BERTHAULT
1817. Berthault, alors âgé de soixante-neuf ans, était chargé de diriger l'atelier de gravure pour ce dernier travail, et il semble naturel que, malgré le haut prix de l'ouvrage, il lui en fût accordé un exemplaire à titre de collaborateur. C’est simplement ce qu'il demandait et faisait appuyer, sans pouvoir l'obtenir, dans des suppliques que nous croyons curieux de reproduire, tant parce qu'elles nous donneront quelques renseignements sur le vieil artiste que pour montrer que les procédés et les formules de la bureaucratie restent les mêmes sous tous les régimes. La demande était pourtant chaudement apostillée, car le commissaire du gouvernement près la Commission d'Egypte se donna la peine d'écrire, le 30 août 1817, à Son Excellence le Ministre de l’Intériettr :
« Monseigneur, depuis le commencement de l'ou- > vrage sur l'Egypte, M. Berthault, graveur, a conduit avec le plus grand zèle , la plus grande partie des travaux, à l'atelier de gravure établi près de la Commission d'Egypte. C’est avec autant de désintéressement que d’exactitude qu'il a rempli la tàche qu'on lui avait confiée. Comme il a été accordé aux imprimeurs en taille-douce un exemplaire de l'ouvrage , M. Berthault, chef de l'atelier de gravure, semble fondé à solliciter la même faveur. Elle ne peut tomber sur un artiste plus digne de la bienveillance du Gouvernement. J’ose recommander à toute la bonté et à la protection de Votre Excellence, un père de famille qui, malgré les travaux et la conduite les plus honorables , est arrivé à un grand âge sans avoir pu assurer s2s moyens d'existence. » J’ail'honneur , etc... JOMARD. »
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Cette demande si naturelle n’aboutit pas ; le pauvre graveur ne se rebute point, et, le 17 novembre 1818, il écrit de son côté au Ministre cette lettre touchante :
« Monseigneur , annexé à la pétition que j'ai eu > l'honneur d'adresser à Votre Excellence, était un > certificat signé de MM. les commissaires auprès de » la Commission d'Egypte , qui constate que depuis la > création de cette Commission jusqu'au mois de » juillet 1816, j'ai rempli avec zèle et assiduité les > fonctions de chef d’attelier de gravure établi dans son > sein ; j'ai eu l'honneur de solliciter auprès de Votre >» Excellence un exemplaire de la description d’E gypte, » faveur déjà accordée à plusieurs graveurs. |
» Cette faveur , cette récompense honorable de mes > travaux , Monseigneur, vous ne me la refusez pas, > mais vous daignez me renvoyer à la première occasion favorable. Hélas! Votre Excellence ignore > sans doute que je suis un vieillard plus que septuagénaire : à cetâge, il est difficile d'attendre, et je voudrais cependant , Monseigneur, avant de mourir, > recevoir le prix le plus noble de mes faibles talens , > l'obtenir de vos mains et avoir le bonheur de vous en » remercier. J'ai l'honneur d'être, etc. Berthault * oncle , rue St-Hyacinte, porte St-Jacques , n° 30. » i
En haut de cette pièce, de la main du ministre , plus dur à attendrir qu'une pierre: On ne perd pas de vue ses litres ; mais on ne peut que s'en référer à la réponse du 30 novembre 1817.
Gageons que le pauvre Berthault est mort avant d'avoir possédé la Description de l'Egypte tant désirée.
! Ces lettres font partie de la collection de M. Portalis.
BERTHET (Louis).
Voilà un de ces noms que le goût inquisiteur des bibliophiles a tiré de l'oubli. Que pèse , en effet, dans l'histoire générale de la gravure , un homme dont tout le bagage consiste dans quelques vignettes du Cabinet des Kées et dans les titres du Paysan et de la Paysanne Pervertie? Ces fameux titres auxquels Restif attachait tant d'importance, et dans lesquels il faisait prédominer, comme grosseur de caractères , le mot Paysan sur le mot Perverli, ou Pervertie sur Paysanne, suivant le degré de perversion que le héros ou l'héroïne atteignait dans le volume ! Belle subtilité !
Le nom du graveur Berthet est accolé à jamais à celui de Binet, le dessinateur attitré et docile du romancier réaliste ou mieux naturaliste, Restif de la Bretonne.
C’est dans les œuvres de cet original qu'il faut aller chercher ce que , somme toute, Binet et Berthet ont produit de meilleur ; et pourtant ces illustrations ont un caractère bien étrange , car Restif ne laissait pas toute liberté à ses artistes , il exigeait impérieusement qu'ils se soumissent à ses fantaisies et leur imposait ses types à lui; femmes démesurément grandes et
minces avec des pieds imperceptibles. On regimbait parfois contre cette tyrannie du romancier; de temps à autre quelque graveur, comme Quillau fils, menaçait bien l'auteur du Paysan Perverti de lui frotter les oreilles, mais les artistes de second ordre qu'il employait, forcés par le besoin, se pliaient sans murmurer à ses caprices les plus bizarres, dessinaient et gravaient imperturbablement les tailles les plus invraisemblables, les pieds les plus chinois. Sergent, le dessinateurgraveur, critiquait sans pitié ces figures , leur reprochant de grimacer plutôt que d'exprimer, d’être hors d'aplomb, de tomber : « à force de vouloir donner aux » femmes une belle taille et de jolis pieds , écrivait-il, > on a poussé cela à un ridicule estropiement. Exa- » minez les élégantes compositions de Moreau, et » voyez quelle gràce, quelle tournure ont ses figures > de femmes. »
C'est, paraïit-il , la veuve Duchesne, libraire-éditeur qui, chargée par Restif de faire graver quelques figures pour le Quadragénaire (1777), aurait choisi C. Baquoy et Louis Berthet, et les aurait mis ainsi en rapport. Berthet devint donc le graveur ordinaire de l’auteur; nous le retrouvons dans les figures de /a Malédiction Paternelle (1780) qui sont, au dire du bibliophile Jacob, les plus jolis dessins que Binet ait jamais faits, etles mieux gravés que l’on doive au burin de Berthet.
Dans les Contemporaines (1780-1783), le nom de notre graveur se retrouve constamment au bas des types bizarres, bien que probablement assez vrais, des jolies femmes de Paris; /a« Griselle épousée, le Garson-Fille, la Fille-Garson, la Fille séduite,