‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 38 sur 106 · VE · texte numérisé non relu

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sous forme de traité par les chefs d'école de Soura et de Pombédita, R. Giza et R:-Cimuna, qui furent appelés Saboraïms. On leur doit également l'addition des voyelles à la Bible; car, / auparavant le texte original ne se-composait que de consonnes et était incompréhensible pour beaucoup de personnes et très confus par rapport à la signification des mots pour beaucoup d’autres; ce n'étaient que des personnes compétentes, ayant eu une Connaissance profonde de la langue aussi bien que de la loi, qui étaient en mesure de perfectionner la lecture de la Bible au moyen des voyelles dont cinq ont suffit pour la rendre intelligible à tout le monde, La rédaction du Talmud se poursuivit dans les écoles de Babylone et dans celles de Palestine, avec la différence que, dans cette dernière, grâce à l'intolérance des empereurs de Constantinople, les écoles de Jérusalem furent bientôt supprimées et qu'il ne resta guère que celle de Tibériade qui ne pros-. péra que pendant un siècle, tandis que celles de Babylone ont eu une existence-plus heureuse et plus longue, ayant déjà fonctionné avec succès sous la dynastie des Séleucides et des Arsacides ; elles prirent progressivement un développement considérable et un vrai essor au commencement du re siècle dans l’école de Soura sous l'influence du savant Abba Arrekha.

Toutefois, il reste vrai, comme le dit M: Reinach, que les tal mudistes de Babylone ont encouru le reproche de perdre de vue parfois le but religieux ou pratique de l’enseignement pour s ’attarder à de simples arguties, à des raisonnements subtils et à disserter à l'infini sur l'opinion de leurs prédécesseurs. On a aussi signalé la multiplication et la rigueur excessive des prescriptions rituelles que le Talmud a déduites, par des tours de force, de quelques textes de la Bible.

Montesquieu remarque avec beaucoup de perspicacité combien le christianisme a facilement conquis les sauvages d'Amérique, tandis qu’il a si peu entamé le judaïsme ; il l’attribue à la ténacité du peuple juif et aux nombreuses pratiques qui l’attachent à la religion. Il est incontestable que le Talmud a puissamment contribué à la Conservation du judaïsme, d'abord par la multi= plication des liens religieux et moraux qu'il créa, ayant pour but d’attacher l'individu à la collectivité juive, liens qui ont résisté aux tempêtes les plus formidables à travers les siècles ; ; ensuite, ; abstraction faite de l'intérêt religieux qu'il défendit, il faut reconnaître que, Comme œuvre de plusieurs siècles, le Talmud représente une encyclopédie monumentale de tout ce qui a rapport à la pensée et au sentiment religieux juifs, en Palestine et à Baby-

PE ON. CO DDES GRECS ET LES SÉMITES - 111 | lone, durant toute une époque qui n’a pas duré moins de trois siècles. De plus, le Talmud résume également toute la culture hébraïque de la même époque ; car, outre les discussions un peu trop subtiles en matière religieuse, il renferme des connaissances variées de mathématiques, d'hygiène, de médecine et d'astro- ; nomie. Finalement, l’histoire de la littérature juive postérieure au Talmud prouve que les discussions nombreuses sur des matières variées que le commentaire talmudique renferme, représentent une gymnastique intellectuelle de premier ordre, au même titre que la scolastique au moyen-âge, ayant servi à ré- ” \ veiller et à stimuler les facultés intellectuelles parmi les nom- É. breuses générations juives. C’est aussi dans une étude approfondie du Talmud que le génie immortel de Spinoza a puisé son : activité intellectuelle et sa puissante dialectique ; c’est dans le commentateur talmudique de la Bible que le grand penseur a trouvé les éléments qui ont contribué au développement de ses prodigieuses facultés intellectuelles, grâce auxquelles il a créé un nouveau système de philosophie religieuse qui a produit une grande révolution dans les idées modernes.

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Dans le même temps qu’une révolution religieuse boule- versait l'empire gréco-romain et qu’un clergé fanatique détruisait les bons rapports entre deux peuples de croyances distinctes, une résurrection de l’ancienne religion de Zoroastre, sous une forme défigurée, donna, dans le royaume de Perse, une influence ‘prépondérante aux prêtres du culte de feu. Ceux-ci persécutèrent les colonies juives dans tout le bassin du Tigre et de l'Euphrate, qui avaient joui jusqu'alors d’une indépendance religieuse, civile et administrative.

Nous savons qu'un noyau de communautés israélites, indé- ‘pendantes de celles de Palestine et d'Alexandrie se trouvait à

” Babylone, descendant de celles de l’ancien royaume de Juda, : déportées par Nabuchodonosor et qui, depuis lors, tant sous la » domination persane que sous celle de la dynastie macédonienne

des Séleucides, avaient prospéré et joui d’une liberté religieuse 78 el des droits civils. Même après que les Séleucides furent rem- À placés par la dynastie parthe des Arsacides, leur situation ne changea pas; car ces derniers, s'étant assimilés en grande partie da culture grecque traitaient avec beaucoup d'égards les colonies juives, les laissant en possession de leurs droits acquis. Celles:

ci, en reconnaissance, devinrent les auxiliaires des Parthes x M lorsqu'ils se trouvèrent en guerre avec Rome. Même au mr siècle, lorsqu'une nouvelle dynastie perse, celle des Sassanides, régnait à Babylone, les Juifs continuèrent à être favorisés et traités avec bienveillance, tant de la part des autorités que du reste de la population. Ils conservaient toujours un chef national nommé: exilarque, qui entretenait des rapports officiels avec le gouverne- | ment, et, sous le règne du roi Yezdigerd I°", les écoles juives de je Babylone prirent même un brillant essor et eurent une floraison 4 plus longue que celles de Galilée. Mais au y° siècle, sous le gou- | vernement d'Yezdigerd IT, un clergé fanatique vint détruire les

bons rapports entre le gouvernement perse et les [sraélites. On

- enlevait les enfants juifs pour les élever dans. la religion de Zoroastre ; on interdit les grandes assemblées de Soura. Firouz d’abord, puis le farouche Kobad, ou Cabadès (vers 520), circon- a venu par une secte de communistes fanatiques, détruisirent : l'autonomie des communautés juives, prohibèrent la plupart des. usages religieux et fermèrent même les écoles tamuldiques dont

les docteurs commencèrent à reprendre le chemin de la Palestine. Interrompues sous Chosroës le Grand (531-579), qui porta à son comble la puissance et la civilisation de l'empire néo-perse, les , persécutions reprirent de plus belle sous son fils. Or, toutes les mauvaises actions renferment en elles le germe de la vengeance :

tel fut le cas pour le royaume de Perse et l'empire byzantin. D'un

côté, le fanatisme religieux, se trouvant toujours associé à un. gouvernement despotique, engendrait la haine des races et le mécontentement des classes laborieuses ; d’un autre côté, les suerres prolongées entre les Grecs et les Perses quise disputaient

la Syrie contribuèrent à épuiser graduellement les sources de richesse des deux pays et à favoriser l'ambition d’un troisième conquérant. Il en résulta que les deux puissances succombèrent

sous le coup des successeurs de Mahomet et le Coran, triomphant, remplaça, au grand avantage des Juifs, l'Evangile, à: Jérusalem et les livres de Zoroastre, à Babylone.

DU PA aperçu que nous venons de tracer de la situation des Juifs, après la diaspora, il résulte :

1: Que la dispersion des Juifs en Asie, en Afrique eten Europe, loin d'accélérer le mouvement de leur dissolution nationale,.a fait s'établir des points de concentration et de ralliement. Bien

qu'elles aient perdu leur unité nationale, leur indépendance et même leur langue, grâce à leur foi ardente dans leur pacte avec Dieu qui les a délivrés de l'esclavage d'Egypte et de la captivité de Babylone, grâce au culte de leur tradition nationale, les colonies juives, disséminées dans les trois continents, sont restées unies entre elles par une même pensée et une même aspiration; 2° Que tant que lepeuple juif a vécu dans l'isolement en Palestine et est resté ignorant de toute connaissance scientifique ou artistique, le contact avec la culture grecque lui a paru un danger et une offense au deuxième commandement du Décalogue qui défend toute représentation de la divinité par des images taillées ou sculptées, d'autant plus que chez les Grecs, chaque force de la nature représentait une force diviñe et chaque Dieu était pour eux une force de la nature qu'ils tâchaient d’humaniser en lui donnant la forme humaine la plus belle au moyen de l’art sublime de la sculpture. Ce n’est qu'après que les circonstances eurent obligé les Israélites à vivre sous le même régime et sous les mêmes lois que les Grecs qu’ils commencèrent à comprendre la valeur respective de ces deux religions et de ces deux cultures et la possibilité de prendre du goût pour les sciences et les arts et de conserver en même temps la foi dans les lois de Moïse, de garder les coutumes, la langue et la religion de leurs ancêtres sans se confondre avec les Grecs et les Romains:

3° Qu'en Egypte, surtout à Alexandrie, l’état d'esprit antagoniste entre ces deux cultures, s'était tout à fait effacé; d’abord les Juifs, étant conscients de leur qualité d'étrangers, n'avaient pas les mêmes prétentions que chez eux; ils étaient même recon- naissants des avantages et des concessions que les Grecs et les Romains leur offraient; ensuite, après qu'ils se furent familiarisés avec la philosophie grecque, la mentalité avait tout à fait Changé, au point qu’il se forma une école sous la direction de - Philon qui s’efforça de réconcilier ces deux cultures et mettre en harmonie ces deux religions ;

4 Qu’après s'être pénétrés de la philosophie néo-platonicienne d'Alexandrie, les Juifs ont, pendant leur dispersion en Egypte, en Perse en Asie Mineure et en Italie, réussià gagner beaucoup de Grecs et de Romains aux idées monothéistes ;

5° Que, grâce au contact intime et prolongé des deux cultures à Alexandrie, devenue la pépinière des sciences et des arts, les

trois grandes religions d'alors, le polythéisme, le judaïsme et le

christianisme se sont trouvées face à face, ont cultivé chacune les sciences exactes et philosophiques et ont discuté paisible-

LEE LES GRECS ET LES SEMITES | te ;

ment entre elles les différentes doctrines dans un esprit de 4

conciliation entre la culture grecque et orientale, d'où est née

une nouvelle doctrine, le néo-platonisme, qui n’est autre que la

philosophie platonicienne revêtue d’un caractère mystique où

théosophique. Toutefois, il y avait trois écoles distinctes dans l'éclectisme néo-platonicien : l'éclectisme de Philon, V'éclectisme de

Didascalée et l’éclectisme de Musée. La première représentait un

amalgame de mosaïsme et de platonisme, s'appuyant sur les traditions de la Bible et de la kabbale; la seconde avait son point

de repère dans les dogmes chrétiens, mais empruntant beaucoup

à la philosophie desPlaton, qui lui semblait plus susceptible d'harmoniser avec le christianisme ; la {roisième, représentée par

Ammônius, Plotin et Porphyre, cultivait avec ardeur toutes les branches des connaissances humaines : sciences naturelles, physiques, astronomie, mathématiques, histoire, philologie, poésie et

philosophie, l’école d'Alexandrie dura à peu près quatre siècles ; |

6° Que c’est prétisément dans l’école d'Alexandrie que les repré-

sentants du judaïsme prirent contact intime, tant avec la philo-

sophie qu'avec les sciences'grecques; pour pouvoir les assimiler

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tout à fait, ils furent obligés d'étudier la langue et la grammaire grecques et de se familiariser avec la littérature grecque. C'est

précisément leur connaissance profonde des productions litté-

raires et philosophiques de la Grèce qui leur permit plus tard, au moment de l'invasion de l'Orient et de l'Occident par les Arabes,

d’être les traducteurs de ces ouvrages en langue arabe, et d’être

ainsi les initiateurs des Arabes à la science grecque. Ainsi l'Isla-

misme n’est pas seulement tributaire des israélites pour ses doc trines religieuses empruntées à la Bible, mais encore pour l'accès

aux sciences et à la philosophie grecques.

ÉCHÉC DE LA MISSION CIVILISATRICE DE L'ÉGLISE Si, en remontant l’histoire, on fixe son attention sur l’évolution du christianisme pendant les premiers siècles de son existence

au milieu d’une société désorganisée et en pleine dégénéres-

cence physique et morale, on est forcé d’ admirer l'enthousiasme et la foi ardente avec lesquels ses adeptes embrassaient la nou- :

velle doctrine, ne reculant ni devant le sacrifice de la vie ni devant

les martyres les plus cruels pour proclamer publiquement leur B: foi inébranlable dans l'Evangile et dans les principes moraux … qu il renferme; mais, Si l’on suit le cours de son évolution jus- … ‘qu'au moment de son triomphe sous ÉAÉRDÉrEUR Constantin, On

est d’abord surpris des moyens de violence et de la force brutale que celui-ci et ses successeurs employaient contre les différentes sectes chrétiennes, contre les paiens et contre les Juifs, englobés tous sous le nom d’hérétiques. Ensuite on est frappé de voir les mentalités distinctes qui. dominaient, à deux époques peu éloignées, dans le monde chrétien, au point, qu’on est forcé de se poser la question suivante : comment est-il pos-

-sible qu'un même drapeau couvre deux doctrines tout à fait

opposées, l'une à l’autre? Comment explique-t-on que la doc-

{ M trine qui, à l’âge héroïque du christianisme, représentait les - principes moraux les plus sublimes, l’amour de Dieu et l’amour

du prochain, l'amour de la justice et de la charité, la tolérance et l'indulgence envers tous les hommes, enfants d’un même père, ait pu se transformer en un instrument d’oppression et

‘soit devenue la base d’un régime théocratique au service d’un … despotisme barbare et d’une tyrannie des plus abjectes ?

Pour expliquer d’une manière satisfaisante ce fait historique

un peu paradoxal, il faut tenir compte de plusieurs éléments qui sont intervenus dans la conversion de l’empereur Constantin

au christianisme.

En premier lieu, il faut considérer le milieu social dans lequel il vivait et contre lequel il avait à lutter, comme tout innovateur. Il y avait alors à Byzance trois éléments hétérogènes qui se dis-

putaient l'influence sur le gouvernement et sur les affaires de :

l'État : l'élément grec, paien, qui avait pour soutien l’aristocratie, les corps municipaux et les philosophes; l'élément chré-

. lien, naguère persécuté, avec ses prêtres ; et l'élément barbare

avec ses généraux, c'est-à- dire les papes slaves convertis au christianisme. Il en résulta :

1° Que l'Église eut à lutter, avant d'établir sa volonté, d’abord

contre la philosophie grecque qui prédominait dans les classes

élevées, ensuite contre l'esprit d’intolérance et la mentalité inculte des chefs des peuples slaves. Bien que l'Évangile et les conciles offrissent aux successeurs de Constantin les moyens d'améliorer les lois dans leur principe moral et d'introduire des institutions de charité, l'administration de l'Empire restait

F paiïenne et réfractaire aux innovations. Quant au parti barbare, il représentait l'ignorance, la superstition et le fanatisme : par

conséquent, il restait indifférent à tout sentiment élevé : 2° Que le souverain identifié avec l’État ‘exerçait un pouvoir

Sans limite et une volonté arbitraire sur ses sujets, car sous l'Empire byzantin, il n’y avait plus de citoyens, comme autrefois

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en Grèce et à Rome ; l’empereur faisait tuer ceux qui lui déplaisaient et confisquait léurs biens à sa convenance. Il s’en suivit que les mauvaises mœurs s'introduisaient graduellement à la cour, devenue le théâtre des intrigues des eunuques et des courtisans, et les croyances évangéliques furent ne le despotisme des théologiens couronnés; |

3° Que l’empereur, à la fois chef de l'État et de l Éolise vêtu de pourpre, assis sur un trône d'or et entouré de courtisans également vêtus de soie etd’or, représentait plutôt l'esprit oriental que l'esprit chrétien ; car, au lieu de propager les doctrines de l'Évangile et d’enseigner le mépris des biens terrestres, il ne faisait qu'alimenter l’amour du luxe et des plaisirs et développer les vices de l'Orient. En effet, les intrigues se poursuivaient à la cour, et les conspirations militaires stimulées par l'or de quelques ambitieux, donnaient lieu aux révolutions et au renversement des dynasties. D’après Seignobos, sur 109 empereurs qui se succédèrent à Byzance, du 1v° au xv° siècle 34 seulement sont morts dans leur lit, 12 abdiquèrent, 18 moururent en prison, 18 eurent les mains ou le nez coupés, 20 furent étranglés, étouffés ou emprisonnés. D'un autre côté, les conspirateurs étaient traités par'les empereurs avec une cruauté égale. Basile les forçait à mendier, les yeux crevés et une main coupée ;

4 Que trois siècles de guerres incessantes, d’abord contre les Barbares, ensuite contre les Perses, avaient contribué à épuiser : toutes les ressources de l’Empire et à accélérer la décomposition de l'organisme social. C’est surtout sous la dynastie des Héracli- des que Byzance fut pendant soixante-dix ans le théâtre oe massacres et de cruautés de toutes sortes. “ me,

On comprendra facilement que, dans de pareïlles conditions et dans un tel milieu, la semence de la religion et de la morale chrétiennes, répandue par les Pères de l’Église pendant trois siècles dans l’Empire d'Orient, soit restée stérile. La corruption de la société fut telle que les hommes animés de l'esprit chrétien se retiraient des villes pour se mettre à l'abri de la contagion et cherchaient à mener une vie solitaire dans les déserts, dans les grottes, dans les cabanes construites dans la forêt ou dans la montagne, afin d’y consacrer leur âme à Dieu. L' habitude d’une vie austère s'était tellement répandue parmi les solitaires qu'ils étaient arrivés à considérer leur propre Corps comme un ennemi, empêchant l’âme de s'élever vers Dieu; pour dompter le corps, ils lui refusaient toutes les jouissances terrestres, même la nourriture. Beaucoup se contentaient de vivre de pain et d’eau. Saint

Paumé heros tellement à mortifier sa chair qu'il dormit pendant quinze années debout appuyé contre le mur.

En second lieu c’est ie manque d'accord entre les patriarches et les conciles sur l'établissement définitif des dogmes, qui a beaucoup contribué à affaiblir l'influence morale du christianisme dans l'Empire byzantin pendant le v° et le vi siècles. Le premier résultat fut que l'Eglise d'Orient refusa sa soumission au pape de Rome et se déclara indépendante ; ensuite elle-même finit par se briser en plusieurs sectes. Il y avait d’abord dans l'Orient plusieurs églises chrétiennes qui obéissaient aux évêques des grandes villes (Constantinople, Jérusalem, Antioche, Alexandrie) qu’on appelait patriarches, qui, de leur côté, étaient soumis à l’empereur, chef de l'Eglise; ensuite, ces patriarches mêmes se mirent à la tête des différentes sectes.

D'abord la secte des Nestoriens, adeptes de la doctrine de Nestorius, patriarche de Constantinople, admettait qu’il y a en Jésus-Christ deux natures, l’une divine et l’autre humaine.

Après la condamnation de cette doctrine par le concile d'Ephèse, ses chefs se retirèrent à Babylone où ils fondèrent l’église de Chaldée en même temps que l'école de philosophie d’Edesse, tandis que Îies Monophysites enseignaïient qu'il n’y a dans le Christ qu’une seule nature, la nature divine : ils fondèrent les églises d'Eg gypte, de Syrie et d'Arménie, sous le nom de Jacobites. D'autre part, les Monothélites croyaient à deux natures et à une seule volonté. Après eux, viennent les Ariens, ou adeptes de la doctrine d’Arius, prêtre attaché à l'Eglise d'Alexandrie qui combattit le principe de l'unité dans la Trinité, en admettant que le Verbe et le Fils sont inférieurs au Père. Bien que cette doctrine fût condamnée par le concile de Nicée, presque tous les peuples barbares, AU moment d'entrer dans l'Empire, se convertirent à la secte arienne. Plus tard, au vrrie siècle, avec l’arrivée au pouvoir de

Léon l’Isaurien, se fondait une nouvelle secte, celle des Zcono-

clastes, briseurs d'images, qui défendait, par l’édit de 798, toute représentation de saints et de vierges dans les églises. La multiplication des sectes brisa d’abord l’unité du christia-

nisme, ensuite elle amena une série de luttes acharnées et de

persécutions qui se prolongèrent pendant deux siècles. Les choses n’allèrent pas mieux du côté de l'Occident. L'anarchie régna dans tous les pays de l'Europe. jusqu’au

vire siècle, au. moment de l’arrivée de Charlemagne. Les rois

manier les armes ou à ravager les pays de leurs voisins. Les

barbares, tant francs que goths, ne pensaient qu’à la chasse, à

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