‹ Les griseriesChapitre 20 sur 32 · VOIX LOINTAINES · texte numérisé non relu

VOIX LOINTAINES

Ça ira Ça ira, ça ira Les aristos à la lanterne.

pierrot Quel est cet air lugubre ?

l'homme en noir

Un refrain d'opéra, Un bon final de drame.

PIERROT

Et sous la lune terne Rougissant au milieu d'un ciel soudain plombé, Quel est donc ce forban sinistre au dos bombé ?

l'homme en noir Ce comparse ? Le peuple.

PIERROT

Un mot pompeux et vide.

l'homme en noir v En effet.

les voix lointaines, plus rapprochées On les guillotinera Messieurs les propriétaires, On les guillotinera, Et le peuple sourira.

pierrot, avec terreur

Cydalise a la face livide !

Pourquoi cet œil vitreux ? Un effroi m'a glacé.

Léandre à ses côtés a l'air d'un trépassé.

Horreur, leur cou branlant sur leurs épaules bouge ! A ces joyaux mêlé quel est ce collier rouge Qui coule sur sa gorge ?

l'homme en noir

Hé, tes sens sont troublés, Tes yeux voient mal.

pierrot, au comble de l 'épouvante

J'ai peur. Ces yeux froids et collés, Cette bouche entr'ouverte et ce cou blanc qui saigne... Ils chancellent tous deux ; leur sang tiède me baigne. Grâce, grâce, j'étouffe, ô l'effroyable nuit !

La vision sanglante au loin s'évanouit.

l'homme en noir Qu'en dit l'ami Pierrot ?

pierrot tombe à genoux

O bon roi Louis Seize !

L HOMME- EN NOIR

La rime juste et bonne en est quatre-vingt-treize. Brisés les bleus trumeaux, les Watteau, les Lancret. Du pays des baisers au pays du regret Il suffit d'un Marat pour faire le voyage !

A Paris maintenant, au Présent.

Un nuage Enveloppe Pierrot roulant des yeux hagards.

La vasque, l'escalier, le vieux parc aux regards S'effacent, et l'on voit pointer dans la nuit brune Les dômes de Paris dormant au clair de lune.

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