‹ Les grotesquesChapitre 5 sur 20 · PREFACE. XIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XIII

mun avec leurs contemporains. — Rien n'est plus faux. L'on est tout étonne de rencontrer le style de Corneille dans les écrits les plus insignifiants de cette époque, et le vers du cul-de-jatte Scarron ressemble terriblement à du Molière, qui, lui-même, a des tours que ne désavoueraient pas les Précieuses don! il se moque.

En France, les admirations et les mépris sont toujours excessifs. Tout écrivain est un dieu ou un âne : il n'y a pas de milieu. — Ni si haut, ni si bas, serait cependant pour beaucoup une place plus juste. Ou dirait que, dans le but de s'épargner la peine de juger les titres de chacun, on adopte un écrivain quelconque pour se débarrasser des autres !

Nous avons peut-être obéi sans le savoir à celte espèce de réaction que causent toujours des arrêts trop sévères; — la rigueur et la peine font trouver innocents de vrais coupables; et tel gredin, qui n'aurait tout au plus mérité que les étrivières dans la loge du portier, deviendra blanc comme neige, si on l'expose au pilori tout stigmatisé des fers rouges du sarcasme. Notre pitié pour les victimes nous a quelquefois fait parler avec irrévérence des oppresseurs puissants : nous n'avons pas suffisamment respecté les bustes sous leurs majestueuses perruques de marbre, et il nous est

y.iv PRÉFACE.

arrivé de parler du Nicolas Boileau Despréaux comme un jeune romantique à tous crins de l'an de grâce mil huit cent trente. Nous demandons pardon de ces incongruités, et nous lirons sept fois par pénitence l'Ode sur la prise de Namur.

Ces écrivains dédaignés ont le mérite de reproduire la couleur de leur temps ; ils ne sont pas exclusivement traduits du grec et du latin. Les centons de Virgile et d'Horace s'y rencontrent moins fréquemment, il est vrai que l'imitation italienne et espagnole y remplace souvent l'imitation de l'antiquité ; mais c'est du moins une imitation vivante et contemporaine, qui ne sent pas le collège et les térules du régent de rhétorique. Vous retrouvez dans ces bouquins mille détails de mœurs, d'habitudes, de costumes, mille idiolismes de pensée et de style que vous chercheriez en vain ailleurs. — Plus occupés de produire de l'effet dans la ruelle des Iris et des Philis que de l'art poétique, ces auteurs ne se servent que des idées à la mode, des tours en usage et des termes qui sont du bel air, et l'on se fait d'après eux une idée beaucoup plus exacte du langage de ce temps-là, que d'après les chefs-d'œuvre des maîtres, qui semblent n'avoir vécu que dans Athènes ou dans Rome.

Nous en dirions beaucoup plus long, que nous ne

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