TECHNIQUE OPÉRATOIRE. __ RÉSULTATS
Ce n’est pas un des moindres avantages des greffes mortes de n’avoir aucune spécificité : à l’encontre des greffes vivantes, il n’est pas nécessaire qu’elles proviennent d’animaux de même espèce. Homogènes ou hétérogènes, elles reprennent dans les mêmes conditions.
On donne la préférence aux tendons de gosselins, ou veaux morts-nés. Faciles à se procurer dans les abattoirs, commodes à manipuler, ces organes sont constitués par des éléments cellulaires jeunes, non différenciés : le travail ultérieur de destruction des macrophages est facilité, la reprise de la greffe est plus rapide.
Aussitôt le fœtus extériorisé, on recueille par des incisions appropriées et dans les meilleures conditions d’aseptie réalisables, les tendons que l’on se propose de con- SÉINET
Il importe alors de les fixer le plus rapidement possible : les protoplasmas, avant leur mort, subissent une période de souffrance qui provoque l’élaboration de substances nuisibles, de la nature des ferments autolysants. Dans les tis-
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sus morts lentement et abandonnés à eux-mêmes hors de l'organisme, ce processus amène la dissolution des éléments constituants. |
Le fixateur employé sera l’alcool à 90° ; on y laisse séjourner les greffons de huit à douze jours.
On les retire alors pour les immerger dans l’alcoo! à 60° jusqu’au moment de leur utilisation. On obture soi-. gneusement le récipient ; un tube scellé à la lampe constitue le meilleur.
Avant sa mise en place, le greffon est débarrassé de l’excès d’alcool par immersion, au début de l’intervention, dans le sérum physiologique stérilisé.
L'intervention doit être exécutée secondarrement. Pour amoindrir les chances d’infection, inévitables en milieu septique, il: faut attendre la fin de toute réaction inflammatoire et la cicatrisation complète. La reprise de la greffe sera d’ailleurs facilitée par une ambiance redevenue plus normale.
Pour assurer l’hémostase, on peut placer la bande d’Esmarch au-dessus de la région où l’on va intervenir.
Le membre sera maintenu en position de relachement maximum : flexion s’il s’agit de tendons fléchisseurs, extension dans le cas contraire.
L'opération s’effectuera sous le couvert de la plus rigoureuse aseptie. ;
L'identité des extrémités tendineuses sera établie avec soins; une fois disséquées et isolées on les avive par ‘un coup de Ciseau. Un greffon est alors interposé, de longueur juste suffisante pour combler la perte de substance.
Deux ou trois points de suture à chaque. bout le fixeront en place, pratiqués avec une aiguille courbe et du.
catgut n° 0. Le fil de lin et la soie ont été utilisés, sans inconvénients, dans plusieurs des observations que nous rapportons. Bien souvent il nous a été donné d'observer des suppurations tardives avec éliminations ultérieures, à la suite de sutures profondes au fil de lin ou à la soie, difficillement résorbables ; aussi croyons-nous devoir donner la préférence au catgut dont la résorption, parfois lente, est toujours complète.
Après suture des divers plans, et pansement, le membre sera immobilisé en bonne position, dans une gouttière plâtrée pendant une vingtaine de jours.
Dans aucun des dix cas que nous rapportons, le greffon de chien, ou de veau mort-né, ne provoqua la moindre réaction inflammatoire, immédiate’ ou ultérieure : il fut toujours parfaitement toléré. M. le professeur Sencert nous signale que sur trente-cinq greffes tendineuses qu’il a pratiquées, aucune n’a été éliminée. Chez nos blessés, la guérison s’effectua normalement, sauf deux légers incidents de cicatrisation, dus sans doute à une infection postopératoire.
Le temps de conservation des greffons, variable, allait de six jours à plus de dix-sept mois, et leur longueur jusqu’à huit centimètres.
Dans trois cas, (obs. I, IT, V), les creffes portent sur plusieurs tendons.
Au point de vue fonctionnel, le résultat obtenu ne fut pas toujours égal :
Les trois premières observations concernent les pertes de substance des tendons de la tabatière anatomique ; les mouvements d'extension et d’abduction ont été à peu près intégralement récupérés, sauf dans un cas (obs. I), où
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l'extension du pouce reste légèrement limitée. Il convient de signaler qu’on s’est trouvé en présence d’un déficit musculaire, et l'importance d’un traumatisme, contusionnant une large surface de tissus.
Un index (obs. IV) fléchi à angle droit par section de l’extenseur, retrouve sa fonction, malgré un incident de cicatrisation qui fit craindre un moment la formation d’adhérences ultérieures ; il semble que le greffon mort se doit mieux défendre contre ce processus qu’un tendon vivant. |
L'absence de tous les fléchisseurs des deuxième, troisième et quatrième doigts, exfoliés à la suite d’un phlegmon (obs. V), les avait réduits à l’impotence absolue. Après l’intervention, le jeu de la main s'exécute normalement, sauf une petite diminution de la flexion du médius.
L'amélioration constatée dans l'observation VI ne fut qu'indirecte, par libération surtout des quatre doigts de la main, qu'immobilisait le pouce, rétracté dans la paume. Les mouvements commencés de façon précice, ne subsistèrent pas, malgré la précaution prise de placer le tendon hors de sa gaine retrouvée en bon état. Il est vrai que les filets nerveux de l’éminence thénar avaient été sectionnés antérieurement.
L'intervention sur un autre long fléchisseur du pouce (obs. VIT), portait au dessus de la gaîne, au niveau de l'insertion tendino- musculaire. Elle fut suivie d’une restitution fonctionnelle complète.
Même terminaison heureuse dans le cas d’un fléchisseur profond de l’index, sectionné au-dessus de sa gaîne digitale (obs. VIT).
Nous enregistrons par contre un insuecès très net, à la
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suite de greffe des deux fléchisseurs de l’annulaire (obs. IX) sectionnés dans leur gaine digitale.
La date récente (20 jours) de la greffe morte réalisée à la suite de rupture du long extenseur d’un pouce (ohs. X),. ne permet pas d’avoir à l’heure actuelle un résultat fonctionnel absolument parfait. Néanmoins, les mouvements volontaires de la deuxième phalange, naguère impossibles, sont déjà bien marqués, et gagnent chaque jour d’amplitude. On sent de plus très nettement le relief du tendon greffé, pendant la contraction.
Nous croyons devoir attribuer les deux échecs (obs. VI et IX) survenus dans des conditions différentes de milieu et de technique, à la formation ultérieure d’adhérences au niveau de gaines synoviales saines. Il est possible que leur sclérose, ou leur modification à la suite de réactions inflammatoires, soient de nature à faire disparaître cet obstacle, et à favoriser la constitution secondaire de nouvelles coulisses synoviales. Seules, des hypothèses peuvent être émises à ce sujet, avec lespoir qu’un ensemble de faits plus nombreux, nous apportera plus tard la solution du problème, et nous fixera sur les processus de reprise et d'évolution du greffon mort chez l’homme.