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POUR LE DUC JEAN DES ESSEINTES

Un retrait calme et sombre, au plafond vert de mer,

Aux murs de vieille étoffe éclatante flétrie,

Où le feu des béryls à largent se marie

Dans un fond lumineux d'argyrose et d'or clair,

Sur de sveltes bahuts drapés de satin chair Des ciboires massifs en lourde orfèvrerie, Des missels et, venus à grands frais de Syrie, D'étroits coffrets de nacre à serrure de fer ;

Une vierge d'émail, un crucifix d'albâtre Presque décomposé dans la clarté bleuâtre D'épais culs de bouteille éraflés de points d'or,

Un jour malade et faux de verre de Venise Qui, parmi l'équivoque et somptueux décor, Met un mystère ancien de bysantine église.

Et là, sur un grand lit à colonnes d'ébéne,

Aux longs rideaux taillés dans de vieux étendards,

Surgirait imposante et farouche aux regards,

Les cheveux micacés d'or jaune, une enfant reine,

Une Infante espagnole en jupe à large traîne, Pesante de ferrets et raide de brocarts Et, sous l'auguste enduit des poudres et des fards, Nous suggérant l'effroi d'une vie incertaine...

Et cela d'autant plus que dans un coin discret, En face de Fenfant, assise triomphante, Resplendirait dans l'ombre un étrange portrait,

Représentant assise en sa robe bouffante,

Raide d'ancien brocart et lourde de ferret,

Une autre enfant royale, aux airs glacés d'Infante.

Et calmes, Tune et l'autre appuieraient à la fois Leur main droite, un peu grêle, au pommeau d'une Épée Et de leur gauche, avec un geste de poupée, Érigeraient un Lyséclos entre leurs doigts...

Et chacune à ses pieds aurait, fille de rois Et d'archiducs d'Autriche, une Chimère ailée Et derrière elle un Paon, toute queue étalée, Déploierait ses cent yeux d'émeraude et d'orfrois.

Mais, pour bien indiquer l'entière obédience Due aux augustes fronts ceints du nimbe étoile. La roide fleur de Lys serait en or filé,

L'héraldique Chimère une antique faïence Et, chef-d'œuvre ambigu d'art et de patience, Le Paon multicolore en métal émaillé.

Oh ! dans la chambre obscure, où l'or des saints ciboires

Etincelle, évoquant dans ses fauves reflets

D'exquises trahisons de prélats violets,

Oh I renifler l'encens des sanglants oratoires !

Devant un flot bouffant de lampas et de moires Où s'ébauche une pâle Infante aux doigts fluets, Revivre, ô rois d'Espagne, au fond de vos palais Sinistres, vos édits et vos horribles gloires. , .

Rouges autodafés, bûchers à peine éteints, Chiens de juifs égorgés au seuil des basiliques, Sous Pceil indifférent d'Infants mélancoliques,

Et tous de père en fils scrofuleux, leurs destins Étant de naître ainsi, pourris et catholiques, Avec des cœurs d'apôtre et des reins incertains.

Un retrait calme et sombre, au plafond vert de mer, Aux murs tendus d'étoffe ancienne et flétrie, Où le feu des béryls à l'argent se marie Dans un fond lumineux d'argyrose et d'or clair,

Dans l'éclat amorti d'une blême soierie, Surpendre un bout d'épaule, un implorant éclair De regard d'hérétique et tout l'horrible enfer Des vieux peuples dévots à la Vierge Marie !

N'est-ce pas un plaisir esthétique et royal, A l'heure où la clarté du vitrail agonise De revivre les mœurs d'un vague Escurial,

Et, dans un jour faussé, qui verdit et s'irrise, D'aimer une automate au charme glacial D'enfant reine, attifée en madone d'église ?

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