POUR SARAH
Des vieilles étoffes fanées Je suis le maladif amant.
J'en veux dire l'enchantement Et les nuances surannées ;
Leurs tons discrets et douloureux De vivantes choses anciennes Et les langueurs patriciennes Des vieux orfrois cadavéreux.
Mon âme, qui s'avive et souffre, Adore les sourires las Et fatigués des satins soufre, Rayés de rose et de lilas ;
Et c'est une aventure exquise De retrouver dans un reflet Tout un bleu passé de marquise Fleurant la jonquille et l'œillet.
Les vieux lampas aux tons d'agate, Lustrés sous l'ongle aigu du temps, Ont la hautaine et délicate Tristesse des lointains printemps ;
Les frais printemps de la jeunesse, Avrils emportés sans retours, Et dont les lys de soie épaisse S'effeuillent dans les gros de Tours.