‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 81 sur 275 · ANTOINE-ACHILLE · texte numérisé non relu

ANTOINE-ACHILLE

Bourgeois de la Richardière , graveur au pointillé , élève de Ruotte, est né à Polla (suivant Le Blanc) en 1777. Il a gravé, dit cet auteur, beaucoup de sujets de sainteté pour les éditeurs de la rue Saint- Jacques. Ajoutons que la méthode du pointillé qu'il employait, procédé très-agréable quand la main qui dirige l'instrument est celle de Prudhon ou de ses interprètes favoris Copia et Roger, est bien affadissante sous celle d’un médiocre artiste. Toutefois ue disons pas trop de mal de la pièce à laquelle le graveur Bourgeois doit de figurer dans notre galerie. L'Enfance de Paul et de Virginie, d'après le dessin de Lafitte, est la première des six estampes qui décorent la belle édition du chef-d'œuvre de Bernardin de Saint-Pierre et qui est due à ses soins (1806). On y voit madame de La Tour et Marguerite qui tiennent sur leurs genoux les deux enfants qui se caressent mutuellement, +« et déjà leurs mères parloient de leur mariage sur leurs berceauæ. > Tout autour les serviteurs qui ont leur rôle dans le roman et, au fond, la mer et les hautes montagne: de l'Ile de France.

« Ce paysage, dit l’auteur dans son intéressante

» préface, ainsi que ses personnages remplis de > suavité , est de M. Lafitte qui a dessiné mon portrait. » Il a été d’abord gravé à l’eau-forte par M. Dussault , » qui excelle en ce genre de préparation et gravé > ensuite au burin relevé de pointillé par M. Bourgeois » de la Richardière, jeune artiste qui, après avoir > quitté ses premières études pour obéir à la voix de la » patrie qui l’appelait aux armées , les a reprises avec » une nouvelle vigueur. Il a gravé un grand portrait >» de l'Empereur Napoléon Bonaparte et plusieurs > autres ouvrages goutés du public. »

Bernardin de Saint-Pierre donne ensuite quelques détails qui nous semblent intéressants à reproduire, sur l'habitude adoptée alors de faire exécuter une même planche par plusieurs graveurs : « J'ai dit que trois artistes en comptant le dessinateur avoient concouru > à exécuter le sujet de cette première planche. Il y en a dans la suite où quatre et même plus ont mis la la main. C'est un usage assez généralement adopté aujourd'hui par les graveurs les plus distingués. Ils prétendent qu’un sujet en est mieux traité lorsque ses diverses parties sont exécutées par divers artistes dont chacun excelle dans son genre. Ainsi l'entrepreneur en donne d’abord le sujet et en fait faire le dessin ; il le livre ensuite à un graveur qui en fait exécuter tour à tour l’eau-forte, le paysage, les figures et met le tout en harmonie. Après quoi un » graveur en lettres y met l'inscription. C'est aux connaisseurs à juger si ces procédés, de mains différentes, perfectionnent l’art. Ils ont été employés par les grands maîtres en peinture , qui, à la vérité, entreprenoient d'immenses travaux , comme des

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>» galeries et des plafonds. Les graveurs disent, de > leur côté, que les longs travaux du burin , dans un > petit espace , ne demandent pas moins de temps que > ceux du pinceau sur de larges voûtes et de vastes > pans de murs. Les amateurs semblent de leur avis, » car plusieurs recherchent les simples eaux-fortes et > les préfèrent quelquefois aux estampes finies. C’est > par cette raison que j'en ai fait tirer un certain > nombre d'exemplaires. »

Il est piquant de voir par ces remarques l’auteur de Paul et Virginie, sacrifiant déjà, malgré son étonnement , au goût des amateurs pour la gravure inachevée et préparant de longue main des jouissances iconophiliques aux amateurs d'aujourd'hui.

Quoi qu’il en soit, l’estampe de Bourgeois de la Richardière ! ne dépare nullement le beau livre imprimé par Didot, et il serait à souhaiter qu'il eût fait beaucoup de travaux de cet ordre ; malheureusement un Saint-Sébastien des plus dodus, d’après Chasselat, un Saint-Michel, d'après Choquet, et autres sujets d’après des modèles aussi médiocres, ne suffisent pas à asseoir une réputation. Disons encore que notre artiste a gravé les portraits de :

Alexandre 17, empereur de Russie , in-fol. d'après Desnoyers.

François IT, empereur d'Allemagne , in-fol. d’après Dumont.

Spontini, d'après Vincent, in-fol.

Elleviou, in-8 en rond.

Le Docteur Gall, d'après Boilly.

1 Cette estampe fut exposée au Salon de 1804.

Sophie Arnould, in-8, en rond , au pointillé.

Barré, Desfontaines et Radet, dans un même encadrement. é

Laujon, doyen des auteurs dramatiques et lyriques, et membre de la Réunion des arts et de l'amitié (1806), in-8, et plusieurs autres membres de la même société, dont les portraits n'offrent pas le même intérêt que celui de l’auteur des À propos de Société; enfin le portrait de {a Duchesse d'Angoulême.

Citons encore deux vignettes pour le Tacite de Panckouke , et des Têtes d'expression d'après Greuze, 4 pièces in-4.

Bourgeois de la Richardière demeurait quai de la Tournelle, 35. Il a laissé deux fils , nès en 1806 et 1808, qui ont gravé dans le mème genre que lui.

BOUTELOU (Louis-ALEXANDRE).

Bouteloup ou Boutelou , né à Paris en 1761, est un élève de Le Mire, qui demeurait rue Saint-Hyacinthe près la porte Saint-Jacques, et à qui l'on doit des planches d'animaux et de plantes pour l'Histoire naturelle de Buffon, et quelques petits portraits, le Duc de Richelieu-Fronsac, Marie-Joseph Chénier, orné d’une scène de la tragédie de Chartes IX, et la célèbre reine Caroline de Naples, médaillon inséré dans un cadre ovale , au pointilié bisire.

Cela vaut tout juste l'honneur d’être cité. Mais Boutelou ayant gravé le Globe aérostalique de MM. Charles et Robert au moment de leur départ du jardin des Tuileries le 1* décembre 1783, nous saisissons cette occasion qui s'offre d'examiner la gravure dans ses rapports avec l’aérostation.

Que l’on ne se figure pas que ce soit peu de chose, quoique l'énoncé paraisse bizarre au premier abord. La plupart des grandes inventions ont produit plus de résultats pratiques que celle des ballons; il n'en est pas une qui ait soulevé autant d'enthousiasme et fait naître sur le moment autant d’espérances. À peine eut-on vu, pour la première fois, cette chose inouie ,

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incroyable, une machine fabriquée par la main de l'homme, s'élevant et planant dans les airs, que les gravures sur les aérostats s’imprimèrent de toutes parts. La collection réunie par le Cabinet des Estampes est à ce point de vue très-curieuse à consulter.

Reconnaissons en passant les avantages de cette heureuse disposition du classement adopté rue de Richelieu, qui consiste à réunir à côté des collections d'art proprement dites, c'est-à-dire des œuvres des grands maîtres, dessinateurs, peintres ou graveurs, des collections de toute sorte, qu'on peut appeler d'étude , et qui fournissent les renseignements les plus utiles sur l'histoire, les costumes, les mœurs, les portraits , Les caricatures , la topographie , etc. ete.

Pour en revenir aux aérostats, la presque totalité des gravures dont ils fournissent le sujet appartient, à dire vrai, à l'imagerie populaire, où l'art n’a pas grand chose à voir, et les pièces signées des bons graveurs forment l'infime minorité.

Ce sont d'abord les Billets d'entrée pour la première expérience de Montgolfier ; le billet d'intérieur est manuscrit avec cachet de l'École militaire en cire rouge ; puis /a Montgolfière S'élevant le 27 août 1789 à D heures du soir par un temps pluvieux ; celte machine s’est élevée très-promptement dans les airs à perte de vue el est tombée à Gonesse à 6 heures 7. zerthault sculp. Nous voyons aussi la descente du ballon à Gonesse qui cause une alarme générale ; les habitants le prenant pour la peau d'un animal, l'assaillent à coups de pierres , de faulx, de fourches. Le curé vient les rassurer. Le gouvernement est obligé

de publier wn avertissement au peuple sur l'enlève- L. 16

ment des ballons. « On a fait une découverte dont le > gouvernement juge convenable de donner connais- > sance , afin de prévenir les terreurs qu'elle pourrait > oCCasionuer parmi le peuple... On se propose de > répéter cette expérience... chacun de ceux qui > découvriront dans le ciel de pareils globes, qui pré- > sentent l'aspect de la lune obscurcie doit être > prévenu que ce n'est qu'une machine toujours > composée de tafletas… »

L'imagerie est d'abord sérieuse et enthousiaste : ce sont des pièces techniques sur la construction et le gonflement des machines aérostatiques, les premiers essais de Montgolfier, et des allégories telles que : A la gloire de Montgolfier, Montgolfier vole au rang des dieux, le Triomphe de l'Invention de Montgolfier :

De Charle et Montgolfier comment peindre la gloire, Lorsqu'eux-mémes s'élanceni au iempie de Mémoire ?

des vues de l’aérostat lancé à Versailles le 19 septembre 1783, avec un mouton, un coq et un canard « qui n'éprouvèrent pas la plus légère incommodité», du globe lancé le 19 octobre au faubourg Saint-Antoine , dans le jardin du fabricant de papiers Réveillon, où Pilètre du Rozier faisait ses expériences, ou du ballon qui s’enleva à La Muette, le 21 novembre , portant l'intrépide Pilâtre et le marquis d’Arlande, major d'infanterie.

La note gaie, cependant, avait commencé à poindre, dès l'expérience faite chez Réveillon ; l'enluminure qui nous montre le globe aérostatique du faubourg Saint-

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Antoine est accompagnée , cette fois, d’une chanson qui n’a aucunement la prétention d'être sérieuse : L'Empereur de la Chine Attendait l'autre soir La burlesque machine Qu’'enfin il n’a pu voir.

Eh ! mais oui-da, Comment trouver du mal à ça?

Tout globe est fait pour plaire N'en soyez pas surpris, Ce qu'on aime à Cythère On l'aime dans Paris.

Eh ! mais oui-da, Comment trouver du mal à ça?

Cependant , le 1° décembre 1783, deux audacieux , les physiciens Robert et Charles, se confient à la nacelle d’un ballon à gaz et s’envolent dans les Tuileries , aux yeux d’une population émerveillée. Depuis Dédale et Icare , à tout prendre , on n’avait vu rien de pareil. En considération du merveilleux de l'expérience, quelques artistes de marque daignèrent prendre leur pinceau ou leur burin ; Moreau grave le billet d'entrée ; de Launay, Moreau, Berthault, Boutelou, Sergent, retracent l'ascension des hardis voyageurs : H.-G. Bertaux publie {e Moment d'hilarilé universelle ou le Triomphe de Charles el Robert: une petite pièce, malheureusement anonyme , mais qui est sûrement due à un des meilleurs artistes du temps, représente , sur deux médailles , le départ et l’arrivée des deux aéronautes; Moreau, dans une magnifique esquisse que nous a communiquée M. Mahérault, nous montre une foule élégante réunie au bord de la Seine pour voir planer un aérostat,.

Quelques autres ascensions célèbres furent encore dessinées par d’habiles interprètes, entre autres celle du ballon le Flesselles, de cent pieds de diamètre , à Lyon, le 10 janvier 1784 (beau dessin de Boissieu au musée de Lyon ; et Vue générale de Lyon du haut du faubourg de la Guillotière publiée chez Le No) et celle du vaisseau volant de Blanchard (Sc ilur ad astra, gravé par Deny, portrait du Baron du Pont du Chambon, élève de l'Ecole militaire, le jour où il a voulu s'élever dans le ballon de Blanchard), le départ de Blanchard et son retour à Lille , le 26 août 1785 , gravés par Helman, d'après Watteau de Lille, et le voyage de cet aéronaute célèbre, de Douvres à Calais. Miger grave un portrait de Charles aux Tuileries qui vise à l’apothéose, Longueil grave celui du marquis d’Arlande , Beljambe et Chapuy, celui de linfortuné Pilâtre du Rozier. En Angleterre, Bartolozzi représente dans leur nacelle Mistress Sage, accompagnée de Biggin ei de Lunardi, 29 juin 1789.

À part ces quelques pièces, les aérostats, comme nous l'avons déjà dit, fournirent surtout des sujets aux enluminures populaires, qui représentèrent à l'envi toutes les ascensions, notamment en petites pièces à découper et à coller sur des éventails à bon marché , en les accompagnant de couplets de circonstance. L'’imagerie se complut aussi à reproduire tous les projets de ballons dirigeables , qui, dès le premier jour, hantèrent le cerveau des inventeurs.

La première pièce qui nous soit connue, sur la direction des ballons , est un Globe aëérostalique avec ses agréès pour voyager dans l'air au moyen du vent, in-4, au lavis, Houël, inv. et sculp., 4 décem—

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bre 1783 (c'est-à-dire trois jours seulement après l’ascension de Charles et Robert) ; puis viennent le Ballon aérostaiique voyageant, chez Esnauts et Rapilly, e Balteau volant, le Navire aërien, le Moyen de diriger les aérostats, par Monsieur Massé, archilecte ; un éventail où sont dessinées deux flottes qui se canonnent, pendant qu'une légion de cerfs-volants attaque une escadre de ballons, et toutes sortes de rêveries , dans lesquelles sont accumulés les cylindres, les sphères, les voiles, les antennes, les rames, les pennes, les ailes, les gouvernails. Un sceptique raïlleur publie Ze Navire aërien pouvant porler 4,000 personnes ; un naïf (ou un malin) trouve le Vrai moyen de diriger les ballons : c'est de les faire hâler à la remorque par des chevaux.

La caricature , elle aussi, s'était mise de la partie. La Folie du jour, petit sujet finement gravé en couleur par Sergent, est la répétition d'une gravure populaire qui obtint une grande vogue et fut répétée à satiété, sous le titre de /’ Homme aeroslalique ow mon pauvre oncle. C’est tout simplement un homme qui s'envole par la fenêtre pour avoir pris un lavement d'air inflammable. Deux sujets du même genre sont le petit maître qui est entrainé dans l’espace , parce que son tailleur a mis du gaz dans les poches de sa lévite, et la comtesse de M.., à qui sa couturière joue le même tour avec les bouffants de sa robe. Mentionnons encore {a Nymphe aëroslatique sorlant de figurer à l'Opéra, le Volomaniste, le Petil maître physicien et la Coquette physicienne. Les ballons sont aussi maltraités que le baquet de Mesmer.

La ‘caricature ne désarma pas devant la célèbre

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ascension de Charles et Robert; une estampe grossière , mais curieuse, montra {a Manière dont plusieurs personnes sont entrées aux Tuileries, le 1 décembre 1789 : les poissardes escaladent le mur d'enceinte en faisant la courte échelle et sans penser le moins du monde à remettre de l’ordre dans leurs vêtements soulevés : dédié aux amateurs de physique. — Ce fut aussi un joli sujet pour elle que les expériences manquées : la plus célèbre de ces expériences est celle que fit, ou plutôt ne fit pas un très-habile graveur, Janinet, qui joignit à l'audace de s’intituler physicien célèbre , le malheur de manquer totalement une ascension au Luxembourg, conjointement avec l'abbé Miollan. Il demeura littéralement écrasé sous la grêle de caricatures qui s’abattit sur lui. Soyez plutôt graveur, si c'est votre talent, lui aurait dit Boileau Il revint à ses couleurs, et fit bien.

BOVINET (Ebue).

Bovinet, élève de Patas, né à Chaumont en 1767, est l’un des principaux graveurs de la Galerie du Musée Napoléon, appelée aussi Musée Fulhol, ouvrage pour lequel il n’a pas exécuté moins de 62 planches. (Paris, 1802, in-8). Ce sont des reproductions de tableaux italiens, flamands et hollandais assez médiocres. Bovinet a aussi gravé d’après Poussin , pour cette collection.

Précédemment Bovinet avait gravé deux planches d'après Le Barbier pour les Zdylles de Théocrile, in-4, quatre figures in-8 et le portrait de Diderot, pour le roman de {a Religieuse; des planches de paysages d'après Cassas, in-fol. en largeur, datées de 1792, pour le Voyage d'Istrie etde Dalmalie ; et un nombre énorme de mauvaises vignettes d’après Choquet, Chasselat et lui-même , illustrant des ouvrages parus dans les dernières années du xvin” siècle et dans les premières de celui-ci.

Ce qui semble le meilleur dans son œuvre, ce sont les planches des Batailles du Consulatel de l'Empire, d'après Carle Vernet, Swebach et Duplessi-Bertaux. Ces gravures, assez sèches, du reste, ne sont que

terminées par Bovinet ; les eaux-fortes en sont toujours faites par le graveur François-Louis Couché, qui signait Couché fils.

Bovinet a terminé plus tard sous le titre de Trophées des armées françaises, in-8, ces mêmes batailles , réduites, dessinées et gravées d’abord à l’eau-forte par Couché fils.

Parmi les portraits de Bovinet, citons ceux de Henri IV, M" Deshoulières , Piron, Fontenelle, Frédéric IT, M" Du Barry, Moncrif, in-12, avec ces vers au bas :

Avec des mœurs dignes de l'âge d'or IL fut un ami sûr, un auteur agréable.

Il mourut vieux comme Nestor, Mais il fut moins bavard et beaucoup plus aimable.

Vollaire, Grosley, Louis XVI, de profil, Mirabeau, La Pérouse, Marie-Antoinette , Gilbert, les Trois CONSUIS ; Dumouriez, Nanoléon 1er etc. …

Un des plus beaux livres parmi ceux qui ont été exécutés au commencement du siècle, Paul et Virginie, bel in-4 sorti des presses de la maison Didot (1806), contient une figure gravée par Bovinet, celle des Tombeaux. Bernardin 1e Saint-Pierre , dans une préface très intéressante pour nous par les détails qu'il donne sur les artistes qu’il employa, la décrit ainsi dans son poëtique langage : « Elle représente » une allée de bamboux qui conduit vers la mer : elle > est éclairée par les derniers rayons du soleil cou- » chant. On aperçoit entre quatre gerbes de ces bam- > boux, trois tombes rustiques sur lesquelles sont

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» écrits deux à deux, les noms de La Tour et de Marguerite, de Virginie et de Paul, de Marie et de Domingue. On voit un peu avant de celle du milieu ; le squelette d'un chien, c’est celui de Fidèle qui est > venu mourir de douleur, près de la tombe de Paul et de Virginie.

» On n’aperçoit dans cette solitude aucun être > vivant ; Ici reposent à jamais sous l'herbe, tous les > personnages de cette histoire..…… On n'y voit ni > inscription, ni bas-reliefs. L'art n'y a gravé que > leurs simples noms, mais la nature y a placé pour » tous les hommes de plus durables et de plus élo- » quents ressouvenirs. Ces roseaux gigantesques qui > murmurent toujours , agités par les moindres vents , > comme les foibles et orgueilleux mortels ; ces flots » lointains qui viennent, l’un après l’autre, expirer » sur le rivage , comme nos jours fugitifs sur celui de » la vie; ce vaste océan d’où ils sortent et retournent > Sans cesse, image de l'éternité, nous disent que le » temps nous entraîne aussi vers elle. »

Dire que Bovinet a mis autant d'intentions dans sa gravure que l'imagination du poëte en découvre, serait peut être exagéré ; mais voici que l'auteur revient à la réalité :

« Je dois le dessin de cette composition mélancolique > et touchante , à M. Isabey. Son amitiéa voulu m'en > faire un présent dont je m'honore. Je m'étois > adressé à lui pour exécuter ce sujet ou il ne devoit > y avoir aucun personnage vivant et J'étois sur » d'avance qu'il réussiroit par l’art particulier que je » lui connois d’harmonier la lumière et les ombres, et > d'en tirer des effets magiques. IL a réussi au-delà

» de mes espérances. Il a rendu les bamboux avec la > plus exacte vérité. Leur perpective fait illusion.

>» L'eau-forte en a été faite par M. Pillement le > jeune, qui excelle, au jugement de tous les graveurs, » à faire celles des paysages. Elle a été terminée au > burin par M. Beauvinet, dont j'ai déjà parlé avec > éloges. Il suffit de dire que l’auteur du dessin a été » très-satisfait de l'exécution de ces deux artistes. » Voilà bien des affaires pour une simple vignette. Trop de bambous !

Ajoutons toujours , d’après B. de Saint-Pierre, que chaque dessin lui coûtait 300 livres, et chaque planche gravée 1,000.

Quand nous aurons dit que Bovinet a encore gravé des planches pour le Musée Robillard, un Christ en croix pour la Galerie d'Orléans , et qu'il a fini par des vignettes de romances el d'almanachs, du plus vilain style reslauralion, nous aurons épuisé la part qui lui revient dans notre cadre.

Bovinet demeurait rue Pavée -Saint - André - des - Arts; n°5,

BOYDELL (Jonn).

Get artiste-éditeur , qu'on pourrait appeler le Basan de l'Angleterre , ajoué un grand rôle au siècle dernier dans les arts de son pays, par l'influence qu'il a exercée sur les artistes et les travaux qu'il leur a fait exécuter. Boydell est né à Dorrington en 1719. IL était le fils d'un régisseur (/and-surveyor) qui voulait lui faire suivre sa profession, quand le hasard lui fit voir une suite de vues de diverses parties de l'Angleterre , qui lui parurent l'exacte reproduction de la nature, principalement le château de Hawarden, gravé par Toms. Ce serait, d'après Bryan, cette première impression qui. décidant de sa vocation, l'aurait déterminé à suivre la carrière de la gravure.

Ayant pris cette résolution, Boydell se rendit à Londres à l’âge de vingt et un ans et vint demander des leçons à Toms, l’auteur de la planche qu'il avait tant admirée.

Il resta auprès de cet artiste six années , travaillant toujours avec la plus grande assiduité. Lorsqu'il quitta son maître ,sa première publication fut une suite de Six vues de Londres, et plus tard un Æecueil de cent vues d'Anglelerre et du pays de Galles, qui

furent gravées presque toutes par lui-même. Le prix du volume était de cinq guinées.

Cette publication fut le commencement de sa fortune. - L'argent qu'il en retira servit à encourager les jeunes graveurs anglais. A cette époque l'Angleterre était, pour le commerce des estampes, tributaire de l’étranger. Boydell entreprit de faire produire aux artistes anglais des œuvres recommandables et non-seulement d'en faire l’objet d’un grand commerce dans son pays, mais encore d'en importer des quantités sur le continent, ce en quoi on ne peut lui refuser d’avoir réussi. Tout en commandant des travaux à quelques artistes français tels qu'Aliamet , Ravenet, Beauvais, Vivarés, Chatelain, Baron, ou italiens comme Bartolozzi et Cipriani, il sut découvrir et former les Canot, les Chambars, les Wollett, les Earlom, les Green et tant d’autres.

Nous avons, par le Catalogue raisonné d'un Recueil d'estampes publié à Londres par Boydell en 1779 , le détail de toutes les pièces qui formaient son fonds et qui étaient à vendre dans ses magasins de Cheapside, avec les prix en regard. Cette collection se composait de quatre volumes, chacun du prix de 12 guinées ; le premier était un Recueil de 50 eslampes d’après les plus célèbres lableaux de l'Angleterre. — Un second volume comprenait 66 estampes , d'après äes tableaux de grands maîtres et où les graveurs dont les noms reviennent le plus souvent, sont Bartolozzi, Earlom, Walker, Canot, ete. — Une troisième série, de 84 estampes, était composée principalement de portraits de personnages anglais gravés par Baron, Vertue, de sujets historiques par Aliamet,

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