EX ET LES GRECS ET LES SÉMITES
guerriers suivaient les rois à la guerre pour acquérir un riche butin. Des bandes armées ne faisaient que parcourir le pays en brûlant les villes, en dévastant les champs et en détruisant les monuments. Les évêques mêmes, généralement fils de seigneurs, passaient leur temps à chasser, à boire, à jouer et à batailler.
D’après ce qui précède, 'il est clair que l'Eglise, pendant les huit premiers siècles, n'avait d'autre pensée que de s'organiser soli- dement avec une hiérarchie des plus vastes, ensuite de convertir bon gré, mal gré, tous les peuples barbares au catholicisme. Pour atteindre ce but, elle s’occupa beaucoup plus de maintenir les dogmes établis par les conciles et d'organiser le culte extérieur que d'enseigner et imposer les principes moraux de l'Evangile et de modifier graduellement la condition morale des néophytes. Comme les peuples barbares étaient dépourvus de culture et habitués aux mœurs païennes, l'Eglise leur prodiguait toute espèce d’indulgence, ne s’opposant aux formes de leur culte antérieur, à condition qu'ils les appliquassent avec les symboles du catholicisme. Les missionnaires chrétiens avaient même reçu du pape la recommandation de ne pas heurter les anciennes croyances, € Il faut se garder de détruire les temples « des idoles, il faut les purifier et les consacrer au service du vrai « Dieu ; car, tant que la nation verra subsister ses anciens lieux « de dévotion, elle sera plus disposée à s’y rendre par habitude. « Les hommes de cette nation ont coutume d’immoler des bœufs «en sacrifice ; il faut que cet usage soit transformé par eux en « solennité chrétienne. Qu'on leur laisse construire des cabanes « de feuillage autour des temples changés en églises ; qu'ils s’y « assemblent et y amènent leurs animaux qui, alors, seront immo «lés, non plus comme offrandes aux diables, mais en l'honneur « de Dieu (1) ».
Voici un autre fait qui vient à l’appui de cette thèse : Clovis, chef d’une bande de guerriers francs, fut converti au catholicisme par l’évêque de Reims, avec 3.000 de ses hommes. Aussitôt après, ce chef de bande fut soutenu par le clergé catholique et devint seul roi le toute la Gaule. Tous les rois francs descendant de Clovis suivirent son exemple en soutenant l’église catholique.
Ce qui prouve d’une manière incontestable que l'Eglise, ayant | bien compris qu'il est impossible de changer les mœurs d'un peuple barbare du jour au lendemain par le seul fait de le faire changer de religion, a tâché d’abord de soumettre leurs chefs au
(1) Histoire de la Civilisation, par Seignobos.
M LES CRECS ET LES SÉMITES 119 catholicisme, soit par persuasion, soit par intérêt, ce qui a | entraîné par suite la conversion des sujets et des subordonnés. Cette manière d’agir, très logique et très habile de la part du pape, a assuré du même coup l'extension dù pouvoir de l'Eglise etsa domination, tant spirituelle que temporelle. ‘ss Toutefois il faut reconnaître que l'Eglise, bien qu’elle ait réussi avec ses procédés habiles à réaliser son but, à savoir la propa- gation de la foi catholique et l'unification religieuse des peuples, - n'avait résolu que la moitié du problème religieux qui est la partie-métaphysique, soit les rapports de l'homme avec Dieu, mais elle a laissé sans la résoudre l’autre moitié, non moins importante, qui est la morale chrétienne, telle qu’elle fut enseignée par l'Evangile, qui établit les rapports entre les hommes : - l'amour de la justice et de la charité, la tolérance et l’indulgence mutuelles, l'amour du prochain de même que l’amour de Dieu. Il en résulta forcément un régime théocratique absolu, accompagné d’ün despotisme gouvernemental et d’actes d’intolérance, qui ont dû amener à la longue une stagnation dans le courant de la civilisation et un arrêt de développement dans le sentiment de la solidarité humaine : ce qui équivaut à un échec complet du catholicisme dans sa mission éducatrice de l'humanité, avec la circonstance aggravante que la science et la philosophie grecques qui avaient servi, à l’époque de la floraison de l'école d'Alexandrie, de guide aux hommes pour leur conduite dans la vie, et de phare pôur éclairer la conscience humaine, s'étaient également obscurcies à la suite de l’éclipse totale de la pensée survenue tant dans l'Occident que dans l'Orient. Il est tout Hnaturel que l'édifice social qui menaçait déjà ruine dût finir par | s’écrouler sous le choc formidable de l'invasion des Arabes qui ont réussi à construire sur ses décombres une société nouvelle appelée à rétablir l'équilibre entre la science et la foi, entre l’in- 104 telligence et le sentiment. ; | Bien que dans notre temps, l'islamisme soit arrivé à constituer une antithèse du progrès, on ne saura nier qu’à | l'époque de sa naissance, les Arabes n'aient rempli une mission importante dans l’évolution de l’esprit humain, en recueillant les germes de … la philosophie et de la science grecques disséminés en Perse et en Asie Mineure, et en les transportant en Espagne, et de là, en Europe. D'un autre côté, bien qu'ils aient souvent commis des DAICtES d’intolérance et même im posé au commencement leur religion par la force brutale, tant aux païens qu'aux chrétiens, ils ont en même temps reconnu le droit de citoyen et d'égalité
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