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EMBARQUEMENT

POUR MONSIEUR EDMOND DE GONCOUR1

Adieu, bergères, adieu, Gilles!

Voici les voiles de satin De la barque aux agrès fragiles , Qui va vous conduire au lointain Et bleu pays des coeurs futiles.

Là-bas dans la brume empourprée, Parmi les falbalas du ciel, L'île adorable et désirée Vous attend, chercheurs d'irréel, O troupe amoureuse et parée !

Pour la rougissante Cythére, Dans Por incandescent du soir, Vous quittez sans regret la terre, Pour l'île errante du Mystère Et le doux pays de l'Espoir.

« Malheur à celui qui s'exile, Dit un maussade et vieux refrain; « En Sardaigne comme en Sicile « Il retrouvera son chagrin ; « L'éviter est peine inutile. »

Mais quand Amour est du voyage,

On rit à ces oracles-là !

Le crépuscule est sans nuage

Et Gille avec Pulcinella

Met en musique le présage.

Four le bleu pays des chimères Au son des violes d'amour

l'embarquement 59

Embarquez-vous, bergers, bergères; Si vous devez pleurer un jour, Que les larmes vous soient légères.

Bonsoir, Arlequins, adieu, Gilles !

Surtout emmenez Mezzetin.

Peut-être un soir ses doigts agiles Distrairont-ils votre destin Dans la plus lointaine des îles.

PREMIER SINET

PREMIER SINET

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