DAVID
académisme banal, empruntées au premier dessinateur venu ou à des reproductions de figures antiques et qu'elles attestent chez le graveur plus d'activité que de talent.
Pendant la Révolution David entreprit la gravure de grandes allégories d'actualité, Louis X VI au Temple de la Constitution et Louis XVI à l'Assemblée accepte la Constilution, le Triomphe de la République Francase, d'après Monnet, est tout ce qu'il y a de plus mauvais comme composition et comme gravure. Le graveur qui en avait fait imprimer une description, que nous passons sous silence, ajoute que « cette gravure > étant uniquement destinée pour les souscripteurs > dont le ombre a été rempli, il n’en sera vendu > aucun exemplaire pour passer dans le commerce. > On ne peut se la procurer qu'en prenant son > inscription pour le pendant, qui représente /es Hon- > neurs du Triomphe décernés à Bonaparte par le » Peuple Français, qui paraîtra dans le cours de » l'an X. »
Puis ce sont les batailles de Marengo et d'Austerllz, le Code Napoléon et la Fondation de l'Ordre de la Légion d'honneur, qui sont célébrées par le burin sans conviction de David. Il revint aussi à la gravure classique par une Saënle Cécile, d'après Raphaël et un Christ au Roseau, d'après Titien. IL continua également ses ouvrages d'histoire, et, à sa mort. arrivée en 1824 , il en laissa plusieurs inachevés.
DEBUCOURT (Louis-PHiLiBERT).
C'est le propre du vrai talent d'être dénigré à l'excès ou exalté jusqu'aux nues et c’est ce qui arrive de nos jours à l'artiste original, délicat et spirituel qui a signé la Promenade de la Galerie du Palais-Royal, et tant de remarquables estampes en couleur , Louis- Philibert Debucourt. Il y a peut-être un peu d'engouement dans les prix obtenus en ces derniers temps par quelques épreuves de ses estampes rares d'ailleurs , mais refuser du talent à cet observateur des mœurs de son temps , peintre de genre remarqué avant d'être graveur en couleur, rabaisser au rang banal et commun de dessinateur de gravures de modes, l'artiste qui a composé et gravé les Bouquets ou ta Noce au Chäleau. estampes qui sont à elles seules de vrais tableaux, ce n’est pas faire acte de justice artistique, c'est se laisser aller au dénigrement et méconnaître . de parti pris, l'un des talents les plus fins et les plus français de la seconde moitié du X VII siècle 1.
Avant d'être le curieux graveur en couleur que
1 Il est bien entendu que, dans ces remarques , il n’est question que du Debucourt d'avant 1800. Ce qu'il a fait depuis cette époque, nous l’abandonnons à toutes les sévérités des critiques.
tout le monde admire . Louis-Philibert Debucourt , né à Paris le 13 février 1755, d’un huissier à cheval au Châtelet, élève pendant quelque temps du peintre académique Vien, qu'il quitta bientôt pour suivre sans contrainte son goût personnel, était un très-agréable peirtre de genre et de scènes intimes. Il avait épousé de bonne heure la fille du sculpteur Mouchy, se trou-vait ainsi le neveu de Pigalle et d’Allegrain et avait par ces parentés sa place marquée à l'Académie ; il y fut agréé en effet comme peintre de genre : «28 juillet + 1781. — M. Demachy conseiller a présenté à la com- - pagnie le sieur Philbert De Bucourt, âge de 26 ans, > né à Paris, peintre en petits sujets dans le genre des > flamands qui a fait apporter de ses ouvrages. Les > voix prises à l'ordinaire , l’Académie ayant reconnu + sa capacité , a agréé la présentation. »
Le jeune artiste avait en effet exposé dès 1781, de petits tableaux finement peints, représentant des scènes familières, comme le Gentihomme Bienfaisant, le Juge de Village, la Consultation Redoutee. En 1783, le Charlalan et une Vue de la Halle au moment des fêtes pour la naissance du Dauphin, et, en 1785, la Feinle Caresse. C’est à partir de cette époque que Debucourt, employant les procédés mis en œuvre par Leblond, Dagoty et Janinet, et les portant à un haut point de perfection, se livra complètement à la gravure en couleur. Il sut, grâce aux différentes planches qui venaient compléter par une ingénieuse et habile superposition de couleurs le travail d'aqua-tinte gravé sur la première, produire des manières de petits tableaux très délicats, mais que son habileté de main n'aurait pu seule exécuter,
s'il n'y avait introduit en même temps l'esprit et un sentiment très-réel.
Ce n'est pas du premier coup que Debucourt arriva à cette perfection. Dans ses premières planches d'essai, datées de 1785, la Porte Enfoncée, les Amants Poursuivis, les Amants Découverts, et citées par MM. de Goncourt, il tàtonne encore et cherche la formule exacte, le degré juste du mariage des couleurs. .
Dans les Deux Baisers, estampe gravée d'après son tableau de /a Feinte Caresse (1786), composition amusante ei spirituelle , le travail est déjà plus habile, bien qu’il manque un peu d'effet et de fondu. En revanche #e Menuet de la Mariée, de cette même année, claire et vivante fête campagnarde dans un frais paysage, est une de ses pièces les mieux réussies.
Il faut placer en 1787 la. Promenade du Jardin du Palais-Royal, avec ses cafés à stores bleus et blancs et ses groupes de promeneurs et de promeneuses. Cette pièce dont on a douté que notre artiste soit l’auteur, est pourtant bien évidemment de la même main que les scènes qui auront la galerie du Palais- Royal pour théâtre , mais elle semble son coup d'essai tant pour la composition que pour l'exécution. Les groupes n'ont pas encore cet enchevêtrement, ce fourmillement et cette cohésion des planches suivantes, et les tons un peu secs, ce fondu qu'il va savoir leur donner, mais certains détails et certaines physionomies s'y font remarquer déjà par leur finesse.
Après avoir expliqué les procédés dont se servait l'artiste, MM.de Goncourt décrivent bien l'effet produit :
« C’est à cetart si compliqué que Debucourt touchait
» avec la science d’un maître. Presque du premier > Coup avec ses premières planches à cinq cuivres, » il efface son prédécesseur, son rival Janinet, les > Descourtis à la suite et il défie à l'avance toute la » série future de ses imitateurs. Avec lui, le sec de la » gravure disparaît. Il dissimule ce grain plat et méca- » nique , cet espèce de canevas de pointillé qui jusqu’à » lui, fait ces vilains dessous froids, tristes, sales, » transperçant l'enluminure et le coloriage des tirages. » Le travail, le procédé, la manière et la peine de > l'effet obtenu échappent et se cachent chez lui; ce > qu'il grave, les scènes qu'il jette sur le cuivre ont la » légèreté, le jet du pinceau. Rien de dur ni de lourd » dans ses ombres, dans ses fonds d'intérieur pastel- > leux, dans le nuageux de ses ciels ; une fraîcheur > d'aquarelle court à travers ses tons de fleurs et de » satins, les roses, les jaune de paille, les gorge de » pigeon. Les petites têtes délicatement modelées ont » des taches de rouge , éteintes comme sur un papier » mouillé. Du moelleux des costumes et des pelisses, » de la douceur des blancs, il tire des tendresses et » des satinages de ton qu'on dirait prises à une robe » de Netscher. Les piqûres de lumière, les petits » réveillons, les gais coups de jour, l'esprit, le pétil- » lement, le joli et le vif de la touche, il les jette , il » les sème par toute sa planche avec le gras d’empâte- » ment et la vivacité d'éclaboussure d’une gouache ; si bien que l'illusion est complète et que sa gravure, regardez-là encadrée à un mur, elle n’est plus pour > VOus une gravure imprimée ;: vos yeux croient s'amuser d’un dessin et voient dans l'épreuve quelque chose de la main même de l'artiste. 11 y a là un
> grand art de petit graveur. L'agrément de ces » planches, l'illusion qu'elles donnent, cette harmonie » qu'elles ont dans la vivacité et le bariolage, révèlent > une science bien remarquable , un maniement très- >» habile et bien délicat des outils du graveur. »
En 1787, en pleine possession de son procédé, Debucourt fait paraître Heur el Malheur ou la Cruche Cassée, joli groupe de deux jeunes gens interdits de l'éternelle et toujours agréable faute qu'ils viennent de commettre et dont ils semblent déjà apercevoir les lointaines conséquences ; le paysage est trop sombre et sans air.
L'Escalade, est une galante composition de deux figures, un peu pàle comme l'heure matinale où les deux amants se livrent à la douceur d'un dernier baiser.
Le Compliment ou la Matinée du Jour de l'An, nous montre une de ces scènes de famille dans lesquelles excelle notre peintre-graveur. C'est un enfant qui, stylé par sa mère, finit de réciter un compliment à son grand-père auquel il envoie un baiser. Il y a dans toute cette composition intime un sentiment fin que rendent fort bien les physionomies des personnages.
L'Oiseau Ranimeé, est encore de cette année féconde, enfin la fameuse Promenade de la Gallerie du Palais- Royal, cette galerie de bois, si fréquentée de nos grands-pères dans leur jeunesse , lieu de plaisir et de rendez-vous des élégants, des étrangers, des célébrités du jour et surtout, avouons-le , des filles. N'’estil pas curieux de retrouver à quatre-vingt-dix ans de distance, une représentation réellement exacte de ce tableau animé de la vie parisienne, une restitution fidèle de la société de ce curieux temps.
Oui, ce sont des figures de modes , oui, ce sont des chapeaux extravagants, oui, ce sont des hétaires de médiocre étage , mais ces costumes, ce sont des documents , ces personnages élégants ou grotesques, ce sont à coup sûr presque tous des portraits ; ces groupes de femmes aux ajustements bizarres ou gracieux , aux poses sentimentales ou provocantes, ce sont des tableaux de mœurs qui peignent une époque , et si ces tableaux sont intéressants pour nous qui n'en sommes pas fort éloignés, combien ne le seront-ils pas pour nos descendants dans quelques centaines d'années ? Enfin l'exécution est celle d’un véritable artiste et non pas d'un imagier vulgaire.
MM. de Goncourt, ces ciseleurs en fait de style, ont décrit la scène représentée par Debucourt : « Et > quelle foule bigarrée et amusante : Le chevalier » de Saint Louis à côté du jeune officier, le clerc > tonsuré auprès du commis, les quadrilles de familles >» provinciales et les vieux libertins à lorgnon ; » l'impertinence de petits bouts d'hommes faisant » jabot , les élégants à doubles breloques, l'anglomane au tricorne insolent, cambré dans sa longue redingote à collet rouge, la cuisse dans une culotte de peau de dain tendue, un fouet de baleine à la main et l'éperon d'argent à la botte, des financiers à grosses perru- » ques, à cannes à pomme d'or, des farauds campés dans leur habit de chyprienne zébré des rayures au goût du temps... Des femmes passent dans tout cela, à travers tous ces hommes avec des regards quêteurs, » des provocations , des mots qu'elles jettent, la » bouche ouverte aux passants, des signes &e doigt > qui sont une menace où un appel, des attaques
CA
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» qu'elles lancent avec un coup d'éventaii, des rires » qu'elles étouffent dans la fourrure de leurs manchons » blancs... Celle-ci en redingote brune, coiffée » d'un haut chapeau de feutre, fait son marché une » badine à la main... Trois autres bras dessus, bras > dessous forment un groupe enlacé qui se balance > en toutes sortes de poses agaçantes et de gracieux > penchements et d'où part l'œillade de six jolis yeux » noirs... »
Nous écourtons ce tableau qui nous entraînerait trop loin. Mais que cette estampe est finement touchée, que toutes ces notes vives sont fondues avec art et que l'ensemble produit donc un châtoiement pittoresque qui vaut bien le sévère aspect de nombre d'estampes célèbres, et tout au moins, qui repose de leur majesté!
En 1788, Debucourt continue ses scènes familières par une des meilleures qu'il ait gravées, les Bouquets ou la Fêle de la Grand-Maman. Cette composition dont l'artiste fit le tableau avant d'en faire la gravure, est une ravissante chose, d'un grand charme et d'une intimité en même temps que d'une justesse d'expression tout-à-fait exquises. Rien n'est glacé dans ces figures aimables où Debucourt attachait son meilleur sourire , et il est remarquable que par le vent de réaction qui souflait alors sur l'école française , et dont notre artiste devait comme les autres subir l'influence, il n'ait encore rien perdu de son talent si original. On admire en outre dans cette pièce une harmonieuse distribution de couleurs , qui donne l'illusion d'un vrai tableau.
La Noce au Château, gracieux pendant du Menuet de la Mariée, date de 1789. Au vied d'une terrasse, la
dame du château souriante ouvre le bal avec le marié dont l'embarras naïf est rendu de la façon la plus plaïsante. Fines colorations, expressions trouvées ; cette agréable estampe dans un paysage d'ailleurs tout de convention est imprimée par Chapuis, lui-même graveur en couleur de talent.
Dans Annette et Lubin, œuvre de la même année, malgré une recherche et un effort visibles, l'aspect est moins heureux et un paysage trop sombre l'alourdit encore.
Debucourt grave aussi quelques portraits d'actualité, un grand Louis XVI, in-folio, en couleur, peint et gravé par notre artiste, un Marquis de Lafayelle, commandant général de la garde nationale, gravé en manière noire, et une pièce de circonstance, l'Almanach National dédié aux Amis de la Constitution. C'est une sorte de statue de Minerve en bronze sur le socle élevé de laquelle est gravé sur l’airain l'almanach pour l'an 1791, 3° de la Liberté. À ses pieds des représentants de diverses nations se réunissent dans une accolade fraternelle pendant qu'une vendeuse de journaux, fort bien troussée du reste, crie sa marchandise aux passants.
Enfin en 1792, Debucourt donne sa fameuse planche, son chef-d'œuvre , la Promenade Publique du Jardin du Palais-Royal : sous les marronniers fourmille la foule des muscadins, parmi lesquels on croit reconnaitre le duc de Chartres, lorgnant les courtisanes et se prélassant sur quatre chaises. Chaque type est étudié dans ses ridicules et ses allures, chaque costume rendu à plaisir ; mais c’est le chant du cygne.
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Debucourt publie bien encore quelques sujets gracieux pendant la Révolution. La Bénédiction Paternelle, avec son sentiment à la Greuze, et /a Croisée. rappel des grivoiseries de l'ancien régime , montrent bien qu'il cherche à renouveler son fonds d'idées. mais ce n'est plus qu'un vulgaire pointillé sans originalité ni grâce.
Dans les huit pièces en couleur pour la traduction du poëme de Héro et Léandre, de son ami le chevalier de Quérelles (1801), le peintre du Palais-Royal a cherché pourtant à revenir à ses procédés fondus. Héro au pied de la Slatue de l'Amour, possède encore des qualité de morbidesse et d'harmouie , mais ce n'est plus qu'un éclair. L'artiste vient de tomber dans la gravure des charges de Vernet.
Les Modes et Manières du Jour à Paris, les Marchandes de Coco et de Peaux de Lapin. les Postulons et les Militaires, ne sont plus de l'art relevé, mais de la gravure de pacotille. La planche de Frascali, lieu de plaisir légendaire est encôre un coin soulevé pour nous du rideau du passé. Mais qu'il grave cette lourde Histoire d'Ulysse, d'après Lordon, /e Colin-Maillard ou la Main-Chaude, ou bien ces grandes études de chevaux d'après son ami Carle Vernet, Debucourt qui vécut fort âgé, n'existe plus pour nous qui nous arrêtons au seuil du XIX: siècle.
À quarante-huit ans Debucourt s'était remarié (16 Ventôse an XI) à Mie Marquant , et l’un de ses témoins était Emmanuel-Michel Quérelles, homme de lettres, le traducteur d'Héro et Léandre. Excellent homme, mais insoucieux du lendemain, Debucourt regardait l’ordre et la prévoyance comme incompa-
tibles avec la carrière et le tempérament de l'artiste. Grand amateur de campagne, avec basse-cour et animaux de toutes sortes , il quitta en 1803 Passy où
il avait vécu longtemps pour aller s'établir Barrière de la Chapelle. Il put là donner libre carrière à ses goûts campagnards qu'il fallut restreindre en revenant habiter en 1824 le boulevard Saint-Denis. Il y avait pourtant transporté ses chats et ses chiens. Enfin les dernières années de sa longue carrière, il les passa à Bellevilie dans la maison du neveu de sa femme, son élève Jazet, chez lequel il s’éteignit le 22 septembre 1832. |
ESTAMPES
1. ANNETTE ET LUBIN, scène finale du 1t' acte de l'opéra-comique de Favart, musique de Blaise ; in-fol.
241 fr. avant la lettre, vente Béhague, 1871.