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> superbes tableaux faisant pendant de N. Berghem. > Ils sont de la plus grande conservation. Dans l'un, > On voit treize animaux et cinq figures dont une > femme qui trait une chèvre ; une autre est debout à » côté d’une vache; une troisième lave du linge dans > le bassin d’une fontaine à la romaine, Dans l’autre > tableau , il y a trois figures et neuf animaux dont » trois vaches entrant dans une rivière, qu'une femme > y mène qui estsur le bord et un chien sautant devant > elle. Derrière on voit une belle vache et un homme > Sur un âne. Ces deux tableaux m'ont couté quatre > mille cent une livres. Ils méritent ce prix, car ils > sont des plus beaux et des plus finis du célèbre > Berghem. ils ont appartenu autrefois à M. de Voyer > d'Argenson et occupoient une place distinguée dans > Son beau cabinet, comme aussi dans celui de > M. Gaignat. M. le chevalier de Dameri, M. Mariette > et plusieurs autres connoisseurs et amateurs de mes > anis sont venus depuis pour les examiner de près , > étant placés chez moi....comme cette vente se faisoit » dens la rue de Richelieu, c’est-à-dire loin du quay > des Augustins, j'y fus toujours accompagné par > M. Daudet qui demeure chez moi et qui aime infini- > ment les belles choses ; je revenois cependant > plasieurs fois dans le carosse de M. Mariette car le > temps étoit fort mauvais. Ma femme et mes enfants » o1t marqué la plus grande joie lorsque J'apportai > mes Berghem au logis. »
Cs planches ne sont pas les seules que Daudet ait grarées d'après Berghem; nous retrouvons dans son œuvre le Passage de Gué de Rivière, et d’autres paysages animés de nombreuses figures par exemple
une Vendange joyeuse et peuplée, terminée par Daudet en 1776. C’est à Weisbrodt qu'il en avait, comme il le faisait d'habitude, confié l’eau forte; le travail particulier de chacun de ces deux élèves de Wille se fondait admirablement et Weisbrodt était tellement estimé pour ce premier travail de prépa— ration que Daudet, pour en profiter, lui envoyait encore jusqu'à Hambourg où son ami était retourné, ses cuivres et les modèles, leur faisant courir ainsi tous les risques d'un long voyage. C'est ainsi que fut gravé entre autres un beau dessin de Berghem représentant un Troupeau d'Anes ou de mulets au passage d’un bac.
Daudet dut se marier vers la fin de 1772, et quitter Wille pour s'installer complètement chez lui. Il est question en novembre d'un diner donné par un mar— chand, beau-frère de la femme de Daudet, auquel Wille , Le Bas et Chéreau sont invités, qui dut précéder ou suivre de peu de temps la cérémonie.
En 4774 en tous cas, Daudet n'hahite nlns avec son maître; car enjuin, Wille mentionne qu'il lui a envoyé, avec le tableau, une planche d’après Wagner, que Weisbrodt a gravée à l’eau-forte « Il m’a promis de me » l'achever, ajoute-t-il, de même que le pendant que » M. Weisbrodt grave actuellement. »
Ces deux estampes qui représentent des Vues de Pirna , en Saxe, sont du meilleur faire de Daudet.
Le graveur avait aussi été chargé par Basan de terminer plusieurs des planches du Cabinel Choiseul et de celui du duc de Praslin, son cousin, entre autre la grande Chasse au Cerf d'après Wouvermans préparée par Dunker à l'eau-forte. Il terminait encore
pour Wille la belle estampe de /’Après-Midi, gravée à l’eau-forte d’après Dietrich, par Weisbrodt qui avait reçu 18 louis de Wille pour ce travail.
Daudet avait aussi fait connaissancé du peintre Lebrun, grand amateur et grand marchand de tableaux, bien que beaucoup moins artiste que sa femme la charmante Mie Vigée, dont il ne réussit qu’à se faire haïr. Lebrun s'était formé dans un hôtel de la rue de Cléry qu’il avait acheté, une importante réunion de tableaux et pour la mieux faire valoir, le hardi spéculateur avait entrepris de la faire graver, à l'instar des Choiseul, des Poullain , des Vence, et autres 1. C’est ainsi que Daudet avait été chargé de reproduire nombre des tableaux de ce cabinet et particulièrement plusieurs toiles de Berghem et des compositions d'Ostade , de Van de Velde, de Van der Meulen, de Karel Dujardin, de Moucheron, de Téniers et de Dusart, dont il confiait presque toujours les préparations à l'eau-forte à l’habile Weisbrodt.
« Je m'occupe sans relâche, écrivait-il à Lebrun , à > terminer votre planche d'après le tableau de C. Dus- » sard et Je me suis imposé la loix de ne sortir de chez > moy qu'après le soleil couché jusqu'à ce que cet objet » Soit terminée et j'espère que cet époque n’est pas »très éloignée; mais il est certain que je n’avois > pas aperçue tout de suitte la besogne considérable > que je serois obligés d'y employer pour la porter à » son plus grand effet. Encore un peu de patiance et » vous serés satisfait, je veux au moins finir comme » jJ'ay commancé.
1 Les planches de la Galerie de Lebrun parurent de 1777 à 1790 et le texte explicatif en 1792.
638 LES GRAVEURS DU XVIIIt SIÈCLE.
>» L’eau-forte du Verchuring est faite depuis long- » tems et même commancé à terminer. Dès que la > première planche serat faite je vous la porteray de » suitte. Ce 14 juin 1787. »
Vers la fin de novembre la planche des Buveurs, d'après Dusart, était terminée et Daudet l'envoyait à Lebrun avec cette lettre :
« Monsieur voilà enfin ce que vous attendés depuis > longtemps et ce que je croyois fermement vous » rendre trois mois plutôt, mais j'ay été trompé dans > mon calcul par le travail qu’il y a dans cette planche » car il est certain que j'en aurois terminé deux pen— > dant que j'ay finis celle-cy. Au reste je désire que > vous soyez satisfait au moins j'ay fait de mon mieux » pour y réussir, je vais faire enssorte que vous » n’atendiés pas longtemps la seconde dont je vous >» envoye l’eau-forte. Comme j'ay beaucoup d’affaires » à cause de l’arrivée de mon neveu qui succède à > M. Chereau dans son commerce, il ne n'est pas > possible d’aller chez vous pour le moment ce que je > me propose de faire sous peut.
> J'ay besoin pour remplir des engagement de la »>somme de huit cent livres que je vous prie de » remettre au porteur qui vous donnerat ma quitancce » de même somme et comme j'en ay très-positivement » besoin, j'espère que vous aurés égard à ma prière. > Il y a longtems que j'ay avancé 20 louis d'or pour >» les deux eauffortes ce qui est plus que la moitié de > ce que je vous demande.
> Je désirerois bien que mon imprimeur soit chargé > de l'impression de ma planche parce que je serois > plus à portée d'y veiller et nous y gagnerions tout
> deux; au moins je n’aurois pas le regret de voir » faire le massacre des innocents. J'ai l'honneur, s.Oke. … Daudet. »
L'année suivante 1788, Lebrun continuant de faire graver sa galerie , charge Daudet, dont il apprécie le talent correct, de reproduire un important tableau d'Ostade , la Tabagie.
« Monsieur, si vous voulés remettre au porteur le > tableau d’Ostade en question , j'en feray faire l’eau- » forte, pendant que je termineray la planche de » Verchuring qui sera bientôt faite actuellement.
» Faudra-t-il s'en tenir à la même grandeur des - planches que je vous ay faite pour celle d'Ostade, * dans ce cas il me semble que les figures seront bien » petites. Au reste comme vous avés des planches un peu plus grandes celles qui serat faite d’après > l'Ostade en question seroit susceptible d’un peu > d'augmentation, vous m'instruirés de vos intentions * auxquelles je me conformeray. J'ai l'honneur, etc... > Daudet. 18 mai 1788. »
Puis la Révolution arrive : au milieu des évènements qui se précipitent, les graveurs n’ont guère le cœur à la besogne. L'histoire et le spectacle sont dans la rue et c'est là que l’on passe une bonne partie de son temps. Daudet, plus lié d'amitié que jamais avec Wille, accompagne partout son vieux maître. [ls sont ensemble à l'assassinat de Foulon, ils visitent l’intérieur de la Bastille à moitié démolie, grâce à des billets que Daudet s’est procurés ; ils parcourent le Palais des Tuileries , en demandant sur le conseil de Daudet la permission en allemand à un soldat suisse; ils vont
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voir la revue passée aux Champs-Élysées par Lafayette; ils assistent au Palais-Royal, au pied du mât surmonté du bonnet Phygien, à la chasse donnée aux aristocrates qui n'ont pas de cocarde à leur chapeau. Cependant l’on dine encore à cette époque troublée :
«7 février 4790. Mon ami M. Daudet m’avoit invité » à diner chez lui, je m'y rendis avec mon domestique. > Le repas fut magnifique. Il y avoit belle et bonne > compagnie. M. Daudet qui m'aime d'ancienne date > me fit toutes sortes d'amitiés. Je revins chez moi en >» belle humeur comme ayant passé mon après-midy > très-agréablement. »
On conçoit que Daudet ait un peu négligé les planches de Lebrun au milieu de ces premiers évènements ; il était pourtant arrivé à avancer celle du tableau d’Ostade.
« Monsieur, je vous envoie, lui écrivait-il le 27 août » 1789, une des dernières épreuves que j'ay faite » faire de votre planche et sans toutes les révolutions > qui vienent d'arriver elie seroit actuelement terminée » car vous devés bien croire que cela m'at dérangé » comme tout le monde. Cette planche qui est extrême- » ment compliqué m'a tenue beaucoup plus de tems > que je ne l'aurois imaginée ; il lui manque de l'effet > et de l'armonie, c'est ce que je fait maintenant et > j'espère que la chose serat promtement teminée car > il y a déjà du tems que j'y travaille mais l'effet en est » difficille. ! »
1 Ces diverses lettres de Daudet font partie des Papiers de Lebrun, appartenant à M. le baron Pichon qui, avec son amabilité habituelle , a bien voulu nous en communiquer ce qui se rapportait à notre sujet.
Toujours à la recherche de compositions de Berghem pour les graver, Daudet avait appris qu'il était passé à la vente du cabinet de M. de Vaudreuil, que Lebrun avait formé et dont il avait ensuite été chargé d'’effectuer la vente, un dessin de son maître favori. Daudet s'empressa aussitôt , autorisé par leurs relations précédentes, d'écrire à Lebrun :
« Monsieur, Je scait que M. Demarais a acquit à la »* vente de M. le comte de Vaudreuil que vous venés * de faire le dessin de Berghem indiqué par le n. 142 > pour un prix doux. S'il se contentait d’un bénéfice » raisonable je serois bien charmé d’en faire l’acqui- * sition et je vous aurois la plus grande obligation si » vous aviés la bonté de vous meller de cette acquisi- » tion, sans me nomer parceque cela rendroit la chose > plus difiicille, de plus M. Demarais aurat pour vous » des égards qu'il n'auroit pour personne auttres. » J’atend de vous cette complaisance comme de votre > amitié. J'ai l'honneur, etc... Daudet.
» Ce 5 décembre 1787. »
Lebrun s'empressa, paraît-il, de lui procurer le dessin, mais il n’était pas sans doute à la hauteur de ce que notre graveur attendait, car trois jours après Daudet lui envoyait le billet suivant : « Je me proposois >» bien, Monsieur, d'aller moi-même vous remercier de > la bonté que vous avez eu de me confier les études > des ânes de Berghem, en vous les portant, mais je * me suis écorché les talons et je suis forcé pour ne > pas augmenter le mal de rester dans la chambre » quelques jours. Les études des ânes ne me satisfont * pas complètement parce que cela ne me paroit pas » également de la même beauté et d’une parffaitte
» consservation comme j'aime à posséder ces sortes de » choses autrement ma joüissance est imparffaite. Je >» vous renouvelle mes remerciments et j'ai l'honneur, » etc... Daudet !. »
On retrouve encore le nom de Daudet dans les grands livres de voyages publiés à la fin du siècle ; il a terminé au burin, entre autres planches, la Vue des Ruines de Palmyre, d’après le dessin de Cassas, pour le Voyage en Syrie et en Palestine, et une Vue de Naples, pour le Voyage à Naples et en Sicile ; des planches pour les Monuments de l'Indoustan, de Langlès, et pour le Musée Français, la Galerie de Florence, etc... .
Nous avons étudié Daudetgraveur; mais un autre côté de sa physionomie qu'il ne faut pas non plus négliger c’est le Daudet amateur de tableaux et d'estampes, et s’occupant de placer les uns etles autres. Pendant qu'il gravait pour Lebrun, il faisait aussi avec lui des affaires de tableaux : « Il n’y a point d'équivoque entre
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» redevois 400 L. sur le tableau de Bourdon en retour » de la tête de Rembrandt et du Solimène , au moyen > de quoy c’est une affaire claire, nette et arretée » surquoy il n’y aura point de dificultés.
» Le layetier ira après diné chez M. Le Brun pour . encaisser le Bourdon ; il voudrat bien le faire mettre » à bas ou donner des ordres dans le cas ou ilsortiroit » afin que cette affaire ne soit pas retardée. Un >» amy m'a proposé de m'envoyer une gouache de
4 Ces lettres font encore partie de la correspondance de Le Brun, que M. le baron Pichon a eu la gracieuseté de nous communiquer.
» Van-Ulft, si elle pouvoit bien se vendre à Paris > de même que des tables de verd antique, je > prie M. Le Brun de m'en donner son avis par un > mot qu'il voudrat bien donner au layetier. — 21 » juillet 1783. — Daudet. »
Dans une autre série de lettres que nous avons eu le plaisir de retrouver, c'est le fin connaisseur d'estampes qui se révèle; Daudet qui semble s'occuper activement de ce commerce, y donne à l'amateur néophyte Gard-Dutertre, trésorier de France à Reims, des conseils sur les pièces à acquérir, conseils excellents et dont on peut encore aujourd'hui faire son profit. Cette correspondance comprend sept lettres, partant du 4 février 1780 pour aboutir au 7 mars 1781 : « Je suis fort aize que vous » soyés de mon sentiments pour ne vous fixer qu à « des objets de première beauté et c'est le plus sûr + moyen de ne jamais vous dégouter de votre curio- » sitée, C'est la morale que j'ay constemment prêché > à mes anis et dont il ne m'ont jamais fait de reproche. >» Les estampes de Rubens, de Vandick, de Vischer, > sont aussi celles qui tienent le premier rang dans la > curiosité et il paroit que vous commencé par ou le » commun des amateurs finissent c'est à dire par la » tête de la curiositée ; et c’est le véritable moyen de > ne jamais s’encanailler.….. »
Daudet conseille ensuite à son amateur de ne pas acquérir d’estampes lavées : «Je n'aime pas mieux > que vous les estampes blanchies et je suis leur » ennemi déclarré. Pourtant il n'y a pas de rêgle sans > exception. Quant à la collure je leur fait moins la » guerre surtout quant les estampes sont de la plus
» grande beautée et qu’elles sont destinées a mettre » sous verre, car la majeure partie de celle que j'ay » sont dans ce cas. »
Ailleurs il s’agit de commissions données dans les ventes pour l'amateur rémois : « Le plis de {a Magde- > laine de la vente de Buldet étant trop aparent je > vous invite d'y renoncer. Cela n’empêcheyat pas > qu'elle ne soit vendue fort chère d’après ce que > J'ay oüi-dire. »
Du reste l'amateur Gard-Dutertre veut des pièces intactes et particulièrement les chefs-d'œuvre de la gravure. À ce titre le fameux portrait, gravé par Balechou, du roi de Pologne Auguste III, est une pièce qu'il désire avec ardeur mais qu’il ne veut pas surpayer : « Le Roy de Pologne, lui écrit Daudet, est » sans doute le même dont vous a parlé le P. St-Pierre. » C’est Buldet qui l’avoit déjà vendu 120 L. Il est en > bordure doré et verre le tout fort propre à part la » marge d'en bas qui est coupé, cet estampe est de la > plus grande beauté et je ne doute pas qu’elle n’atire > des amateurs. Il faut que vous mêtié quelque chose > au dessus de 120 L. parcequ'il y a commission > Jusqu'à ce prix... Une épreuve semblable avec sa » marge entière ce vendroit 240 L. »
Ne croirait-on pas entendre un faiseur de commissions de nos jours dans le passage qui suit : « La » Présentation au Temple, de Rubens sans leitre > vient de la vente de Brochant. Elle est comme cecy > extraordinairement rare puisque jamais je ne l’ay vu > avant la lettre. Elle a couté 160 L. à la dite vente et > peut-être l’auroit-on pour 150. Elle a plusieurs con- » curents: c'est une beauté rare qui n’est point à ma
» disposition. Elle est entre les mains d’un homme qui » m'at promis d'attendre votre réponsse ; et c’est tout ce > que j'ai pu gagner d'un âme mercenaire. Cette > estampe est en hauteur gravée par Bolswert et très > belle. Je ne perdray pas de vue la note que vous » venés de m'envoyer mais il ne faut pas vous borner > à l'ordre que vous y avés mis pour les acquisitions. > Comme ces choses ne vienent pas à volonté il faut » les saisir quant on les trouvent parcequ'il arrive très » Souvent qu'elle ne se représantent plus et que l'on a > des regrêts quand il n’est plus tems. »
Toujours les mêmes ces experts !
Dans la lettre suivante , datée du 14 février, Daudet qui a reçu deux lettres à un jour de distance de l'impatient et passionné amateur , lui donne des nouvelles des acquisitions qu'il a faites pour lui. Il lui a acheté la présentation de Rubens à 160 livres. Mais il a manqué le portrait du roi de Pologne : « Il a été >» poussé follement à 184 L. Cela prouve sa beauté, > mais ce prix est trop haut pour une estampe qui est » deshonnorée par la marge coupée; je l’ay quité à > 150 L. La Magdelaine a été poussée à 150 L. elle eut > passé 200 L. sans le plis. »
Du reste cette lettre est presque toute entière intéressante par les réflexions dont Daudet accompagne ses conseils à l'amateur novice : « La Mort aux » Rats et l’Hérodiade , étoient vendu lors de la récep- > tion de votre lettre et si je ne me fut pas hatté /a > Présentalion auroient eu le même sort, voilà préci- » sement ce que vous aviés prêvu; mais je ne con- > noissoit pas vos intentions ; pour obvier à cet > inconvéniant je feray une note des estampes que vous
» m'avés notées, j'y ajouterés celles dont vous ne me » parlés point, que vous possedé peut-être ou que vous » avés obmis et qui tienentcomme les plus beauxRubens > le premier rang dans la curiosité, c’est à dire qui sont >» également des chef d'œuvre des plus grand maittre. > J'y ajouteray à peu près les prix et d'après ces ren- >» seignements vous m'indiqueriés les morceaux que » vous préfereriés ; au moyen de cette précaution et > instruit de vos désirs je ne manqueray point les > objet qui se présanteront et qui seront de la première » beautée et conservations.
» L'acquéreur de {a Mort aux Rats et de l'Héro- >» diade étant un homme inconstant il pourroit arriver > que quelques jours il me retombasse dans les mains ; » d’ailleurs il ne sont pas aussi rares que la Présen- » lation de Rubens avant la lettre qui est unique à ma » connoissance.
> Comme l’objet de vos acquisitions étoit de trop > petites consequance je les ay payés de suittes. Dans > d’anttres circonstances pour de plus forte somme on > accorde quelque fois crédit. Il n'y a point de Boe- » mienne à désirer auttre que celle avec le nom de » Vischer au bas qui est execivement rare, mais que > nous trouverons avec la patience, mais je vous plaint > véritablement si vous en manquées....…
» Puisque c'est Alliette qui vous a vendu le petit > Christ au rozeau à très bon compte l'épreuve me fait » naittre des suspiscion de sa beauté. C'est un mar- > chand qui a des connoissances et qui ordinairement » est extrêmement cher, si je pouvois voir votre » épreuve, j'éclaircirois le mistère, d'autant mieux > que difficillement elle se trouve belle. »
Mais voici que Beauvarlet ne trouve pas grâce devant Daudet ; il nous semble bien sévèrement maltraité par son contemporain : « Vous ferés très > sagement de garder vos deux Beauvarlet avec la lettre > et de ne point pensser à faire des follies pour des > épreuves sans lettres des estampes de ce maittre. Il > vaut cent fois mieux employer de l'argent pour des > estampes précieuses d'anciens maîttres que d'en > donner pour les productions d'un homme qui ne plait » véritablement qu'à des ignorants et ce choix vous > ferat toujours beaucoup d'honneur vis-à-vis des » vrays Connoisseurs ; d’ailleurs ces sortes de chose ne » peuvent pas se soutenir à côté des Rubens et des > Vicher. Toujours du très beau ou point, c'est > d’ailleurs mon sistême, de tous les tems. Quant les > choses sont de premières beautées elles ont toujours > une valeur déterminée et communément les prix » augmentent plutôt qu'ils ne diminue et l’on a plutôt » des regrets sur la médiocrité que sur les prix des » objets de curiositées.
» Quant il se ferat des ventes de concéquances et » qu'on y accorderat des délais pour le payement, rien »n'est plus juste de vous en faire jouir , d'ailleur ce > serat toujours moy qui paroitrés et jamais vous ; » cela est entendu une fois pour toutes. »
On voit combien l'amateur Gard-Dutertre était soigneusement conseillé. N'acheter que du beau, et ne pas craindre quelques prix élevés, la valeur des belles choses tendant à augmenter plutôt qu'à diminuer. ce qui est vrai plus que jamais. Dans d’autres lettres , Daudet dégoûte son amateur des Vues de Suisse et lui conseille de préférence de souscrire au Voyage d'Italie
648 LES GRAVEURS DU XVIIIt SIÈCLE.
de Saint-Nonet au Voyage de Grèce de Choïiseul qui sont des ouvrages pour lesquels les auteurs n'ont rien épargné : « M.M. Aliamet, Lemire, Prévost et autres » habiles graveurs ont été occupés dans ces deux » ouvrages et le sont encore. »
Le 9 septembre 1780, il lui écrit : « L’estampe du » Sacre de Moreau est extrêmement rare; un mar- > chand qui en a eu, en a vendu jusqu'à 3 Louis d'or » et moins, 48 Livres à des marchands. Je lui en ay > demandé une comme pour moy à ce dernier prix, » et il m'a promis que s'il lui en venoit une belle il » m'en instruiroit et feroit son possible pour m'obliger.»
Enfin dans la dernière lettre datée du 7 mars 1781, Daudet propose à son amateur quelques estampes qu'on lui a confiées pour les vendre : « Monsieur, j’ay » eu depuis deux jours une partie des estampes du » portefeuille dont j'ay eu l'honneur de vous parler » lors de votre séjour à Paris et je me hâte de vous » donner note de celles qu'il m'a parût que vous » désiriés le plus ardemment. Le seigneur qui meles a » données à vendre se dégoute de la curiosité en ce » genrre pour la remplacer par des dessins; c'est » assés l’ordinnaire dans cette classe d’hommes de » n'être jamais attachée à rien. Plusieurs amateurs » instruits des belles choses qui vienent de m'ettre » confiée sont déjà venu me faire visite et j'attendray » de ieur montrer ce que je viens vous annoncer » jusqu'à votre réponsse car je ne voudrois pas man- » quer les occasions qui ce présenteront, pour être » plutôt débarassé de cette besogne qui est toujours » onéreuse à un artiste qui est fort occupés. »
Suit une liste d’estampes d'Édelinck , Suyderof ,
Mellan et autres, plus intéressantes pour les correspondants que pour nous, mais il ressort de cette correspondance que le graveur Daudet, ainsi que Wille le laisse d’ailleurs entendre dans son journal, était non seulement un excellent buriniste, choisi comme tel par le connaisseur Lebrun, pour graver seize des planches de sa Galerie, mais aussi un amateur très - compétent et très-éclairé sur les productions anciennes de la gravure et sur celles de ses contemporains. Pour nous, nous tenons en singulière estime l’homme qui a formulé la devise du véritable collectionneur : Toujours du très-beau ou point.
Robert Daudet mourut à Paris en 1824.
DAULCEUR (Louise LE).
I y aurait injustice , disait M. Poulet-Malassis, dans les Ex-Libris Français , et nous le répétons avec lui, à ne pas donner place ici à cette femme du monde, amateur de talent, gracieux intermédiaire entre les artistes ses maîtres et ses amis , auxquels elle demandait des marques de bibliothèques et ses autres amis savants et lettrés, pour qui elle se plaisait à les graver. Louise de Montigny, femme Le Daulceur, dans sa société, s'était fait de l’ex-libris une spécialité aimable. Bouchardon , Pierre, Gravelot, Eisen , lui ont donné des modèles, les deux premiers n’en ont donné qu’à elle. C’est une patronne toute trouvée pour les collectionneurs, et du bon temps :
EX-LIBRIS, erc.
1. Mie Le Daulceur. — Æd. Bouchardon, inv. del., Louise Le D. sculp. 2. Un autre plus petit que le précédent, sans signature. 3. Mde la Comtesse de Mellet. — Signé Le D.
4. Mde la Comtesse de Mellet. — Ed. Bouchardon in. del., Louise le D. sculp.
DAULCEUR (LE). 654 5. M.de Montigny, de l'Académie des Sciences — Gravé par Mde Le D. 6. Le même, plus petit.