‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 80 sur 106 · FEU LES GRECS ET LES SÉMITES · texte numérisé non relu

FEU LES GRECS ET LES SÉMITES

même temps à la rigueur et aux mesures vexatoires de la censure prussienne, il eut recours à l'ironie dont il revêtait son style littéraire. Il cultivait ce genre de littérature tellement qu'il l’a élevé à un art qui l’a placé au premier rang parmi les journalistes allemands. En même temps, l'enthousiasme qu'il sentait pour la grandeur et la liberté de la patrie allemande lui fit trouver le libéralisme de Gœthe trop froid. Il reproche, même

au Tell de Schiller, son manque de résolution pour faire un acte

de patriotisme. C’est précisément par cette critique littéraire piquante, toute particulière, que Bæœrne se constitua le champion des idées de liberté de la jeune Allemagne, et comme lutteur vaillant et infatiguable contre l’absolutisme de Metternich. IH prépara le mouvement révolutionnaire de 1848. Il est tout naturel qu’à cause de ses continuels assauts contre la haine du parti de la réaction et des autorités allemandes qui l’accusaient d'agir plutôt par esprit de vengeance contre l'Allemagne qui refusait aux israélites le droit de citoyen que par amour de la patrie et de la liberté. Cette arme cherchée dans l'arsenal de l'antisémitisme avait bien quelque succès dans les cercles d’étudiants allemands, parmi lesquels régnait un esprit antisémite depuis la chute de la dynastie napoléonienne. Bœrne ne fut pas très embarrassé pour prouver que les vrais ennemis de l’Allemagne sont ses princes et ses aristocrates qui traitent leurs sujets comme des esclaves, en foulant aux pieds les droits de l'humanité. « Comment ! dit-il, si moi et mes amis étions animés d’un esprit de haine contre le peuple allemand, nous ne ferions pas le sacrifice de nous expatrier ; nous ne ferions pas non plus de si grands efforts pour le délivrer de l’humiliation ignominieuse dans laquelle il est plongé, pour l’arracher de la tyrannie de ses princes, de l’orgueil de ses aristocrates, des railleries des bouffons de la cour, et des écrivains vendus à leurs oppresseurs. »

De même que Bœrne, Heine fut aussi l’objet de la colère et de la persécution de la part des défenseurs du régime féodal prussien et tous les deux, pour se soustraire à l'intolérance moyenâgeuse de l'Allemagne, préférèrent porter leurs pénates à Paris. C’est de 1à que Bœrne envoya à la maison Cotta ses impressions sur Paris et sur la vie politique en France, où il ne manquait pas de faire des allusions sur la sécheresse et l’étroitesse de l'esprit des gouvernements de l'Allemagne, tandis qu'Heine, avec son esprit moqueur, na pas cessé de traiter avec ironie l’empire séculaire du romantisme allemand dans lequel il se dit, avec raison, être le dernier roi détrôné de la fable.

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