‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 79 sur 106 · LS · texte numérisé non relu

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Bentham, c’est-à-dire un utilitaire en morale et en psychologie, ce qui fut la cause de sa séparation de Comte qui considérait la psychologie comme une chose secondaire dans l’hiérarchie des sciences. À l’envers de la doctrine de Comte qui s’occupait peu du sujet pour s’attacher plutôt à l’objet, Mill s’intéressait avant tout à la substance et au phénomène et surtout à la personnalité humaine, cherchant également à savoir s’il y a une réalité concrète extérieure à l’homme. Pour lui, la sensation est à la fois le sujet et l’objet; la personne humaine représente une série de sensations et Dieu même ne peut être conçu que comme un ensemble de séries de sensations. L'expérience est l'unique fondement de sa psychologie et de sa logique. Toutefois, il est incontestable que Mill, malgré ses attaches positivistes et malgré son culte pour l’expérience, n’a pas pu se détacher de l’ancienne école sensualiste anglaise. Stuart Mill écrit en 1840 (1). Tout Anglais d'aujourd'hui est implicitement ou Benthamite ou Coleridgien, c'est-à-dire qu’il a des opinions sur les affaires humaines, soit de Bentham, soit de Coleridge.» Il paraît que Coleridge, distingué poète anglais, a propagé en Angleterre les théories principales du romantisme germanique, d’après lesquelles la nature et la société sont le produit d’une activité inconsciente, d’une force mystérieuse analogue à celle de la vie, ce ne sont pas des mécanismes mais des organismes, c'est-à-dire un ensemble de rapports dynamiques qui se développent du dedans au dehors, qui évoluent par l’action d’un principe de vie intérieure et inconsciente. Cette évolution qui est la vie de l'univers et de la société tend à la fois vers une différenciation toujours plus grande et vers une coordination harmonique toujours plus parfaite des parties de l’ensemble vivant. Mais comme doctrine conservatrice et religieuse, l’école romantique glorifie la puissance irréfléchie de la coutume et cherche | dans la foi traditionnelle, œuvre spontanée des sentiments, la plus sûre garantie de la stabilité des groupements humains. À l'encontre de la doctrine germano-coleridgienne, les Benthamites (2) représentaient une école de réformateurs libéraux et anticléricaux ; ils réclamaient la liberté de pensée, la liberté de conscience, la liberté politique et la liberté d'association, la liberté du travail et la liberté du commerce ; ils prétendaient réformer l'organisation juridique, politique, économique par la connaissance raisonnée de ses lois, fonder la société sur la science, à

(1) Dissertations et discussions. I, p. 377-378. (2) Evolutionnisme et Platonisme, par René Berthelot, p. 49.

l'exclusion du sentiment, de la tradition, de la religion et ramener toute sociologie Comme toute morale à un calcul mathématique d'intérêts. Ils appuyaient leur libéralisme sur le même postulat que les philosophes du xvuir< siècle dont ils se donnaient comme les continuateurs; comme eux, ils croyaient possible de substituer la pensée réfléchie à l’instinot dans la direction des sociétés humaines. Il en résulte que Stuart Mill, comme disciple de Bentham et comme défenseur de l’école sensualiste était un des représentants les plus influents du parti libéral anglais. En effet, depuis l’année 1835 jusqu’à 1840, il dirigea la London and Westminster Review, organe du parti libéral et publia plusieurs ouvrages sur des sujets philosophiques et des questions d’économie politique qui l’ont rendu célèbre, tant comme philosophe que comme économiste.

Compatriote et ami de Stuart Mill, également philosophe et économiste, fut Herbert Spencer. Elevé dans une famille de mœurs sévères et très religieuse, il conservait ses sentiments religieux, mais il avait en même temps le culte de la science et surtout des sciences naturelles; croyait fermement à la possibilité de concilier la science et la religion. Célibataire et sans parents, il n'a connu d’autre intérieur que la pension et l’Athéneum Club où il avait l’occasion de rencontrer des hommes de science tels que Huxley et Darwin, avec lesquels il s’entretenait souvent de longues heures. À cause de son intimité avec Stuart Mill, il cultiva de bonne heure l’économie politique et se consacra au journalisme ayant fini par devenir le directeur de l’'Economiste, en même temps qu’il collaborait au London and Westminster Review qui défendait le libéralisme radical de l’école Benthamite. Dans son premier travail {a Statique sociale, Spencer s’efforça de mettre en harmonie les doctrines de Coleridge avec celles de Bentham (1), en établissant d’abord que toute société est un organisme vivant qui évolue par l’action des forces inconsCientes, | ensuite qu'elle repose sur des sentiments Spontanés et sur des traditions ; mais en même temps, il démontra que l’évolution sociale tend instinctivement à réaliser le régime conçu par les radicaux-benthamites et à implanter dans les Âmes les sentiments de moralité sans lesquels il ne pourrait durer, bien que le sentiment moral des benthamites soit basé comme tout principe sociologique sur un calcul mathématique d'intérêt. Spencer

(1) Berthelot. Evolutionnisme et plalonisme, p.‘49.

se mit de bonne heure à la recherche d’une loi physique pour l'explication de la nature inanimée et de la nature vivante, d’autant plus que, comme biologiste distingué, il était parfaitement au courant des travaux de Lamarck et de ceux de son ami Darwin, d’après lesquels les variations du milieu physique déterminent dans l'être des changements dans ses conceptions et dans ses actes ; ceux-ci, à leur tour, déterminent la transformation des organes et l'apparition d'espèces nouvelles, les organes inactifs s’atrophiant, les organes actifs se développant et l'hérédité transmettant de génération en génération les variations acquises pendant la vie individuelle. Toutefois, Spencer ne s’est pas décidé d’un coup à adopter totalement la théorie de Lamarck, car dans la Statique sociale, bien qu’il admette que l’action du milieu social est suffisante pour transformer la nature humaine et que les évolutions sociales obéissent à la même loi, il voit encore dans ce travail mécanique la réalisation de l’idée divine qui tend à s'élever de l’uniformité à la multiformité des fonctions. Ce n’est que plus tard, dans les Principes de psychologie qu'il se prononce clairement en faveur de l’action du milieu physique sur l'esprit; la lutte, dit-il, pour la vie, entraînant l'adaptation progressive de l'esprit au milieu extérieur, engendre nécessairement le progrès intellectuel ; et ce qui est vrai pour le milieu physique l’est aussi pour le milieu social qui, en transformant progressivement la nature humaine, finit par adapter parfaitement l'individu à la société dans laquelle il vit. En d’autres termes, Spencer, en concevant l’idée d’une loi universelle d'évolution physique, biologique, psychologique et sociale, qui détermine la différenciation et la coordination harmonique des êtres, cherche à expliquer, par les lois physiques, le développement de l'univers. D’après lui, la vie, c’est l’évolution même, tant pour l'individu que pour la collectivité ; elle est l'intégration de la matière et la dissipation concomitante du mouvement. Mais c’est surtout dans son travail, l'Essai sur le Progrès, sa loi et sa cause, qu'il s'incline franchement à l’explication physique de la loi de l’évolution, en rattachant le développement du monde aux principes de la persistance de la force et de la conservation de l'énergie, d’après lesquels l’inégale exposition des parties d'un tout aux forces incidentes suffit à les différencier, d’où l’instabilité de l’'homogène. Néanmoins, Spencer h’a jamais pu se soustraire complètement à l'influence de l’atavisme et de la mentalité romantique de sa jeunesse. Cette incohérence se révèle dans les Premiers Principes et dans les Principes de morale et de sociologie.

Dans le premier de ces ouvrages, il tâche de prouver que l'absolu est inconnaissable, qu’il ne saurait être réalisé en pensée, ni connu sous une forme concrète, ni érigé en objet d’une conscience définie ; dans le second, il assimile l’évolution sociale à celle d’un organisme individuel en montrant qu’elle se vérifie du commencement jusqu’à la fin d’une manière foute involontaire et inconsciente et entraîne une dépendance croissante des unités organiques, les unes par rapport aux autres. Après avoir reconnu le progrès industriel comme la conséquence du progrès intellectuel et scientifique et comme force créatrice du progrès social et moral, à la suite de la solidarité des intérêts communs parmi les individus, il attribue l’ensemble de ce mouvement progressif à la Spontanéité irréfléchie de l’Etre, à l’infaillible bonté du sentiment et de l'instinct; c’est retomber dans la mentalité romantique. Quoi qu’il en soîit, il est certain que Spencer est le premier qui a posé le problème d’une étude scientifique des mœurs humaines. Pour lui, la morale est la science de la conduite et la conduite est l'ensemble des actes qu'accomplit un être vivant, quel qu'il soil, pour assurer sa vie dans les conditions où il se trouve. La conduite, dans tous les domaines de l’activité n’est, d’après lui, qu’un aspect de l'adaptation des moyens à des fins de plus en plus nombreuses et plus exactes, d’abord individuellement, puis spé- Cifiquement et enfin socialement. La moralité, objet et but de la morale, n’est, d’après lui, que l'achèvement de la vie, la forme la plus tardive et la plus élevée, la perfection consciente. La vertu sera également le plus haut degré de l'adaptation, l'équilibre vital le plus complexe, la conquête de l'hétérogénéité la plus élevée (1). | Chose singulière! Malgré sa clarté dans l'exposition de la loi d'évolution physique, biologique, psychologique et sociale, et son rapport avec les lois physiques, Spencer se trouva en butte, tant avec les hommes de l’école romantique qu'avec ceux de la libre pensée, dès le moment où il fit connaître sa théorie de l’Inconnaïissable. Les premiers l’interprétaient dans un sens défavorable ‘à la religion, tandis que les autres la qualifiaient comme un résidu de la métaphysique idéaliste. Il a eu beaucoup de peine à se défendre contre les reproches des deux partis. Il n’est pas douteux que Herbert Spencer, malgré ses allures indépendantes, et en dépit de sa doctrine évolutionniste dans tous les domaines de l’activité humaine, ne restât attentif aux questions religieuses

(1) Gaston Rageot : Les savants et là philosophie, pages 48 et 49,

qui ont toujours occupé une place importante dans l’histoire de l'humanité. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire son autobiographie et ses Acts and Comments. Dans ces derniers, il introduit une nouvelle notion de l’espace infini (1) qu'il qualifie de matrice universelle, antérieure à toute création comme à toute révolution, et dépassant infiniment l’une et l’autre en étendue comme en durée, puisque l'une et l'autre doivent être conçues comme ayant eu un commencement, tandis que l’espace n’a pas eu de commencement... « La représentation d’un espace où notre immense € système Sidéral se réduit à un point, est trop écrasant pour « que l'esprit puisse s’y appesantir. A mesure que j'avance en « âge, la conscience que l'espace infini, sans origine ni cause, a « toujours existé et doit exister toujours, produit en moi une « émotion qui me fait reculer d’effroi ». Ce n’est pas seulement, dit M. Boutroux (2), l'esprit religieux, sous sa forme abstraite et philosophique, qui, de plus en plus, s’est fait jour chez Hébert Spencer ; il ne dissimule pas qu'avec le temps il a relâché quelque chose de la sévérité à l'égard des dogmes et des institutions.

Parmi les réflexions qu’il émet à ce sujet dans son Autobiographie, 1 mérite bien de citer celles qui lui servent de justification. devant le public. « Trois causes, dit-il, ont déterminé l'importante modification qui s’est produite dans mes idées sur les institutions religieuses : la première a résidé dans mes études sociologiques; ces études m'ont forcé à reconnaître que partout ettoujours, dans la vie réelle, l'influence exercée sur la conduite des hommes par les symboles théologiques et par l’action des prêtres s’est révélée indispensable. En second lieu, mes études m'ont également appris la nécessité de respecter la croyance des hommes ; car tout changement brusque des institutions religieuses aussi bien que des institutions politiques entraîne nécessairement une réaction. En dernier lieu, la cause principale de mon changement d'opinion a été la conviction en moi de plus en plus profonde que la sphère de l’âme occupée par les croyances religieuses ne saurait demeurer vide et que toujours s’y poseront les grandes questions relatives à l’univers et à nous-mêmes. » « Dès lors, les croyances religieuses qui, de manière ou d'autre, remplissent cette sphère de l’âme dont le vide ne peut être comblé par l'interprétation rationnelle des choses, m'ont, de plus en plus, inspiré une sympathie, fondée sur le sentiment d’un besoin

(1) Acts and Comments, 1902, page 212.

(2) Emile Boutroux : Science et Religion, page 104.

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LES GRECS ET LES SÉMITES 305 commun. J'ai compris que ce qui m'éloignait de ces croyances, c'était, en même temps que l'impossibilité d'accepter les solutions reçues, l’impérieux désir de posséder des solutions véritables. » En d’autres termes, la solution véritable du problème, qui est, de trouver les moyens pratiques pour harmoniser les intérêts religieux de la société avec Le progrès toujours croissant de la science, reste encore à trouver.

Toutefois, il faut reconnaître que Herbert Spencer, bien qu'il n'ait pas réussi à résoudre ce problème, a contribué par un travail assidu et un labeur infatigable de trente ans, à construire un système philosophique basé sur les faits de l'expérience et sur les lois de la vie et de l’évolution sociale, ayant pour but de répandre la lumière et de rehausser le sentiment de la personnalité humaine. Il prévoit un développement de ce sentiment purement social associé au développement intellectuel, aspirant à l'idéal de la perfection de l'espèce humaine, et c’est l’inconnaissable, la force mystérieuse inhérente à la nature humaine, qui

remplit notre conscience et nous dirige vers le but de dévoiler

dans la mesure de nos forces le mystère de la destinée humaine,

Chose singulière! Ilest arrivé à Spencer de partager lelot debeaucoup d’autres personnalités saillantes dans l’histoire de l’humanité, à savoir, de ne pas être compris de ses compatriotes mêmes.

D'abord, il n’a pas trouvé d’éditeurs pour l'impression de ses P

livres. « Son premier ouvrage la Sfatique sociale a été à sept cent cinquante exemplaires ; il n’a pas fallu moins de quatorze années pour les écouler ; il en a fallu douze autres pour six cent cinquante exemplaires des Principes de psychologie, et plus de dix encore pour cinq cents exemplaires seulement des Essais. En 1860, Spencer s’avisa même de procéder par souscription pour éditer toute sa Philosophie synthétique ; avec les Premiers principes, il

perdait de l'argent; il s’enfonçait à la publication suivante, si

bien qu’au bout de quinze ans, il avait réalisé avec l'Evolution une perte de quinze mille livres! C’est seulement vers 1874, au bout de dix ans, qu'il put espérer rentrer dans ses débours (1). » Toutes les revues du Royaume-Uni lui ont été hostiles, surtout celles qui comptaient leurs lecteurs dans la haute société, telle

quela Quaterly Review qui déclarait son système absolument fatal

à tout germe de moralité, avec la circonstance aggravante que Spencer, à cause de sa lutte contre l’impérialisme de même que de son attitude contre la guerre des Boers, a fini par s’aliéner la

(1) Gaston Rageot. Les savants et la philosophie, p. 12.

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j PRALes | à | Fe 7 306 LES GRECS ET LES SÉMITES

sympathie de la masse du peuple anglais. En Allemagne même, son succès fut très médiocre, étant dû à ce que ses principes individualistes exposés dans sa Sociologie présentent l'antithèse de la philosophie hegelienne qui reconnaît le droit de l'Etat contre l'individu. Ce n’est qu’en France que ses travaux furent

accueillis avec bienveillance, tant sa psychologie que sa sociologie et sa biologie, et même les faits qu’il a recueillis, interprétés

et analysés avec un grand esprit philosophique, selon les lois socio-biologiques, servent encore aujourd’hui aux économistes français comme points d'appui à leurs thèses. Quelques-uns le considèrent même comme continuateur de la philosophie positiviste d’Auguste Comte, sans ses erreurs et ses défaillances. :

ÉVOLUTION DU MOUVEMENT INTELLECTUEL, POLITIQUE, SOCIAL ET RELIGIEUX EN ALLEMAGNE

Nous venons de voir que le régime de gouvernement absolu,

inauguré dans tous les États européens par la Sainte-Alliance, n’a :

pas pu résister longtemps à la force expansive de l'esprit vraiment chrétien de la Révolution française, ayant eu pour devise : liberté, égalité, fraternité de tous les hommes. La Révolution de Juillet a fait table rase des principes moyenâgeux introduits dans la

législation française sous les gouvernements de la Restauration.

Il en fut de même en Angleterre où les principes de liberté ont fini par prédominer dans les sphères départementales malgré les efforts du parti réactionnaire, Dès l’année 1820, un courant puissant d'idées de justice et de liberté pénétrait dans les classes éclairées de la nation qui mirent en activité tous les moyens légaux possibles pour combattre les idées erronées et les sentiments égoistes de l'aristocratie. « C’est surtout lord Brougham (1) qui se signalait dans cette tâche en répandant la lumièredans les classes sociales inférieures par des miiliers de livres élémentaires à très bas prix, et en fondant des écoles pour les enfants et pour les ouvriers, adultes (mechanics institutions), ainsi que l'Université libre de Londres, la première qui ait admis toutes les communions. Il considérait l’instruction comme le boulevard le plus solide contre la tyrannie du clergé, de l’aristocratie, et du canon. Luttant avec sa fougue accoutumée contre le ministre Wellington, il s’écria, en plein Parlement : « Le maître d'école y

(1) César Cantu : Histoire universelle. Trad. française par Lacombe, XIX° MORE page 139.

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LES GRECS ET LES SÉMITES 307 pourvoira », mot qui est devenu proverbial. Par son éloquence persuasive, il réussit à faire voter par le Parlement, en 1829, l'émancipation des catholiques, et fit obtenir du ministre, R. Peel, l'introduction des céréales étrangères et la réduction ou suppression des droits sur la viande, le poisson, le riz, le blé, les pommes de terre et tous les objets de consommation de matière première. Les bourgeois, après avoir fait la guerre aux privilèges politiques de l'aristocratie, se mirent aussi à la faire à ses propriétés. Ces réformes faisaient non seulement triompher les principes économiques de Bentham, mais donnaient également un grand essor au commerce et à l’industrie anglaises.

Il n’en fut pas de même en Allemagne, où le régime de force resta en vigueur, tel qu’il fut inauguré par la Sainte-Alliance, jusqu'en l’année 1830, lorsque la mort de Hegel coïncidant avec le rétablissement du régime libéral en France avait donné lieu à la division de son école en deux branches : le parti conservateur réactionnaire et le parti radical révolutionnaire. Le premier en possession du pouvoir restait maître de la direction de l’enseignement secondaire et supérieur, surtout en Prusse, tandis que le dernier se trouvait impuissant de lutter ouvertement contre une administration intolérante ; il ne lui restait d'autre arme que la publicité pour combattre les doctrines de ses ennemis, et dans ce Put, il s'attaquait, dans ses écrits historiques et philosophiques très retentissants, aux doctrines religieuses courantes de même qu’au régime despotique des gouvernements. Il en résulta qu'il fut l'objet de persécutions de la part des princes régnants et surtout des autorités prussiennes. Toutefois, il ne manquait pas d'hommes de courage et de valeur morale en Allemagne qui poussaient des cris d'alarme contre le danger qui menaçait la patrie des grands penseurs tels que Kant, Schiller, Gœthe, et Lessing. Les hommes qui se distinguèrent comme les premiers Champions dans la lutte ouverte pour la liberté furent: Bœrne et Heïine, tous deux écrivains de premier ordre, et bien que juifs d'origine, ils furent des patriotes de cœur et d'âme. Tous les deux ont eu, pour idéal, l’unité et la liberté de la patrie. Heine, bien qu’il n’aimât pas Bœrne, disait de lui qu'il fut patriote des pieds à la tête et qu’il concentrait tout son amour dans la patrie, Tous les deux s'étaient consacrés au journalisme. Bœrne, doué d'un esprit critique extraordinaire, fit tous ses efforts pour identifier la littérature avec la vie réelle, dans le but de stimuler vigoureusement le sentiment national du peuple allemand. Pour pouvoir réussir dans son entreprise et se soustraire en

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