les yeux de Prudhon qui passe, avec raison à notre avis, pour n'avoir laissé tirer les planches qu'après avoir revu les épreuves d'essai. Nous irons même plus loin et devant ces estampes qui sont la personnification même de Prudhon et l'ilentification de ses dessins, nous penserions que le grand peintre qui eut pendant quelque temps le même atelier que Copia, qui s'associa avec son graveur et son ami Constantin qui fournissait les fonds pour l'exploitation de ces deux gravures, a retouché les planches.
Le Moniteur du 9 nivose an II annonçait ainsi l'Amour réduit à la Raison : « Estampe ingénieuse > où l'on reconnaît le moëlleux et la grâce du burin de > Copia; les étoffes, les chairs et les ornements, tout a » sa touche particulière et pour dire ainsi sa couleur. » Ces éloges n'ont rien d'exagéré. Nous avons sous les yeux la gravure de cette gracieuse composition ainsi que celle de son pendant, le Cruel rit des Pleurs qu'il fail verser et nous avons récemment revu les deux dessins !. Il est impossible d'imaginer quelque chose de plus identique ; c'est à croire à première vue que ces derniers sont des gravures et Copia n'a eu qu'à suivre pour ainsi dire point à point son modèle. Le porntillé triomphe en effet dans ces deux estampes et rend merveilleusement ce faire si fondu , si suave du grand dessinateur , dans le corps de l'amour rageur attaché
1 A l'Exposition des dessins de maîtres anciens à l'École des Beaux- Arts en 1879. Ils appartiennent maintenant à M. Constantini.
à la statue de Minerve, ou de l'amour rieur du second sujet, dans les bras de la jeune femme qui sont délicieux et dans l'expression des physionomies.
En même temps que Prudhon exposait au salon de 1793 le dessin de l'Amour réduit à la Raison, il exposait aussi un portrait de femme qui n'était autre que la citoyenne Copia.
C’est un peu plus tard que Prudhon ayant donné déjà plusieurs dessins pour l'édition des Amours de Daphnis et Chloé, publiée par son ami Pierre Didot , fut encore choisi par lui pour en exécuter quelques autres destinés à illustrer une édition qu'il préparait de l'Art d'Aimer et de Phrosine et Mélidore , poëmes de Gentil-Bernard. Prudhon, qui aurait pu être un maître en l’art de la gravure , grava lui-même, on sait avec quelle supériorité, la figure de ce dernier morceau et produisit un chef-d'œuvre , parfait modèle à suivre pour quiconque voudra traduire ses œuvres. Copia fut chargé de graver la plus gracieuse des trois figures de {Ari d' Aimer, celle qui porte au bas ia prescription, En Jouir, et son travail habituel a rendu à ravir le groupe formé par ces deux corps frémissant d'amour, dans un délicieux mélange d'abandon et de pudeur.
Une charmante œuvre encore, due à la collaboration des deux artistes, est la suite des cinq figures pour la Nouvelle Héloïse. Le portrait de Jean-Jacques Rousseau costumé à l'antique est gravé finement par Copia, d’après Degault; les cinq autres pièces dont celle bien connue du Premier baiser de l'Amour sont du maître , et gravées avec beaucoup de goût par Copia. Partout où il faut mettre du sentiment et de la
volupté, Prudhon triomphe , et la même où le disgracieux des accoutrements ferait échouer tout autre. Son historien ! trouve que les costumes ridicules de la fin du siècle enlèvent à ces compositions le caractère sérieux qu'elles exigent, mais en revanche il reconnaît que Julie dans le bosquet, soutenue par son amie suspendue des deux bras au cou de son amant, sa jolie tête enivrée d'amour penchée sur son épaule, est une figure ravissante qui doit prendre place parmi les plus merveilleuses inventions de l'artiste.
Ajoutons que les autres pièces de la même suite sont agréables quand elles sont en bonnes épreuves, ce qui est rare, particulièrement celle qui a pour légende : Zlappliqua sur sa main malade des baisers de feu.
I nous faut parler maintenant de quelques grandes pièces républicaines de Prudhon exécutées au moment de la plus grande effervescence révolutionnaire et popularisées par la gravure de Copia. La Constitution Française, est symbolisée par Minerve rapprochant l’une de l’autre la Liberté et la Loi qui se donnent la main, groupe principal entouré d’autres figures allégoriques. Cet ouvrage d’une belle ordonnance mais un peu théâtral, semple avoir été fait pour quelque projet de décoration murale. Deux soubassements renferment les compositions bien connues de l'Égalite et de /a Loi dont notre graveur fit aussi deux petites esiampes séparées. La Loi surtout représentée par une femme accroupie qui défend une jeune fille qu’un
1 Prudhon, sa vie, ses œuvres et sa correspondance , par Charles Clément. 1872.
malfaiteur veut frapper est d'une magnifique tournure malgré son exiguité.
Mentionnons encore d’après Prudhon, la Liberte, jolie pièce qui se vendait chez Copia. rue Boucher n. 6.
Et puis Copia tombe dans l'imagerie révolutionnaire. Il grave bien encore pour le Virgile de Didot une des meilleures compositions des Bucoliques , estampe qui paraïtra après sa mort, en 1801 ; mais il est obligé d'interprèter l’apothéose de la République Française traïnée sur un char, et entourée de ces figures dêmesurement longues dont Fragonard fils avait le triste secret; d’après Sicardi la Zaberté Patronne des Français, estampe commencée par Ruotte et terminée par Copia, ou bien encore le Porle-Drapeau ce la Fête Civique, d'après Boyii (sic) composition où le peuple a été personnifié dans un type bien peu flalteur, et le Marèchal-Ferrant de la Vendée , d'après Sablet. Le portrait de Maral assassiné , d'après le dessin de David , est particulièrement sinisire.
Citons maintenant l’estampe de Julie, d'après Mallais (Mallet sans doute), nouvelle édition mais inférieure du Premier baiser de l'amour. Enfin pour finir, l'Innocence en Danger , d'après Devosge et l'Amour el l'Amitié, d'après Vincent, fadeurs qui sont annoncées dans les Nouselles des Arts de Landon (an XI) comme les dernières produclions de Copia.
L'artiste nous a laissé sa carte de visite gravée, un Amour sur des nuages qui tient une petite pancarte avec l'adresse : Copia graveur en taille douce, rue Boucher n. 5, au 2", Paris. C'est là qu'il demeurait avec sa femme, dont Prudhon nous a laissé un mer-
veilleux portrait, peint en 1792, qui fut acheté par M. d'Harcourt aux héritiers de Copia, et que nous avons vu passer en vente il y a une dizaine d'années !.
Copia a laissé entre autres élèves , un remarquable continuateur de sa manière, Roger, qui a tellement bien gravé les compositions de Prudhon qu'au dire de plusieurs , il a surpassé son maître.
Voici l'acte de décès peu connu de Copia, extrait des archives de l'hôtel de ville de Paris, brûlées maintenant :
« Du 1° germinal de l'an VII de la République > française une et indivisible (21 mars 1799), acte de > décès de Jacques-Louis Copia graveur, àgé de 35 > ans, natif de Landau, département du Bas-Rhin, » domicilié à Paris, rue et division du Thétre » français n. 9, marié à Françoise-Simone-Antoinette > Leroux, sa veuve, décédé le jour d'hier à 3 heures » 1/2 de relevée, demeure susditte sur la réquisition à > nous faite par Nicolas Renault, âgé de 38 ans , rue > de la Liberté 76, et par Jean-Louis Anselin 43 ans, > graveur, domicilié à Paris, susdite rue du Théâtre » français n. 9, voisins... »