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CARDON

s’occupa -de bonne heure de gravure, art pour lequel il s'enthousiasma, mais il était d’une santé débile que des travaux assidus ne firent qu'affaiblir. En 1792, il alla en Angleterre et fut chargé par le gouvernement de reproduire les tableaux du Musée. Comme début, il grava la Femme adullère, d’après le tableau de Rubens, estampe qui fonda sa réputation. On remarque encore dans ce recueil, où se trouvent ses meilleurs travaux , {a Présentation de Catherine de France au Roi Henri V d'Angleterre, d'après Stothard, au pointillé, des planches de batailles et de Cris de Londres.

Parmi ses portraits gravés, il faut citer l'Empereur Alexandre, in-fol. — George III. — La Marquise de Buckingham. — L'Abbe Delille. — Le général Moreau. — Le général Andréossy. — Le Duc d'Enghien, grand in-4, orné etin-8, parnled from nature in the Army of Condé, 1793, by À. Nodrac.

Mais le plus remarquable est assurément celui de Madame Récamier grand in-4, gravé d’après Richard Cosway , qui a représenté cette beauté célèbre dans ce fameux costume transparent, tunique indiscrète dite 4 La Vestale et qui ne laisse plus rien à deviner.

Cardon fils était connu à Londres sous le nom d'Antony. I y mourut de langueur. le 16 avril 1813, àagé seulement de 41 ans.

CARESME (PuiriPre).

Le peintre galant de la fin du xvm' siècle, le licencieux illustrateur de certain exemplaire de l’élucubration de La Popelinière (voir les Dessinateurs d'iltustralions) devint, à la Révolution, le dessinateur et le graveur d'une Bravoure des femmes parisiennes aux journées des 5 etG octobre , Ph. Caresme, inv. el SCulp.; dédié aux femmes, pièce féroce que Renouvier appelle un #iste chaos, et sur laquelle on voit des mégères de la bande de Maillard pourfendre de part en part les gardes du corps; des « brigands » les aident à achever leur besogne en coupant la tête aux cadavres. Le catalogue Laterrade signale cette curieuse pièce en pointillé bistre. Elle existe aussi en couleur.

L'Eclipse jésuilique, petite pièce satirique, porte aussi la signature Caresme invenit et sculp.

CARMONA (ManoëL-SaLvapor).

Don Manoël-Salvador Carmona, le meilleur graveur espagnol du xvur siècle, est né à Madrid en 1730. Ses grandes dispositions le désignèrent au choix de la cour d'Espagne qui l’envoya , comme pensionnaire du Roi, se perfectionner à Paris. Il y acheva ses études sous la direction de Charles Dupuis. et, vers 1761 seule— ment, retourna dans sa patrie ou il épousa la fille du peintre Raphaël Mengs.

Carmona est un graveur très-sage et très-académique , mais très-habile ; ses premiers ouvrages sont consacrés à la reproduction de grands tableaux reli— gieux. Le Christ apparaissant à la Madeleine , d'après Carle Vanloo, est une œuvre de ses débuts (1754) , ainsi que l’Adoralion des Bergers, d’après J.-B. Pierre (1756) et une Vierge avec l'Enfant Jésus, d'après Van Dyck (1757). Puis nous trouvons Carmona sacrifiant aussi au goût du temps et donnant le Négligé galant d'après Ch. Coypel , (1760) et sous le nom souvent employé d'Amusement de la Jeunesse, une jolie planche d'après Eisen le père, qui représente un jeune homme et une jeune fille jouant avec un petit chien (1761). Le Tendre désir,

d’après Greuze , planche dédiée au marquis de Véri par le graveur Massard , et probablement commandée par lui, nous semble être du même temps.

Ces divers travaux avaient donné à l’Académie Royale le désir de s’adjoindre un aussi habile artiste ; il y fut reçu, le 3 octobre 1701, sur les portraits de François Boucher d'après Roslin, un de ses meilleurs ouvrages , et de Collin de Vermont.

De retour dans sa patrie, Carmona a gravé un certain nombre de portraits importants, Charles IIT, roi d'Espagne (1761), Michel Cervantes, le Duc de Galvez, le graveur Prielo, le Duc d’'Albe (1786) d’après la peinture de Mengs, son beau-père. Carmona a gravé du reste , d'après la peinture de celui-ci, plusieurs autres planches, un Saint Jean-Baptiste, et une Sainte Madeleine , et le portrait de Mengs lui-même.

Une des plus jolies pièces du graveur est celle connue sous le nom du Fils de Rubens et qui représente un enfant assis dans une chaise de bois (1702). Carinona a collaboré en outre à un grand nombre d'ouvrages de luxe publiés à Madrid chez Ibarra, et particulièrement au Salluste , a Conjuracion de Catilina (1772) où ila gravé, d’après Maella, les deux grandes figures, et au beau Don Quichotte de 1780. Le joli frontispice de Las Eroticas de D.Estevan de Villegas est une pièce que n'aurait pas désavouée Choffard, ni comme invention ni comme exécution.

Carmona est mort à Madrid, en 1807.

CARMONTELLE (Louis CARROGIS, dit DE).

Professeur de mathématiques, lecteur du duc d'Orléans , vandevilliste, dessinateur de portraits , graveur à l'eau-forte , faiseur de lanternes magiques, impresario même, Carmontelle a été tout cela. En ce qui touche aux arts, c’est un type de véritable amateur, d'abord parce qu'il n’a pas fait métier ni argent de sa facilité et de son talent à portraicturer les gens qui posaient devant lui, ensuite parceque ses portraits ne dépassent pas, comme valeur artistique et malgré beaucoup de ressemblance , une honnête médiocrité.

Carmontelle était le fils d’un cordonnier nommé Carrogis, et avait un frère qui succéda à leur père dans la boutique qui faisait le coin de la rue des Quatre-Vans. Pourquoi changea-t-il son nom contre celui de Carmontelle ? 11 est probable qu'il était peu agréable à l’homme de lettres, au familier des princes, de porter un nom trop célèbre peut-être, bien qu'honorable, dans la cordonnerie. Voilà un exemple de plus à ajouter à ces métamorphoses, dont quelques-unes, comme celle d'Arouet- Voltaire, sont restées célèbres.

Né le 25 août 1717, à Paris, Carmontelle fit de bonnes études et fut placé de bonne heure auprès des

284 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.

enfants du duc d'Orléans en qualité de professeur de mathématiques ; mais bientôt, particulièrement distinguëé pour sa tenue, son esprit et ses talents, le prince le nomma son lecteur. M" de Genlis, qui elle-même faisait partie de sa maison, après avoir vu pendant quinze ans sans interruption Carmontelle, soit à l’ancienne cour de Villers - Cotterêts, soit au Palais-Royal, s’est plu à rendre à sa mémoire un juste tribut d'éloges !. Elle nous apprend que « cette place de lecteur était subalterne, puis- » qu'elle ne donnait pas le droit de manger avec les » princes, même à la campagne. Ainsi que le docteur » Tronchin, dit M" de Genlis, M. Carmontelle jouissait » de la distinction de venir tous les soirs prendre des » glaces avec le Prince et les personnes de la cour, » mais Tronchin ne passait jamais que deux ou trois > jours à Villers-Cotterêts, tandis que Carmontelle y » était attaché à demeure pour toute la belle saison. » Pourtant par son instruction, Sa l'ÉSel ve sans ëmbarras, sa gaîté piquante et les agréables services qu'il rendait à la cour du duc, Carmontelle y avait su prendre une excellente place et y devint même indispensable. Il était l'organisateur de toutes les fêtes et principalement des représentations théâtrales , si goûtées de la société d'alors. Il avait eu un grand succès en lisant quelques comédies plaisantes , et ayant proposé d'écrire des impromptus, pour utiliser, en les représentant, les loisirs des hôtes de Villers-Cotterêts, son offre fut acceptée avec enthousiasme. De là cette

1 Notice en tête des Proverbes et Comédies posthumes de Carmontelle. Paris, 1825. 3 vol. in-8.

série de petites comédies , pièces à la trame légère et sans aucune action dramatique, qui ont reçu le nom de Proverbes et que notre artiste composait en une matinée. Le recueil qu'il finit par faire imprimer, a fourni un curieux Théâtre de Société. À défaut d’intérêt et de passion, l’on y trouve beaucoup d’aisance et de naturel, mais un reproche que l'on pourrait adresser à son style aussi bien qu'à ses portraits, c'est qu'à force d'être naturel, il tombe dans le commun. L'auteur , du reste, n'y mettait pas grande prétention et disait bien haut que ses comédies n'étaient pas faites pour être apprises par cœur ; il voulait, au contraire , qu'on les jouât de tête et d'initiative, en n'en suivant que le plan et les idées.

Carmontelle, qui était un des acteurs de ses pièces, ne manquait jamais d’y placer un rôle qu'il se réservait, celui d'un mari à la fois avare, amoureux, Jaloux et bourru. Il représentait ce personnage avec une vérité qui lui en assurait le privilége exclusif et qui fit dire un jour au duc d’Yorck, frère du Roi d'Angleterre, qui assistait à une représentation : Cela est si parfait que si cet homme-là veut se marier, ù ne trouvera jamais une femme.

Commensal comme Carmontelle de la cour du due d'Orléans , Collé, dont notre artiste, nous voulons le croire, exagère dans son portrait le nez démesuré, parle assez peu dans son Journal du dessinateurauteur dramatique; pourtant, en 1764, à propos d'une comédie appelée la Soirée à la mode ou le Cercle, arrangée par Poinsinet et dont Carmontelle avait eu la première invention, il lui rend justice : « Le tableau que présente le Cercle et qui a un mou-

> vement théatral et une action pour plaire, est une » idée heureuse , mais qui n'appartient pas à M. Poin- » sinet. Elle est d'un M. de Carmontelle, lecteur de » M. le duc de Chartres , car les lecteurs font aujour- > d’hui des comédies. Il y a déjà plus de 3 ou 4 ans que » M. de Carmontelle a lu, dans différentes sociétés de » Paris, et même y a fait représenter une fois, la » comédie du Souper , qui est en deux actes. C'est » exactement pour le fond le même sujet que celui de » la Soirée à la mode. C'est sûrement d'après les > connaissances que M. Poinsinet a eues de la comédie > de M. Carmontelle que ce premier a maçonné la > sienne , celle du dernier ayant fait le sujet de la » conversation de Paris , du moins de tous les amateurs » de théâtre, pendant tout un hiver. Toute faible donc » qu'en est l'invention, M. Poinsinet n’en a pas le » mérite; c'est le petit bien d’un autre. »

C'était une rage , du reste, à cette époque , de jouer la comédie de salon. Le duc d'Oriéans prenait pius de plaisir que personne à ce divertissement, et souvent même y jouait un rôle. Il avaitthéâtre à Meudon, à Bagnolet, à Villers-Cotterêts et au faubourg du Roule. Ce dernier avait été eonstruit sur les dessins du peintre Pierre et, comme on luifaisaitle reproche que sa salle était trop noble pour le genre de pièces qu'on devait y représenter, il répondit qu'il avait fait la salle pour le maître et non pour les comédies qu’on y jouait.

Collé, et aussi Laujon, étaient plutôt les fournisseurs des scènes de Bagnolet, où leur genre se trouvait plus à l’aise pour toutes les libertés de langage qu’on leur laissait prendre, pendant qu'à Villers-Cotterets,

résidence officielle du due d'Orléans, qui y recevait sa famille , on représentait les comédies et les proverbes plus convenables de Carmontelle et autres : Bagnolet était la Petite Maison. C'est là que trônait Marquise, autrement dit Mere Le Marquis , ci-devant danseuse de l'Opéra, et là qu’elle jouait avec une verve endiablée, en compagnie de son royal amant, le Joconde de Collé, ou bien son Rossignol et sa Partie de chasse de Henri IV.

Plus tard quand Madame de Montesson régna sur le cœur du duc, ce fût à Villers-Cotterets ou au Raincy que l’on joua les impromptus et les à-propos de Carmontelle qui figuraient habituellement dans le programme des divertissements de la villégiature. On conçoit combien les fêtes et les réceptions des princes attiraient de beau monde. Aussi Carmontelle ne s’occupait-il pas que du théâtre, dont il brossait également les décors , mais une de ses grandes occupations était de faire poser soit les visiteurs des princières résidences , soit les familiers de la maison. Ces portraits faits généralement de profil, en pied, de format in-folio, sont d’une ressemblance très fidèle , bien que terre à terre et sans grand style. Au crayon, lavés d'aquarelle , rehaussés quelquefois de pastel ou de gouache , ces dessins forment une galerie des plus curieuses et des plus intéressantes , particu— lièrement pour les descendants du duc d'Orléans, puisque ce sont les portraits des amis de leur famille. Grimm, dont il a du reste dessiné le portrait, nous apprend dans sa Correspondance que « M. de > Carmontelle se fait depuis plusieurs années un recueil > de portraits dessinés au crayon et lavés en couleur

» de détrempe. Il a le talent de saisir singulièrement » l'air, le maintien, l'esprit de la figure, plus que la >» ressemblance des traits. Il m'arrive tous les jours de » reconnaître dans le monde des gens que je n'ai > jamais vus que dans ses recueils. Ces portraits de » figures, toutes en pied, se font en deux heures de » de temps avec une facilité surprenante. Il est ainsi » parvenu à avoir le portrait de toutes les femmes de » Paris de leur aveu. »

Carmontelle , qui faisait quelquefois, pour la donner, une copie du portrait qu’il venait d'exécuter, conservait avec soin les originaux et s’était formé une collection curieuse. C’est évidemment celle-ci qui s’est retrouvée en grande partie, en 1831, à la vente de la Mésangère, où fut vendu un recueil de 520 portraits de Carmontelle. Ce sont, tout porte à le croire , les mêmes qui, après être passés en Angleterre, figurent maintenant dans la belle bibliothèque de Chantilly 1.

4 C'est dans le nouveau château de Chantilly, reconstruit et restitué de la façon la plus artistique en même temps que la plus grandiose, que se trouve installée la magnifique bibliothèque de S. A. R. le Duc d’Aumale.

Les livres qui composent cette collection véritablement unique ne sont pas placés tous dans la même galerie. Dans un premier salon , que l’on pourrait appeler /e Temple du vélin, sont placés tous les ouvrages sur peau de vélin, manuscrits et imprimés. C'est là que se trouvent des manuscrits du Duc de Berry, ce bibliophile, frère de Charles V, qui avait réuni une si admirable collection, là qu'on admire le Miroir historial, énorme manuscrit enrichi pour lui de superbes miniatures ; là qu'on retrouve ceux de Jacques d'Armagnac Duc de Nemours, celui-là même qui fut décapité; enfin ceux du Connétable de Montmorency, l’un des anciens propriétaires de Chantilly ; c'est là qu'il faut chercher des productions plus modernes de la calligraphie : les manuscrits de Jarry, par exemple, bien précieux dans leur genre, une quinzaine environ généralement reliés par Le Gascon, et à côté desquels se pava-

Carmontelle, tout en étant un fidèle de la maison d'Orléans, faisait aussi profiter de ses talents quelques maisons amusantes de son temps, et Benjamin de la Borde, l’auteur des Chansons, ne dédaignait pas de mettre en musique quelques-uns de ses proverbes, pour les faire représenter sur les théâtres privés des grandes courtisanes : « On parle beaucoup, écrit » Bachaumont à la date du 12 décembre 1768, des > spectacles magnifiques que donne.à sa superbe maison >» de Pantin, Mae Guimard , la première danseuse de » l'Opéra , très-renommée par l'élégance de son goût, > par son luxe toujours nouveau, et par les beaux > esprits , les artistes , les gens à talent de toute espèce » qui composent sa cour et la rendent l'admiration du » siècle... M. Collé semble avoir consacré son théâtre

nent, écrites par le calligraphe Lecoulteux, élève du maître, /es Heures de Madame de Chamillard, en maroquin doublé à ses armes.

Et puis les Livres d'Heures , les Missels, les Coutumes de toutes les provinces de la France, le tout , nous l'avons dit, imprimé sur vélin; enfin , au milieu de ces richesses, brille un livre cher aux nombreux amateurs du XVIII® siècle, l’exemplaire imprimé sur vélin des Chansons de La Borde, contenant les dessins originaux de Moreau, Lebouteux, Le Barbier et Saint-Quentin.

Dans une sorte de vestibule orné de portraits historiques, se trouve une bibliothèque annexe dont le contenu n’est pas à dédaigner. L'Anacréon de 1773, exemplaire formé par Lamy, relié par Derôme, et recélant les dessins originaux d'Eisen, les tirages à part et les contreépreuves gouachées , y figure à côté des dessins originaux du même Eisen pour les Contes de La Fontaine des Fermiers-Généraux , et de beaux livres en vieille reliure.

Dans un coffre en vieux laque se trouve cette collection unique de dessins de Carmontelle dont nous avons parlé, qui représentent les amis des ducs d'Orléans, les visiteurs, les personnes de leur entourage et même leurs serviteurs.

Mais la nartie la plus considérable de cette bibliothèque princière se développe dans une admirable galerie à deux étages d’armoires. Dans

» de société à être joué chez elle. M. de Carmontelle a > fait un recueil de Proverbes dramatiques destinés > au même effet. Ils ont été mis en musique par M. La > Borde, cet amateur qui ne croit pouvoir mieux > employer ses connaissances que pour l'’amusement de » la moderne Therpsicore. Les amateurs des différens > spectacles se dérobent, quand ils le peuvent, à leurs > occupations et viennentjouerà la maison de plaisance. » Jeudi 7, fête de la Vierge, on a représenté /a Partie > le chasse de Henri IV, avec un proverbe pour > petite pièce, des amateurs dont on vient de parler.

> Le public brigue l'honneur d’être admis à ces spec- - tacles et c'est toujours un concours prodigieux. » M. Le Maréchal Prince de Soubise les honore souvent

» (le sa présence et ne contribue pas peu à soutenir

celles du haut se trouvent les grands ouvrages, les livres de travail , les ouvrages modernes. Dans celles du bas, tout en glaces maintenues dans des armatures de fer, et dont le Prince seul a la clef, est rangée en bel ordre une des plus nombreuses sélies de livres précieux qui existent. Est-ce nécessaire de dire qu’il sait vous faire les honneurs de toutes ces merveilles avec une science et une bonne grâce parfaites ? Les livres sont de diverses provenances : D'abord la première collection du Due, les beaux livres provenant des Condé, la collection Cigongne, si précieuse, et les nouvelles acquisitions qui sont loin d’être interrompues. Que citer dans ce prodigieux amas de richesses à faire pâmer tous les bibliomanes ? Des Grolier, des Mansfeld, des Bossuet ? Dans les instants trop courts mais si bien remplis qu'il nous a été donné d’y consacrer, nous avons remarqué les éditions princeps de tous nos grands classiques, un délicieux exemplaire de Plutarque relié par Boyet, une série d'auteurs latins dits Variorum, en maroquin doublé par le même relieur, les Elzevier non rognés les plus rares, les Œuvres de Bourdaloue dans une exquise reliure de Padeloup, la première édition des Contes des Fées de Perrault (1697), exemplaire du grand Condé dont on a conservé les armes à l'intérieur de la nouvelle reliure, enfin la Manon Lescaut brochée de 1753, dans une excellente reliure d’un artiste apprécié là comme ailleurs, Trautz-Bauzonnet.

Ces

> cette dépense fastueuse. Melle Guimard y joue quelque- > fois, mais son organe sépulchral ne répond pas à » ses autres talens. C’est une courtisane qui fera > vraiment époque par là et par son art dans le rafine- > ment des voluptés et dans les orgies qui se célèbrent » Souvent chez cette nymphe dont on rapporte des > choses merveilleuses. »

Carmontelle qui a dessiné tant de portraits n’a gravé que six pièces. Baudicour en signale bien une septième, le Duc de Luynes, mais avoue ne l'avoir jamais vu. Il doit le confondre avec le portrait du duc de Chevreuse, gravé par Saint-Aubin. Ces six pièces à l’eauforte sont : 1°/’Abbé Allaire, précepteur du duc de Chartres ; 2° le Baron de Bezenval, un familier du Palais-Royal ; 3° Ze Duc d'Orléans et son fils le jeune Duc de Chartres (1759). C'est le plus intéressant des portraits gravés par Carmontelle. Assis dans la salle de jeux, Louis Philippe d'Orléans est de profil et tourné à gauche pendant que son fils Louis-Philippe-Joseph, qui fut appelé pendant la Révolution Philippe-Égalité appuie sa jambe droite sur le bras du fauteuil et sa main sur l'épaule de son père. La rotondité du père, la maigreur juvénile du jeune prince , tout indique ici des portraits absolument intimes. Ils n’en sont que plus intéressants ; 4° deux petites pièces , légèrement chargées, représentant le musicien Rameau, dans l'allure de la marche, et Voltaire se promenant dans les environs de son château des Délices : 6° enfin Carmontelle a gravé une charmante petite pièce d’après Boucher, appelée la Bouquetière.

Les portraits gravés d’après ses dessins par divers artistes sont plus nombreux que ceux exécutés par lui-

292 LES GRAVEURS DU XVill® SIÈCLE.

même. Il faut citer en première ligne le portrait du Duc d'Orléans, à cheval, daté de 1763, et qui a êté gravé par Delafosse. Celui de Dortous de Mairan et celui du Président Durey de Meynières, du même graveur; (ce personnage à la figure si fine a été représenté avec cette épigraphe : Swentio gaudel ) ; M. Trudaine de Montigny, le Conseiller Lambert (Vir el civis); Du Resnel, abbé de Sept-Fontaines , Joseph Xaupi, dans sa bibliothèque, un livre sur les genoux, enfin Petit de Bachaumont, amateur, gravé par Houël, sont datés de 1761. Ce dernier personnage, qui nous a laissé de si curieuses notes sur les arts et la littérature de son temps, dans ses Mémoires secrets, n'a pas manqué, pour marquer sa reconnaissance à Carmontelle, d'y annoncer l’un de ses portraits.

Le 28 mars 1762 : « Tout le public voit avec plaisir > une ingénieuse gravure de Carmontelle , amateur et > artiste lui-même. C’est le portrait de M. l’Abbé » Chauvelin, ce redoutable écueil contre iequei soni > venus se briser l’orgueil , l'astuce et la politique des > Jésuites. Il est représenté avec les attributs de la > magistrature, tenant en main le livre des contri- > bulions. On lit au bas ce simple et magnifique éloge : > non Sibi, sed patriæ nalus. »

il faut encore citer, parmi les plus intéressants des portraits gravés d’après les dessins de notre artiste, ceux de Me Hérault et de M de Séchelles, sa bru, (c'est-à-dire M" Hérault, née de Séchelles, femme du lieutenant de police, et.M"° Hérault de Séchelles , sa bru, mère du conventionnel) et celui du mathématicien Clairaut (1763) qui sont gravés par Delafosse. Une intéressante estampe de cet œuvre, du même graveur,

est celle qui représente /a Famille Mozart faisant de la musique (1764). Léopold Mozart, le père, joue du violon, Marianne , sa fille chante pendant que le petit Wolfgang, le futur auteur de Don Juan, virtuose alors àgé de sept ans, joue du piano.

N'oublions pas la bonne grosse figure du ministre de Saxe, de Fontenay (1765), les portraits réunis du Chevalier de Montbarré et du Marquis d'Entragues, la figure fine et souriante de /’ Abbé de Neuville, avec son brocanteur Gtrard, debout près de lui; enfin un portrait de Franklin, gravé par Née chez qui il se vendait, est orné de ce vers :

On l’a vu désarmer les tyrans et les dieux.

Dans l'œuvre de Carmontelle, une pièce importante est cette composition de 7/4 Malheureuse famille Calas (1765) dont le triste sort avait émotionné tant de gens, sans parler de Voltaire. Elle a été gravée avec soin par Delafosse.

Bachaumont dans ses Mémoires secrets, décrit avec précision cette estampe : « Souscription pour une » estampe tragique et morale. Elle roule sur la malheu- » reuse affaire de Calas. M. de Carmontel, lecteur de > M. le duc de Chartres , connu par ses dessins pleins » d'esprit et de facilité, a composé un tableau que le » sieur de La Fosse grave actuellement. Il représente » six portraits de la plus exacte ressemblance : celui » de la veuve Calas, ceux de ses deux filles, de son > fils , et de la courageuse servante qui a partagé toutes >» les disgràces de ses maîtres. Ce groupe intéressant » est attentif à la lecture d’un mémoire que tient » M. Lavaysse , placé vis-à-vis et debout... »

Le 28 mars 1766, Bachaumont en annonce la distribution , après avoir constaté que non-seulement l'impératrice de Russie a donné 5,000 livres, mais que la France et toute l'Europe s’est empressée de souscrire à un pareil acte de charité, ce qui semble indiquer que l'estampe se vendait au profit des victimes.

Carmontelle a encore dessiné de nombreux portraits d'acteurs, Brizard, M°e Lany, danseuse de l'opéra, Grandval, Lehkain, M" Favart, et même le célèbre Garrick, sorte de caricature faite ad vivum, au Raincy , sous les yeux du duc d'Orléans.

Une autre estampe intéressante aussi, gravée d’après les dessins de Carmontelle, est le Pas de deux, dansé au deuxième acte de l'opéra de Sivie, et dans laquelle Tilliard a reproduit avec soin et habileté les figures de Dauberval et de Me Allard. Quant aux portraits dessinés de Carmontelle et qui n’ont pas été gravés, ils sont innombrables. Citons ceux de M" d'Epinay, de M du Defjant, de M. ae Sait-Marc, do M de Pompadour, sans parler du portrait de Carmontelle lui-même assis à son bureau.

Nous n'avons pas encore dit un mot d’un autre talent de notre portraitiste. Il avait eu l’idée de faire sur du papier transparent une espèce de lanterne magique ; sur ces bandes de papier étaient représentées des scènes de son invention et, soit au jour devant une fenêtre, soit à la lumière, elles produisaient un agréable divertissement. Carmontelle n'avait pas de plus grand plaisir, a-t-on dit, que de neltre ses proverbes en transparents el ses transparents en proverbes.

« À mon retour en France, écrit M de Genlis, » Carmontel vivait encore. Il vint me voir souvent à

» l'Arsenal et me montra cette sorte de lanterne >» magique si originale et de l'effet le plus agréable. Il » était alors en marché pour la vendre très-avantageu- » sement en Russie. J’ignore ce qu'elle est devenue. »

Deux pièces curieuses dues à Carmontelle lui ont été inspirées par le duc de Chartres qui voulait se moquer de la fureur du goût grec, que l’on cherchait alors à substituer au rococo Pompadour et qui a réussi si bien, sous le nom plus usité de style Louis XVI, à le supplanter. Ces deux pièces satyriques et bouffonnes ont pour suscription : Projet d'un habillement d'homme à la grecque el d'un habillement de femme qui feraient bien de l'honneur au gout. Les têtes y sont représentées par un vase funéraire , les bras par des guirlandes de feuilles de chêne avec un petit nœud de rubans, tandis que les jambes et les pieds sont cannelés.

Si l'on en croit M": de Genlis, Carmontelle fut aussi heureux qu'il méritait de l'être. Il avait des amis et même des admirateurs. Son caractère était si doux, ses mœurs si pures, ses talents si aimables qu'il n’excita Jamais l'envie.

Enfin d'après elle , il jouissait d’une honnête aisance, ce qui ne s'accorde guère avec cett> anecdote qu'il dut, sur la fin de sa vie, déposer ses manuscrits au Mont-de-Piété, contre une petite somme d'argent dont il avait besoin , ce qui fit dire que « c'était peut-être la première fois que la finance eût avancé de l'argent sur l'esprit.» Ilest probable que c’est plus encore sa réputation de probité que sa réputation littéraire qui produisit ce miracle.

Carmontelle mourut à Paris, le 26 décembre 1806.

Vu l'allure toute particulière des portraits de Car-

montelle, et l'habitude prise de les cataloguer tous sous son nom dans les ventes, nous indiquons ici ceux qui ont été gravés par et d’après lui, plutôt que de les disséminer aux articles des graveurs.

PORTRAITS, erc.

. L'abbé ALLAIRE, précepteur de Mer le Duc de Chartres , tourné

vers la gauche, debout devant un escalier. — Carmontelle delin. et sculp.

Existe avant la lettre, ainsi que la plupart des portraits de Carmontelle, mais d'une rareté très-exceptionnelle dans cet état.

. Louis Petit de Bachaumont , assis, tourné à gauche. Au fond , la

colonnade du Louvre. Columna stante quiescit. — Gravé par Houël, 1761.

. Le Baron de BEZENVAL, debout, de profil à gauche, la main

gauche dans sa poche , la droite dans son gilet. — Carmontelle del. et sculp.

. Le comédien Brizard, rôle de Narbas dans Mérope. — Chez Dela-

fosse.

. Chauvelin, assis dans une chambre du Palais-de-Justice, ouvrant un

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