‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 19 sur 81 · TYPES CARACTÉRISTIQUES ET CACHETS LOCAUX PROPRES · texte numérisé non relu

TYPES CARACTÉRISTIQUES ET CACHETS LOCAUX PROPRES

Les objets produits outre Rhin en fait de grès ornés sont allemands par le genre, par le langage, par les dénominations. Il en est de même pour les objets wallons ou français, on y retrouvera toujours, malgré Timitation, le cachet particulier

ou national. Il peut en être ainsi même pour une localité et dans ce cas, il y a lieu d'accepter Tindice, sauf preuve contraire.

Nous allons nous appesantir un peu sur cette vérité, pour laquelle nous avons Tappui de savants spécialistes même allemands, et nous verrons quelles conséquences nous devrons en tirer pour ce qui regarde la production de Bouffioulx.

Tout grès ancien qui porte une inscription française ou wallonne ou des dessins, des formes, des motifs, des représentations, des scènes, de caractère essentiellement français ou wallon doit être considéré comme un grès wallon jusqu'à preuve contraire, un grès de nos fabriques, car ce sont les seuls lieux de production sérieuse de ces contrées connus jusqu'ici.

C'est ainsi que nous avons eu en main un beau pot émaillé de bleu du genre Westerwald, portant le médaillon de Louis XIV et de la reine son épouse, dont l'origine ne peut être douteuse ; car aucun point de l'Allemagne, aucun centre de production de grès de ce pays n'aurait consenti à prêter son concours à la glorification du Eoi-soleil, le conquérant cruel du Palatinat. Voilà sans doute, nous disait un savant allemand, sans cacher sa rancune contre le roi guerrier, une production wallonne ou française, et nous sommes de son avis, quoique jusqu'ici les débris de nos anciennes fabriques ne nous aient produit aucun spécimen de cette œuvre.

Le n^ 144 de la 3"** vente de la collection de Renesse-Breidbach e&t aussi une « cruche très belle, fond gris avec émail bleu et violacé ornce du portrait de Louis XIV avec la légende : Ludovicus XII 11^ Frandœ et N. rex chr. 1679 n.

Les inscriptions et les légendes.

Les inscriptions et les légendes surtout portent avec leurs caractères linguistiques locaux, une certitude absolue.

Quant au dessin il ne faut s'y fier qu'avec prudence. Notre écusson de Bouffioulx au type de monseigneur de Montchivra, dont nous allons parler et qui constituait le type local le mieux réussi que Ton pût trouver en est la preuve, car nous avons constaté que cet écusson si bien appliqué au seigneur légendaire de Bouffioulx était simplement la reproduction d'un médaillon-caricature allemand, adopté et complété par une inscription locale qui, de son côté, suffisait à elle seule pour établir sûrement Tesprit local et Torigine.

Voici à ce propos pour les légendes un moyen d'investigation nouveau que nous avons indiqué dans notre 3"^® Rapport paru en 1882. Nous avons eu la chance de l'appliquer avec un grand bonheur quand nous avons rencontré des devises et il nous a été fort utile dans les nouvelles recherches dont nous publions aujourd'hui le résultat sur des trouvailles faites à Bouffioulx.

Il s'agit d'un procédé linguistique. Nous nous sommes évertué à nous assimiler le plus complètement possible la vraie prononciation locale spéciale à Bouffioulx et à Châtelet, et à bien distinguer entre 1$ langage écrit et le langage parlé par le véritable peuple peu lettré. Nous nous sommes ensuite pénétré de cette idée vraie, qu'en cette matière le peuple a suivi les traditions de ses pères, et que la science à Bouffioulx n'était pas fort répandue aux XVI® et XVII* siècles. Les ouvriers qui avaient quelque instruction ne laissaient pas sans doute de se servir souvent d'une orthographe fantaisiste, que ne dédaignaient pas, du reste, ceux-là mêmes qui faisaient métier d'écrire: les greffiers et les mayeurs de l'époque. Les milliers de chirographes que l'on possède le prouvent surabondamment.

La règle orthographique la plus appréciée dans le cas de doute, c'était de consulter l'oreille et la prononciation ; et voilà comment l'orthographe spéciale des anciens papiers d'une commune nous révèle quelquefois la prononciation et le langage des habitants anciens de cette commune.

Ce procédé est du reste rationnel, et aujourd'hui encore il n'est pas toujours d'une application inutile. Mais il n'est bon que pour celui qui possède une prononciation soignée et rationnelle.

Pour ceux qui prononcent parfois de la même façon t*, e et même i ; j et cA ; otf et o, an, on et même tf , et disent de la même manière : chevreuil^ chivreuil, tchivreuily tchivrau^ tchivrâ, jivrâ; juvrâ ; ou bien : dansons y donsony dôson ; ou bien encore : mon' treauy mantrau, mântrau, mâtrau^ vnâirâ ; ou bien encore : Oaspar^ Gaspâr; ceux-là se trouvent en présence d'une réelle difficulté en s'écoutant parler, et les lettres Ô et a, les diphtongues on et an^ se confondent d'une telle façon pour eux qu'elles finissent par leur paraître identiques, et ils en viennent à les tracer un peu indifféremment.

Avec de la patience et des recherches, on parvient à dresser en quelque sorte pour une localité le catalogue des locutions, des vocables, ou plutôt des sons, qui ne s'accordent pas avec les signes graphiques qui les devraient représenter rationnellement, et Ton peut en déduire les travertissements orthographiques fantaisistes, qui peuvent en découler et qui porteront avec eux une couleur locale, un cachet spécial et caractéristique, un critérium plus sûr, pour déterminer un lieu d'origine, que toutes les déductions les plus érudites.

Un exemple entre beaucoup : à Bouffioulx, le peuple prononce dâson pour dansons. Nous avons trouvé ce mot doson écrit dans une légende avec la signification de dansons. Voilà donc à coup sûr une légende et un écusson du crû et un pot fabriqué par un artiste de Bouffioulx. Or il est daté du XVI® siècle. Il est facile d'apprécier la valeur d'un tel indice au point de vue archéologique et historique.

Le moyen que nous venons de développer peut être utilisé pour les autres lieux de production, que les devises auxquelles on veut rappliquer soient en allemand, en bas-allemand, en

plat-flamand ou en néerlandais, etc. On y peut trouver parfois la trace des idiotismes ou des spécialités de prononciation, qui entraînent après eux certaines habitudes orthographiques, dont la constatation matérielle est fixée sur les tessons que nous a conservés et que nous livre le sol, ou bien sur les vases que les anciennes collections nous ont gardés.

Nous aurons l'occasion plus loin d'appliquer ces principes à diverses reprises.

Voici un autre exemple. Nous avons vu plusieurs spécimens d'un médaillon portant un coq dressé entouré d'une légende plus ou moins wallonne : Le chan du quoc réveil ton espri comme à Pierjlt.

Eh bien ce coq gaulois, cette inscription française- wallonne ne viennent sûrement pas d'Allemagne et pour nous ils caractérisent une œuvre wallonne.

Voici un dernier exemple : Notre écusson A^ 430* porte les armes anciennes du roi d'Angleterre. La légende est ainsi travestie : ffoni sot quo mal e pence.

Voilà du wallon tout pur et ces mots ne peuvent laisser l'ombre d'un doute sur l'origine de l'objet.

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