VIII. D'APRÈS VASSÉ
+ LOUIS-AUGUSTE, Dauphin de France, — MARIE-ANTOI-
NETTE, Dauphine de France ; profils sur des médailles ; in-4 à la sanguine.
Les DENNEL.
Deux graveurs, deux frères peut-être, ont orté ce nom dans la seconde moitié du XVII siècle. Louis DENNEL, né à Abbeville en 1741, élève de Beauvarlet, mort en 1806, a gravé des estampes d’après les peintures de Lagrenée , Tirésias aveugle des appas de Minerve, Pygmalion amoureux de sa statue; d'après Boucher, l'Atlention dangereuse, et la Vertu irrésolue; d'après Greuze , le Doux regard de Colin et le Doux regard de Colette.
L'estampe Zes Appas multipliés, in-folio , d’après Challe, représente ainsi que l’indique son titre , une jeune femme toute nue tournant le dos, prête à se mettre au lit et dont les formes se reflètent dans plusieurs miroirs afin que le spectateur supposé n’en perde rien. Cette pièce, assez singulière, mais grossièrement exécutée, est dédiée à M°* Duruei-Dufrangel par son serviteur Dennel: serait-ce un portrait ?
D'après Fragonard , S'i m'était aussi fidèle! cette exclamation est adressée par une jeune femme sur un lit à son petit chien. Que de choses dans ce simple mot !
DENNEL. 727
Nagler dit que Dennel a travaillé d’après les dessins de Wicar pour la Galerie de Florence.
ANTOINE-FRANÇOIS DENNEL est élève de Wille.
Ses deux principales estampes sont l’Essai du Corset et la Dédicace d'un Poème Epique, d'après Wille fils. Il y a lieu de croire que le graveur fut fortement aidé dans son travail par Wille père qui note dans ses Mémoires qu'à la date du 8 avril 1787, il a retouché chez M. Dennel l'estampe que celui-ci grave d’après un tableau de son fils, et, le 15 août, suivant « j'ai retouché > une épreuve pour ce cher M. Dennel de la seconde » planche qu’il grave d’après un tableau de mon fils, » et le 26 du même mois : « Après avoir retouché une » estampe à M. Daudet, jallais en faire autant chez » M. Dennel. >» On voit que le célèbre graveur ne perdait pas de vue la reproduction des tableaux de son fils, auxquels il n’a pu malheureusement communiquer les qualités de grâce qui leur font défaut.
Nous rencontrons le portrait in-folio de Lazare Boudry, d’après Pougin de Saint-Aubin. Dennel sculp. 1769. Auquel des deux Dennel faut-il l'attribuer ?
À. F. Dennel a beaucoup gravé pour le Musée Fühol, d'après An. Carrache, Spada, Ch. Lebrun.
DENON (Vivanr). ,
Ce diplomate, ce directeur des musées impériaux , a été dans le beau temps de sa jeunesse un fervent de l'eau-forte et l’un des plus distingués parmi les graveurs amateurs du XVIII siècle.
Denon est par excellence le graveur des Jolies dames qu’il rencontre dans ses voyages diplomatiques, et dont il s'empresse, en sa qualité de favori du beau sexe. de faire le portrait. et la conquête. Son esprit étincelant appelle sa pointe à la rescousse et non content üe leur tourner les compliments les plus galants 1 grave sur le cuivre avec un brio tout particulier leurs charmantes images qui démontrent victorieusement que le jeune artiste n'avait pas trop mauvais goût. Vous faites partie de cette galerie, Princesse d'Aschcoff. et vous, diaphane anglaise Miss Mery, brunes italiennes Catherine Citllo, sœurs Collellini, et vous aussi, belle Lady Hamilton, vestale à la tête expressive et sensuelle que votre mari le diplomate archéologue avait tirée du néant, pour faire de vous une ambassadrice à la cour napolitaine ! Et vous encore, nombreuses victimes du sémillant français, dont les traits , à défaut des noms , sont venus jusqu'à nous.
Madame Mosion n’a pas été la plus maltraitée ni Denon le moins heureux des amants, à en juger par les beaux portraits qu'il nous a laissés de sa séduisante personne ; on assure même que quelques portefeuilles discrets recèlent, dans les coiffures les plus ébouriffées et dans les poses les plus savantes, les formes de cette belle personne, gravées à l'eau forte : De Non vidil el sculpsit.
Mme Vigée-Lebrun , que sa conduite met au-dessus du soupçon, et dont le graveur nous a laissé un fort joli portrait, a finement décrit dans ses Souvenirs l'intérieur de M®* Marini, depuis Comtesse Albrizzr, qui recevait à Venise la plus brillante société, et chez laquelle Denon régnait en maître. La grande portraitiste raconte plaisamment comment, n'ayant pas d'amant pour l'accompagner, elle fut obligée, pour se mettre au diapason de cette société dissolue, d'accepter ce palilo de rencontre.
« Tout étrange qu'était cet arrangement . écrit-elle, > il me convint beaucoup puisqu'il me donna pour > guide un de nos français les plus aimables, non sous > le rapport de la figure, il est vrai, car M. Denon, > même très-jeune, a toujours été assez laid, ce qui, » dit-on, ne l’a pas empêché de plaire à un grand » nombre de jolies fermes. »
Denon la conduisit voir sur le grand canal, le lendemain de son arrivée, le mariage du Doge avec la mer, et lui fitadmirer les monuments riches enpeintures et les églises ; le soir, il la menait chez l'aimable et spirituelle M Marini. M"° Vigée-Lebrun fitd’ailleurs, sur la prière de son cicerone, le portrait de sa nouvelle amie, et prit grand plaisir, dit-elle, à peindre cette jolie femme.
Ne serait-ce pas l’une de ces beautés, la comtesse
Albrizzi ou la comtesse d’Albany, qui lui aurait adressé cette lettre affectueuse sans signature, qui indique discrètement d’autres sentiments que ceux de l'amitié. Que ce soit l'une ou l’autre, nous serions curieux de connaître le portrait écrit de Denon dont elle parle :
« À M. Denon, directeur général des galleries et musées du Louvre , au Louvre, à Paris.
» Terraglio, 3 octobre 1806.
» Mon cher Denon, un oubli de ta part et un de la mienne te vaut la lettre d'aujourd'hui. Tu as oublié de répondre à ce que je t'ai demandé , si tu voulois que je t'envoyasse mes portraits pour les faire imprimer, comme tu m'avois dit l'année passée et moi l’autre jour que je t'ai écrit, j'ai oublié de te prier de me répondre sur cet article. Tes occupations et la langue dans laquelle ils sont écrits exige qu'un italien aie le soin de la correction, ainsi il faut savoir si tu connois quelqu'un qui en veuille l'embarras. Comme il s’agit d’une très petite chose M. Visconti, qui est ton ami. pourroit s’en charger. Mon ami, répond-moi tout de suite, à fin que je puisse ten envoyer une copie bien correcte ou si tu ne peut pas en avoir l'embarras, que je puisse penser à autre chose. Ce n’est que depuis que j'ai écrit ton portrait
» que l'envie de les imprimer m'est venue. Il est si
> doux de rendre un hommage public à celui qu'on
chérit le plus dans le monde! Et quoique on m'aie dit cent fois de les imprimer, ce n’est que le désir que tu as montré qu'ils le fussent qui m'a décidée. Je suis venue passer encore une quinzaine de jours à la campagne quoique dans cette saison surtout, je
> préfère à cette grande maison mon petit Casin de » Venise et puis je suis toute seule ici et les soirées >» deviennent longues. Mais mon enfant est heureux à > la campagne et la poitrine du pauvre Beppo se trouve » plus soulagée. Ces deux motifs sont si puissants sur » mon cœur que j'y passerais même l'hiver si cela leur » convenoit. Pour papa, quant il a un livre et des > lunettes, il est également heureux partout. Adieu » mon cher Denon, ce printemps, hélas! n'aura pas » de roses pour moi.
> Soigne ta santé, je t'en conjure et ne travaille pas » trop. »
Avec sa facilité d'exécution et ses nombreuses relations, Denon ne pouvait, malgré sa propension naturelle, s’en tenir à portraicturer le beau sexe. Il dut de temps à autre mettre aussi son agréable talent au service de ses protecteurs et de ses amis. Le portrait de Louis XV, par exemple, doit dater de cette époque où, jeune courtisan, il avait été présenté au roi par Benjamin de La Borde, ce mouleur de notes, comme l'appelle Grimm , qu'il avait connu dans les coulisses de la Comédie-Française. Le portrait de ce financier, confident des amours du vieux souverain, placé emblématiquement dans une lyre, est l’un des ouvrages les plus connus et les plus recherchés de notre artiste ; seulement Denon laissa à Masquelier, qui terminait avec Née les gravures des Chansons, le soin de traduire son délicat dessin. Le premier volume de cet ouvrage, orné des figures de Moreau , avait déjà paru quand ce portrait vit le jour, c’est ce qui explique comment beaucoup d'exemplaires ne le possèdent pas. Le peintre Noël Hallé dut être gravé lorsqu'il vint à
Rome, envoyé par M. d’Angiviller pour remettre un peu d'ordre à l’Académie de France, après le départ de Natoire. Ce n'était d'ailleurs qu'un acte de courtoise reconnaissance , puisque c'était aux leçons de ce peintre plus encore qu'à celles de Boucher que Denon devait son talent. On connaît le curieux portrait de Voltaire, surpris à Ferney en déshabillé par l'indiscret diplomate. et connu sous le nom du Déjeuner de Ferney. Le grand homme trouva avec raison que Denon avait fait plus une caricature qu'un portrait et le lui reprocha dans ses lettres, tout en feignant de croire que ce ne pouvait être qu'une nouvelle charge du dessinateur Huber. Le Lever du Philosophe de Ferney, qui lui fait pendant, ne dut pas davantage faire plaisir au philosophe, et bien qu'il ne soit pas signé , tout porte à croire qu'il est de la même main. Une curieuse pièce encore, c'est le Diner de philosophes , in-4 en largeur. À une table sont assis cinq ou six libres penseurs de l'école du Patriarche de Ferney, parmi lesquels on pourrait reconnaître, sans irop de diificuités, d'Hoibach, Helvétius, d'Alembert , l'abbé Raynal ou l'abbé Morellet, et, gesticulant, Voltaire qui les préside. Peut-être ceci se passait-il quelque vendredi-saint de ce sceptique XVII siècle , et Denon, qui ne pouvait manquer d'y assister, aura ainsi prophétisé , en quelque sorte , le moderne Déner du gras-double.
Toujours voyageant et gravant, Denon représenta à Rome, dans une curieuse eau-forte, le Cardinal de Bernis. entouré des attachés de son ambassade. A Naples, il fit connaissance de l’archéologue Hugues d'Hancarville, qui écrivait alors son grand ouvrage
sur les antiquités étrusques, grecques et romaines, publié aux frais du chevalier Hamilton. Il nous a laissé son portrait ainsi que celui du dessinateur anglais Ramberg, ami également de l'ambassadeur anglais, et celui des négociants les frères Thérès. On sait combien il fut utile à l'abbé de Saint-Non, qu'il avait également retrouvé dans cette ville, en accompagnant dans les Calabres et en Sicile les artistes que celui-ci envoyait pour y dessiner les antiquités, les paysages et les scènes de mœurs. Denon se mit à la tête de la petite caravane , et ce voyage aventureux autant qu'artistique fut une des époques de sa vie dontilavait conservé le meilleur souvenir.
La politique intéressait médiocremert, on le voit. notre diplomate. La gravure et les femmes, telles étaient les principales préoccupations de sa vie. En passant à Florence , il avait été attiré par la curieuse collection de portraits d'artistes peints par eux-mêmes, qui avait été formée par le Grand-Duc aux Uffizi. L'idée lui vint de les reproduire en petit à l'eau-forte en forme de suite. Ces portraits, très-finement gravés dans le format in-16, fureut publiés par Aubourg , marchand d'estampes et de curiosités (dont il nous a également laissé un très-intéressant portrait), sous le titre suivant : èétralti dei piu celebri pitlori dipinti da loro stessi esistenti nella galleria di Firenze. Se vend à Paris chez Aubourg, hôtel Bullion, rue J.-J. Rousseau. Les plus intéressants sont ceux de Masaccio, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel- Ange, les Carrache, Rubens, Tilien, La Rosalba, etc...
En même temps son séjour prolongé en Italie lui
donnait souvent l’occasion de voir de magnifiques dessins, tableaux et estampes, et l'envie de les reproduire. Nouveau Caylus, avec plus de respect peutêtre pour la manière de ses modèles, Denon grava de grandes eaux-fortes d'après les maîtres. Son Adoration des Bergers, d'après Luca Giordano ; lui ouvrit les portes de l'Académie. Il reproduisit le même sujet d’après le Tintoret, et de magnifiques COMpOsitions du Corrège, de Guerchin, Schidone, À. Carrache, Titien et autres peintres. Mais, dans ce genre, ses œuvres les plus curieuses sont, sans contredit, ses reproductions des eaux-fortes de Rembrandt. Sa Résurrection de Lazare est un pastiche des plus remarquables , son portrait du maitre également et sa Mort de la Vierge, en particulier. est si habilement exécutée qu’elle est faite pour tromper les novices et ne mérite plus le terme d’ämposture innocente dont Bernard Picart baptisait ses propres copies.
C'esi à propos de cette estampe qu'on raconte une anecdote dont aurait été victime Seroux d'Agincourt, archéologue installé à Rome où il devait finir ses jours. Denon lui emprunta pour quelques jours, sous prétexte de l'étudier, l'estampe originale de Rembrandt. Il revint bientôt le voir disant qu'il lui avait confié deux épreuves par mégarde et qu'il voulût bien lui donner l'une d'elles : « Je vous connais, répondit en riant » d'Agincourt, vous avez copié ma planche, mais je » vais reprendre l'original auquel je suis fort attaché. » — Retrouvez-le! > répondit Denon ; et, en effet. l'auteur de l'Histoire de l'Art par les Monumenis . ne pouvant plus distinguer l'original , grâce à la perfection du travail du copiste et au soin qu'il avait pris
de tirer l'épreuve sur du vieux papier , dut s’avouer vaincu et préféra lui laisser les deux pièces.
Denon passe encore pour avoir collaboré à la gravure des Monuments de la Vie privée des Douze Césars, et du Culle secrel des Dames Romaines , ouvrages imprimés à Caprée chez Sabellus (lisez à Paris chez Didot) qui étaient censés représenter des pierres gravées antiques, et dont Hugues d'Hancarville rédigeait le texte appuyé de citations des écrivains les moins pudibonds de l'ancienne Rome. Si l’auteur de l'Œuvre Priapique n'y a collaboré que par des conseils, on était bien excusable de lui en attribuer l'exécution. Cette dernière suite de gravures en effet entièrement de lui, ne laisse aucun doute sur la légèreté de ses scrupules à cet égard. C'est là qu'il faut aller chercher les attitudes pleines d'abandon de M Mosion et les fantaisies les plus dévergondées de l'impudique antiquité.
Denon s'était attardé en Italie. Pendant ce temps les événements avaient marché en France. La Révolution, que notre graveur avait prise pour un orage passager, développait ses phases terribles. Denon , considéré comme émigré, avait appris que ses biens étaient confisqués. Il dut revenir à tout risque, faire appel à de hautes influences. Heureusement qu'il avait rendu , au temps de son séjour à Rome ou à Naples, quelque service au peintre Louis David. Devenu l’un des puissants du jour, celui-ci voulut bien s'en souvenir. Grâce à sa protection, Denon fut radié de la fatale liste et ses biens lui furent restitués. Sceptique comme il l'était. l'ancien courtisan de Louis XV, l'ex-chargé de mission du comte de Vergennes, accepta le nouvel
DENY (JEANNE et MARTIAL).
Jeanne Deny et son frère Martial Deny , furent avec Dambrun et Vidal les principaux graveurs d'un livre à figures qui est loin d'être sans mérite , les Romans el Contes de Vollaire, édition de Bouillon (1778) en trois volumes in-8, illustrés par Monnet et Marillier. Les figures, signées Jeanne Deny,sont les plus nombreuses et aussi les mieux gravées. Les plus jolies sont pour Zadig, la Princesse de Babylone, Candide , l'Ingénu, Jeannot et Colin, Ce qui plait aux Dames,
TP RES le jeune pour Memnon. On en trouve quelquefois les eaux-fortes , mais elles sont extrêmement rares.
Martial Deny a gravé en même temps, mais d'un burin plus mou, {a Femme Battue etles Rendez-Vous, pour Zadig, les Trois Manières, les Voyages de Scarmentado, etc.
On retrouve le frère et la sœur dans les petites figures des Contes de La Fontaine, de Desrais, et c'est d’après ce même dessinateur que Jeanne Deny a exécuté deux pièces des Confessions du Comte de”, roman de Duclos : Non, s'écria la femme voilée, elle n'est point morte votre chère Antonia, et la plus