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sur ce même sujet un travail très remarquable (1) qui appela fortement l'attention dans le monde des penseurs. Dans ce travail, M. Bergson établit sur des données scientifiques : 1° que la conscience constitue une unité de puissance qui ne se déploie nullement dans l’espace en états isolés etindépendants, mais qui poursuit sans cesse dans la durée une évolution continue; 2° que chaque état nouveau de conscience ne l’est que par l’abstraction; en réalité, il résulte de la transformation insensible de l'état précédeht, sans qu'il soit possible de marquer une limite précise entre les deux. « La vie psychologique est, d’après lui, une vie véritable ; on ne pourrait y trouver une discontinuité qu’en l’anéantissant pour la ressusciter ensuite, car chaque moment est la fin du moment précédent et le commencement du suivant. La conscience est une, mais ne reste pas identique à soi; elle change constamment comme tout être vivant; elle évolutionne et se renouvelle constamment, car l’évolution est créatrice. La conscience évolue et se développe sous l'influence des exigences de la vie sociale et en relation étroite avec l’évolution biologique. Elle est d’abord puissance de retention et d'assimilation biologique par la mémoire, au moyen de laquelle elle garde le souvenir de tous les actes utiles. Elle est encore puissance de dissociation pour discerner les actes qu'il importe de faire ou d'éviter. Elle est enfin puissance d'association qui lui permet de répéter les actes utiles chaque fois que le milieu présente des circonstances semblables ou de réunir des souvenirs de cas semblables ou voisins pour faire face avec toutes les expériences anciennes aux difficultés nouvelles. D'autre part, il est clair que le développement de la conscience est en rapport avec celui des
centres nerveux. Il n’y a pas de fait psychologique qui n'implique l'entrée en jeu des mécanismes corticaux. Tout paraît se passer comme si la conscience jaillissait du cerveau et comme si le détail
de l’activité consciente se modelait sur celui de l’activité cérébrale. Mais, en réalité, la conscience ne jaillit pas du cerveau ;
cerveau et conscience se correspondent parce qu'ils mesurent éga-
lement, l’un par la complexité de sa structure et l'autre par l’in-
tensité de son réveil, la quantité d'énèrgie et de choix dont l'être vivant dispose. «Le fait qui met mieux en relief les rapports
de l’état conscient et de l’état cérébral, c’est la modification locale
du cerveau à la suite de maladies produisant l’aphasie.
« L'évolution de la vie se faisait, dès son origine, comme si un « large courant de conscience avait pénétré dans la matière,
(1) Bergson. — Essai sur quelques données immédiates de la conscience.