‹ Les Guêpes. 1e-6e sérieChapitre 1 sur 53 · MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS

RUB TIYIENNE, 2 BIS, RT BOULEVARD DBS ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

Tous droits réseryéa

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LES

Ju. tl8&l.

A Victor Hugo. — Le rossignol et les oies. — 1. — 40. — 450. — 33,000,000. — M. Conte. — Les lettres et la poste. — Les harpies. — M. Martin (du Nord). — Nouvelles de la prétendue gaieté française. — La queue de la poêle. ~ Un trait d'esprit du préfet de police. — Les chiens enragés. —' Les journaux. — Renseignement utile aux gens d'Avignon.— Où est le tableau de M. Gudin.— M. Quenson dénoncé.— A monseigneur l'archevêque de Paris. — Mots nouveaux. — Victoria à Rachel. — Les esclaves et les domestiques. — L'Opéra. — Le Cirque- Olympique. — Le duc d'Orléans. — Le maréchal Soult. — Nouvelles frontières de la France. — Les vivants et les morts. — M. de Lamartine. — La postérité. — M. Hello accusé de meurtre. — La Fête-Dieu. — Giselle. — M. Ancelot. — M. de Pongerville. — Les vautours. — M. Villemain. — Une voix. — M. Garnier-Pagès. — Un oncle. — Le charbon de terre et les propriétaires de forêts.

Saînte-Adresse.

j^ JUILLET. — A Victor Hugo, — Il faisait hier une belle soirée, mon cher Hugo; j'étais allé voir au bord de la mer le soleil se coucher dans une pourpre plus splendide que ne Ta jamais été celle des rois — quand il y avait de la pourpre — et quand il y avait des rois.

On voyait passer à Thorizon — des silhouettes de navires noirs sur un fond d'or rouge, et je cherchais à reconnaître un bateau d'Étretat qui doit m'emmener dans quelques heures, — non à ses voiles brunes et tannées qu'on n'aurait pu distinguer

â LES GUÊPES.

à celte heure, où les couleurs s'effacent, — mais à la forme particulière de son beaupré incliné vers la mer. Après les couleurs, les formes commencèrent à disparaître.

— Je vis s'allumer les lumières rouges des phares sur les jetées du Havre, — les lumières bleuâtres des étoiles au ciel — et les lumières pfesque vertes des lucioles dans Therbe, — J'entendais le bruit de la mer qui montait, et je reconnaissais à son parfum une petite fleur jaune qui pousse â foison sur cette côte et qui embaume l'air.

Et je pensai à un de vos anciens ouvrages, à un beau livre,

— au Dernier jour d*un condamné, — dans lequel le malheureux qu'on juge, — en proie à une bizarre hallucination, — ne peut détourner ses regards et sa pensée d'une petite fleur jaune qui se balance sur une fenêtre où elle a été semée par le vent ou par quelque oiseau.

Et je pensai â ces longues promenades que j'ai faites quelquefois avec vous sur les boulevards de Paris, — à l'heure où Paris dormait, — à ces promenades où nous parlions de§ magnificences de la nature, que vous aimiez comme moi, — et dont vous me parliez si bien.

Et je songeai que ce jour-lâ vous étiez reçu membre da l'Académie française. — Vous voyez que je vous aime, Victor, puisque, sous de beaux arbres, à travers lesquels k voyais les étoiles comme des fruits de feu, — ayant à mes pieds la mer qui rejetait les varechs et les algues de ses prairies profondes où paissent les phoques, — assis sur une côte revêtue du beau manteau dont la terre se couvre l'été, — au milieu de tant de feuilles et d'herbes, — au milieu de tant de belles choses vertes, — j'ai pu penser aux deux pauvres petites palmes dont vous avez le droit maintenant d'enrichir le collet de votre habit.

Vous voilà donc enfin à l'Académie! — Vous y êtes entré comme le fils de Philippe de Macédoine entra à Babylone. Mais ne vous semblerait-il pas singulier de lire dans son historien,

Quinte-Curce, qu'Alexandre ne demanda, pour prix de ses victoires, que d'être nommé citoyen de la ville de Darius?

Ne vous étes-vous pas un peu laissé faire — ce que le père Loriquet, e èocietate Jesu^ voulait faire de Napoléon, que, dans son Histoire de France, il appelait le marquis de Buonaparte, général en chef des armées de Louis XVIII?

Je lisais dernièrement un des romans de Walter Scott, intitulé le Pirate : c'est l'histoire de Clément Vaughan, qui, après avoir été pendant plusieurs années le chef d'une troupe déterminée — et le maître d'une frégate au redoutable pavillon noir, — s'amende â la fin et devient oflScier sur un vaisseau de Sa Majesté, où ses supérieurs sont fort contents de lui.

Je regardais l'autre jour sur une feuille d'un rosier planté au bord d'un ruisseau — une goutte de pluie plus brillante qu'une opale ; — tout à coup elle roula tout le long de la feuille, et tomba dans l'eau du ruisseau, où elle se perdit.

C'est par l'individualité que charme un poète ; vous étiez un tout, — pourquoi devenir une partie?

Il y a un grand nombre de pierres à la base d'une pyramide; il n'y en a qu'une au sommet.

Le rossignol chante seul dans les buissons en fleurs ; — les oies volent en troupes.

Vous êtes entré à l'Académie en en enfonçant les portes; — en vain vous avez caché votre triomphe, — en vain vous avez pris une allure modeste et hypocrite : — vos confrères malgré eux — - ont fait comme les vieilles femmes d'une ville prise d'assaut : — elles jettent du haut des fenêtres^ sur la tête de l'ennemi, tous leurs ustensiles de ménage.

Ce n'était vraiment pas la peine de se faire Victor Hugo — pour devenir l'un des quarante.

Mon pauvre Victor, — vous voici donc enfin l'égal de M. Flourens! -— tout le monde dit maintenant que vous voulez devenir député, c'est-à-dire un des quatre cent cinquante.

{Enéide. Uv. IH.)

De succès en succès, — si on vous laisse faif ë, vdûs arriverez à être l'un des trente-trois millidns qui composent la nation française.

^^ De mieux en mieux. — Le parquet, conformément â une instruction du ministre de la justice, -^ a fait ouvrir, dans les bureaux de poste, des lettres adressées à des particuliers; — lettres qui n*ont été remises â leur destination qu'après avoir été ouvertes.

Je suis fort indulgent pour les attaques â certaines libertés inutiles, embarrassantes et assujettissantes que réclament sans cesse certains partis; — mais, quand il s'agit de véritables libertés, c'est une autre afTaire.

Quoi! vous avez le moifopole d'une exploitation qui rapporte des bénéfices énormes, et vous en usez pour de honteuses et criminelles investigations! — Quoil il ne reste aucun moyen de mettre sa vie, ses affections, ses pensées, en dehors des ignobles ^ débats que se livrent et les gens du pouvoir et ceux qui y prétendent sous divers noms et sous divers prétextes?

Quoi! ces mots que je crois écrire à un ami, — ces paroles que j'adresse â une femme, — toutes ces choses qui sortent d'un cœur pour retomber dans un autre, — c'est M. Martin (du Nord) ou l'un de ses acolytes qui les lira!

Messieurs, partagez-vous, arrachez-vous, disputez-vous les places, l'argent, les honneurs, — les rubans, —je ne m'en mets pas en peine; — je n'y prétends pas plus, après que vous les avez tiraillés, qu'à un reste de festin de harpies.

At subitse horrifîco lapsa de montibus adsunt

Harpyae...

Diripiuntque dapes, contactiique omnia fœdant

Immundo

Semesam prœdam, et vestigia fœda relinquant.

« to •

Mais je ne permets ni à M. Martin (du Nord) d'ouvrir mes lettres, ni à M. Conte, directeur des postes, de livrer lâchement les lettres que je lui confie. — Il est des choses qu'il faut respecter, messieurs, — sous peine de ne plus voir en France qu*UQ seul parti, le parti des gens qui ont du cœur et de rhonaôteté, et de le voir contre vous.

Pour moi, — si une semblable chose m'arrivait, —je poursmvrais par tous les moyens et M. Martin (du Nord) et M. Conte,

— quand il mê faudrait vendre, pour parvenir à en avoir raison,

— jusqu'à mon dernier habit, — jusqu'à la montre que m'a donnée Méry.

Vous n'aurez pas besoin, messieurs, d'ouvrir frauduleusement une lettre pour savoir ce que je -pense; — je le dis hautement et je rimprime, — et je charge M. Conte de le faire porter dans toute la France et dans toute l'Europe ; — c'est une trahison et « une infamie, et je suis à la fois de tous les partis où l'on blàme et où Ton flétrit de semblables actes.

Le prétexte que l'on a pris est que les lettres ouvertes paraissaient contenir des billets de loteries étrangères.

Et comment le savez-vous, — et de quel droit regardez-vous ce que les lettres paraissent contenir? •— Vous n'avez qu'un droit : c'est de recevoir le prix des lettres qu'on vous confie ; qu'un devoir : c'est de les remettre fidèlement à leur destination.

MOCVJSLLES DE Li PRÉTENDUE GAIETÉ FRÀNÇilSE. Le Français, né malin, créa la guillotine,

^^ Beaucoup de gens ont déjà remarqué qu'on ne s'amusait plus en France. — Cette question , beaucoup plus grave qu'on ne semble le croire, a dû occuper quelques-unes de mes méditations. — Voici les causes que j'en ai trouvées : à cette

époque où le gouvernement de la France était une monarchie absolue tempérée par des chansons, — il n'y avait dans les affaires qu'un très-petit nombre de rôles à jouer, — et ces rôles, réservés à certaines castes, une fois remplis, le reste de la nation était réduit naturellement à l'état de spectateurs. Les spectateurs d'une pièce quelconque sont décidés à s'amuser ; — s'ils n'en trouvent pas dans la pièce qu'on joue devant eux un prétexte suffisant, ils s'amuseront à se moquer de la pièce, de l'auteur et des acteurs, — ou à les siffler, ou à leur jeter des pommes.

Mais, aujourd'hui, on a fort agrandi le théâtre, et on a supprimé les banquettes et les loges ; — il n'y a plus de spectateurs, et tout le monde est acteur, — même ceux qu'on en soupçonne le moins.

Prenez, au hasard, le premier homme que vous rencontrez dans la rue : — il n'est peut-être ni ministre, — ni sous-secrétaire d'État, — ni pair, — ni député ;-~ mais il est peut-être électeur, — car, en moyenne, — chacun des quatre cent cinquante, députés a été envoyé à la Chambre par quatre cent cinquante électeurs. — S'il n'est pas électeur, il est membre du conseil d'arrondissement, — ou du conseil municipal, — ou du conseil communal, — ou du conseil de salubrité, — ou de la commission de, — ou de, — ou de, — ou officier supérieur ou inférieur de la garde nationale, — ou sergent, ou caporal, — ou membre du conseil de discipline, — membre de la Légion d'honneur ou aspirant à l'être, — de la Société des naufrages ou de celle d'agriculture, — et si, par hasard, il a trouvé moyen d'échapper à quelqu'un de ces rôles si nombreux, — grâce aux journaux, il est de tel ou tel club, — de telle ou telle société; — où bien il est , comme bureaucrate, — toujours grâce aux journaux, fonctionnaire indépendant, — ou, comme soldat, baïonnette intelligente. — Si, par hasard, cependant, — après avoir épuisé toutes les questions, vous arrivez à découvrir que

rhomme que vous avez arrêté n'est revêtu d'aucun de ces rôles, ne jouit d'aucune de ces parcelles du pouvoir, débris de la puissance royale brisée ; s'il n'est rien de rien, — je vous le dis, en vérité, ne cherchez pas plus longtemps, cet homme est le roi Louis-Philippe, cet homme est votre roi.

-^^ A moins cependant que ce ne soit votre obéissant serviteur Alphonse Karr.

^t^ C'est ce qui a fait le succès de cette énorme chose appelée gouvernement représentatif ; — certes, on siffle de temps en temps certains acteurs, mais on ne siffle pas leurs rôles, — parce qu'on ne siffle les acteurs que pour les remplacer, — et surtout on ne siffle pas la pièce parce qu'on y joue un rôle et parce qu'on aspire à en jouer successivement plusieurs autres.

En un mot, le gouvernement représentatif n*a eu qu'une adresse et un esprit, c'est de faire de lui-même une poêle dont la queue est assez longue pour que chacun la tienne un peu.

^^ UN TBAIT d'esprit DU PRÉFET DE POLICE. — Je DO SUiS

pas fort craintif, mais il y a une terreur dont je n'ai jamais pu triompher : c'est celle que m'inspire la pensée d'être mordu par un chien enragé. — Certes, j'ai eu un chien appelé Freyschùtz, que j'aimais beaucoup, quoiqu'il ne m'aimât guère que comme on aime le bifteck, ainsi qu'il Ta prouvé en me dévorant deux fois ; — ce qui fait que l'auteur des Guêpes n'est que le restant de deux soupers de cette énorme bête féroce. — Eh bien ! mes amis ont pu m'cntendre dire souvent que, malgré les craintes que je ressentais pour la conservation de Freyschiitz, qui ne souffrait pas qu'on le muselât, — je n'élèverais pas la moindre •plainte s'il était quelque jour victime de quelque mesure de police contre les chiens.

Pendant bien des années on s'est contenté de jeter dans les tas d'ordures des boulettes de viande empoisonnée. Ce système était insuffisant pour deux raisons : Première raison, — Des tombereaux parcouraient la ville dés

Taube da jour, et enlevsdent les boulettes avec les ordures.

Deuxième raison, — Un des caractères de la rage est que le chien bydrophobe ne mange pas, de sorte que les chiens enragés se trouvaient précisément les seuls qui fussent à l'abri.

Il y a quelques années, un préfet de police, — je crois que c'est M. Debelleyme, — avisa cette insuffisance et fit faire de grands massacres de chiens. On jeta les hauts cris ; — parce que, dans ce bienheureux pays de France, on est décidé d'avance à se prononcer contre Tautorité, quelle qu'elle soit et quoi qu'elle fasse, et principalemeat contre la police.

D'où il arrive ce qui suit : — que l'horreur générale contre la police éloigne de ses fonctions tous les gens un peu honnêtes et pouvant faire autre chose, — et qu'elles ne sont exercées que par des gens qui ne valent guère mieux que ceux contre lesquels on les emploie, — ce qui justifie en partie la haine d'abord injuste qu'elle inspire.

Une paptie des journaux, — les hauts politiques d'estaminet — et la moitié du public, prirent alors le parti des chiens enragés contre le préfet de police.

M. Gabriel Delessert, averti par cet exemple, a pris un parti plus adroit, — invention pour laquelle je lui pardonne presque son grotesque numérotage des voitures.

Il a donné à deux ou trois journaux une anecdote épouvantable^ et de son invention, d'un chien enragé qui avait mordu huit ou* dix personnes dans les Champs-Elysées et plusieurs chevaux sur la place de la Concorde, où il avait été tué d'un coup de couteau par un brave citoyen. — L'histoire était parfaitement contée. On n'avait oublié aucune des circonstances qui pouvaient la rendre vraisemblable, y compris l'oubli dans lequel on laissait le dévouement admirable de l'homme qui, avec une arme aussi courte qu'un couteau, s'était exposé à d'horribles blessures et surtout à de si horribles suites. — En effet, disaient les plus incrédules, si l'histoire était apocryphe, Tinventeur

eût ajouté que l'auteur de cette belle action avait eu la croix d'honneur.

Mais une telle ingratitude ne s'invente pas, il faut qu'elle soit vraie.

Il y a un genre d'amorces auquel les journaux mordent toujours : — c est Tanecdote. — Chaque journal s'empare du petit nombre de celles que trouvent ses confrères avec une avidité qu'on ne saurait comparer qu'à celle du requin qui avale un matelot avec son chapeau, ses bottes, son couteau et son portefeuille. — Us coupent le fait avec des ciseaux, sans môme en changer la date, — de telle sorte que le journal qui tient Tanecdote de cinquième main la commence par ces mots : c 11 est ar« rivé hier, etc.

L'anecdote du chien, prise par tous les journaux, frappa beaucoup les esprits, et, quelques jours après, M. G. Delessert fit afficher contre les chiens d'horribles menaces^ *— qu'il aura, je pense, mises à exécution avec l'approbation générale.

J'avais de bonnes raisons de croire l'anecdote controuvée, attendu qu'un de mes amis croisait, pour des raisons particulières,

— sur le théâtre qu'on lui' prête, au jour et à l'heure indiqués,

— et qu'il y attendit pendant quatre heures une personne qui l'attendait ailleurs; — mais je n'ai pas voulu, le mois dernier, atténuer l'effet de l'invention louable de M. le préfet de police ;

— pie mendax,

^S^ Puisque je parle de la police^ — je dois dire combien j'approuve l'uniforme donné aux officiers de paix, — ainsi que celui que portent depuis longtemps les sergents de ville ; — les fonctions dé police deviendraient honorables et honorées — si cette mesure était universelle, — et si la police cessait d'agir par guet-apens.

^e^ CHAPITRE TROP LONG. — Dans le premier numéro des Guêpes, publié, il y a plus d'un an et demi, j'ai expliqué la po* siLioQ que s'est faite le gouvernement actuel vis-à-vis de la

presse ; — je n'empêche pas de relire ce chapitre les personnes qui veulent avoir un résumé vrai et impartial de cette position si bêtement et si volontairement choisie. Si j'en parle aujourd'hui, c'est que j'ai à traiter cette question sous un autre point de vue. J'ai dit que les entraves mises à la presse faisaient une partie de sa puissance, et je l'ai prouvé, je crois, d'une façon claire et péremptoire. — J'ajoute que la seule ressource aujourd'hui de la royauté de Juillet, — son dernier et unique moyen de lutter, contre la presse, qui l'attaque avec plus d'audace et d'acharnement qu'elle ne l'a jamais fait contre Charles X, — serait de changer brusquement son système et de promulguer une loi ainsi conçue : -

Art. l**. — La presse est libre fiscalement ; — le cautionnement et le timbre sont supprimés;

Art. 2. — La presse est libre moralement : — chacun peut exprimer sa pensée, quelle qu'elle soit; — aucune action ne sera dirigée contre un journal ;

Art. 5. — Chaque article sera signé du nom réel de son auteur;

Art. 4. — Chaque journal sera tenu d'insérer toute réponse qu'il plaira de lui faire à toute personne nommée dans un de ses articles. — Cette réponse ne devra pas être plus du double de l'article où la personne aura été nommée.

<j^ Je vais développer et défendre chacun de ces quatre articles en peu de mots.

Art. l**. — La presse est libre fiscalement : — le catttionnement et le timbre sont supprimés. • .

J'ai dit la maladresse d'avoir imposé aux journaux des conditions pécuniaires qui les ont mis aux mains des marchands et qui ont réuni plusieurs nuances d'opinions dans une seule couleur, — condition môme nécessaire pour l'existence de feuilles qui ne pourraient sans cela réunir un nombre suffisant d'abonnés pour couvrir leurs frais.

Le cautionnement et le timbre abolis,'Cbaqiie couleur se déxomposera en toutes ses nuances. L'écrivain qui, pour exprimer ses idées, était obligé de s'affilier à un journal où on lui donnait asile au prix du sacrifice d'une partie de ces mômes idées, — sacrifice auquel il ne se résignait que par impuissance pécuniaire, — lèvera son propre étendard, —des essaims nombreux partiront des plus grosses ruches.

Les journaux, vingt fois plus nombreux, se partageront et se diviseront le môme nombre d'abonnés ; — chacun n'aura que les gens qui pensent comme lui— * et n'aura plus de ces gens si nombreux qui, plus prés de lui que d'une autre couleur, se rapprochent encore de lui, faute de nuances intermédiaires, — et se laissent peu à peu entraîner.

^l^ Art. 2. — La presse est libre moralement : — chacun peut exprimer sa pensée, quelle qu'elle soit; — aucime action ne sera dirigée contre un journaL

Avant de crier à l'énormité, faites-moi le plaisir d'examiner avec moi le résultat des lois répressives accumulées contre la presse.

Il n'y a pas une de ces lois qui ne soit éludée. — Il s'établit entre un journal et ses lecteurs un argot parfaitement clair, formé de réticences et de synonymes — qui permet de tout dire et de tout entendre sans danger. — Il n'y a que les maladroits de pris.

Il est défendu d'attaquer le roi, — mais il n'est pas défendu d'attaquer quelqu'un, — ni une personne influente, — ni le TRÔNE , — ni la COURONNE, — ni le pouvoir, — ni une haute INFLUENCE, — ni le CHATEAU, — ni mille autres synonymes — qui obligeraient nos quatre cent cinquante faiseurs de lois à travailler en permanence,

^l^ Semblables â ce maire d'une petite ville qui défendit à ses administrés de sortir sans lanterne après neuf heures du soir.

Le lendemain de la promulgation de l'ordonnance, -—

on amène à M. le maire un individu arrêté par une patrouille.

— Ne connaissez-vous pas Tordonnance?

> — Si, vraiment.

— Eh bien 1 où est votre lanterne ?

— La voilà.

— Mais il n*y a pas de chandelle dedans !

— L'ordonnance n'en parle pas.

— C'est bien. Allez-vous-en.

Le maire se remet à l'ouvrage,— et promulgue un erratum —

par lequel est expliqué qu'on doit porter une lauterne avec une chandelle dedans.

Le lendemain, — on amène un récalcitrant.

— Eh 1 Dieu me pardonne I c'est encore vous?

— Oui, monsieur le maire.

-» Vous saviez pourtant la nouvelle ordonnance ?

— Oui, monsieur le maire. 1

— Eh bien ! où est votre lanterne ?

— La voici.

— Et la chandelle ?

— La voici.

— Mais elle n'est pas allumée !

— L'ordonnance n'en dit pas un mot.

Il fallut encore relâcher le réfractaire — et publier un nouvel

erratum, qui annonçait que la chandelle devait être allumée.

Le dernier des synonymes au moyen desquels on traite, comme vous savez, le roi Louis-Philippe, mon illustre ami, — selon le National, le Journal du Peuple, et divers autres carrés de papier, — a été inventé par M® Partarrieu-Lafosse, dans le procès des lettres attribuées au roi. — Cet honorable accusateur public ayant eu, entre autres sâugrenuités^ le malheur d'établir une niaise et puérile distinction entre Louis-Philippe, duc d'Orléans, et Louis-Philippe, roi de France, — la presse s'en est emparée, et, parodiant, d'après le ministère public, le mot d'un

autre duc d'Orléans devenu roi de France :— t Qu'il n'appartient pas au roi de France de venger les injures faites au duc d'Orléans, » — elle s'en donne à cœur joie sur ce sujet, — en éludant une loi dont l'extension ne pourrait lui être appliquée sans qu'on commençât par faire le procès à ce malencontreux M« Partarrieu-Laiosse ; — et les journaux opposants jouent, à l'abri de la loi, depuis un mois, d'incessantes variations sur ce thème : — Louis-Philippe, duc d'Orléans, est un ci, — est un là, — et un pis encore... — le tout soit dit sans attaquer la personne de Louis-Philippe, roi de France.

éj^ Ainsi donc les lois coêrcitives de la presse ne préviennent rien et ne réparent rien; — elles ne font que donner à l'expression de la pensée des journaux un nouvel attrait de variété , — d'audace et d'adresse, — trois choses qui ont beaucoup de partisans , — qui se laissent facilement accoquiner au parti qui les possède ou qui parait les posséder.

La presse libre n'aurait plus de prétexte pour la guerre de buissons qu'elle fait au pouvoir. — Chaque journal serait obligé de dire tout haut ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas ; » on combattrait alors à découvert et en plaine.

él^ Art. 3. — Chaque article sera signé du fiom réel de son auteur.

Ceci est une garantie qu'aucun homme qui prétend à la loyauté n'a le droit de refuser, du moins tout haut; — cela arrache à la presse ce prestige mystérieux si connu des anciennes royautés de l'Orient, — qui a, pour un journaliste, l'avantage de le dérober aux représailles d'agression et de personnaUtés, — ' masque dont la suppression forcera l'écrivain de se fixer à l'égard des autres les bornes qu'il désirera pour lui même, et donnera à chaque article sa valeur réelle, — en laissant voir que tel qui parle si haut de moralité et exerce une inquisition si sévère dans la maison de verre que la presse, retirée prudemment dans ses sombres cavernes, a faite à tous ceux qui ne sont pas avec elle,

—a eu bien du mal, après un souper trop prolongé, à retrouver la porte de Timprimerie où il venait la plume à la main exiger d*autrui toutes les perfections et toutes les vertus dont la liste est d'autant plus longue qu'elle se compose de celles qui lui manquent.

^^^ Art. 4. — Chaque journal sera tenu d'insérer, etc.

Cet article existe déjà dans la loi, mais d'une manière vague qui permet de l'éluder sans cesse. — Nettement exprimé, il épargnerait au gouvernement le coq-â-Tâne volontaire, perpétuel et grotesque par lequel il se justifie sans cesse devant des gens qui ne savent rien des choses dont on l'accuse , et n'a aucun moyen de parvenir â ceux qui ont entendu l'accusation.

^^ RENSEIGNEMENTS UTILES AUX GENS d'aVIGNON. — DaUS

le numéro des Guê^pes du mois de mai dernier, il est fait mention d'un tableau de M. Gadin qui, donné par le roi â la ville d'Avignon en 1836, n'était pas encore arrivé à sa destination depuis cinq ans qu'il est en route.

Nous racontions, en outre, qu'on s'occupait activement de rechercher ce tableau égaré, de douze pieds de haut.

Jusqu'ici les recherches de messieurs de la liste civile et de leurs employés ont été inutiles. — Nous croyons pouvoir leur dire où est le tableau.

Le tableau est tranquillement accroché dans le musée de la ville de Douai.

Astarté, — une de nos Guêpes les plus vagabondes , prétend l'avoir parfaitement reconnu ; — elle assure en outre que ce tableau, envoyé, sans autre avis, aux autorités de la ville de Douai, est resté six mois sans qu'on ouvrît la caisse qui le renfermait ; enfin, au bout de ce temps, M. Quenson, conseiller à la cour royale, — grand amateur de peinture et quelque chose au musée, — prit sur lui d'ouvrir la caisse et de s'emparer,— pour le musée, — du tableau de Gudin, ne laissant aux gens d'Avignon que la reconnaissance pour le présent qu'ils n*ont pas reçu.

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