‹ Les grotesquesChapitre 17 sur 20 · HOMMAGE A UN GRAND POETE · texte numérisé non relu

HOMMAGE A UN GRAND POETE

Afin de témoigner à la poslérité Que je fus de mon temps partisan de la gloire, Malgré ces ignorants de qui la bouche noire Blasphème parmi nous contre ta déité,

Je viens rendre à ton nom ce qu'il a mérité, Belle âme de Ronsard, dont la sainte mémoire Remportera du temps une heureuse victoire, Et ne se bornera que de l'éternité.

Attendant que le ciel mon désir favorise, Que je te puisse voir dans les plaines d'Élise, Net'ayant jamais vu qu'en tes doctes écrits.

Belle âme, qu'Apollon ses grâces me refuse. Si je n'adore en toy le roy des grands esprits, Le père des beaux vers et l'enfant de la Muse.

Sainte-Beuve a aussi adressé tout récemment à l'ombre de Ronsard un fort beau sonnet dont l'idée est la même. — Au reste, cette admiration pour Ronsard est commune à toute cette école qui tient plus du seizième siècle que du dix-septième. Tliéophile, Scudéry, Saint-Amant, Frenicle, Rampale et les autres vénéraient pieusement la mémoire du maître. — Car Malherbe qui ébranla le premier l'idole, Boileau qui acheva de la déraciner de son piédestal, et qu'on regarde à présent comme des perruques,

étaient en ce temps les novateurs, les blasphémateurs, les romantiques, puisqu'il faut trancher le mot, et ils traitaient les bustes aussi cavalièrement que jamais jeune france n'a traité Racine. — Ainsi vont les fortunes du oionde !

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