CHAPITRE VI
Prodigieux abus.
Donc, dans les relations directes de traTail d'ouvrier à patron, ni la loi civile ni la loi pénale ne comportent le droit de grève.
Mais que dire quand la cause de la rupture est extérieure au contrat, étrangère aux parties, souvent hors de leur rayon d'intérêt, de vie ou d'affection, que dire des grèves politiques ou de solidarité ?
Je suis ouvrier boulanger, ou boucher, ou cordonnier, ou tailleur; je suis employé de commerce, journaliste, clerc de notaire, fonctionnaire.
Et mon ami tailleur, cordonnier, boucher ou boulanger, et mon ami le calicot, le puhliciste, le basochien ou le postier se sont mis à la rue, en grève;
A mon tour, sans hésiter, je me mets en grève ;
— Mais le camarade en grève m'est inconnu, indifférent, à cent lieues de distance. — Et qu'importe? Est-ce que par la grève tous les compagnons ne sont pas frères?
— Mais il a tous les torts ! — En grève toujours et en grève, mes amis, contre ceux qui nous paient!
En grève donc les 12.000 ouvriers Moatcelliens! parce
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40 LK DROIT DE ORiVE.
que, malgré tous les couseils des aociena, il aplu à quelques jeunes gens de déserter le travail. En grève, pendaot trois mois I
En grève aussi les Marseillais ! parce qu'un contre-maître patriotard embauche des ouvriers français de préférence à des ouvriers étrangers I En grève tous les ouvriers des ports et des docks ! En grève tous les camarades de tous les corps de métier de la cité phocéenne ! En grève, pour la solidarité... iaternationale!
Ces grèves-là, en quatre traits Forain les croquerait : Un patron et un ouvrier qui discutent dans un coiu, d'autres ouvriers qui aussitôt retroussent leurs manches pour tomber sur les leurs. Au milieu un poteau de frontière renversé... « Eh, va donc! — Doux paysl »
Mais ce n'est pas pour quelques sous, m par ostentatioQ de quelque noble vertu, que nous désertons l'atelier, la haJne au ccEur et la menace à la bouche. À nous ^ & l'œuvre les libertaires de Chalonl
A aou; bientôt tous les mineurs et tous les compagoons de France!
Camarades,
Après un référendum qui a^ donné une majorité pour la grève génërale, le Comité lédëral ra peut-Stra donner le signa! de la cessation du Iravtùl. S'il donnait ce signal, à la date qu'il fixerait la presque totalité des minatirs 4e France cesserait ou sérail entraînée À .cesser le travail.
Ce serait une crise sociale formidable! Camarades de toutes les corporations, exploités de tous les métiers, pourrions-nous nous désintéresser du conflit? Serions-nouB excusables de rester indifTérenls? S'abstenir devant une telle levée en masse des mineurs ne eeraiUil pu un crime?
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PBODIGIKUX ABUS. ii
Le congrès corporatif de Lyon, à la graiule m^oritë de 335 voix, a affînué ses gympalhiee pour la cause des mineure el indiqua que la grève générale doîL cesaer d'être un mytbe et entrer dans le domaioe des réalités.
Aussi, ce qu'il faut, camarades des soue-comitëa, qui propagandai pour la grève générale, c'est que dans tous les milieux se manifeste uoe recrudescence d'agitation, afin de bien faire comprendre à tous las trav^Ueurs qu'ils ne doivent pas rester inertes, si les mineurs se mettent en mouvemenL.
Travailleurs des syndicats, soyons en éveil! L'heure décisive va peut-être sonner. Si l'occasion se présente, ne la laissons pas éctk^per, car la grève des mineurs isolée risquerut d'échouer, coauoe trop de grèves partielles.
Est-il possible que le prolétariat organisé reste immobile, au cas où les mineurs se soulèveraient? Leurs revendications ne sont-elles pas les nôtres? Devant le chdmage toujours grandissant qui jette des milliers de travailleurs à la rue, n'avons-nous pas, comme eux, besoio -.de réduire la journée de travail à huit heures?
Donc, même sans faire appel k l'esprit de solidarité, — rien que par intérêt bien compris, — il serait de notre devoir de ne pas laissa les mineurs isolés.
Et alors, en généralisant la grève, en l'étendant h toutes les eorpcvatioûB, nous n'engagerions plus la lutte pour des roveni^ations partielles, mais pour celles de tous les exploités et de toutes les victimes de la société.
Ce serwt alors la grève générale pour l'émancipation humaine par le triomphe de la Révolution sociale (Manifeste adressé le 26 ocKibre par le Comité de la grève générale aux organisations ouvrières).
A nous donc et à l'œuvre, de plus fort! Voici le programme :
Il est indiqué par M. Latapie, membre de ce même Comité de la grève géoérale, qui compte les plus célèbres cbefs du parti socialiste parmi ses membres.
Le jour prochain, déclare-t-il à uu rédacteur de VÉclair, où
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éclatera la grËre natioDale des mineurs, un manifesle sera répandu dans le pays tout entier, invitant tout le prolétariat à la grève immédiate. Nous n'avons certes pas la prétention de croira que tout le prolétariat suivra ; mais n'y eilt-il dans etiaque ville, dans chaque corporation, que quelques hommes résolus, que ce serait assez pour déterminer l'immense mouvement d'où n^tra la révolution sociale et le renversement de toutes nos institutions pourries.
Et puis, si tous les ouvriers ne suivaient pas, nous saurions bien les y contraindre. Pour empêcher les transports par voie ferrée, il n'est pas besoin que le personnel des chemins de fer abandonne le travail; il suffit seulement que les machines ne marchent pas; pour empêcher dans une usine quelconque la continuation du travail, il n'est pas besoin que la totalité des ouvriers fasse grève ; il suffît que les moteurs des machines s'arrêtent.
Eh bien, pour les chemins de fer, pour les usines, les locomotives, les moteurs peuvent s'arrêter aussi facilement que j'allume cette dgarette.
— Et il ne faut pas beaucoup d'hommes pour celai s'écrie M. Braun, un autre membre du comité.
— Non, pas beaucoup, poursuit M. Latapie. Seulement quelques individus résolus comme ceux qui graissent les moteurs avec de l'émerï ou un acide que tous les mécaniciens connaissent bien.
— Je sais, interrompt M. Braun, un moyen sûr de mettre hors de service une locomotive; une simple petite pièce ii fausser et il faut, pour découvrir la blessure, démonter toute la machina.
— C'est l'école de l'initiative individuelle qui commence, s'écrie M. Latapie ; c'est l'ère du u sabotage i> en grand qui va s'ouvrir.
Et cette grève-ci, y compris le sabotage, c'est la grève politique.
Le droit de grève la protège-t-il encore ?
Oui, tout au moins espérons-le encore, jusqu'à la destructioQ et à l'assassinat.
Ecoulez les paroles de M. Waldeck-Rousseau à la tribune de la Chambre :
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PaODIQIBUX ABDS. i3
o J'ai entendu demander, disait-U, lors de l'inlerpellation sur les grèves de Chalon et de Monlceau, si, dans mon opinion, la grève (cette dernière) est oui ou non légitime. On ne me fera jamais entrer dans cet ordre d'idées. Caria grève ne fùt-elle pas légitime, en ce sens que plusieurs d'entre vous n'en admettraient pas les causes comme suffisantes, la grève serait encore le droit des ouvriers ».
Il y eut des applaudissements, aucune protestation
Donc, que le contrat de travail soit violé, droit de grève !
Que la grève s'inspire de quelques bons sentiments ou des pires passions ; qu'elle se développe avec une sorte de minimum de loyauté et de bonne foi, ou qu'elle tende à plus d'iniquité, de dommages et de ruines ; qu'elle soit professiounelle ou le plus follement révolutionnaire, droit de grève, indifféremment et toujours, c'est-à-dire, tout ce qu'il faut prévenir et combattre, tout au moins déplorer, relevé et exailé, toutes les notions renversées, l'injustice étiquetée en principe de respect!
Ainsi les peuples primitifs ne pouvant conjurer les fléaux qui les décimaient en faisaient des divinités et tombaient en adoration 1
Comment donc, avec une telle conception, s'élonaer de la fréquence des grèves, de leurs violences croissantes, de la futilité de leurs motifs, de l'audace de leurs meneurs?
Et puisque te parti de la défense sociale courbe la tête sur cette question et s'avoue d'avance vaincu, comment le parti de la révolution ne concentrerait-il pas tous ses efforts sur les grèves, avec l'espoir fondé de faire sortir, un jour, de ces petites révolutions généralisées la grande crise finale?
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II a fallu, certes, un foyer de révolte biea moîas intense pour créer les trois ou quatre révalutioos de ce siôcU.
Et comment enfin, ce qui s'est produit, oe se serait-it pas produit, à savoir ; la tentative par uo ministre audacieux et habile, qui se flatte de n'avoir oublié au pouvoir aucune de ses doctrioes révolutionnaires, ou évolutives, la tentative de faire consacrer les grèves par un tezie de loi gui mangue et de les rendre obligatoires ?
Forte tu nonpentavi eh'ancor'io hÂeofattt.
« Tu ne pensais peut-être pas que je fusse logicien », dit uu personnage deDaote i une âme désolée.
Et c'est la réponse que pourrait faire M. Milleraad aux critiques qui ont accueilli son projet. La grève oblîgaloire, c'est en effet l'aboutissement direct du droit à la grève et M. Millerand n'a été que le logicien rigoureux d'une série de prémisses que tout le monde lui accorde.
C'est son mérite, mais ce n'est point l'excuse de ceux qui te combattent.
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