LA PREMIÈRE ÉTAPE DE L'ÉVOLUTION DU MONOTHÉISME
Etant donné le manque complet d’autres documents historiques que la Bible pour nous renseigner sur l’origine du peuple juif, nous sommes forcé de prendre comme point de départ leur exode d'Egypte, sous la conduite de leur chef, Moïse, qui avait pris pour tâche de former une nation d’une collectivité d'hommes de corvées employés dans les travaux de fortifications et dans
les pyramides d'Egypte. Quant à la présence et à l’origine de centaines de mille d'Israélites, en Egypte, ce sont, d’après les récits bibliques, les douze fils de Jacob qui, ayant suivi l'appel de leur frère Joseph, occupant un poste élevé à la cour d'Egypte, sont venus s'établir dans la vallée du Nil et qui, grâce à sa protection, ont fini par prospérér, par ‘se multiplier et par former. les douze tribus d'Israël. Mais il est plus probable que les Hébreux, comme peuple pasteur et nomade, aient suivi le même courant que d’autres peuplades de la même race, tels que les Phéniciens, qui émigrèrent dans la vallée du Nil, région prospère et fertile, dans le but d'améliorer leurs conditions d’existence, d'autant plus que sous la dynastie des Hycsos, peuple pasteur d’origine, qui ont régné pendant deux siècles en Egypte, ils ont trouvé beaucoup de facilité pour s’y établir dans des conditions favorables. Ce n'est qu'après l'expulsion des Hycsos de l'Egypte que leurs protégés, les Hébreux, qui étaient restés dans ce pays, ont été maltraités par les Pharaons de la XVIII: dynastie. Quant à Moïse, la Bible nous le présente comme le libérateur en même temps que le législateur du peuple juif. Elle nous raconte également qu'à la suite d’un des accidents de la persécution, Moïse fut exposé, quelque temps après sa naissance, sur les rives du Nil d'où il fut recueilli par la fille du Pharaon qui l’adopta et le fit élever à la cour de son père où il fut instruit dans les arts et les sciences cultivées en Egypte par les prêtres, qui étaient les seuls dépositaires de la culture égyptienne. Mais un jour, il eut. le malheur dé tuer un surveillant qui maltraitait des Hébreux employés dans les travaux de fortification. Il se réfugia à la suite chez les Médianites où il épousa la fille du grand prêtre Jétro. Parmi ses excursions près du mont Horeb, il eut un beau jour, une révélation par laquelle Dieu l'avait chargé d’aller délivrer le peuple d'Israël de l'esclavage des Pharaons. Après quelques essais infructueux, il réunit tous ses compatriotes, abandonne avec eux l'Egypte en traversant la mer Rouge à sec et se dirigea vers le désert de l'Arabie, et à l’arrivée à la péninsule du Sinaï, Jéhovah lui dicta les dix mandements divins qui constituent encore aujourd’hui les principes fondamentaux de la morale de la société humaine. Moïse, après être descendu de la montagne avec le Décalogue inscrit sur les tables en pierre, le fit connaître à son peuple. C’est la première fois que le monothéisme, dans sa pureté, fut proclamé d’une manière solennelle, avec défense absolue d'adorer des dieux étrangers et de représenter Jéhovah sous une forme sensible quelconque. Immédiatement après, un
pacte fut conclu, par l'intermédiaire de Moïse, entre Jéhovah et son peuple, où il est dit :
« Si tu obéis à la voix de Jéhovah, ton Dieu te mettra très haut « parmi les nations de la terre, mais si tu n’obéis point à la voix « de Jéhovah, toutes les malédictions viendront sur toi et seront « ton partage. » |
Il n’y a pas de doute que Moïse, ayant recu une éducation et une instruction supérieures à la cour d’ Égypte et ayant été initié par les prêtres aux mystères de la religion égyptienne qui, pendant les xvrme et xvirme dynasties, renfermait déjà les principes de monothéisme, ait su, par son intelligence, la perfectionner et élever l’idée de la divinité à l'idéal d’un Être suprême qui gouverne les destinées humaines, tandis que les tribus des Beni-Israël, en contact continuel avec le bas peuple égyptien, s'étant habitués à l’idée polythéiste et à adorer Dieu sous des
formes distinctes, tantôt sous forme d’astre ou d'animal, tantôt
sous forme de pierre ou de figure en métal de fonte, étaient incapables de concevoir le monothéisme dans toute sa pureté. Par conséquent, Moïse a eu beau imposer à son peuple l’idée du monothéisme, d’un côté l'ignorance et la superstition et, d’un autre côté, l'habitude, l'exemple et l’atavisme l'ont fait toujours pen-
‘cher vers l’idolâtrie. En effet, dès que Moïse s’éloignait du milieu
de son peuple ou se relâchait un peu dans sa surveillance, celuici retournait de nouveau au culte égyptien d’Apis, par l’adoration du veau d'or ; aussi fut-il obligé, dans maintes circonstances
- d'employer des mesures de rigueur et de punir même de la peine
de mort ceux qui violaient le pacte. L’Ancien Testament abonde en accusations d’infidélités du peuple élu vers Jéhovah, tant sous le gouvernemeut des juges que des prophètes, ce qui prouve que le monothéisme n'a pas pris sitôt des racines parmi le peuple juif et qu’il a fallu un grand nombre de siècles avant qu'il n'ait pénétré dans l'âme du peuple d'Israël. Moïse, s'étant bien rendu compte de la difficulté de sa mission, pour former une nation d’une collectivité humaine intoxiquée par la superstition et l'ignorance,
jugea indispensable d'établir une foi religieuse commune recon-
naissant un Dieu national unique.
Il commença par octroyer le Décalogue comme une révélation directe de Dieu, qui devait servir de code de morale sociale et de Len sacré entre Dieu et l'homme ; ensuite, il fit adopter un grand nombre de mesures de police sanitaire qui constituent sous la forme de préceptes religieux un système de préservation collec-
tive, et, pour pouvoir les mettre en vigueur, il fut obligé de les
revêtir d’une forme sacrée et de se servir de l’intimidation religieuse contreleur violation. «C’est pourquoi, dit Michel Lévy (1)
dans son traité d'hygiène, la prophylaxie biblique se présente enveloppée de rites et de cérémonies qui paraissent étrangers au but hygiénique ; mais en la dégageant de cet appareil, on ne
tarde point à reconnaître ce qu’elle a de rationnel et d’utile : et
ce luxe de formes religieuses, cet accompagnement d'obligations en apparence singulières, ne nous hâtons pas de les
traiter avec mépris ; l’orgueil d’une civilisation supérieure
fausse le point de vue du passé. Dans le système sanitaire de
Moïse, le cohen (prêtre) remplit le premier office : c’est le cohen qui est appelé à constater les/premiers signes d’une
affection réputée contagieuse ; le cohen seul a compétence pour
la distinguer de toute autre maladie, et la fatale ordonnance
de séquestration ne doit sortir que de sa bouche. Le lépreux paraît-il guéri, c’est le cohen qui vérifie son état et prononce,
s’il y a lieu, sa réintégration dans la tribu, c’est-à-dire son retour à la vie civile. Voilà donc un véritable ministre de salubrité
publique commis aux hommes du sanctuaire, et c’est dans la
religion seule que ces hommes pouvaient puiser l'autorité nécessaire à l'exercice de leurs fonctions. Dé là l’idée d'impureté, attachée à certaines maladies dont le Contact pouvait être redouté, ou qui, par leur masque hideux, devaient provoquer, avec l'idée de la contagion, une répugnance et un dégoût universels. L'idée de purification est corrélative à celle d’impureté; et comme la maladie, envoyée de Dieu, emportela signification d’un châtiment, guérir ne suffit point : il faut quele convalescent soit rédimé devant l'Éternel par le cohen. Le sacrifice du péché complète et consacre le traitement ou les mesures hygié niques. La nécessité de s’adresser au cohen pour la rédemption des impuretés corporelles assurait à celui-ci l’ascendant et la vénération dont il avait besoin pour l’accomplissement de son ministère ; en même temps, elle servait de garantie à la réalité des guérisons. La publicité et la solennité des rites n’avaient pas moins d'avantage pour ceux qui en étaient l'objet ; en les replaçant dans les conditions de leur vie antérieure, le cohen écartait par là de leurs personnes le reste d’appréhension et de : répugnance qu'inspire encore le souvenir d’une maladie contagieuse.
« Le principe de la prophylaxie mosaïque, c’est l'isolement, la
() Michel Lévy. — Traité d'hygiène. Tome 1°, page 5.
séquestration ; et en reléguant le malade hors du camp ou aux portes de la ville, le législateur du désert nous enseigne l’emplacement le plus convenable des ambulances et des hôpitaux. Eloigner les malades, ce n’est point les guérir ; mais dans l’intérêt d’une population agglomérée, c'était la seule mesure rationnelle à prendre dans un temps où il n’y avait ni diagnostic, ni thérapeutique. Il est donc d’esprit de toute législation sociale de sacrifier l'individu à la masse, imitant en cela la nature qui veille au maintien de l'espèce ; encore les prescriptons particulières dans l'intérêt des individus malades ne manquent-elles point dans la Bible. Le précepte de l’isolement est largement appliqué par Moïse aux hommes et aux choses dans les cas de lèpre déclarée, d’écoulements gonorrhéiques, de flux menstruel : « Le lépreux, en qui est la plaie, aura ses vêtements déchirés, sa chevelure sera en désordre, il sera couvert jusqu'aux lèvres et criera : impur, impur ! » Après cet acte de notification au public, il est placé hors du camp. Le septième jour de cette relégation, nouvel examen de la plaie par le cohen, et si la lèpre se confirme, on brüle Le vêtement du malade, puis, après sept autres jours d’expectation,
la plaie est l’objet d’un nouvel examen, et d’autres mesures sont ordonnées suivant l’état où elle se présente. Dans le cas de guérison, le malade sortira du camp: et voici que la plaie de lèpre est guérie, la période de purification commence.
Réintégré dans le camp, l’ancien lépreux demeure encore sept Jours hors de sa tente. Dans cet intervalle, il a baigné deux fois son Corps dans l’eau, il a rasé son poil, sa tête et sa barbe, et nettoyé deux fois ses vêtements. Ces pratiques personnelles se terminent par le sacrifice de délit. Mais l'habitation du lépreux a été déclarée immonde comme sa personne: elle est l'objet d'une série aggravante de prescriptions ; la simple fermeture,
l'enlèvement des pierres qui ont été souillées par le malade, le grattage des murs, enfin la démolition. Dans les cas les plus légers, le cohen se contente de désinfecter la maison avec le sang d’un oiseau égorgé, avec de l’eau vive, avec l'oiseau vivant et le bois de cèdre.
€ Quoi de plus sage que la séparation, prescrite entre homme et femme pendant la période menstruélle et quand l'écoulement menstruel venait à se prolonger? Et ces ablutions répétées,
qui en reconnaît l'utilité à une époque où l'emploi du linge était ignoré, dans les sables du désert, sous les rayons d’un ciel ardent? La prohibition des alliances entre les consanguins et
LES GRÉCS ET LES SÉMITES à les proches ne dénonce-t-elle pas une observation profonde des causes qui déterminent la décadence des races et l’abâtardissement des familles? En choisissant lui-même sa femme hors de la maison d'Israël, n’a-t-il pas donné à la fois un exemple de tolérance et le précepte salutaire du croisement des races ? Dans quels détails minutieux n’entre-t-il pas pour assu- . rer la salubrité des demeures privées et publiques des maisons
€t des villes ? Il ne dédaigne de mentionner aucune particula-
rité, si infime qu'elle soit, lorsqu'elle peut influer sur la santé de tous, Chef d’un peuple nomade dont l’organisation définitive est ajournée jusqu’après la conquête de la terre promise, il sait régler un camp dans son assiette hygiénique ; rien n’est omis : € Tu auras hors du camp un lieu pour les besoins de la nature, et tu porteras avec toi une pique suspendue à ta ceinture,et quand, tu te seras aCCTOUPI, tu creuseras avec cette pique la terre d’alentour et tu recouvriras les matières dont tu te seras soulagé. » Ce précepte, que le soleil de l'Arabie rendait
si urgent, est oublié aujourd’hui dans ces mêmes lieux où il a
été dicté, jusque dans les villes, au grand détriment des popusations. Le régime alimentaire ne pouvait échapper à la police du législateur hébreu ; il ne pouvait ignorer les effets de lalimentation sur la constitution des individus comme suf l'avenir physique d’une nation. Dans l’histoire qu’il a tracée des évolu-" tions du genre humain jusqu’à son époque, il fait connaître les. extensions successives que la substance alimentaire a reçues ; il nous montre l’homme passant de la nourriture la plus simple à la multiplicité des aliments, mais pris encore en grande partie parmi les végétaux, auxquels il ajoute le lait, Dans une période plus avancée, les exigences de l’organisme se sont augmentées: la chair des animaux, les liqueurs fermentées, les assaisonnements de différentes espèces ont pris place sur la table. Il faisait aux Hébreux assez de latitude pour satisfaire à cette autre loi de lalimentation, à savoir, la variété. La diatétique mosaïque établit, non l’uniformité mais la régularité du régime, et grâce à lui, fidèlement observée de génération en génération, l’immunité singulière dont les Juifs ont souvent joui au milieu des épidémies meurtrières et qui au moyen-âge attirait sur eux les accusations les plus absurdes, les persécutions les plus atroces. On ne peut pas s'empêcher d'admirer l’œuvre du législateur hébreu qui, à une époque encore obscure de l'humanité, embrasse tous les détails de l’économiesociale et l'unité d'action qu’il y établit pour imposer une discipline sani-
« taire à un peuple d'esclaves émancipés d’hier et, pour la rendre
€ plus efficace, il lui donne le caractère divin, et l'hygiène trouve
€ sa sanction dans la religion. »
Un autre petit code traite quelques questions d'ordre civil: il règle la situation des serviteurs: il punit l’homicide, le vol, les coups et blessures, la séduction, la sorcellerie, la bestialité et l'usure. D’après le Décalogue, il était déjà ordonné de consacrer
à Jéhovah le septième jour de la semaine; plus tard, Moïse étend :
cette prescription à une année de repos pour la terre tous les sept
ans.
Pour juger impartialement la haute personnalité de Moïse et ses œuvres, il faut faire abstraction de l’état avancé de la civilisation actuelle, se placer dans le milieu barbare dépourvu de toute culture, tel que fut le peuple juif après son exode d'Egypte, et regarder en face les difficultés qu’a trouvées Moïse pour en
faire un peuple uni et organisé au moyen d’une législation ins-
pirée par la sagesse et la justice divine; et on sera forcé d’admirer les moyens qu'il mit en jeu pour réaliser son but. La pre-
mière chose qu'il fit, c’est de faire connaître à son peuple, l’exis-
tence d’un diem unique, créateur de l'univers ; ensuite, l’origine
de l’homme et de ses rapports avec Dieu, en affirmant que Dieu
a formé l’homme à son image, à savoir, qu'il lui a insufflé une
âme qui est une émanation de l’esprit divin et par conséquent
immortelle comme lui ; il lui enseigha après que, comme créateur du genre humain, Dieu a daigné se révéler à l'homme sous différentes formes, lui dictant sa’volonté, soit au moyen des anges, soit au moyen des visions ou soit par sa personnification directe au mont Sinaï où il lui a remis les dix commandements : qui doivent servir de base d’un pacte entre Dieu et son peuple. Moïse s’est servi ensuite du Décalogue comme code moral et s0cial pour la formation d’un Etat avec des conditions de stabilité,
Ayant considéré la famille comme le noyau principal d’un Etat,
il tenait à sanctionner par un des dix commandements l’obligation pour les enfants d’honorer leur père et leur mère indistine-
‘tement. Le mot patriarche signifie par lui-même l'autorité recon-
nue d’un chef de famille qui s'étend non seulement sur la femme
et les enfants, mais aussi sur toute la parenté consanguine, la tribu était composée d’un certain nombre de familles liées entre elles par quelque parenté. Quant à la position de la femme dans
la famille, on ne lui demandait que deux choses : une descen-
dance masculine et une chasteté absolue. Ces deux conditions
réalisées, elle jouissait d’une grande liberté chez elle, était très
respectée et occupait, dans certaines occasions un grand rôle dans la société. La désobéissance des enfants envers leurs parents, de même que l’adultère étaient souvent puni par la mort. Le divorce était permis, mais le mari était forcé de soumettre le cas, pour son examen, à un tribunal. Le sentiment de devoir filial et paternel, de même que celui de la solidarité de la famille constitue un trait caractéristique de la race juive. Quant auxrapports de l’homme avec ses semblables, l'amour du prochain, la charité envers les pauvres et l'exercice de la justice, même avec ses ennemis, sont des vertus implantées parla loi mosaïque dans le cœur du peuple d'Israël et transmises, ensuite par les prophètes à travers les siècles au christianisme. La Bible recommande
d’aimer le prochain, de secourir les pauvres, de laisser glaner
après la moisson et grapiller après les vendanges. Le prêt à intérêt disparaît entre juifs ; l'esclavage s’y réduit à un état très doux où l’esclave est censé faire partie de la famille : tout homme ayant acheté un esclave le libérera après sept ans, et même, ajoute le Deutéronome (XV, 13) il lui donnera enle congédiant, de quoi suffire à ses premiers besoins ; il lui est défendu de le frapper; s’il lui casse seulement une dent, les juges prononceront. l'affranchissement. Le principe de ia propriété n'y apparaît qu’entouré de correctifs qui l’annulent presque : quiconque aura vendu son champ pourra le reprendre après la septième des
‘années sabbatiques révolue.
Quant au principe de l’immortalité de l’âme, bien qu'il ne figure ni dans le Décalogue, ni parmi les lois morales enseignées par la Bible, il découle de la conception mosaique même, d’après laquelle Dieu a formé l'homme à son image et lui a insufflé l'esprit divin, appelé en hébreu Nechama, tandis que pour le reste de la série animale il s’est contenté de lui donner la wie, appelée en hébreu Nefech. D'ailleurs, le silence de la Bible à ce sujet ne signifie rien ; car l'immortalité de l’âme est une conception purement philosophique et complètement inintelligible pour la grande masse populaire qui aime à matérialiser l'infini. Par conséquent, il est inutile qu’elle figure dans la Bible comme principe religieux ou moral pour être enseignée au même ons
que le monothéisme, d'autant plus que celui-ci, bien qu’à
première vue il paraisse accessible à toutes les intelligences, n’est pas encore bien compris dans les classes inférieures de la société moderné. Mais il y a un fait historique qui prouve d’une mrnière incontestable que la croyance dans l’immortalité de l'âme et dans une vie future s’est identifiée chez les Juifs dans
toutes les époques de l’histoire, avec la foi dans la révélation
mosaique que voici : Parmi les peuples du monde entier qui ont
Joué quelque rôle dans l’histoire, il n’y en a aucun qui aitfourni tant de martyrs et tant de victimes de la foi religieuse que le peuple juif; il n’y en a aucun qui ait souffert autant de persécutions et autant d’injustices par le fanatisme religieux que le peuple juif. Est-ce qu'on pourrait admettre une telle résignation à sacrifier la vie et les jouissances de ce monde sans avoir une foi robuste dans l’immortalité de l’âme et dans une récompense ou punition dans la vie future ? Du reste, les prophètes et les
psaumes sont remplis de phrases et de vers qui témoignent en
faveur de l’immortalité de l’âme. Jéhovah crée les âmes, les esprits sont sortis de lui. Dans les psaumes, l’image d’une vie future et l’idée des peines et des récompenses se reproduisent avec beaucoup de fréquence. L'âme du méchant est vouée au feu de la Géhenne ; l’âme du juste est affranchie du Schéol, et il est dit que Dieu lui montrera le sentier de la vie, qui lui réserve à tout jamais les délices qui sont à sa droite et la joie de contempler sa face.
Toutefois, il faut reconnaître que la doctrine de l’immortalité de l'âme, étant intimement liée au dogme du monothéisme, a évolué progressivement comme aspiration vers un idéal supérieur à mesure que ce dogme s’est perfectionné et s'est purifié de tout élément étranger, ayant fini par former partie intégrante de la conscience nationale, à l’époque de la floraison de la culture juive à l’école d'Alexandrie.
D’après ce qui précède, il est clair que Moïse, à la suite d’une révélation, se chargea de la haute mission de former d’une
collectivité d'esclaves, une nation pénétrée du principe du
monothéisme qui symboliserait l’idée d’un Dieu unique, immatériel qui créa le monde et gouverne les destinées humaines. Cela étant, on se demande comment il apu laisser exister ét même organiser l'institution des sacrifices qui porte plutôt la marque de lidolâtrie. Cette question a été un sujet de discussion et de critique de la part des théologiens hébreux et chrétiens. Il n'y a pas de doute, et c’est même conforme à l’enseignement del’histoire, que les peuples primitifs avaient eu la notion des sacrifices offrant à leurs dieux un être ou une chose qui leur était chère, soit Comme hommage, soit comme victime expiatoire. A l’époque de l’état sauvage de l'humanité, c’étaient des sacrifices humains auxquels, plus tard, furent substitués les sacrifices d'animaux. La Bible même renferme plusieurs exemples de ce
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genre : Abraham voulait immoler son fils Isaac : Jephté était sur le point de sacrifier sa fille pour accomplir un vœu.
Le sacrifice humain fut même reconnu comme un acte méritoire récompensé par Dieu. Maïmonide, afin d'expliquer les raisons pour lesquelles Moïse a institué le sacrifice, dit que c'était une ancienne habitude parmi les peuples d'Égypte d’adorer Dieu au moyen de sacrifices et qu il n'osait pas rompre avec cette habitude tellement enracinée, de peur que les Juifs ne retombassent dans l'idôlatrie ; il préféra les organiser en faveur du principe du monothéisme. En effet, les prophètes Isaïe et Jérémias ont protesté contre l’usage des sacrifices et ont conseillé de les remplacer par les prières, le jeûne et la charité. Moïse était tellement pénétré de la difficulté de détourner son peuple de ses anciennes habitudes et de ses mœurs idolâtres qu’à son lit de mort, il remit le Livre de la loi (1) aux lévites en leur disant: « Prenez ce livre afin qu’il soit comme un témoignage contre toi, Israël, car je sais combien ton esprit est rebelle et ta tête dure. De mon vivant, tu n'as cessé de te révolter contre Jéhovah, combien davantage ce sera après ma mort! » Il a chargé Josué de lui succéder dans sa mission, et ce dernier conduisit les Hébreux à Chanaan dans la Terre promise. Sous sa conduite, les Israélites firent la conquête de la Terre promise que les douze tribus se partagèrent tant bien que mal. Après la mort de Josué, ils eurent 14 chefs ou juges qui les gouvernèrent depuis 1585 jusqu’à 1096 avant l’ère chrétienne; mais les divisions entre les différentes tribus et l'abandon de leur culte religieux leur valurent souvent d’être envahis par les peuples voisins, les Mohabites et les Philistins. Ce n’est qu'après l’arrivée au pouvoir de Samuel, le dernier juge qui a réussi à rétablir dans toute sa pureté le culte national parmi les différentes tribus d'Israël et à régénérer ce peuple retombé dans l'idolâtrie, que la paix est venue régner en Palestine. Dans le but de fortifier la foi religieuse, et le sentiment national, il a établi des écoles de prophètes, où les élèves étaient initiés dans les mystères de la religion. Il s'est également chargé d’unir toutes les tribus sous le régime monarchique et d'installer Saül, de la tribu de Benjamin, comme roi, en le sacrant par l’onction sainte, à la condition qu'il restera toujours fidèle à la loi de Jéhovah, n'ayant ni cour, ni ville capitale ; il a rédigé en même temps une. constitution conformément à la loi de Moïse. Saül, aussitôt installé dans ses fonctions royales, prit toutes les mesures néces-
(1) Deuter, XXXI, 27.
saires pour former un armée considérable et bien organisée ; ensuite, il s’avança contre les Philistins et poussa sa marche victorieuse jusqu’à l’Euphrate.
À la suite de ses victoires successives, Saül croyait son autorité
suffisamment établie pour gouverner son peuple en paix et pour
se soustraire à la tutelle du prophète Samuel. Celui-ci irrité
d’une telle conduite finit par déclarer devant le peuple que Saül,
ayant violé les lois de Dieu, son règne devait cesser, et il conseilla de le remplacer par David. Toutefois, celui-ci ne prit les rênes
du gouvernement qu'après que Saül eût trouvé la mort en com-
battant contre les Philistins.
Son règne dura de 1056 à 1016 avant Jésus-Christ. Cependant, au commencement, Ce ne fut que la tribu de Juda qui reconnut la souveraineté de David, tandis que les autres tribus avaient
élu pour roi un fils de Saül. Il y eut alors une guerre civile qui
dura sept ans et prit fin avec la victoire de David dont la sou ve-
raineté fut établie définitivement. Son règne constitue la période
la plus glorieuse de l’histoire juive. Il a d’abord réussi à établirla Suprématie de la tribu de Juda sur les autres tribus et à fonder
définitivement l’unité nationale, après avoir vaincu tous les autres
petits peuples voisins, depuis le littoral de la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate. Finalement, il a établi à Jérusalem la capitale de la Palestine, en même temps que le sanctuaire avec l'arche
sainte en honneur de Jéhovah qu'il consacra au culte national.
David a eu aussi le mérite d’avoir fondé l’art de la poésie hébraï-
que, telle qu'on la trouve dans les psaumes, dont une grande partie constituent des prières et des hymnes religieux et d’autres,
de poésies lyriques et prophétiques, exprimant toutes des senti-
. ments sublimes d’une grande élévation d'esprit, bien qu’il y en
ait quelques-unes qui révèlent un sentiment peu délicat lorsqu'il
implore Dieu de le venger contre ses ennemis. Son fils, Salomon, qui lui succéda sur le trône, régna de 1016 à