‹ Les grimpeurs de rochersChapitre 62 sur 62 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

rONCLUSIOV.

Nos captifs eurent encore à subir quelques mois de cette vie monotone; mais la délivrance finit par arriver.

Il fallut qu’ils attendissent le retour de la saison des pluies, alors que, près de déborder, les rivières qui traversent les grandes plaines de l’Hindoustan , renferment dans leur sein bourbeux cette abondance qui provient non de la vie, mais de la mort, et qui invite les argalas à venir cbercher pâture sur leurs rives plantureuses.

A cette époque, la cigogne à sac abandonne les froides régions qu’elle a visitées ; elle se dirige vers le sud, en passant au-dessus des sommets de. l’Imaüs ; et les deux adjudants de nos amis, guidés par le même instinct, devaient retourner à Calcutta.

Pour le chasseur de plantes cela ne faisait pas le moindre doute; il en était aussi persuadé que s'il avait été sur les bords du Gange, et qu’il les eût vus descen-

dro du haut des airs dans le jardin botanique. Le directeur de ce jardin lui avait dit maintes fois que ces deux argalas revenaient ainsi chaque année, et que l’époque de leur arrivée, comme celle de leur départ, était si régulière, qu’il n’était pas un employé de l’établissement qui ne pût l’indiquer d’une manière précise.

Karl heureusement n’avait pas oublié cette date; il lui aurait été difficile de dire exactement le jour où ses bûtes le quitteraient; mais il savait quelle était la semaine où les cigognes se disposeraient à partir, et il ne lui en fallait pas davantage.

Pendant tout le temps de leur captivité, les ai^alas avaient été l’objet des soins les plus assidus; on aurait pu croire qu’ils étaient adorés par ceux qui les avaient pris.

Ossaro leur fournissait du poisson et de la viande en abondance, leurs aliments étaient variés; et non-seulement on prévenait leurs besoins, mais on éloignait d’eux tout ce qui pouvait leur nuire; on les protégeait contre les ennemis qu’ils semblaient craindre, même contre Fritz qui depuis longtemps avait oublié sa rancune. Bref, il ne leur manquait rien, si ce n’est la liberté, et le moment arriva où celle-ci leur fut rendue.

Un beau jour, par une de ces matinées telles qu’un oiseau pouvait la choisir pour se mettre en voyage, les deux cigognes furent lâchées avec la permission d’aller où elles voudraient,

La seule chose qui embarrassât leur vol était un petit sac de peau qu’on leur avait attaché au cou et qui était placé prudemment hors de la portée de leurs mandi-

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bules. Chacun des argalas était pourvu de cette poche additionnelle, car le botaniste à qui les feuilles de son carnet avaient permis de le faire, craignant que sa dépêche ne vînt à s’égarer, en avait confié une copie à tous les deux.

Les cigognes parurent tout d’abord peu disposées à quitter les compagnons qui les avaient nourries et choyées si longtemps ; mais l’instinct qui les poussait à rechercher les plaines lumineuses du Bengale finit par prévaloir, et jetant dans l’air un cri d’adieu auquel répondirent les acclamations des captifs qu’elles laissaient dans la vallée, les deux voyageuses prirent leur essor d’un vol grave et solennel, atteignirent le sommet des rocs, et disparurent derrière la falaise:

Dix jours après, sur la crête de ces mêmes rochers apparaissaient une vingtaine d’individus que les trois captifs saluèrent avec ivresse, et que Fritz lui-même acclama de sa voix joyeuse.

Sur le ciel bleu, où se détachait leur silhouette, il était facile de voir que les arrivants portaient des morceaux de bois, des rouleaux de corde, et autres engins pouvant servir à une escalade.

Nos amis reconnurent alors que l’une ou l’autre de leurs dépêches, sinon toutes les deux, était parvenue à Calcutta, où ils arrivèrent bientôt eux-mêmes.

Aidés par leurs libérateurs qui leur tendirent des échelles de corde, ils gagnèrent tous les trois le haut de la muraille, sans parler de Fritz dont l’ascension s’exécuta sur les épaules du Shikarri.

Suivis de leur chien fidèle, et accompagnés de ceux

qiii étaient venus Ip délivrer, ils descendirent tous les trois la pente méridionale de l’Hiraalaya et se retrouvèrent sur les bords du Gange. Ils franchirent de nouveau les portes hospitalières du jardin botanique, et renouvelèrent connaissance non-seulement avec les amis qu’ils y avaient laissés, mais avec ces messagers aériens dont l’entremise les avait arrachés à la tombe où ils étaient ensevelis tout vivants, et les avait rendus à la vie active et à la société.

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