NOS REVENDICATIONS
Nos revendications ont toujours été fort modérées et nous avons toujours scrupuleusement suivi pour le faire, les règles que nous venons d'indiquer.
Pour arriver sûrement à un résultat indiscutable, nous noys sommes efforcé de procéder du connu à l'inconnu, étudiant d'abord les pièces authentiques trouvées çn terre sur les lieux, pour en constater les caractères spéciaux et les admettre comme types, nous réservant d'étudier ensuite les pièces trou-
yées chez les amateurs et de déterminer leur origine par une étude comparative soignée avec les types et par un «travail de déduction consciencieux.
Tel est pour ce qui regarde la revendication des pièces de collections que jusqu'ici nous avons déclarées être de Bouffioulx, le système et les procédés préconisés et adoptés par nous. Le lecteur peut juger en connaissance de cause si tous ont agi aussi logiquement et ont su se débarrasser aussi complètement de tout etprit local.
Ce travail, ainsi conçu et exécuté scrupuleusement, nous a. mis à Tabri des mécomptes sérieux qui ne manquent pas d'atteindre les chercheurs qui commencent à se créer à priori et systématiquement des types imaginaires produits par l'examen d'objets trouvés dans les habitations, regardant comme certain leur lieu d'origine, ce qui est loin d'être vrai et rationnel, quelles que soient les circonstances et les déductions que l'on en tire.
Grâce aux procédés de comparaison et de déduction que nous venons de décrire, nous avons reconnu dans divers musées bon nombre de vases originaires de Ch&telet et de Bouffioulx.
Nous avons placé dans notre livre la description sommaire de ces objets après les types auxquels ils se rapportent ; chaque description est faite comparativement avec ce type, procédé qui fera ressortir les raisons qui ont amené notre conviction sur l'origine de chacun.
Mous n'indiquons que les objets pour lesquels il ne nous reste aucun doute d'identité avec les types qui précèdent ; nous réservons ce qui est encore aujourd'hui douteux pour nous.
Nous ne réclamons que les rebuts trouvés à Bouffioulx et les objets venant de mêmes moules, le tout appuyé de dessins fidèles. Que les autres fassent de même. Nous désirons qu'ils suivent notre exemple et nous ne cesserons de réclamer l'appli-
cation des moyens de contrôle et de certification auxquels ils se sont soustraits. Mais le temps rétablira la vérité des choses et le public finira par faire justice des revendications qui pourraient être erronées.
Avec beaucoup de spécialistes^ nous trouvons désirable que pour tous les centres de production, on apporte des preuves positives et non des preuves par à peu près ou de simples affirmations. Nous avons déjà insisté sur ce point, à diverses reprises, dans nos mémoires précédents.
Nous avons recommandé à tous (et dans notre idée, il s'agissait surtout de Raeren), nous avons recommandé avec instance de faire comme nous et de ne pas se départir de cette précaution pour éviter les mécomptes. Mais jusqu'ici nous n'avons guère été écouté. Les procédés ont été tout autres, les revendications ont été faites par des raisons comme celles-ci : ornementation de même genre^ de même style^ qui paraissent sortir de la main d'un même artiste (comme si le même artiste, souvent étranger, ne fournissait pas des moules en divers lieux), dessins semblables^ inscriptions analogueSy (sans identité), forme de vases habituelle^ écussons déjà trouvés dans la localité (or ils sont d'autre type et d'autre moule), armoiries de familles voisines y etc. (ce n'est pas là une preuve). Les publications renferment beaucoup de pareilles revendications qu'il serait peut-être utile de reviser avec soin, car tous les raisonnements ^ les considérations de probabilité, de familles, etc., qu'on emploie ainsi ne prouvent rien. Ces revendications basées sur ce que les dessins sont de même genre ou semblables ou de même goût, ou paraissent de même main que d'autres ne sont pas admissibles.
En ce qui concerne Châtelet et Bouffioulx, l'heure n'a pas sonné encore pour toutes les revendications ; mais patience, tout arrive en son temps ; la lumière se fait peu à peu ; le moment viendra où la question sera élucidée, et ces localités
prendront, avec les autres lieux de production, le rang qui leur revient.
C'est avec le temps que ce travail de triage et d'attribution pourra être mené à bonne fin.
C'était hier que nous écrivions ces paragraphes. Aujourd'hui déjà l'horizon s'ouvre devant nous et il nous est permis d'exercer des revendications plus larges et d'indiquer dans diverses collections et dans divers catalogues ce qui vient de Bouffioulx et doit être regardé comme grès wallon.
Les grès de Bouffioulx et Châtelet ont leur cachet particulier, leurs types et ces types ressemblent à ceux de Raeren et de Frechen. Aussi, peut-on constater de grandes analogies avec les fabricats de ces deux centres de production et il faut s'appliquer surtout à l'étude de la pâte et de la terre qui ont bien moins de ressemblance que les ornements. Il est donc prudent, dans l'état actuel de la question, de ne pas attribuer à l'une ou l'autre de ces localités la production d'un vase, sans étayer cette assertion d'une preuve convaincante, telle que la nature de la terre et Videntiiédii moule d'ornement ou d'écusson avec des rebuts de fabriques ; nous disons identité et non similitnde, parce que Ton rencontre fort souvent des produits de localités diverses sortant de moules semblables, La similitude d'ornementation ne serait pas un argument de quelque valeur dans de telles conditions, car alors, bien plus encore qu'aujourd'hui, on n'établissait aucune propriété commerciale sur quelques dessins industriels.
Nous avons déjà fait ressortir ces faits quant à Bouffioulx, qui présente dans ses produits les plus grands rapports avec Raeren et surtout avec Frechen.
Les objets sortant d'un même moule peuvent toujours se reconnaître à l'un ou l'autre détail d'ornement, à l'un ou l'autre défaut, à Tune ou l'autre marque particulière. En voici un exemple.
Notre hartmann A^61B' porte au coin de Toeil, sur la paupière droite, une verrue fort visible. C'e^t un véritable orgelet, dit vulgairement compère loriot^ qu'un léger défaut du moule a transmis à toutes les pièces qui en sont sorties et est devenu, pour toutes, une marque caractéristique constante et indubitable.
. Eh bien nous avons pu, au moyen de ce hariman» à Vorgeîet^ retrouver et revendiquer comme fabriqués à Bouffioulx : P à YExpoHHon nationale de 1880, la grande cruche de VInstUut archéologique liégeois^ marqué n^" 259, et 2"" au Musée de TÉtat, à Bruxelles, le grand pot acheté à la mortuaire de Dewinne et marqué n^ 109, et la grande cruche n^ 108 de même origine. Or voici comment ces revendications ne tardèrent pas à être corroborées d'une façon matérielle et éclatante. Ces trois vases portaient des écussons et autres ornements non retrouvés jusque-là dans les résidus de fabrication à Bouffioulx, où les recherches ne faisaient réellement que commencer ; mais depuis lors ces écussons et ces ornements, sortant de même moule^ furent retrouvés en grande quantité et le moindre doute n'aurait pu subsister.
Un fait tout semblable se reproduisit pour la grande gourde et le tonnelet que M. de Deyn avait envoyés à VSxpontion nationale sous les n"" 169 et 165.