‹ Les griseriesChapitre 14 sur 32 · COIN DE PARC · texte numérisé non relu

COIN DE PARC

De l'oseraie humide et brune Glissant jusqu'au parvis muet, Les bleus rayons du clair de lune Seuls y dansent le menuet.

C'est, rongé de lierre et de ronces Et d'eau dormante environné, Là-bas, dans l'île des Quinconces, Un petit temple abandonné.

A SUTTER LAUMAN

Le visage si pâle et le regard si triste !

De grands yeux dévorants et sur un cou de lait Des boucles d'un noir d'encre au bleuâtre reflet, Enténébrant l'éclat d'un grand col de batiste !

Oh ! ces longs cils frangés, où nage une améthyste !

Ces prunelles d'iris, qui tourne au violet

Et, comme déjà las, ce sourire muet

D'âme aimante égarée en un monde égoïste !

Tout et le feutre gris, où la plume de paon Traîne, et jusqu'au manteau relevé d'un seul pan Sur le pourpoint moiré de satin, qui se froisse,

Un satin gris d'argent, où semble s'être pris Le clair de lune, font de leurs tons attendris Une aube à ce visage adorable d'angoisse !

Un ciel de fin d'octobre, où la vague rougeur D'un lointain crépuscule agonise et frissonne, Un banal horizon de coteaux monotone, Et dans un angle inscrit, ce mot : Le Voyageur.

Avec quelle tristesse et quel ennui vengeur,

Fatal, inéluctable il retombe et résonne,

Ce nom, morne et charmant comme un adieu d'automne

Le Voyageur !

Hélas ! beau cavalier songeur,

Sous les lunes d'hiver et les midis de flamme Les chemins parcourus et le regret laissé Dans l'ignoré village, où peut-être un baiser

S'égrena de ta bouche aux lèvres d'une femme, Ont-ils si puissamment ulcéré ta jeune âme, Que le désir de vivre en toi soit épuisé ?

Pour les yeux noir d'enfer d'une comédienne,

Au nom de fleur ou d'astre, aux falbalas royaux

Suivrais-tu par hasard, fol épris d'oripeaux,

Le char de quelque troupe errante ? et las d'antienne,

De prêche et de sermon, fils de amille ancienne, N'as-tu pas quelque part deux vieux parents dévots, Qui t'ont fait dans un gîte obscur aux bleus vitraux Une enfance assombrie, austérement chrétienne ?

Un jour que tu songeais au balcon de la rue, Célidée en tournée ou Florise apparue Auront réalisé ton rêve adolescent,

Et voilà qu'aujourd'hui ta jeunesse regrette Et le vieux et la vieille en blanche collerette Seuls au logis désert, d'où le fils est absent !

Et l'homme au feutre gris sourit. Sa mine lasse, Sa pâleur, sa main longue et l'exquis jionchaloir De sa pose et ses yeux ivres de désespoir Contaient tout un hautain passé de grande race :

Une enfance princiére au fond d'un vieux manoir Entre des lévriers et des chevaux de chasse Et des longs entretiens les soirs à la terrasse Avec des cavaliers masqués de velours noir ;

Des femmes aux yeux peints bruissantes de moire, Des grands étangs royaux, où les biches vont boire Au fond d'un parc ancien, hanté de demi-dieux

Et, triomphant Olympe animé sous les nues, Étincelants d'écume au coin des avenues Des groupes de Tritons et d'Eros radieux.

Et puis las, un beau soir, de l'éternel mensonge Des sourires de femme et des bonheurs offerts, Las du plaisir facile et des baisers soufferts, Tu partis amoureux d'on ne sait quel grand songe !

Adieu, fête galante ! adieu, divins concerts ! Et depuis tu poursuis sous les grands ciels de cuivre Le nuage éphémère aux bords nacrés de givre Fuyant, comme ton rêve éperdu dans les airs !

Le visage si pâle et le regard si triste !

De grands yeux dévorants et sur un cou de lait

Des boucles d'un noir d'encre au bleuâtre reflet,

Oh ! ces longs cils rangés, où nage une améthyste ! Et dédaigneux et doux, ce sourire muet D'âme errante oubliée en ce monde égoïste !

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