‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 271 sur 275 · DENY · texte numérisé non relu

DENY

jolie où l’on voit un jeune couple sur un carapé avec cette légende: Elle laissait même couler ses larmes! L'exécution de ces deux vignettes est vraiment trèsbonne. Il est à remarquer au sujet de ce livre, composé seulement de sept figures, que trois femmes y ont gravé, Jeanne Deny, M*° Lingée et M" Ponce. Jeanne Deny a aussi collaboré au Cabinet de Choiseul.

Est-ce elle ou son frère qui à gravé la composition de Lavreince , intitulée /e Restaurant, dont les tasses de bouillon que l’on apporte à un groupe dans des poses languissantes souligne suffisamment l'intention , et qui est signée simplement Deni? En tous cas le graveur était à la solde de Vidal, graveur demeurant rue des Noyers et bien connu pour sa spécialité de sujets galants, car l'estampe porte son adresse, C'est lui sans doute qui s'était fait insérer dans /e Mercure du 17 août 1782, cette réclame où le nom du pauvre graveur est omis : « M. Vidal songe aussi à nous » donner en couleur quelques-unes des suites de ses » gravures. Nous avons vu dans son cabinet le Res- » laurant, exécuté ainsi. Rien de plus piquant, de » plus agréable et de plus grand effei que cette > estampe. Nous ne pouvons qu'inviter M. Vidal à la » publier ; elle fait réellement tableau, l'illusion est » complète. Elle mérite le plus grand succès. »

Cette estampe a été imitée assez maladroiïitement par Moitte et c'est encore Deny qui l’a gravée , ainsi que l'Ecueil del Innocence, estampe qui existe découverte ce qui en accentue la grossièreté.

Jeanne Deny a gravé une délicieuse vignette, dont le dessin lui fut fourni par Duclos, le graveur bien connu du Concert et du Bal paré de Saint-Aubin.

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C'est une petite femme, renversée nue sur un lit et qui semble près de s’abandonner aux caresses d’un jeune homme. Ce sujet très-galant reçoit dans les catalogues le titre de la Réveuse.

Sous la signature de Deny ont été publiés dans Les Costumes Français (Paris, Chéreau) une série de portraits de la famille royale de France , représentés en pied et coloriés. « La plus belle figure de modes » de Desrais, dit Renouvier, est le portrait de Marie- » Antoinette, en robe de cour garnie de perles et de » guirlandes , gravée par Deny.» Nous retrouvons le nom de Deny dans le Journal de Modes, de La Mésangère, et sur une petite pièce relative au bateau volant de Blanchard , sic ur ad astra.

DEQUEVAUVILLER (François).

Les deux estampes si connues /’Assemblée au Salon (1783) et l'Assemblée au Concert, d'après les gouaches de Lavreince, sufiraient seules à établir une réputation de bon graveur à Dequevauviller. Dans la première . dédiée au duc de Luynes et de Chevreuse et qui passe pour être la peinture de son salon, Lavreince a r'epr'oduit un riche intérieur avec lustre , torchères et vases sculptés et l'a peuplé de diverses personnes , avec un sentiment très-fin de la haute société. Une dame lit près de la fenêtre, un abbé fait sa partie de tric-trac avec une autre jeune femme pendant que d’autres personnes groupées jouent au wich ou causent près de la cheminée.

L'Assemblée au Concert, dédiée à Mete de Condé, nous introduit dans une réunion de personnes du monde faisant de la musique ou l'écoutant. Une jeune femme est au clavecin ; un jeune homme joue du violon un autre de la basse; dans un coin des dames et un abbé causent ensemble.

1 Ces deux estampes se vendaient chez Dequevauviller, rue St-Hyacinthe, la 3ème porte cochère à droite en venant de la place St-Michel. et coûtaient 9 livres chacune.

Sans avoir l'effet et le rendu brillant des sujets analogues gravés par Duclos, ces deux estampes d’un faire plus calme sont claires, la lumière en est bien distribuée, les personnages et le mobilier bien exécutés, l’ensemble donne une excellente impression.

Dequevauviller qui s'est attaché à graver les gouaches séduisantes , tout au moins par leurs sujets, du peintre du roi de Suède, a parfaitement rendu la note jeune et galante , l'effet cherché par le peintre. Le Coucher des Ouvrières en Modes, en est un intéressant exemple. La scène se passe dans la pénombre d'une chambre de jeunes modistes en train de se déshabiller pour se mettre au lit; pendant que l'une d'elles se tire les cartes au milieu d’un joli groupe formé par ses compagnes , deux autres font des comparaisons dont profite le spectateur. Ce charmant épisode qui semble avoir été surpris sur le vif, tant il paraît réel, a été très bien rendu par le graveur qui traite à ravir les effets de lumière et d'ombre dans leurs différentes valeurs. Le Lever des Ouvrières en Modes, n’est pas inférieur. L'aspect en est plus lumineux et le groupement des jeunes filles qui s’habillent est un excellent prétexte pour laisser voir ce qu'elles ne pensent nullement d'ailleurs à cacher.

Le Contre Temps, est encore une pièce d'un goût assez leste et comme nos pères aimaient à en orner les boudoirs de leurs petites maisons. L'opération délicate à laquelle une soubrette armée de son instrument va se livrer sur sa maîtresse permet à celle-ci une pose des plus abandonnées que contemple un monsieur curieux et indiscret par la porte entrebaillée. C’est encore une agréable estampe dans ces tons doux

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et un peu effacés qu'affectionne Dequevauviller , mais que nos grands parents étaient donc peu scrupuleux sur le choix de leurs sujets d’'estampes !

L'Ecole de Dunses, autre scène d'intérieur bourgeois, nous montre une jeune fille esquissant un pas, pendant qu'une autre rattache sa jarretière et que le professeur et les mères applaudissent. Un jeune nusicien assis sur une table marque la mesure sur sa pochette. Très agréable estampe tant par le sujet que par l'exécution. Les ombres douces et bien dégradées laissent toute leur valeur aux points sur lesquels l'artiste a voulu attirer l'attention.

Dans le voyage de Naples el des deux Siciles (1781- 1786) notre graveur a terminé d’après le dessin d'Hubert Robert et sur l'eau-forte de Germain, les Ruines du Palais de la Reine Jeanne, des Vues du Vésuve, prises de Portici et de Resina, d’après Chastelet, et d'autres planches encore. Il a collaboré au Voyage de la Syrie, de la Phénicie et de la Palestine, où il a gravé les dessins de Cassas ; aux Tableaux Topographiques el Historiques de la Suisse, par des planches d’après Pérignon:; dans la Galerie du Palais-Royal, Les Chèvres, de P. Brill, Ze Moulin, de Rembrandt, {a Procession du Saint-Sacrement, de À. Carrache, Ze Sacrifice d'Isaac, du Dominiquin , ete. et d’après les tableaux flamands et hollandais de Wouvermans, Lingelbach , etc., une pièce le Duc Valentin, d'après le Corrège est signée Dequevauvillers fils : Dequevauviller a aussi gravé pour /a Galerie de Florence, et le Musée Français. Voici l'un de ses engagements pour une planche de cet ouvrage :

« Entre nous Nicolas-Barthelemi-François Deque-

» vauvillier et Pierre Laurent tous deux exerçant la » même profession sommes convenus des conditions » ci-dessous savoir moi Dequevauvillier m'engage de » graver d'après le tableau de Teniers du cabinet du » Roi représentant la chasse aux Faucons ; dy porter » tous mes soins pour y mettre toute la perfection qui » cera en mon pouvoir et de rendre la planche terminée » dans six mois à datter de ce jour.

» Et moi Pierre Laurent promet remettre en paye- » ment au dit sieur Dequevauvillier la somme de treize » cent livres en trois payements égaux. Le premier > aux épreuves de l’eau-forte , le second aux épreuves » et le troisième et dernier en recevant la planche. » Fait double entre nous à Paris ce 29 décembre 1791. » — Approuvé l'écriture ci-dessus.

» Dequevauvillier.— Pierre Laurent. »

Le Pont projelé sur la Seine à Melun, d'après Eustache de Saint-Phar, gravé à l'eau-forte par Germain, et terminé par notre artiste et la Vue perspective du nouveau Pont Sainte - Maxence , d'après le même, sont des vues gravées pour la Descriplion de la France, ouvrage entrepris par Benjamin de La Borde. Nous y remarquons encore de jolies Vues d'Auxerre, une vue du Pont de Macon, d'après Lallemant , Vue d'Avallon, des Vues de Charenton , une Vue generale du Pont-Neuf, d'après Genillion (1780).

ESTAMPES

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