CHAPITRE VII
Coiisea nuo-aleB du sophiBme.
Nécessil€ de la coalition. ~- Inutilité des grèves.
Faisoosun aveu : Quand un sophisme est aussi répandu que le droit de grève, il servirait peu d'avoir monlré, poiiTle combattre, la fausse interprétation des textes de la loi. Tout le œoQde ne peut pas se tromper par les mêmes raisons de tète que les économistes, tes jurisconsultes ou les hommes politiques et il doit y avoir des raisons plus simples, par lesquelles se détermine !a foule. La principale, ici, c'est le sentiment universel de la nécessité des grèves.
Avec cet amour touchant pour les classes souffrantes, eharitas paupemm et miserorum, qui sera la caractéristique et rhonnenr de nos temps ; encore par un esprit de réaction toute naturelle contre l'oppression industrielle dans laquelle elles avaient été tenues par la privation des droits de coalition et d'association, l'opinion a Qnt par voir dans la grève l'unique instrument de leur libération et de leur perpétuelle sauvegarde. Elle s'est peu préoccupée de son injustice, prête d'ailleurs à l'excuser comme la condition du progrès.
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Or, il entre dans cette appréciation, à la fois une équivoque et une erreur qu'il importe de mettre en lumière.
La grève, nous l'avons vu, comprend deux termes : l'un absolument légitime, la coalition ou le groupement en faisceau des droits individuels pour la dérense de l'intérêt collectif; l'autre, la rupture du contrat, qui est Finjustice, élément évidemment subordonné, puisqu'il n'est que le mode d'exercice du premier; et toute la question est de savoir si la coalition, se mouvant dans les limites de la justice, serait moins efQcace pour les ouvriers.
Or, qu'on nous dise si la lutte de bonne foi, la résistance pacifique et annoncée, la grève enfin, si l'on veut employer ce mot, ne survenant qu'après l'expiration du contrat, ou, en défaut, après de suffisants délais de congé, ne produirait pas pour eux les mêmes heureux effets que les brusques et méchantes séparations.
Quel but poursuivent donc les ouvriers en se mettant en grève? Ce ne doit être ni la ruine du patron, ni une définitive rupture avec lui, qui entraîneraient également la fin de tout travail et la misère. Ce qu'ils rechercbent, ce qu'ils doivent désirer, après la mise en œuvre de leur résistance nécessaire, c'est l'amélioration de leur sort et puis la réconciliation.
Or, la modération dans la réclamation de leurs griefs et la revendication de leurs droits, le respect de leurs propres obligations dansles reproches de manquements adressés au chef d'industrie ne sont-ils pas les plus sûrs moyens d'une entente avantageuse? Avoir mis le plus de bon droit et.de mesure de son cdté, c'est encore, en ces sortes de conflits, la principale garantie de succès. Et les ouvriers eux-mêmes le savent bien, qui pouvant épuiser le droit
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de grève, ne manquent guère d'assurer, après la cessation du travail, la conservatiou de la mine ou l'entrelieD des hauts-Fourneaux. C'est donc ta coalition, si particulièrement puissante aujourd'hui par son organisation permanente en syndicats, qui est rélémént prépoadérant et déterminant de l'efficacité des grèves. Quant à la violation du contrat en elle-même, elle paraît, au contraire, aller contre son but et ne peut, eu tout cas, servir la coalition qu'à la façon d'une arme empoisonnée, indigne d'une lutte loyale, indigne du siècle et des ouvriers qui s'en servent.
Distinction capitale à faire dans l'appréciation des effets des grèves, car elle montre que toute atteinte portée au droit d'association, comme la tendance s'en manifeste par moments, entraînerait une disproportion fâcheuse entre le capital et le travail, au préjudice de celui-ci. Distinclion consolante, en ce qu'elle fait encore ici justice de celte funeste théorie du mal nécessaire, toujours fausse quand il s'agit d'interpréter les actes volontaires; car, en niant le pouvoir des hommes de s'amender, elle les endort dans l'inertie et paralyse tout progrès. Distinction consolante enfin, en ce qu'elle laisse entrevoir que, pour sauvegarder leurs droits, les ouvriers n'ont pas besoin de partir de l'injustice.
Mais ce n'est pas lout. Non seulement la grève, en tant que rupture du contrat, est inféconde, elle est encore pleine de dangers et nous allons voir qu'elle se retourne, de tout son poids d'iniquité, contre les ouvriers eux-
Oa l'a souvent dit, sans trop en saisir les raisons, faute d'analyse : La grève est une arme à. double tranchant, qui blesse k la fois les deux parties.
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M LK DROIT DK dVCVB.
Or, qo' est-ce qui peutooire aux ouvriers dam la grève? Ce ne peut être leur concert on (eor refus de travailler^ en dehors de teste obligation. Cette légitime résistance, mémequand die échoue, profile à leur cause, car die bénéficie toujours de la sympathie de l'opinion, si paissante poar la défense de leurs intérêts.
Ce qui les atteint presque toujours, ce qui les frappe près* qne à tout coup et doit, à la longue les briser, c'est la grève elle-même avec la soudaineté de la rupture et l'esprit d'une guerre sans merci.
Et pourquoi? C'est que ce ferment d'injustice que Ton a mis en leur feveur dans la grève, la violation du contrat, va lever atissilât contre eux dans le droit réciproque du patron et qu'an drdit de grève répondra le droit de licenciement, le droit de renooi.
(( Dès lors, la liberté du travail (lisez le droit de qoitter l'usine à son plaisir) a pour corollaire essentiel, est-ii besoin de le dire, la liberté de ne pas faire travailler (lisez de congédier les ouvriers à volonté) » (FABRBOiTVrrBS, page 28. Discours d'installation du Procureur général Hb Toulouse).
liberté!... disait Madame Roland.
Travailleurs, voici les effets de cette liberté-ci : Vous décidez la grève après une commande. C'est bien. Mais le patron va décréter le repos après un approvisionnement. — Vous croyez qu'il va capituler dans an embarras financier ou dans la fièvre d'un achalandage à conquénr et, à la prochaine occasion, après un épuisement sagement dosé par une réduction des heures, il jettera tout son monde à la rue, dans la faim et dans le froid. — Tonte la force de vos syndicats, vons la tournez contre lui; il se
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syndiquera à sod tour coatrevous et les trusts répondroot à vos fédérations. — Vous décidez les grèves de solidarité avant la grève géaérale et vous aurez les renvois par échelons avant la fermeture des usines et la fuite à l'étranger. — Vous voulez la révolution, prenez garde à la réaction et à la dictature!
En attendaat, qui pâtit le plus, dans cette mêlée de la mauvaise foi? Qui résistera le plus longtemps? 11 est aisé de le deviner, en comparant les risques des combattants. Du côté des patrons, presque rien : un gain à faire dont peut toujours se passer une certaine opulence. Et les ouvriers, que mettent-ils dans l'enjeu? Tout, c'est-à-dire le pain quotidien et la petite réserve de l'avenir!
Dans le droit, ils sont égaux et pourraient se défendre ; dans ces conditions inégales de lutte, peuvent-ils ne pas être battus ?
Aussi, les statistiques révèlent-elles que près de la moitié des grèves, en général, se terminent par le triomphe complet des patrons et, parmi celles qui réussissent, les plus longues, le gain de beaucoup est si faible, après d'ex- ' trêmes privations, qu'il faut souvent toute la vie de l'ouvrier pour racheter la perte éprouvée en quelques mois de luttes.
Voici les chiffres de la statistique officielle pendant ces dix dernières années :
24 0/0 ont réussi.
31 0/0 ont été transigées.
4S 0/0 ont complètement échoué.
Et si l'on veut examiner de plus près ces résultats, on est amené à constater que justement, toutes les fois où les grèves ont surgi et se sont exaspérées sur des questions
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Dons, rufl^, OQ. s'sD souvient peatr^tr^, il s'agisâaijt du ^Q.vqldQ r9u<vnieir Baudot; danal'aiitre, delad6iiiaf)d<Q:di»i çenvfli d'uQ cODtseQwîilje.; dans Ift troisiècae, diu retoup suc «0; ooQtc^t pi:éii;édeB.t, et. toutes las txois. «(aient en quelque M/te des g^^éves de cocidlve. Toutes^ les trois ont, piteu^ semeot Siù^
La grève, oa pei)t le dire,, ofée uiw véritable siipértor lité «Al patronal. ctiniXQ lequel elle e$t dirigée ^t les échecs des, grèves, soflt en raiigon. directe da. Iqbc injustice..
Continuonp don.c d'avancer sur ce ferme terrain du droit, qui est surtout la sauvegarde des petits et des faibles. Chaque pas que pous faisons vers la solulion nous .donne la certitude encourageante de ne pas le retourner contre la cause des tfïtvailleurs.
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