‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 86 sur 106 · FER · texte numérisé non relu

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Catholiques pour quarante-trois millions de protestants.

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| LES GRECS ET LES SÉMITES | 339 et les lois sur l'accroissement de la flotte, Bièn que les derniers événements l’aient rejeté de nouveau dans l'opposition, il a toujours conservé sa puissance numérique dans la Chambre et a réussi à reprendre son influence politique qui a forcé le chancelier de Bulow à démissionner.

- Quoi qu'il en soit, il paraît paradoxal que le catholicisme puisse exercer une influence prépondérante dans les sphères gouvernementales d° Allemagne, si l'on considère que d’après la dernière statistique, l'Allemagne compte seulement dix- -Sept millions de

Pour donner une explication satisfaisante de ce fait assez singulier, il faut la chercher dans l’histoire d'évolution de l'esprit religieux en rapport avec le mouvement intellectuel du peuple allemand pendant ces derniers deux siècles.

Si l’on remonte l’histoire, on constate que le mouvement évolutif d’un esprit nouveau, tant religieux qu'intellectuel, fut initié par Luther. C'est lui qui accusa l'Eglise catholique de chercher son point d’ appui dans la philosophie d’Aristote et il fit de grands efforts pour délivrer la religion du joug de la théologie scolastique. « Ce Grec, dit- il, Qui Sème l'illusion dans tous les esprils, ce serpent à à mille têtes d’où sont sortis les scotistes et les thomistes et qui enseigne, chose horrible, que toute justice est en nous ». Il prétendit que la raison est aveugle dans les choses de la foi, et que l'Eglise était aveugle d’avoir accordé tant de crédit à la raison. Il s’efforça à séparer lé domaine de la foi de celui de la raison. «La . parole de Dieu, contenue dans la Sainte Ecriture, est la source unique de la foi. Tout ce qui est permis à la raison est de déterminer le sens exact des textes sacrés ». La théologie se réduit,

. d’après lui, à l'interprétation philologique de la Bible. La raison : : doit S’abstenir de parler de choses sacrées où elle ne peut appor-

ter que de l'obscurité et de la confusion, tandis qu'il lui est permis d'expliquer les phénornènes de la nature selon les méthodes de la science.

Pour Luther, la religion est l bésion de l'être tout entier à la parole de Dieu, à l'Evangile apporté par le Christ. La foi immé- diate dans le Dieu de miséricorde, la conscience vivante de la posséder est l'essence même de la religion. D'un autre côté, bien que le protestantisme impose silence à la raison dans le domaine de la foi, il la laisse absolument tibre dans son domaine propre. Persuadé que la religion n’a rien à redouter de la vraie science, que la raison, émanation de la divinité, ne saurait

“ rabaisser l'œuvre de Dieu, il la laisse entièrement libre de se

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développer à sa guise, car il ne voit pas en elle un ennemi dont il faille se méfier ; il lui permet de rechercher la vérité scientifique avec toute liberté.

Il n’y a pas de doute que la démarcation que le protestantisme a établi entre le domaine de la foi et celui de la raison n'ait beaucoup favorisé le développement de la science en Allemagne. Toutefois, Luther n’a pas pu secouer tout à coup le joug du dogmatisme catholique : il a bien admis les doctrines de la trinité, de la grâce et de Ia prédestination. En effet, nous rencontrons chez lui une illumination mystique qui forme le fond de toute sa vie religieuse et qui a donné lieu à la fin du xvrr° siècle au développement du piétisme qui n’est qu’une exaltation mystique du sentiment religieux contre le dogmatisme scolastique et même contre l'Eglise protestante officielle. Les piétistes vivaient également éloignés de la société intellectuelle, fuyant les controverses théologiques arides de même que les lieux de réunion qui représentent l'alliance de l'Etat moderne avec l'Eglise officielle. Il est

tout naturel que le piétisme ait perdu beaucoup de terrain pen-

dant la seconde moitié du xvine siècle, lorsque l'enthousiasme

mystique s’éteignit peu à peu sous l'influence de la philosophie

rationaliste dominante en France et en Angleterre, mais aussi a-t-il repris une vitalité nouvelle vers la fin du xvrrre siècle sous la forme du Romantisme, surtout dans le midi de l'Allemagne et en Suisse, faisant principalement de nombreux adeptes dans

les rangs de l'aristocratie, au point de compter dans son sein des

écrivains remarquables, tels que Lavater, Claudius, Jacobi et Novalis. C'est précisément pendant les guerres napoléoniennes contre l'Allemagne que les courants piétistes gagnèrent en

intensité et en extension, se combinant tantôt avec le réveil du :

sentiment national, tantôt avec le romantisme politique. Mais ce n’est qu'après la chute de l’Empire napoléonien et le retour du régime absolutiste en Allemagne que s’est accentuée de plus en plus dans le sein du protestantisme la divergence sous deux formes distinctes : le piétisme orthodoxe de l'Eglise officielle et le piétisme populaire, Le premier s’allia au romantisme politique, gagna peu à peu l'aristocratie et la haute administration et finit même par régner officiellement sous Frédéric-Guillaume IV ; alors, 1l revêtit le caractère d’orthodoxe en prenant pour base la révélation et l’Ecriture Sainte, en restaurant l'origine divine de la Bible et en favorisant une exégèse conservatrice des textes sacrés. Après s'être emparé du pouvoir, il s’efforça d’imposer sa doctrine aux professeurs d’Universités et aux pasteurs,

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et d'exercer ainsi une influence sur l'opinion publique. Le second intitulé le piétisme populaire, représentant une énergie spirituelle indépendante, se recruta de préférence parmi les petites gens auxquelles il tâcha de faire comprendre la nécessité pour tout chrétien de vivre par lui-même en s'inspirant dans les sentiments religieux les plus purs, dans un élan mystique qui élève l'homme vers Dieu, tel qu'on le trouve à l'origine de la vie religieuse de Luther. C’est ce subjectivisme religieux ayant pris son origine dans l'élément émotionnel et mystique, qui constitue une puissance qui agit sur les couches profondes du peuple allemand de même que sur les classes éclairées. L'influence du piétisme radical se fit jour parmi tous les grands penseurs de l'Allemagne du xrx° siècle; on le voit même chez Kant qui, dans: son livre de la Philosophie de la Raison pratique, base la morale sur l'effort persévérant de la volonté, sur l'impératif catégorique pour arriver à la perfection. Mais elle apparaît d’une manière encore plus prononcée dans la doctrine de Schleiermacher qui définit la religion comme une intuition mystique de Dieu, comme l'essence et l'amour de l'infini, comme une vision de l'univers et l'émotion qui l'accompagne. On n’a qu’à voir la vénération qu'il témoigne à Spinoza qu'il considère comme un des esprits les plus sublimes et les plus épris du Divin, qui aient Jamais existé. D’après ce qui précède, il est clair que le protestantisme diffère du catholicisme non seulement par le manque de dogmatisme et de rites, mais aussi par son caractère subjectif et mystique. Tandis que le catholicisme représente un ensemble de

doctrines considérées objectivement vraies et indiscutables et

imposées comme telles à l'esprit des fidèles, le protestantisme reconnaît uniquement la Bible et l'Evangile comme sources de

la religion révélée et laisse en même temps à la raison la liberté

de les interpréter selon le jugement et les connaissances plus

ou moins vastes et profondes de Chaque individu, Or, tant que

la philologie et l’histoire se trouvaient dans l'enfance. personne ne Songeait à toucher à la sainte Ecriture, mais à mesure qu'elles s'étaient habituées à revêtir un caractère scientifique et à former une branche de la science de l’évolution

… humaine, la Bible et l'Evangile n'avaient pas échappé à la cri-

tique et à l'esprit scientifique. C’est ainsi qu'au xIx° siècle ont Surgi des savants très consciencieux qui ont créé une étude de critiques bibliques basée sur des investigations historiques et

philologiques et sur une méthode scientifique, les amenant à

écarter de la Bible tout ce qui est irrationnel, à expliquer les mi-

racles comme des illusions ou comme des PASS pieuses et à atténuer le caractère divin du Christ, le considérant plutôt comme un homme supérieur annonciateur de la loi morale, D’après eux, les récits évangéliques ne sont point une biographie de Jésus, mais une sorte de poème légendaire, un.récit poétique des expériences religieuses des premiers fidèles. |

En résumé, la tendance du protestantisme moderne est de dépouiller le christianisme de sa qualité de religion révélée, une et éternelle, en même temps.que de son caractère objectif et historique, et de le considérer comme un état de conscience avec lequel chaque individu doit vivre, comme une. forme de la conscience religieuse de l'humanité en voie d'évolution.

Quant au piétisme orthodoxe, il a évolutionné d’une manière distincte. D’après M. Lichtemberger, ila commencé à confier à l'au-

torité souveraine la direction et l’organisation de l’église, de ma-

nière que le monarque prussien se considère comme Île chef suprême de l'église qu'il administre, qu'il réglemente et qu’il protège, au point que l'Etat a fini par créer üne sorte de religion d'Etat. Cette alliance intime du trône et de l'autel a procuré des avantages, tant à l’église qu’à l État. La première y a trouvé sa sécurité etsa puissance matérielle; le second, l'union du sentiment natiopal à la foi religieuse, condition nécessaire pour le maintien de l'ordre public et Fobéissance au pouvoir établi, en même temps

qu'un moyen pour combattre le mécontentement etle penchant à la

révolte des classes ouvrières. Toutefois, à mesure que l’industrialisme et les sources de la richesse publique se multipliaient et que les sphères de l’activité nationale s’élargissaient en Allemagne, le sentiment de l'unité nationale grandissait par lui-même et se fortifiait de plus en plus sans avoir besoin de l'appui de l'Église, et par suite J'Etat était forcé de se séculariser progressivement et tous ses efforts étaient dirigés vers le seul but d’ augmenter la prospérité nationale à l’intérieur et d'agrandir sa puissance et son influence

à l'extérieur. Il en résulta que l'Etat, conscient de sa forme auto-

nome et de sa volonté souveraine, se désintéresse chaque jour davantage des destinées de l’Église et du maintien de la doctrine orthodoxe dans sa’pureté, il considère même comme un intérêt national d'observer une neutralité entre les différentes confessions religieuses en garantissant la liberté de conscience et de

culte et en laissant à chacune le droit de poursuivre ses fins à.

condition de ne pas troubler la paix publique. Bien qu'il y'ait

encore des liens traditionnels en Allemagne qui unissent l'Eglise

à l'Etat, l'idée de l'Etat souverain et de l'Eglise indépendante

4 du Le. S Lise EVE. ein.

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