III. — La grève de Montceau
(Grève politique.)
La grève de Montceau fut fomentée par les socialistes antiministérialistes contre le gouvernement, où le socialisme opportuniste était représenté par M. Millerand.
Montceau fait partie de la propriété houillère des ce Mines de Blanzy ». Le fondateur de cette société, M. Jules Chagot, était catholique ardent et croyait
s'attacher les ouvriers par des œuvres de paternalisme. La Société en commandite Jules Chagot et C'® continua à s'engager dans cette voie, sans s'apercevoir que sa protection était qualifiée de tyrannie par les ouvriers. Ils reprochaient à la Compagnie de « les tenir » politiquement et économiquement, à l'administrateur général M. de Boisset d'être maire de Montceau, au gérant ^I. de Gournay d'être maire de Saint-Vallier et conseiller général; ils attaquaient la création de cartonneries et de tissages que la Compagnie avait établis pour occuper les femmes et les enfants des ouvriers de la mine et qui ne lui rapportaient aucun bénéfice. Une grève eut lieu en mai 1899 avec cette réclamation formelle : « Plus de liberté! » Les ouvriers devenaient révolutionnaires. Ceux qui restaient les amis de la Compagnie fondèrent un syndicat n» 2, ou syndicat jaune. Rouges et jaunes se combattirent par les moyens les plus violents. Aux élections municipales les rouges remportèrent. Un ouvrier de la mine, M. Bouveri, fut nommé maire. Un autre, M. Goujon, devint adjoint.
L'assemblée des actionnaires décidait alors le remplacement de la direction. Un jeune ingénieur, M. Coste, fut mis à la tête de la mine. Esprit extrêmement libéral, M. Coste s'aboucha avec le syndicat rouge, de beaucoup le plus puissant ; il reprit immédiatement 15 ouvriers parmi les 58 qui avaient été congédiés à la fin de la grève, et promit de reprendre les 43 autres, dès qu'il le pourrait. Au commencement de cette année, sur de nouvelles instances du syndicat, il offrait de reprendre 41 ouvriers, de continuer à payer pendant neuf mois la prime de 5 ^ sur les salaires que la Compagnie avait consentie pour l'année précédente à l'issue de la grève de 1899, enfin de payer une prime de 2 ^
sur les salaires de 1900, si la régularité du travail n'était pas troublée. Mais les ouvriers ne se contentaient pas de ces concessions. Ils réclamaient une augmentation de 10 % sur les salaires à la tâche et de 50 centimes sur les salaires à la journée. De plus, ils demandaient pour les jeunes gens de 13 à 20 ans, employés aux puits Montmaillot, qu'ils fussent payés au même tarif que les mineurs des autres puits.
La Compagnie répliquait que, pour la majoration des salaires, elle ne pouvait s'engager pour plus de neuf mois, à cause de la baisse probable du cours des houilles, et, en ce qui concernait les mineurs de Montmaillot, qu'il était juste de les payer moins cher que les autres parce qu'ils étaient employés dans des puits non grisouteux. Si on leur donnait autant qu'aux autres ouvriers employés dans des puits grisouteux, ces derniers ne manqueraient point, par la suite, de demander une solde plus élevée en compensation du danger qu'ils couraient. Le meilleur moyen de donner satisfaction aux jeunes gens de Montmaillot, payés de 1 fr. 20 à 2 fr. 50 par jour, était de faire passer ceux dont on était le plus satisfait, dans la catégorie supérieure aux salaires de 3 francs et de 3 fr. 50. Dix-sept jeunes gens furent immédiatement introduits dans cette catégorie.
Le syndicat accepta ces concessions, mais les jeunes gens du puits Montmaillot se révoltèrent et, contre l'avis du Syndicat, déchaînèrent la grève qui se répandit aussitôt dans toute la concession. Une commission de grève fut formée. La principale réclamation concernait une augmentation de 50 centimes par jour. C'était pour la Compagnie une charge supplémentaire de 1.430.000 francs, alors que les bénéfices de l'exploitation n'avaient donné, pour l'année précédente, que 400.000 francs.
Le Conseil syndical s'inclina devant les résolutions prises et suivit le mouvement de grève qu'il n'avait su empêcher. Cependant il se contenta de réclamer 25 centimes de majoration, au lieu de 50 centimes primitivement exio'és ' .
C'était aux premiers jours de février.
Immédiatement la troupe envahit la petite ville : 3 bataillons de ligne, 1 escadron de dragons, 1 escadron de chasseurs, 600 gendarmes. Ces derniers sillonnent les routes pendant la nuit et rencontrent des petites patrouilles de deux ou trois grévistes, qu'ils ne peuvent dissoudre et qui arrêtent les passants. « Nos patrouilles, ditM.Chalot, secrétaire du syndicat rouge, à M. Gabion, correspondant du Temps, ont pour but de nous faire connaître les noms des camarades qui seraient tentés d'aller se faire embaucher la nuit, c'està-dire de trahir la cause. »
Pendant ce temps, les jaunes, qui ne sont pas plus de 300, se tiennent dans un café qu'orne le portrait de Jules Guérin et qu'on appelle le fort Chabrol. La faveur dont le syndicat rouge a été l'objet de la part du nouveau directeur a décimé le syndicat jaune. La plupart de ses membres l'ont déserté pour passer au syndicat rouge.