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POUR LE PRINCE EDMOND DE POLIGNAC

C'était une pensive et douce créature Aux épaules frêles, froides, comme azurées, Aux petites oreilles jamais effleurées D'aveux d'amour.

Un parc à l'ondoyant murmure La gardait dans son ombre invisible et murée. Parmi la clématite et la pourpre des mûres Elle errait, blanche et calme, écartant les ramures, Et les lilas neigeaient sur sa tête dorée.

Son père, un vieux baron, guerroyait dans de vagues Et très lointains pays pour un roi de Bohême, Et l'enfant solitaire, assise entre les vagues

De verdure, épelait quelqu'antique poème Ou suspendait distraite une à une ses bagues Aux tiges des roseaux empanachés d'or blême.

Bossue de béryls et de gemmes sanglantes, Là-bas dans une antique, austère et vaste salle Resplendissait, posé dans un coffret d'opale, Un épais tortil d'or; et des lueurs brûlantes Brazillaient dans le clair obscur.

Un peu tremblante La belle, en étouffant sourdement sur la dalle Son pas, y pénétrait parfois et, toute pâle De crainte, essayant la tiare étincelante ;

Minute exquise, où l'âpre effroi d'une agonie Poignait son juste orgueil de ceindre la couronne, Un vieux conte enfantin voulant, sombre ironie

Que le nimbe étoile, qui rayonne et fleuronne Aux tempes du baron, face dure et jaunie, Se brisât au front blanc de la jeune baronne.

La vaste salle au Sud, au Nord, devant, derrière Baignait et ses piliers et ses voûtes poudreuses Aux lourds entablements de pierre, aux vaporeuses Et fuyantes clartés d'une immense verrière.

Là dans le noir châssis de plomb, vertes, affreuses Vivaient en verre peint trois vieilles filandiéres, Groupe horrible accroupi sur trois rouges chaudières, Pleines de jaune écume et d'œuvres ténébreuses.

Nuit et jour, aux reflets de la lune argentée, Aux obliques rayons du mourant crépuscule Des trois spectres hideux la salle était hantée ;

Et l'enfant, de parure et de rêve occupée,

Et dans leur trame, hélas ! vivante enveloppée,

Elle, ne voyait pas leur conciliabule.

De violettes, d'iris et de clématites La belle avait tressé sa lourde, souple et blonde Chevelure, et prenait pour s'en coiffer la ronde Et massive couronne...

Horreur ! ses deux petites Mains ont lâché le nimbe, une sueur inonde Son ront blême.

Edentée, ignoble et décrépite Une mégère est là qui ricane et s'agite, Puis une autre hideuse et puis une autre immonde.

L'hostile vision grandit, flamboie et rampe

Aux murailles... l'enfant tombe en criant... sa tempe

Vient heurter au tortil, dont l'or pesant éclate.

L'éclat luit et pénétre en sa chair délicate,

Sur sa nuque de neige un long jet d'écarlate

Se mêle à sa toison jaune et, comme une lampe.

Agonise la svelte et douce créature, L'enfant aux épaules froides, comme azurées, Aux petites oreilles jamais effleurées D'aveux d'amour.

Un parc à l'ondoyant murmure La tenait dans son ombre invisible et murée.

Parmi la clématite et la pourpre des mûres Elle errait blanche et calme, écartant les ramures, Et les lilas neigeaient sur sa tête dorée.

Son père, un vieux baron, guerroyait dans de vagues Et très lointains pays pour un roi de Bohême, Et l'enfant solitaire, assise entre les vagues

De verdure, épelait quelqu' antique poème, Ou suspendait distraite une à une ses bagues Au* tiges des roseaux empanachés d'or blême.

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