Ë LES GRECS ET LES SÉMITES
musculaires, nerveuses et Cartilagineuses. Il chercha dans des
transformations imperceptibles des cellules malades et des tissus constitués par elles, la véritable cause des tumeurs ou des maladies diathésiques qui envahissent l'organisme humain; en un mot, il surgit toute une série de personnalités saillantes qui constituèrent de grands foyers scientifiques et des centres de Culture de la pensée humaine.
C'est cette concentration de la vie intellectuelle qui rendait à l'Allemagne sa confiance en elle-même et qui inspirait à la jeunesse enthousiaste une foi ardente dans l'avenir de la science. Les esprits les plus avancés n’hésitèrent pas de proclamer ouvertement dans leurs écrits que c’est aux sciences biologiques qu'est réservée la mission de résoudre les problèmes de la vie, industriel et social. Il se forma même une école de philosophie matérialiste dont les chefs furent Moléchott, Vogt et Büchner qui, dans leurs travaux remarquables intitulés Circulation de la Vie,
Force et Matière, combattirent les doctrines de la force vitale et de l'âme comme source et origine de la pensée. Ces idées matérialistes ne tardèrent pas à se propager parmi toutes les classes élevées de la société, d'autant plus qu’elles tendaient à l’amélioration des conditions matérielles, morales et intellectuelles des classes ouvrières et à la conquête des libertés civiles et politiques. Ce qui a donné encore plus de force à l’école matérialiste,
ce fut l'apparition du livre de Darwin sur l'Origine des Espèces,
où l’auteur, se basant sur la théorie évolutionniste, nie {a fixité des espèces et fait descendre les diverses espèces animales et Végé-
tales d’un petit nombre d'espèces types excessivement simples,
à la suite de transformation de celles d’une échelle inférieure dans une supérieure, et voici la manière dont il explique le mécanisme biologique de l’évolution: le premier facteur est la lutte pour la vie des êtres vivants qui, selon la théorie de Malthus, se multiplient plus vite que leurs moyens de subsistance. Il en résulte que les individus plus faibles périssent, pendant que les plus forts doués d’une résistance vitale plus grande que leurs congénères survivent et s'adaptent au nouveau milieu. Le second facteur c’est la faculté biologique qui les rend plus aptes
pour la lutte et pour la survivance qu'il appelle la sélection natu-
relle, caractère qui s’accumule et se renforce de génération en génération en produisant des variétés accidentelles individuelles
- jusqu’à créer enfin une espèce nouvelle. Entre les individus d’une
né \— ”
même espèce, dit Darwin, il y a une foule de différences de tout genre qui constituent précisément leur caractère individuel se
transmettant à ses descendants par la voie d’hérédité. Darwin reconnait également comme caractère de la sélection naturelle la faculté de l'individu de s'adapter au nouveau milieu physique hostile à l'espèce antérieure et c’est dans les propriétés physiologiques d'adaptation et d’hérédité des êtres organisés qu'il a trouvé les vraies causes du lien généalogique. En d’autres termes, c’est par un procès biologique inhérent au germe qu'il explique l’évolution de tous les êtres organiques, ainsi que. la disparition de certaines espèces et l'apparition d’autres nouvelles. Dès le commencement, la théorie de Darwin a trouvé un grand nombre d’adeptes et d’admirateurs dans le monde scientifique, et encore aujourd'hui, l’évolutionnisme est considéré comme une des conquêtes scientifiques les plns importantes du xix° siècle, ayant contribué à simplifier et à faciliter la solution d’un grand nombre de problèmes biologiques. Ce n’est que plus tard, lorsque Darwin fit paraître son livre sur la Descendance de l'homme où il a étendu sa théofrie évolutionniste et transformiste à l’homme même, le faisant descendre d’une espèce inférieure de l’ordre simiesque, qu’il a déchainé une grande tempête, tant dans le monde des savants que dans le monde des croyants. Il faut mentionner que jusqu'alors la plupart des naturalistes avaient adopté la classification du règne animal de Cuvier et de Blumenbach, accordant à l'homme une place d'honneur qui le met au premier rang dans l'ordre des Bimanes. Ce n'est que plus tard, lorsque Huxley a démontré que l'homme, sous lerapport de son organisation anatomique, diffère beaucoup moins des singes supérieurs que ceux-ci des autres vertébrés, qu'on est revenu à la classification de Linné qui plaçcait l'homme, de même que les singes, dans l'ordre des Primates; cependant il existe un aecord complet parmi les naturalistes en ce que l’homme a subi dans son évolution à travers les siècles des modifications plus profondes et plus radicales qu'aucun des autres primates, tant par le développement extraordinaire de. son cerveau que par sa marche verticale, eten ce que par son organisation supérieure il a su s'adapter aux climats les plus extrèmes et a pu survivre aux cataclysmes de la terre les plus formidables, tandis qu'aucune des familles simiesques, même les plus anthropoiïdes, telles que le chimpanzé et le gorille, n'a pu encore s’acclimater dans les pays froids.
Le défenseur le plus énergique et le propagandiste le plus actif des doctrines de Darwin parmi les naturalistes allemands est Ernest Hacckel, professeur à l’Université d’Iéna, qui les a
encore élargies et perfectionnées par son système de Monisme, d'après lequel il y a unité complète entre la nature organique et inorganique, de même qu'il y en a entre le règne animal et végétal et entre l'animal et l'homme. L’être est un et tous Îles - êtres sont de même nature; tous possèdent un principe de changement et d'évolution, soumis à des lois immuables. Partant de ce principe, il considère Dieu non comme un être extérieur au monde matériel, mais plutôt comme une force divine créatrice identique à la nature et inhérente au Cosmos même. En d’autres termes, le système de Haeckel n’est qu’un système spinoziste ou panthéiste, expliqué selon les données scientifiques modernes. Haeckel même tient à s'expliquer à ce sujet avec une clarté suffisante qui ne laisse pas de doute (1). « Notre pur Monisme n’est identique, ni avec le matérialisme théorique qui nie l'esprit et ramène le monde à une somme d’atomes morts, ni avec le spiritualisme théorique, récemment désigné par Ostwald du nom d’énergétique qui nie la matière et considère le monde comme un simple groupement d'énergies ou de forces naturelles jimmatérielles, ordonnées dans l’espace. Nous sommes bien plutôt convaincus avec Gœthe que «la matière n'existe jamais, « ne peut jamais agir sans l’esprit et l'esprit jamais sans la matière. » Nous nous en tenons fermement au Monisme pur, sans ambiguité, de Spinoza : la matière (en tant que substance indéfiniment étendue) et l'esprit ou énergie (en tant que substance sentante et pensante) sont les deux attributs fondamentaux, les deux propriétés essentielles .de l’Étre cosmique divin, qui embrasse tout, l’universelle substance. »
Haeckel a eu surtout le mérite de trouver que la cellule ou unité organique de tous les êtres, avec son enveloppe, son contenu et son noyau, qui était regardée par tous les naturalistes comme la première forme de la génération primitive, est une formation
trop compliquée et d’une organisation trop élevée pour pouvoir se développer par antagonie de la matière non organisée. La cellule lui paraît être le résultat de toute une série de processus antérieurs de développement. Les premières ébauches de la vie se sont présentées non sous l’aspect de cellules ou de formations cellulaires, mais sous celui d’amas globuleux composés d'un mucus animé et presque complètement amorphe, d'un agrégat de viscosités albumineuses. C'est à ces êtres primordiaux si simples, qui ne sont que des fragments vivants de protoplasma
(1) Les Enigmes de l'Univers, par Haeckel, p. 22.
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Sans Organisation, à Ces € organismes sans organes », tenant le milieu entre les substances organisées et les corps bruts que Haeckel à donné le nom de Monères, et l'on ne peut, selon lui, imaginer des organismes plus simples ou plus incomplets. Elles seules ont pu se développer ou se développent encore de la matière organique par génération spontanée, et d'elles seules peuvent se développer les cellules où les formations cellulaires. Elles prouvent d’une façon incontestable que la vie est liée, non pas à une structure déterminée des êtres vivants, au concours de différents organes, mais bien à ün état physico-chimique de la malière amorphe, à une substance albuminoïde que nous appelons sarcode ou protoplasma, combinaison azotée de carbone d’une consistance semi-fluide. La vie n’est donc pas la conséquence de l’organisation : c’est le contraire qui est la vérité. Le protoplasma amorphe précède les formes organisées. — Les plus anciens organismes qui sont nés, par génération spontanée, de la matière inorganique, ne pouvaient être que des monères (1).
D'après Haeckel, les vraies cellules se forment par le développement intérieur des monères, et la première phase de ce développement $e présente sous une forme cellulaire indifférente, connue sous le nom d’Amibe, Quant à la naissance des monères, elle a dû se produire pour la préimière fois au fond de la mer primitive qui couvrit la terre lorsque celle-ci commença à se refroidir. Ce n'est qu'après avoir peuplé la mer pendant plusieurs générations qu’elles sont devenues la souche de la totalité du monde organique. | FE
La doctrine de Haeckel explique non seulement les phéno: mènes de la nature objective d’après les lois de l’évolution, mais aussi ceux de la vie spirituelle, car, dit-il, étant donné que la matière et l'esprit sont inséparables, le cerveau s’est développé lentement et progressivement à travers les siècles au pair de tous les autres organes du corps humain, et considérant l’intelligence comme une fonction du cerveau, elle a subi les mêmes lois d'évolution que celui-ci, se développant graduellement et se perfectionnant progressivement jusqu’à acquérir une faculté créatrice la rendant apte à construire, au moyen de forces phy-
sico-chimiques, des corps organiques.
(1) Haeckel. Le Règne des Protistes; p. 97.
En même temps que l'Allemagne et le reste des Etats européens, la France fut aussi le théâtre de luttes entre les représentants de l’esprit de la Révolution de 1789 et ceux de l'esprit moyenâgeux et du gouvernement absolu. Là aussi, la victoire ést restée au parti de la réaction. Le régime républicain fut jugulé par un coup d'Etat, mis à exécution par celui même qui lui avait juré fidélité devant l'Assemblée Constituante, en commençant par dissoudre l’Assemblée législative et par octroyer une Constitution qui prolongeait ses pouvoirs de dix ans et finissant par se faire proclamer empereur. Bien que l’empire napoléonien ne fût pas regardé avec sympathie par les vieilles monarchies européennes, elles le reconnurent de bon gré, le considérant comme gardien de l’ordre et soutien du régime réactionnaire. En effet, Napoléon commença par établir un gouvernement autoritaire dépouillant les corps législatifs de leurs attributions en matière politique, limitant leurs facultés législatives, et finissant par concentrer en lui-même toute l’autorité législative, gouvernant plutôt par décrets: La Chambre eut beau être nommée par le suffrage universel, les candidats furent imposés et soutenus par le gouvernement, et les membres du Sénat furent directement nommés par l'empereur. Les délibérations des deux Chambres se tenaient à huis-clos ; leurs discussions n'étaient publiées qu'en extraits par la Gazette officielle ; il n'y avait ni liberté de presse ni liberté de réunion, et tous ceux qui se rendaient suspects d’hostilité envers le régime impérial étaient poursuivis, mis en prison ou exilés. Bien que l’em-
pire ait dirigé tous ses efforts à développer et à multiplier
les sources de production et de richesse nationale, à embellir les grandes villes et à les assainir, à multiplier les voies de communications et à chercher des débouchés pour le Commerce et l’industrie, le luxe effréné de la cour, la somptuosité de l’aris-
tocratie et l’acquisition rapide de fortunes parmi la bourgeoisie P
avaient contribué à renchérir la vie en général et à rendre plus difficiles les conditions d'existence de la classe ouvrière. Quoique
le réveil de l'esprit libéral dans le pays accrût considérablement le nombre de députés républicains et obligeñt le gouvernement de | rétablir le régime constitutionnel, le parti libéral était impuissant à lutter contre les forces combinées du parti de la réaction
cléricale et de l’armée, d'autant plus que Napoléon tâchait de
conquérir des gloires militaires par des guerres contre la Russie, l'Autriche et le Mexique. Mais c’est précisément cette politique indécise, conséquence naturelle de la lutte engagée entre la promesse solennelle faite par l’empereur à Milan de favoriser l'unité de l'Italie et l'intérêt dynastique de soutenir le pouvoir temporel du pape en échange des services rendus à l'Empire, qui fut la cause de son inimitié avec l'Italie, de la guerre avec l'Allemagne et de la perte de sa dynastie. É
De même qu’en Allemagne, le rétablissement du gouvernement absolu et la suppression de la vie politique ainsi que la limitation des droits civils, sous le régime impérial en France, furent cause que les forces intellectuelles du pays se sontconcentrées et que les sciences furent cultivées par une élite de savants avec une foi plus ardente que jamais dans leur mission sacrée de développer l'intelligence et d'élever à un niveau supérieur la personnalité humaine. En effet, depuis 1852 jusqu’en 1870, c’est-à-dire pendant tout le temps de la durée de l'Empire, ont surgi en France des hommes de génie qui, par leurs travaux d’investigations et par leurs études expérimentales dans le champ des sciences naturelles, ont été amenés à réaliser des découvertes qui ont causé une vraie révolution dans le monde des savants et des penseurs des temps modernes. C’est d’abord Marcelin Berthelot, qui dans un effort de son génie créateur, a donné un démenti aux affirmations des chimistes aussi distingués que Berzélius et Gérhardt « que les principes immédiats des êtres vivants ne peuvent être reproduits par des procédés chimiques; ce n’est que la force créatrice de la vie qui est capable d'opérer par la voie de synthèse, tandis que la chimie n’agit que par la voie d'analyse. »
Eh bien, c’est Berthelot qui fit tomber la cloison séparant la
chimie minérale de la chimie organique, et avec un coup d'œil
de son génie, il mit à néant cette force mystérieuse appelée force vitale qui présidait autrefois à la construction des principes organiques. C’est ainsi que le principe vital s’est évanoui et fut remplacé par le principe purement mécanique ou physico-chimique. En mettant en œuvre la glycérine et certains acides, il reproduit d’abord les huiles, les graisses et le beurre. Après les corps gras, vint la synthèse des corps sucrés. Il est à espérer que la synthèse des albuminoïdes ne tardera pas à constituer une nouvelle conquête. Ensuite, il part des combinaisons les plus simples des éléments libres pour reconstituer de toute pièce les carbures d'hydrogène et les alcools. Dans l’œuf électrique, sous l'influence
de l'arc voltaïque, il associe l'hydrogène et le carbone et il retrouve cet acétylène que Davy avait aperçu en 1836, qui semblait depuis lors insaisissable et qui va désormais apporter une contribution docile aux synthèses les plus variées. Berthelot le condense sous l’action de la chaleur : Voici venir l’éthylène qui, uni avec l’eau, produira l’alcool. Il le met en contact avec l’air et avec une solution alcaline, et il produit l'acide acétique. Par ce procédé ingénieux, Berthelot a non seulement démontré que la chaleur, la lumière et l'électricité suffisent pour déterminer les éléments simples à se combiner en composés organiques, aussi bien qu’en composés minéraux. Berthelot a obtenu également des couleurs très nombreuses et très éclatantes avec les seuls quatre éléments qui composent les végétaux ; les produits pharmaceutiques fabriqués par la voie de synthèse font aujourd'hui légion. Dans cette œuvre immense de la synthèse chimique, Berthelot a été guidé par un principe philosophique, celui de l’unité des forces naturelles et des lois auxquelles elles obéissent ; mais il ne se contenta pas de la découverte de cette loi et de son application à la chimie ; il tâcha de mesurer avec rigueur les forces mises en jeu. Il se mit à mesurer l'intensité des affinités chimiques par la quantité de chaleur dégagée dans les réactions et par suite évaluer les énergies chimiques au moyen des mêmes unités que les énergies mécaniques. C’est lui qui a inventé les appareils les plus propres à la détermination des mouvements calorifiques ; c’est lui enfin qui a ramené les travaux des forces chimiques sous une définition commune à toutes les forces naturelles et il a ainsi acheminé la thermochimie à la rencontre prochaine de l’énergétique moderne. L’explication thermochimique que Berthelot a également donnée à la chaleur animale a beaucoup contribué à l'application numérique des lois énergétiques physico-chimiques en physiologie et en pathologie, c'est-à-dire l'énergétique alimentaire d’après laquelle il est facile de régler les conditions essentielles de l'hygiène alimentaire dans les différentes maladies.
Une autre grande lumière du xix° siècle, qui a éclairé les problèmes les plus obscurs de la vie par la méthode expérimentale, c’est Claude Bernard, dont le génie d'expérimentateur et d'observateur a démontré l'efficacité de la méthode expérimentale dans la physiologie, de même que Berthelot l'avait mise en évidence pour la chimie organique. Dans son Introduction à l'Etude de la Médecine expérimentale, il commença à établir que les êtres ‘vivants, malgré la spontanéité apparente dont ils jouissent, relè-
8802"; LES GRECS ET LES SÉMITES vent de l'influence du monde extérieur, leur spontanéité n'étant que la conséquence naturelle de certaines circonstances bien
déterminées, et finit par prouver au moyen de nombreuses
expériences que les manifestations des corps vivants demême que celles des corps bruts sont intimement liées aux conditions d'ordre purement phÿsico-chimiques, et que le but de la physio-
logie n'est pas de remonter aux causes principales de la vie, mais
bien d'arriver à la Connaissance des conditions physico-chimiques déterminantes de l'activité vitale. Bien que les manifestations de la vie, de même dans l’homme que dans les animaux supérieurs, soient très Complexes, cette complexité même est le résultat des propriétés intimes d’une multitude d'éléments organiques dont l'activité est unie aux conditions physico-chimiques du milieu interne dans lequel elle se trouve submergée, c’est-à-dire dans le liquide nourricier de nos tissus et de nos organes. | Quant à la vie même, son essence est dans la force où mieux dans l’idée directrice du développement organique et l'être vivant se trouve sous cette influence créatrice pendant toute son existence. La cause première de la vie s’identifie avec l’évolution créatrice de la machine organisée, mais Cette machine une fois créée fonctionne en vertu des propriétés des éléments constituants et sous l'influence des conditions physico-chimiques qui agissent sur elle. Le rôle de l’expérimentateur est d’aller à la recherche du déterminisme ou de la condition d'existence des phénomènes,
mais jamais à la recherche de l'essence ou du pourquoi dés cho=
ses, car l’investigation des causes premières n’est pas du domaine de la science. :
Parmi les agents de la chimie vivante, le plus puissant et le
plus merveilleux est sans doute l'œuf, la cellule primordiale qui
-renferme le germe, le principe organisateur de tous les corps au moyen duquel s'établit la perpétuité de l'espèce et la descendance des êtres, et c'est aussi par la puissance évolutive qui lui est propre que s'expliquent les rapports nécessaires qui existent entre les phénomènes de la nutrition et ceux du développement. Quant à ses travaux originaux, Claude Bernard mit le premier en
évidence les rapports qui existent entre l'acidité et l’alcalinité .
du suc intestinal et celles de l’urine ; il découvrit aussi le rôle du suc pancréatique dans la digestion des corps gras en les émulsionnant; en même temps il fit voir que chacune des glandes salivaires secrète un liquide doué de propriétés distinctes ; il démontra ensuite l'influence de la piqûre de la moelle allongée sur
la sécrétion du sucre en même temps qu’il découvre à la suite
pad et.
d’une expérience très ingénieuse, la fonction glycogénique du foie transformant en sucre certains principes de nos aliments, Il détermina également l'influence du système ganglionnaire cervical sur la chaleur animale, en même temps, qu’il prouvait expérimentalement la variation de la chaleur du sang dans les différents vaisseaux. Quelque temps après, il décou-
vrit l'existence des nerfs vasculaires et calorifiques. Ses belles
recherches sur le système nerveux du grand sympatique l'ont conduit à admettre l’existence de centres nerveux agissant in-
dépendamment du grand centre cérébro-spinal. Ses Lecons de
physiologie expérimentale appliquée à la médecine, ses Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, sur la physiologie et la pathologie du siÿstème nerveux, sur les propriélés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme, sur les propriétés des tissus vivants, ayant mis en évidence l'importance de la connaissance des lois de la vie et des fonctions organiques pour l'étude des maladies, consti-
tuent un monument impérissable dans l’histoire de là méde-
cine et le mettent au premier rang parmi les physiologistes de l’Europe.
Toutefois il convient de constater que Claude Bernard, bien qu'il ait été amené par de nombreuses expériences à conclure qu'il règne en physiologie un déterminisme rigoureux comme en physique et en chimie, a hésité à s'expliquer sur la vie cellulaire même: cependant dans ces derniers temps, les expériences de mérotomie
ont établi que des cellules coupées en morceaux régénèrent dans
certaines conditions leur forme primitive, et cette forme, invariable pour une même espèce de cellules et variable d’une espèce à l'autre paraît liée à leur composition chimique; ce qui permet de conclure que la structure des organismes représente la forme d'équilibre caractéristique des composés chimiques qui les constituent en présence de l’ensemble des forces physico-chimiques qui agissent sûr eux (1).
Une autre lumière, non moins brillante que Claude Bernard, du xIx° siècle, ce fut Louis Pasteur dont la gloire restera immortelle. Jamais le génie d'un homme n’a provoqué tant d’admiration et de
si unanimes louanges. Sorti des rangs les plus humbles, il s’est
élevé peu à peu, par des efforts assez pénibles, à la plus haute situation que puisse ambitionner une âme d'élite, Bien qu'il n’é-
(1) Evolutionnisme et Platonisme, pâr René Berthelot, P. 85:
tait pas médecin comme Claude Bernard, il a su, par ses travaux sur la chimie, dirigés avec la rigueur presque mathématique et par sa méthode expérimentale à lui, rendre des services immenses à la médecine et à l'art de guérir. Vivant à une époque où les doctrines vitalistes se méfiaient des travaux des laboratoires chimiques, il eut à lutter durement contre les idées courantes ; car, à cette époque-là, les idées dominantes qui faisaient loi dans le monde scientifique étaient en chimie celles de la force catalytique; en biologie celles de la génération spontanée; et en médecine celles de la force vitale et de la spontanéité morbide. Eh bien! Pasteur renversa, par ses premiers travaux, la doctrine de Liebig sur les fermentations, d’après laquelle le ferment était une substance albuminoïde altérée et douée d’une force spéciale appelée catalytique qui lui permettait d’agir sans perdre de son activité en mettant en branle les matières fermentescibles et en les transformant en des produits nouveaux.
Pasteur démontra que la fermentation est un acte purement vilal dû à un micro-organisme qui vit et se reproduit aux dépens de la matière azotée avec l’aide de l'air. A la suite de ses recherches il finit par détruire en même temps une autre doctrine admise jusqu'alors sans conteste parles savants du monde entier, la génération spontanée. En poussant encore plus loin ses recherches expérimentales, il trouva que les maladies infectieuses sont dues simplement à un procès de fermentation engendré par un des microbes nocifs suspendus dans l'air qui s’introduisent furtivement dans l’organisme.
Ainsi Pasteur a mis à néant du même coup la théorie de la génération spontanée et aussi celles de la maladie spontanée et les a remplacées par une conception plus élevée et plus solide, assise sur la base inébranlable de l’expérimentation, la Panspermie, c'est-à-dire (1) « la dissémination dans l’air, dans l’eau, dans la terre, à sa surface et à la surface de tous les objets qui la couvrent, d’une multitude infinie de germes qui, partout invisibles et présents, en quantité variable, suivant les lieux et les saisons, sont prêts à l’action et s’y mettent dès que se rencontrent pour eux les conditions favorables aux manifestations de leur vie ».
Toutefois, l'interprétation vitaliste de Pasteur sur la fermentation admettant que celle-ci ne saurait être provoquée que par l’action de certains micro-organismes, est aujourdui combattue
(1) La Nature vivante de la Contagion, par A. Bouley, p. 9.
ps Le à te do Lépe de nier Sd © \ D
par un grand nombre de naturalistes, lesquels, s'appuyant sur de nombreuses expériences, sont d'avis que les fermentations
sont dues à des principes secrétés par les microbes, mais qui
peuvent être également produits par la voie de synthèse en
dehors de l’action de la vie. On est même arrivé à établir une analogie entre la formation et le groupement cellulaire dans un
liquide organique avec la formation des cristaux dans une solution appropriée. Loeb a pu remplacer, dans la génération des oursins, l’un des deux ascendants par un milieu organique. Quoi qu'il en soit, il est un fait incontestable que la doctrine du déterminisme physico-chimique en biologie gagne tous les jours plus de terrain parmi les naturalistes et qu’elle conduit à des découvertes toujours plus intéressantes, bien qu’elle laisse encore un grand nombre de lacunes qui ne tarderont pas à être remplies par les investigateurs du xx: siècle.
Pour revenir aux découvertes de Pasteur, denatureéminemment pratique, nous tenons à rappeler d’abordles services renduspar lui à l'industrie par la conservation des bières, des vins et du lait, au moyen d’ un procédé connu sous le nom de pasteurisation, ensuite
sa mémorable découverte sur la cause des maladies des vers à
soie appelée la fébrine, dont il a trouvé l'agent pathogène dansles graines. Il commença par s'assurer queles corpuscules n’existent normalement à aucun âge dans le ver à soie et qu’en élevant de
la graine ou des œufs sains, les vers, les chrysalides, les papillons
qui en proviennent, ainsi que leurs œufs, sont exempts de corpuscules. En échange, lorsqu'on fait avaler au ver à soie des corpuscules empruntés aux vers malades et déposés en tas sur une feuille de mûrier, il prend rapidement la fébrine. D’un autre côté, si l'on inocule à un ver à soie les corpuscules De une piqûre, on le rend malade de la fébrine, de même qu’on produit la variole lorsqu'on inocule à un enfant indemne le virus variolique. Mais les découvertes les plus mémorables de Pasteur sont celles qui ont rapport à la médecine. Il a trouvé d’abord que la contagion des maladies dites virulentes est due, comme la
. fermentation, à l’action d'un être vivant, d'un microbe, qu’elle se fait, soit par le contact direct ou l’inoculation, soit par l’in-
gestion soit par l'inhalation des poussières véhicules des germes, et finalement qu’elle peut être entravée ou atténuée par certains agents physiques. Cette découverte constituait dès lors la pierre angulaire de toutes les méthodes d’antisepsie chirurgicale et obstétricale ainsi que de désinfection des objets contaminés par les maladies infectieuses. Mais le génie inventeur de Pas-
tbBr ne se borna pas à trouver des méthodes préventives: î a découvert également d’autres méthodes ayant pour but la guérison des maladies les plus terribles, telles que le charbon et la rage. Cette méthode consiste dans l’inoculation des cultures microbiennes atténuées, méthode qui a conduit après à la découverte, par son élève Roux, du vaccin anti-diphtéritique et antitétanique et qui permettra sans doute un jour de trouver d’autres vaccins efficaces contre un grand nombre de maladies infectieuses qui affligent le genre humain.
LA LUTTE ENTRE LE CATHOLICISME ET L'EMPIRE ALLEMAND ET. SON INFLUENCE SUR L’'ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE PESSIMISTE EN ALLEMAGNE.
Les progrès immenses réalisés dans les sciences biologiques et physico-chimiques pendant les vingt années de régime réactionnaire, tant en France qu’en Allemagne, et leur influence sur la prospérité du commerce et de l’industrie, n’ont pas manqué d’exercer une influence favorable sur l’évolution du régime politique. En effet, il s’est produit un réveil de la conscience nationaleallemande, au point qu’il s’est formé un parti national libéral ayant pour but de réaliser le projet d’unification del’ Allemagne par des moyens pacifiques ou soit par le consensusdetousles États allemands, Cependant Bismarck et ses collaborateurs qui dirigeaient alors les destinées dela Prusse n'étaient pas de cet avis; ils croyaient . au Contrairequ'une solution efficace du problèmenational ne pourraitsefaireque parla force des armes. Dans cebutl’espritmachiavélique de Bismarck imagina d'abord laguerre contrele Danemark au nom de la Confédération allemande et en connivence avec l'Autriche. Après avoir réussi à s'emparer des deux provinces danoises, il fit la guerre à l'Autriche, son alliée d'hier dans la guerre contre le Danemark, et, après l'avoir vaincue, il l’obligea de renoncer à son droit héréditaire, de former partie de la Confédération allemande. Bien que cette guerre fut regardée de mauvais œil de la part des catholiques des provinces rhénanes et que la plupart des chambres de commerce des villes principales de l'Allemagne aient protesté contre cette guerre fratricide, la discipline militaire de la Prusse se rendit bientôt maîtresse de l’hésitation de la bourgeoisie allemande. Bismarck se prévalut d’abord de son astuce particulière accompagnée de rudesse pour réussir à se faire déclarer la guerre par l'Autriche à la suite de sa circulaire offensive contre le
gouvernementimpérial; ensuite, après l'avoir vaincuesur le champ
: debataille, il a réussi à former la Confédération du Nord de l’Alle-
magne avec l'exclusion de l'Autriche et a profité d’une circonstance fortuite du choix d’un prince allemand sur le trône d’Es- Pagsne pour entrer en guerre avec la France. Le résultat de cette guerre victorieuse fut la fondation définitive de l'empire d’Allemagne sous l’hégémonie de la Prusse, et l'Allemagne, d’une nation de poètes et de philosophes, s’est transformée en peu de temps en une nation militaire, industrielle et politique. Pendant
les premières années, Bismarck voulant donner à son œuvre un
caractère national, se vit forcé dechercher son appui au Parlement dans le parti national libéral en faisant élire le Reichstag par le suffrageuniversel eten rompant complètement avec le parti conservateur, opposé à toute mesure libérale. Maïs étant donné, d’un côté, le tempérament réaliste à l'extrême de Bismarck et, d’un autre côté, son esprit antilibéral, tant par atavisme que par principe,
son alliance avec le parti libéral fut plutôt une mésalliance
qu'un mariage d'amour et qui finit par un divorce en 1876. En effet, autant de fois qu'il s'agissait d’une réforme politique ou du Code pénal dans le sens libéral, il imposait sa volonté de fer à ses
amis, les nationaux libéraux, tandis queceux-ciavaientrarement
pu obtenir une concession analogue en échange des services rendus, ce qui eut pour résultat la perte de prestige des représentants de leur parti au Parlement et sa ruine dans l'estime des électeurs en même temps que l'accroissement du parti socialiste à la Chambre aux dépens du parti libéral, Toutefois Bismarck a réussi, tant par son caractère ferme et autoritaire que par son
intelligence réaliste et par l'habileté de ses combinaisons en po-
litique étrangère, à imposer sa volonté non seulement à l’Allemagne, mais aussi à l’Europe entière.
Ï n'y a pas de doute qu'après la victoire de la Prusse protestante sur la France et sur l'Autriche, deux pays catholiques, il
. nya eu quelque chose de changé en Europe et la puissance qui en souffrit le plus les conséquences fut le Vatican, car dépossédé
des Etats pontificaux et du pouvoir temporel, et Rome même de-
venue Capitale de l'Italie, il se sentit mal à l'aise en face d’un Etat protestant tout puissant, et pour répondre à l'indifférence de l'Europe envers la perte de son pouvoir temporel, Pie IX
crut bien faire de montrer la virtualité de son pouvoir spirituel en faisant proclamer comme dogme et en faisant sanctionner par un Concile œcuménique la doctrine de l’infaillibilité du pape
en matière dé religion. Le caractère de cette doctrine était d’au-
tant plus grave qu'elle était précédée de deux documents, l’Ency-
clique et le Syllabus, publiés en 1864, dans lesquels Pie IX jetait.
le gant au progrès et au libéralisme de même qu’à la culture et à la civilisation modernes en lançant un anathème contre la li-
berté de conscience et de culte ainsi que contre le principe de
tolérance religieuse; en d’autres termes, c'était une déclaration de guerre non seulement contre le protestantisme, mais aussi contre tous les Etats qui ne se soumettaient pas inconditionnellement aux exigences de l'Eglise. Ce nouveau dogme eut encore pour conséquence d’anéantir complètement l’indépendance des évêques qui ne pouvaient dorénavant rien décider sans le consentement du pape et couraient le risque de se rendre suspects de libéralisme envers la curie romaine par leurs actes et par leurs paroles. Pour cette raison même, ce dogme avait trouvé une opposition très forte parmi un grand nombre d'évèques, tant en France qu’en Allemagne, qui craignaient surtout des complications entre l'Eglise et l'Etat moderne, au point que l'évêque de Mayence implora Pie IX, au nom de tous les évêques
allemands, d'abandonner son projet en lui démontrant son inop-
portunité et son danger. De même, un grand nombre de savants allemands, tels que Dollinger de Munich, Friedrich et Huber, ont fait également des efforts pour empêcher la proclamation de ce dogme. Dans le concile même, il s’est trouvé un grand nombre d’évêques qui ont pris la parole contre, tels que le fameux Strossmaïer, évêque d’Agram, et Dupanloup, évêque d'Orléans, ce qui n’a pas empêché que 533 membres du concile aient sanctionné le dogme, considérant comme une révélation de Dieu les paroles du pape lorsqu'il parle ex-cathedra en matière de foi et de morale. Chose singulière! Ce nouveau dogme fut proclamé le 18 juillet 1870, et presque à la même heure, la guerre fut déclarée entre la France et l’Allemagne, ce qui eut pour conséquence l'entrée des troupes italiennes à Rome et la perte complète du pouvoir temporel du pape.
Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que la perte du pouvoir temporel n’a pas porté ombrage au pouvoir spirituel du pape. Loin de là, elle a contribué plutôt à resserrer les liens parmi les catholiques allemands dans le terrain politique, ayant formé un parti de l'opposition, et les évêques qui avaient été hostiles à la promulgation du dogme de l'infaillibilité, se sont soumis humblement à l'autorité du pape par crainte de porter préjudice à l'unité de l'Eglise. De plus, ils ont organisé de nombreuses confréries parmi toutes les classes sociales et même aux Universités
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parmi les étudiants catholiques. Ces associations religieuses se sont réunies annuellement en Congrès, sous le patronage des évêques, dans le but de défendre les intérêts moraux et religieux, mais leur vrai but était de tenir tête aux prétentions d’un gouvernement protestant. C'est ainsi qu'aux élections de mars 1871, s’est constitué un parti catholique, le Centre, qui a uni les éléments les plus hétérogènes où se coudoyaient des aristocrates ba-
Varois et des hobereaux prussiens avec les libéraux et les radi- ‘Caux des provinces rhénanes pour la défense des intérêts
catholiques. D'un autre côté, le gouvernement impérial, très jaloux de cette nouvelle puissance et résolu à ne pas céder aux exigences du parti catholique se crut obligé de voter des lois pour mettre une barrière à l'agression cléricale. De là, est né le Kullurhamf qui a duré jusqu’en 1879; elle consistait dans la promulgation des lois qui limitaient le pouvoir de l'Eglise catholique. Mais, comme beaucoup d’évêques et de prêtres ont refusé l’obéissance à ces lois, le gouvernemeut leur Supprima le traitement temporellement, ensuite il les révoqua, les condamnant à la prison ou les expulsant de leur diocèse. Il en résulta que beaucoup de communes restèrent sans curés, et beaucoup de diocèses, sans évêques, ce qui avait produit un grand mécontentement
parmi les catholiques allemands. Les passions confessionnelles
avaient acquis une acuité qui rappelait la guerre civile de Trente ans, au point que Pie IX avait adressé une lettre à l’'empereur Guillaume, où il s’est arrogé le droit sur tous les sujets allemands catholiques qui avaient reçu le baptême, prétendant que tout bon catholique doit obéissance à Dieu avant qu’au roi. Ce n'est qu'après une lutte stérile de cinq à six ans que Bismarck dut se convaincre de l’inefficacité de sa politique brutale
d'autant plus qu'il eut des motifs de ne pas mécontenter les sen-
tüments catholiques en Alsace et Lorraine, et qu’il eut besoin aussi du concours du Centre pour le vote des lois militaires. D'un
autre côté, le Centre comprit que sous peine de se condamner à .
une lutte stérile, il lui fallait reconnaître l'organisation du nouvel
empire et se rallier à une politique nationale, et on finit par
s'entendre et par organiser les rapports de l'Eglise et de l'Etat de façon à sauvegarder les droits de l'Etat en même temps qu'à ménager les droits de l'Eglise. A la suite de cet accord mutuel, le Centre catholique et particulariste a fini par se réconcilier avec le nouvel empire, et l'Etat de son côté a renoncé à la législation de combat ct aux mesures de rigucur édictées par le ministère Falk. Celui-ci se retira du ministère et peu à peu les : | 22
Don UN LES GRECS ET LES SÉMITES
fameuses lois de Mai furent abrogées l’une après l’autre. Il n’y a pas de doute que la réalisation de cette entente n'ait été facilitée, à la suite de la mort de Pie IX, dont l’intransigeance avait beaucoup
froissé l'empereur d'Allemagne, par son successeur Léon XIII
qui, grâce à son esprit conciliant et à son habileté diplomatique,
a su rétablir la paix entre l'Eglise et l'Empire allemand. Toutefois, nous tenons à constater un fait assez singulier que
voici: pendant l’époque du Kalturkampf, où là politique du
gouvernement allemand fut hostile au Vatican, il existait en
France une Assemblée Constituante, animée dans sa majorité de sentiments monarchiques et théocratiques et un gouvernement conservateur dirigé par un Président militaire, homme autoritaire et dévoué au pouvoir temporel du pape, tandis que la cessation du Kulturkampf en Allemagne, coïncida avec le remplacement du régime CORRE en France par un gouvernement libéral soumis à l'influence de Gambetta et de
Jules Ferry qui dénoncèrent. ouvertement le danger du clérica-
lisme et firent voter des lois pour le combattre. C’est précisément à ce moment que l'Allemagne signait la paix avec le Vatican et que le Centre catholique devenait l'arbitre des destinées politiques du pays et le pivot de la majorité gouvernementale. Quelle coincidence ! HENEEA | On a beaucoup discuté dans le temps sur les motifs qu'a eus Bismarck de battre en retraite, malgré son serment de ne pas alier à Canossa, mais les événements postérieurs ont prouvé que le vrai motif qui l’a poussé à ce changement de politique était l'accroissement simultané du nombre de deux partis hostiles au Parlement: le Centre et les Socialistes, et craignant que la coalition de ces deux partis ne l’empêchât à un moment donné de faire voter les projets de lois militaires et maritimes ayant pour but de maintenir l’hégémonie de l'Allemagne en Europe, il préféra se jeter dans les bras du parti catholique, bien que celui-ci ne lui prêtât son concours qu’à force de concessions. Grâce à cette entente forcée, le prestige du parti du Centre commença à grandir auprès de ses électeurs et dans le pays même, surtout depuis qu'il s’est habitué à prendre une part active dans les affaires publiques et a fini par devenir un collaborateur très important
dans l'œuvre législative, au point que depuis 1898 jusqu'aux
dernières élections le président de la Chambre appartenait toujours au Centre, par le seul fait de représenter le groupe le plus influent de la Chambre; grâce aussi à sa coopération furent votées les lois d'assurances ouvrières, l'unification du Code civil