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I. — La grève de Carmaux

(Grève de solidarité.)

Au moment où éclata la grève de 1896, Carmaux se trouvait dans une situation tout exceptionnelle. Le maire, M. Mazens, était à lui seul tout son conseil municipal ^ Adjoint de M. Calvignac. il fut

1. Les séances du conseil municipal sont des plus curieuses. En voici un compte rendu :

" Pour la plupart des questions inscrites à l'ordre du jour, dit le maire, si le conseil veut, nous pouvons les examiner rapidement et en avoir vite fini. » Personne ne répond. M. le maire prend alors les comptes de gestion et le compte administratif : il demande au conseil s'il entend que lecture en soit donnée article par article, ou bien chapitre

nommé, par ses camarades, maire intérimaire, pour tout le temps que M. Calvignac resterait suspendu de ses fonctions. Lorsque M. Calvignac voulut reprendre son écharpe, M. Mazens se refusa à la lui rendre; de là de violentes altercations, de là un procès intenté par M. Mazens à M. Baudot et à M. Calvignac qui l'avaient grossièrement insulté, puis une condamnation entraînant linégibilité de MM. Calvignac et Baudot, et enfin, comme couronnement de l'affaire, l'élection au conseil d'arrondissement du verrier Baudot.

M. Baudot, depuis longtemps déjà, en prenait fort à son aise avec les règlements de l'usine. Averti, à une dernière absence faite sans autorisation, qu'une récidive le ferait expulser, il s'était contenté de hausser les épaules, ne croyant sans doute pas à une telle mesure de rigueur. Jamais, en effet, le renvoi n'avait été la peine disciplinaire correspondant à une absence injustifiée. Le renvoi n'est prononcé que dans des circonstances graves, et il est facile de prouver que l'absence d'un verrier ne porte aucun préjudice à la bonne marche de l'usine... Tout y est prévu pour le remplacement des manquants, et non sans raison, car non seulement les maladies et surtout les malaises sont fréquents chez les verriers, mais encore ils éprou-

par chapitre, ou bien encore en donnant le chiffre total des recettes et le détail des dépenses. Aucun membre du conseil ne bouge. M. le maire met alors sa première proposition aux voix; pas une main ne se lève, pas plus pour la deuxième et pour la troisième. Le pul>lic approuve l'attitude prise par les conseillers et on ne se gêne pas pour le dire à haute voix dans le fond de la salle. Ce que voyant, M. le maire se contente de dire : " Je constate le refus du conseil municipal de voter sur ces questions. Ces comptes seront approuvés tout de même. »

A d'autres séances, les conseillers municipaux ne viennent même pas. M. le maire fait alors un appel devant les banquettes vides et il ajoute : « Le nombre des conseillers municipaux en exercice n'étant pas en majorité pour délibérer, je déclare la séance levée. »

LES DIFFERENTS TYPES DE GREVES. l/\)

vent de temps à autre le désir de se reposer. Leurs salaires élevés de leur permettent et leur travail énervant le justifie.

Il se trouve, dans la loge du concierge de l'usine, un cahier portant deux colonnes : la première où doivent s'inscrire les verriers manquant au travail, la seconde où ils doivent s'inscrire comme rentrant après une absence. Ainsi, un ouvrier veut-il s'absenter, se sent-il fatigué, il lui suffit d'entrer dans la loge du concierge et de « se porter » dans la colonne des manquants. Pour reprendre le travail, il sera tenu de venir se réinscrire dans la colonne des rentrants.

Pendant la nuit, c'est aussi simple. Comme il y a 8 heures de travail pour chaque brigade (on appelle brigade l'ensemble des équipes travaillant aux mêmes heures) dont 7 heures 20 minutes ^ de travail effectif, il est nécessaire, pour rendre l'explication plus claire, de donner les heures d'entrée au travail des différentes brigades. La première brigade prend son tour à 4 heures du matin, la deuxième à midi et la troisième à 8 heures du soir. Ceux qui doivent prendre le travail à 4 heures du matin sont réveillés par un appeleur, qui traverse la ville, hèle de la rue chaque ouvrier et attend que chacun lui ait répondu. Si parfois l'ouvrier lui répond : « Je suis fatigué, je n'y vais pas », Vappeleur a sur sa liste dix noms de souffleurs, dix noms de grands garçons et dix noms de gamins, qui forment la brigade de relai et ne travaillent que lorsqu'il y a des absents; pour remplacer l'ouvrier manquant, il n'a donc qu'à appeler le premier relayeur de sa liste, dont la catégorie correspond à celle du verrier qui fait défaut. Et le relayeur continuera à remplacer l'ab-

\. Sur les 8 heures de travail, sont pris deux repos de 20 minutes chacun.

sent, tant que ce dernier ne sera pas venu se faire réinscrire comme rentrant, 24 heures avant de pouvoir reprendre sa place à Tusine.

Comme on le voit, rien de plus normal, rien de moins préjudiciable au travail de l'usine, qu'une absence, justifiée ou non, d'un ouvrier. En admettant même qu'une absence injustifiée dût être punie, il n'était nul besoin de recourir à une punition aussi exorbitante et peu en rapport avec la faute commise, surtout si Ton considère que ce renvoi allait fatalement amener une grève, c'est-à-dire une catastrophe dont patron et ouvriers ressentiraient, pendant longtemps, les conséquences douloureuses. Si la Direction avait voulu éviter la grève, il est bien certain qu'elle se serait gardée d'inaugurer une législation nouvelle à l'égard d'unouvrier en vue, avec lequel plus qu'avec tout autre ses camarades devaient se solidariser, en raison de sa condamnation politique et de sa toute récente élection.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet, M. Baudot, appelé par l'avertisseur, répondait une première fois : « J'y vais. » Rappelé une seconde fois, alors que son absence avait été constatée à la Verrerie, il avait dit : « Je suis fatigué, je n'y vais pas. » Et immédiatement, avec le système des relais, il avait été remplacé.

Le mardi 30 juillet ^ M. Baudot se présente à l'usine. Sur l'avis qui lui est donné qu'il ne fait plus partie du personnel de l'usine, il va prévenir le Syndicat, qui convoque pour le soir même une assemblée, où est nommée une délégation chargée d'aller demander la réintégration de Baudot.

Le mercredi matin, la délégation se rend à l'usine.

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