PRÉFACE. XI
peut appeler classiques, et qui ne traitent en quelque sorte que des généralités proverbiales , il existe un genre auquel conviendrait assez le nom d'arabesque, où, sans grand souci de la pureté des lignes, le crayon s'égaye en mille fantaisies baroques. — Le profil de l'Apollon est d'une grande noblesse , — c'est vrai ; mais ce mascaron grimaçant, dont l'œil s'arrondit en prunelle de hibou, dont la barbe se contourne en volutes d'ornement, est, à de certaines heures, plus amusant à l'œil. Une guivre griffue, rugueuse, papelonnée d'écaillés, avec ses ailes de chauve-souris, sa croupe enroulée et ses pattes aux coudes bizarres, produit un excellent effet dans un fourré de lotus impossibles et de plantes extravagantes ; — un beau torse de statue grecque vaut mieux sans doute, et pourtant il ne faut pas mépriser la guivre. — Les vers de Virgile sur Theslylis, qui broyait l'ail pour les moissonneurs, sont fort beaux ; mais l'Ode au fromage de Saint- Amant ne manque pas de mérite, et peut-être ceux qui ont lu mille fois les Bucoliques ne seront-ils pas fâchés de jeter les yeux sur les dithyrambes bachiques et culinaires de notre poëte goinfre. Lp ragoût de l'œuvre bizarre vient à propos raviver votre paiais affadi par un régime littéraire trop sain et trop régulier ; les plus gens de goût ont besoin quelquefois, pour
ni PinCFACE.
se remettre en appétit, du piment de coiicetli el des gongorismes.
Dans le cours de nos appréciations, nous avons fait petite la part de la critique, trop petite même, occupé que nous étions à faire valoir les perles fines que nous avions trouvées dans le fumier de ces Ennius, et aussi, il faut bien l'avouer, les perles fausses. — Un bijou, pour n'être que de cuivre, n'en est pas moins précieusement travaillé, et digne de l'attention des curieux, et, dans une érudition de pur délassement, il ne faut pas apporter une trop grande rigueur, de crainte de tomber dans le pédantesque. — Nous ne proposons en aucune manière comme des modèles les pauvres victimes de Boileau, et notre indulgence n'a rien de bien dangereux ; il n'est pas urgent de démontrer que Scudéry est îm poëte détestable, et de déployer contre lui une grande verve d'indignation. Si, au contraire, dans tout ce fatras et tout cet oubli, nous avons ren^^ contre ot mk en lumière quelques morceaux dignei de leôiure et de mémoire, nous pensons n'avoir pas complètement perdu notre peine. Car l'on se laisse trop facilement aller à cette croyance, qu'un siècle littéraire était rempli par les cinq ou six noms radieux qui en survivent. Vues à distance, ces grandes images s'isolent, et il semble qu'elles n'aient rien eu de com-