A MONSEIGNEUR L' ARCHEVÊQUE DE PARIS
Paris.
^^ Note à Vappui de son discours dans lequel il tâche d msinuer adroitement au roi LouiS" Philippe que, malgré la grandeur et la vénération qui l'entourent, U ferait bien de se rappeler quelquefois qu'il n'est quun homme. — Monseigneur, me promenant hier du côtéde la barrière de l'Étoile, j'ai vu les douaniers, — dits gabelous, — chargés d'empêcher l'introduction frauduleuse des objets soumis au droit, visiter les voitures de la maison du roi venant de Neuilly, — les voitures attelées de mules de sa
propre maison.
Agréez, monseigneur, etc
^^ Suite des mots nouveaux introduits dans la langue française — par MM. les membres du Cluh^Jochy. — Dead haet,— slags hund, — foal stalkes, — comfort, — stud book.
Une des bonnes plaisanteries de cette époque est , sans contredit, l'invention de mademoiselle Rachel. — Mademoiselle Rachel est une fille qui récite les vers assez juste, — et qui a réussi par la froideur et la sécheresse — comme il y a quelques années d'autres ont réussi par les cris, le désordre et l'exagération, et uniquement par la même raison, — c'est-à-dire parce que c'était autre chose.
Il ne faut croire qu'une petite partie des ridicules extravagances que certains journaux prêtent i nos voisins au sujet de ladite Rachel, — et de ces extravagances, ce qui est vrai a pour cause la morgue des Anglais, qui, ayant lu dans nos journaux les ridicules déclamations dont elle a été le prétexte, veulent nous surpasser dans l'admiration même de ce qu'ils ne comprennent pas. — Du reste ces récits se font à Paris.
^^ Un journal a dit que la reine a^ait donné à la comédienne un bracelet avec ces mots : — Yigtoru a Raghel.
Douce et touchante intimité qui dépasse de bien loin celle que Henry Monnier, dans ses rôves démocratiques, voulait voir s'établir entre les fils de pairs de France et les marchands de peau de lapin.
Encore un peu, et les reines de théâtre n'accepteront plus les airs de familiarité que se donnent les reines du monde.
Voyez, — monseigneur Afifre, — archevêque de Paris, — voici un sujet digne de vos méditations. — Voyez les comédiens, race autrefois proscrite, — voyez-les régner seuls aujourd'hui sur les peuples, qui ont pris au sérieux leur couronne de papier, et recevoir tous les hommages en place des rois véritables, qui ont en échange hérité de leur opprobre. ^ S'il est des gens, monseigneur, qu'il faut rappeler au souvenir de la condition humaine, — ce sont les comédiennes et les danseuses, — dont les peuples si fiers d'avoir brisé le joug des rois tiennent à honneur de traîner les carrosses, — tandis que maintenant, s'il est un état avili et avilissant, — c'est celui de ces anciens maîtres de la terre,
^^ Tel dans sa farouche indépendance et dans son dédain ne rend pas le salut au roi de France, — qui se fait gloire de s'atteler au fiacre d'une danseuse en sueur — et dispute à coups de coudes l'honneur d'être plus prés du timon dans cet attelage jgrotesque.
Encouragez donc encore le peuple à reconquérir^ — dans les luttes et le sang, — une liberté dont la dignité l'embarrasse si fort, — qu'après avoir arraché violemment aux rois lés marques de servilité qu'il leur a rendues si longtemps, — il conserve ces privilèges dans la tradition la plus pure — pour les reporter aux pieds des danseuses, — seules aimées, seules honorées aujourd'hui, sans qu'il s'élève personne pour crier du milieu de ces triomphes ridicules — que la plus belle, la plus habile, la plus
adorée, la plus fêtée des danseuses — n*est pas digne d'entrer dans la mansarde de la plus humble des femmes d'ouvrier.
Et vous voulez que le peuple se moralise — quand vous offrez à ses filles de pareils exemples, — quand vous lui montrez qu'il n'y a d'heureuses, d'aimées, de riches, que celles d'entre elles qui, renonçant à toute la pudeur, à toutes les charges et à tous les devoirs de leur sexe, ont pour état de gambader nues devant un public enthousiaste !
j^ Ne faites plus de grandes phrases avec les grands mots de joug brisé, de fers rompus. — Allons donc, — les hommes ne sont pas des esclaves, — ce n'est pas vrai, — ils se flattent,
— ce sont des domestiques volontaires — qui aiment à changer de place et de maître.
^^ Certes, si je m'intéressais autrement à ces choses — je féliciterais les conseils de mademoiselle Rachel du tact et de rà-propos avec lesquels ils lui ont fait choisir la pièce de Marie Stuart pour sa représentation à bénéfice : — on sait l'admiration des Anglais pour Elisabeth, qu'ils appellent leur reine vierge ;
— ils prétendent avec indignation que Thistoire est tronquée dans cette tragédie, qui u'a eu aucun succès.
Un journaliste a dit: c Pendant toute la soirée les Anglais ont eu Tair de comprendre, — l'Hospitalité. »
4^^ A MH. DE LA QUOTIDIENNE. — Mossieurs du joumal la Qiiotidienne ont eu la bonté de vouloir bien prendre quelques pages dans les Guêpes pour les insérer dans leurs colonnes : — ils ont bien voulu faire précéder ce fragment de quelques mots plus ou moins obligeants, — voici le moins obligeant— M. Karr assure n'appartenir à aucun parti.
Assure est, messieurs, un mot un peu jésuitique, — surtout au moment où vous donniez vous-mêmes une preuve assez évidente de la vérité de mon assertion.
Une bonne preuve, messieurs, je crois, que je n'appartiens pas aux partis opposés au vôtre, — c'est que vous ne manquez
guère de m'emprunter chaque mois des fragments assez longs. Une preuve, non moins bonne, que je n'appartiens pas non plus à votre parti, c'est que vous avez soin de tronquer ces fragments et d'en élaguer parfois des phrases qui vous embarrasseraient.
A propos, messieurs, — comment vous qui niez si fort la famille régnante, — et, à voire point de vue, cela se comprend,
— vous qui appelez le prince royal duc de Chartres, pour montrer avec quelle sollicitude vous gardez à son père le titre de duc d'Orléans, voici une phrase qu'on vous fait mettre pour trois francs aux annonces, — phrase qui a pour but incontestable de donner comme attrait à une ville de bains la présence probable d'une princesse de cette maison :
« On parlç du voyage de madame la duchesse de Nemours
— aux eaux minérales de Forges, — où sont allés depuis Louis XIII, en le comptant, la plupart des membres de la famille royale de France. »
Je vous assure , messieurs , que je ne fais pas de ces choses-là.
^fcf* Arrêté d'une administration philanthropique. — Considérant que r orphelin N... s'est échappé de chez son maître, pour aller se réfugier chez son père ;
Qu'il importe de prendre les mesures nécessaires pour ramener ce jeune homme à de meilleurs sentiments, etc.. Arrête :
L'enfant N... sera renfermé six mois, à titre de correction aternelle, dans une maison de détention, etc., etc.
^n^ Un monsieur a trouvé plaisant, — pendant qu'on célébrait la Fête-Dieu à Auteuil, d'allumer son cigare i un cierge. -— Je ne pense pas qu'un chétif animal comme l'homme ait le pouvoir d'offenser Dieu ; mais ce genre de facétie a pour inconvénient d'offenser tous les gens qui suivent une procession ; — ledit monsieur a pu s'en apercevoir ; quatre femmes se sont
saisies de lui et Font si considérablement houspillé, qu'il est probable qu'il cherchera â Tavenir d'autres distractions.
Ij^ l'opéra. — On a joué â TOpéra le Freyschiitz de Weber ; — cet ouvrage est massacré par les transpositions du fait des acteurs ; il y a un trio qui fait pitié : madame Stoltz en a tant baissé le ton, qu'elle chante dans son buse, — ce qui oblige Bouchera chanter dans sa barbeet Marié à chanter dansses bottes.
Il y avait un pas contre lequel la pudeur du public s'est révoltée. Ces nouveaux pas excitent l'indignation des dames du faubourg Saint- Germain, qui ne veulent plus mener leurs filles au ballet; — mais, en revanche, vont tous les soirs à Fran* coni, où les dames écuyêres trouvent moyen de montrer au moins autant que les danseuses, et de plus prés. — Il y a surtout une certaine danse de cerceau, où le cerceau accroche fréquemment les jupes déjà si diaphanes et les maintient en l'air un temps plus que raisonnable.
^^ Irrité du vote courageux du duc d'Orléans, à la Chambre des pairs, contre la loi du recrutement, — le vieux Soult- Spire — s'est mis à bouder et à offrir sa démission. — Alors grande terreur au château (mon ami, selon le National, le Journal du Peuple et autres carrés de papier) ; on a envoyé demander au président du conseil s'il voulait j)ardonner à la mauvaise tête du jeune homme ; — on lui a offert en outre d'envoyer son fils, le marquis de Dalmatie, en ambassade à Rome ou à Vienne. La seconde destination est une excellente bouffonnerie. — On sait assez que jamais à Vienne on n'a voulu reconnaître ni admettre les noms de bataille donnés par Napoléon â ses généraux. — Mais, dans cette occasion, c'est encore mieux, parce que l'empereur d'Autriche, dans ses titres, se nomme duc de Dalmatie.
On a, dit-on, — dépéché à Vienne un envoyé extraordinaire pour savoir si on s'arrangerait d un changement de nom, — ce qui serait tout à fait misérable.
Des gens bien en cour — ont eu le malheur de trouver cela tout simple et de dire : « Mais, au fait, pourquoi l'appelleraiton autrement que monsieur V ambassadeur de France ? »
Les villes de province ne savent plus si elles font encore partie de la France, — qui, grâce à M* Thiers, — aux Chambres et à S. M. Louis-Philippe, — est désormais un pays borné,
Au levant par Charen ton ,
A l'ouest par le bois de Boulogne, '
Au nord par Montmartre,
Au midi par Montrouge.
Aussi, beaucoup d'entre ces villes, n'espérant rien du présent ni de Tavenir, — se mettent en mesure de régler leurs comptes avec l'histoire de France. — On érige des monuments aux grands hommes morts, — à Duguesclin, — à Latour-d' Auvergne, etc. — Quoiqu'ils soient morts depuis assez longtemps, on ne s'en était pas encore avisé jusqu'ici. — Mais il n'y a de grandeur que par la comparaison, — et jamais on n'avait si bien remarqué la grandeur des morts : — c'est qu'on n'avait jamais vu de si petits vivants.
^^ M. de Lamartine a publié des vers pleins à la fois de raison et d'un sentiment élevé ; — il a eu l'adresse et l'abnégation de glisser dans son œuvre quelques mauvaises strophes pour engager à en parler même ceux qui sont mal disposés ou pour lui ou pour ses opinions, — et à répandre par là des idées bonnes et utiles. — Certes, de cette courageuse tentative contre ces idées rétrécies — qui ferait croire que Vhomme n'a inventé Vamour de lapatrie^ c^est^à-dired* une petite partie de la terre et des hommes, que 'pour se mettre à son aisé dans sa méchanceté et haïr tranquillement tout le reste, — je dirais plus de bien que je n'en dis, si je n'avais, il y a bientôt un an, pris l'initiative, et traité cette question dans les Guêpes (octobre 1840).
^^ — J'en appelle à la postérité, disait l'autre jour un poète tombé, — je récuse un public de tailleurs.
— Hélas! monsieur, — lui répondit quelqu'un en ouvrant la fenêtre, — voyez ces enfants qui jouent aux billes dans la cour : voilà ceux qui seront la postérité. ^ Les tailleurs d*aujourd*hui, dont vous vous plaignez, sont la postérité tant réclamée par les poètes siffles il y a cinquante ans. — En appeler à la postérité, c'est en appeler des tailleurs d'aujourd'hui aux bottiers de l'avenir.
4^ Je n'ai aucune raison de ne pas dire que ce mois-ci je m'amuse énormément à propos des journaux et de la Fête-Dieu; — L'année dernière déjà la même circonstance m'avait procuré quelque distraction, — comme en peut faire foi le volume des Guêpes- de juillet 1840, — où il est question de M. Roussel, chef de bataillon de la garde nationale de la petite commune de Montreuil.
Plusieurs de ces bons carrés de papier racontent avec indignation que dans plusieurs villes de province '^ ona osé faire des processions à l'occasion de la Fête-Dieu, et que les soldats commandés p^ur l'escorte ont rendu au dais les honneurs ordinaires. « Nous voilà donc en pleine Restauration ! • s'écrient ces organes vénérés de l'opinion publique.
^^ J'ai eu longtemps pour domestique un Indien fort noir auquel je m'avisai un jour de demander -^ de quelle religion il était.
— Je ne sais pas.
— Qu'est-ce que tu adores?
— Oh! chez nous, nous adorons le soleil.
— Et ici?
— Ici nous n'adorons rien.
Ceci me paraît.un catéchisme qui obtiendrait facilement l'approbation de M. Chambolle — et une religion peu chargée de dogmes, — fort convenable, — selon les carrés de papier précités, — pour devenir la religion de la majorité des Français.
Malheureusement pour ces doctrines, il y a chez l'homme un
instinct qui le pousse invinciblement â la vénération, — et il faut qu'il adore quelque chose, quand il devrait, comme certains bonzes, adorer son propre nombril.
Il est à remarquer que les plus grands génies — sont ceux qui acceptent le plus sincèrement le culte de la Divinité, — par cela qu un peu plus rapprochés d'elle que le vulgaire, s'ils ne voient pas Dieu — face à face — ils aperçoivent quelques-uns des rayons de la lumière qui émane de lui.
Les carrés de papier philosophiques — ont une doctrine fixe i l'égard des choses de la religion. — Quand le fils aîné du roi a épousé une princesse protestante, — ils ont parlé de notre sainte religion, — Peu s'en est fallu que M. Jay, du Constitutionnel, ne se mît â prêcher une croisade comme un nouveau Pierre l'Ermite, et que la rédaction en masse de cette feuille ne prit la croix rouge.
Mais, quand il s'agit de quelque cérémonie catholique — approuvée par Vautont^, — ils crient alors au cagotisme et aux jésuites avec une nouvelle fureur, — et maltraitent fort le bon Dieu, parce qu'ils le croient une créature du préfet de police.
Mais, comme je le disais tout à l'heure, il y a dans l'homme un besoin de vénération qui l'entraîne malgré lui, — et, si vous lui ôtez Dieu, qui^ après tout , est au moins un prétexte honnête d'exercer ce sentiment, vous pouvez voir avec un peu d'attention qu'il se reportera sur d'autres objets, sur des comédiennes jaunes, sur des danseuses vertes, etc., etc.
Et, quelques torts que puisse avoir l'Être suprême,— comme je le crois volontiers, — envers M. Jay, du Constitutionnel^ — M. ChamboUe, du Siècte, — M. Léon Faucher, du Courrier Fran çaisj etc. , ces messieurs seront forcés d'avouer que, religion pour religion, puisque l'homme est ainsi fait qu'il lui en faille une absolument, il valait autant s'en tenir à l'ancienne, — jusqu'à ce qu'à force de progrés on en vienne à tendre les maisons et à
joncher les rues de fleurs à certains jours consacj;;^s aux susdits MM. Jay, Chamholle et Léon Faucher.
Du reste, on peut voir par les clameurs des journaux, — en quoi je leur reprocherai de manquer d'adresse, — ce que ces braves papiers entendent par la liberté. Ils ont commencé par demander qu'on ne fût pas forcé d'aller à la messe, et ils avaient raison ; — maintenant ils ne veulent plus permettre qu'on y aille ; — en quoi j'ai raisson, à mon tour, quand je dis que tous ces fervents apôtres de liberté n'attaquent les tyrannies et les abus — que comme on attaque certaines villes, non pour les détruire, mais pour s'en emparer et s'y installer à leur tour.
Au commencement de la saison, du reste,-— on aurait dit que Dieu allait célébrer sa fête lui-môme en se donnant un petit régal de vengeance. Les fleuves sont sortis de leurs lits et ont un moment supprimé des provinces tout entières, — puis, un peu plus tard, avec une ironie plus poignante, il a fait retirer les fleuves et a livré les hommes à des adversaires grotesques : il a paru un instant que les hannetons et les chenilles allaient manger en herbe les fruits et les moissons ; et je ne sais alors ce qu'eussent fait les hommes — quelque protégés qu'ils eussent été par les carrés de papier auxquels ils sont abonnés : — ne pas oublier de renouveler avant le 15 courant.
11^ On a joué avec grand succès, à- l'Opéra, un très-joli ballet de MM. Th. Gautier et Saint-Georges, — sous le nom de Gïselle ou les Wïllis, — On a applaudi avec raison un clair dtî lune de M. Cicéri. — Je ne vois pas pourquoi je ne dirais pas que j'ai publié, il y a sept ou huit ans, — dans un volume appelé Vendredi soir, — un petit roman d'une vingtaine de pages sur celte tradition allemande.
^^ On dit que M. Ancelot est fâché d'être de TAcadémie. — Il ne peut plus se mettre sur les rangs, lui qui en avait une si longue habitude, qu'apprenant la mort de M. de Cessac , il a fait une visite à M. de Pongerville, et que ce n'est qu'après un
24 / l'Es GUÊPES.
quart d'heure de conversation qu'il s'est rappelé tout à coup qu'il n'avait plus rien à demander à son mielleux confrère.
^^ Sitôt qu'il y a de l'argent quelque part, il se rue dessus une foule avide et insatiable. — A peine le crédit a-til été accordé au ministère pour les dépenses de la cérémonie funèbre de Napoléon, — que les prétentions les plus saugrenues sont arrivées au ministère de l'intérieur.
Tel veut qu'on lai rembourse le bénéfice qu'il a manqué de
faire ce jour-là. — Du Havre à Paris, tous les maires font des
i réclamations pour leur commune et demandent des indemnités.
— Ici, une cloche a été fêlée par un sonneur trop enthousiaste :
là, le marché a été dépavé par la foule accourue sur le passage
du convoi.
^^ On cite un monsieur qui demande une indemnité pour
son habit déchiré dans la foule.
L'administration de l'Hôtel des Invalides demande sept à huit mille francs pour restaurer l'orgue de son église, — engorgé, — dit-elle, — par la poussière de la cérémonie.
Or, nous savons que cet instrument est depuis dix ans dans un tel état, qu'on n'a pas pu s'en servir une seule fois, —et l'invalide qui remplissait les fonctions d'organiste a été enterré il y a cinq ou six ans sans qu'on ait songé à le remplacer.
.^^ Depuis la mort de M. de Gessac, ^ les sollicitations académiques ont recommencé.
\ Un ministre a envoyé une personne de confiance à un des quarante — pour le prier de ne pas promettre sa voix. ' L'académicien a répondu au messager du ministre : t Vous direz à Son Excellence que j'ai pour elle la plus haute considération, — que je suis son tout dévoué serviteur, que je voterai comme elle le voudra, — qu'il faut qu'elle m'envole mille francs. »
1^^ il y a quelques jours , un assassin était sur le banc de la cour d'assises. — Les jurés, après une absence de quelques minutes, viennent dire que l'accusé est coupable,— ^et cette fois.
JUILLLET 4841. 25
par hasard, sans circonstances atténuantes. — Il est condamné à mort. — ^A ce moment, un brave homme, dans l'audience, tombe subitement frappé d'apoplexie. — On s'empresse, — on le ramasse , — on l'entoure , il est mort, t Est-ce le père de l'assassin? — Non, il est plus jeune que lui. -— Est-ce son fils? — Non, il est presque de même âge. — Est-ce son ami?— Nullement, dit un jeune homme en perçant la foule, il ne le connaissaût pas, — ^'est un curieux comme vous et moi. t
C'était, en effet, un homme condamné à mort par le sort commun de tous les hommes, qui n'admet pas de circonstances atténuantes.
Justice humaine, — pauvre chose ! la plus forte peine qu'elle puisse imposeiF est une peine que tous subissent fatalement, et les innocents'qu'elle absout aussi bien que les criminels qu'elle
condamne.
il^ Â propos de circonstances atténuantes^ — le jury de la cour d'assises du Cantal vient de les appliquer avec un discernement égal à celui du jury de la Seine.
Un homme de cinquante ans, ayant déjà subi six coodamnations, se prend de querelle avec ses deux beaux-frères , et, en plein jour, les tue tous les deux à coups de fusil, — menace les témoins, dont un est son beau-père, de leur faire subir le même sort, puis retourne à son village, raconte, à qui ^eut l'entendre, le crime qu'il vient de commettre. — Le soir, il force un des habitants de lui donner une lanterne, avec laquelle il va froidei ment considérer ses victimes pendant plus d'une heure. Le jury ^ du Cantal a vu là des circonstances atténuantes. / Décidément ceci est par trop... — Comment ! l'assassin condamne, de son chef, deux hommes à mort, — et lui en est quitte pour les travaux forcés! — Toutes ces décisions forment autant d'encouragements dont on n'hésite pas à profiter.
.^ Un condamné politique, M. Charles Lagrange, soumis à la surveillance, — s'est occupé â Mulhouse d'industrie et d'af-
faîres. — Âajourd'hui il arrive à Paris avec un passe-port en règle, voyageant pour faire des observations dont il est chargé par une compagnie sur le chemin de fer de Rouen. — On l'arrête pour rupture de ban et on lui fait un procès. — C'est une sottise : — un homme qui travaille, un homme qui s'occupe activement de gagner sa vie, n*est pas un homme dangereux. — Il vaut bien mieux voir vos ennemis politiques prendre ce sage parti que de les tenir eu prison. «— C'est mille fois plus sûr pour vous. — Hais vous faites de la rigueur excessive, aussi bien que de la faiblessee xtréme , toujours à contretemps.
i^t^ M. Garnier-Pagès est mort ; — c'était un homme d'esprit et de talent, — qui a montré, en outre, de l'énergie, de la bonne foi et de la loyauté, en se séparant des hommes et des journaux de son parti au sujet des fortifications, contre lesquelles il s'est courageusement élevé, au risque de perdre une partie de sa popularité ; seule et triste récompense des luttes qui ont usé le peu d'existence que la nature lui avait donnée. — L'autoiUé a sagement évité toute manifestation de force militaire au convoi du député du Mans, — où tout s'est passé avec ordre et décence.
^^ Mon ami*** rentrait tard chez lui, — près de la Madeleine; il voit un enfant qui pleurait près d'un tas noir.
— Qu'as-tu, petit?
^ Monsieur, j'ai peur.
— Qu'est-ce que c'est que ça qui est par terre?
— Monsieur, c'est mon oncle.
— Qu'a-t-il, ton oncle?
— Monsieur, il est un peu bu.
— Est-ce qu'il ne peut pas se relever?
— Je ne crois pas, monsieur, — je ne suis pas assez fort pour le ranger sur le côté, et il sera écrasé.
£t l'enfant se remit à pleurer.
**• prend Toncle pour le traîner auprès du mur; — mais Tonde se développe et dit :
— Allons chez nous.
— Où demeures-tu, petit?
— Telle rue, — tel numéfo.
— Crois-tu que ton oncle puisse marcher f
— Il a essayé plusieurs fois, mais il est toujours tombé; — je ne suis pas assez fort pour le soutenir.
Il n'y avait pas là de voiture, — "* ajoute que c était à peu près son chemin. — *** est de ces gens qui colorent une bonne œuvre de quelque prétexte pour ne pas avoir à en rougir.
Il prit l'oncle sous le bras, — et lui dit :
— Allons, mon brave, — en route!
L'oncle obéit machinalement, et commença à marcher, moitié dormant, moitié trébuchant. — Cependant le mouvement rendit un peu de lucidité à ses idées, — et il dit à *** :
— Vous êtes tout de même un bon enfant, — nous allons prendre quelque chose.
Et il désigna du doigt un marchand de vins dont la boutique était encore ouverte.
Mais, comme il s'aperçut que *** ne répondait pas à son invitation, il ajouta :
— C'est moi qui paye.
— Non, vous avez au moins assez bu, — marchons.
— Ah ! c'est parce que je ne suis qu'un ouvrier que tu ne veux pas boire avec moi? — Tu méprises le peuple ; — j'te vas crever la gueule !
— Allons, allons^ marchons!
L'oncle retomba dans l'engourdissement pendant quelques mmutes et suivit son conducteur; — mais bientôt, oubliant sa colère, il reprit en voyant une autre boutique :
— Vous êtes un bon enfant, — entrons là, — c'est moi qui paye.
â8 LES GUÊPES.
Cette fois •-lui dit:
— Pas là, — j'en connais un qm a du petit blanc à douze.
— Où ça?
— - Au bout de la nie.
— Eh ben ! allons au petit blanc.
Arrivés au bout de la rue, — il s'arrêta et dit :
— Eh ben! où est-il, votre vin blanc?
— Je ne le retrouve plus.
—Ah ! c*est parce que je suis un ouvrier;—* eh ben! j'te vas casser la gueule!
— Toi, me casser la gueule ! — Viens-y donc! — viens donc seulement avec moi au bout de la rue !
— Tout de suite — que j'y vas, — j' te vas corriger.
On se remet en marche. — Au bout de la rue, *** lui dit :
— Si tu veux venir encore un peu, — je m'y reconnais â présent ; le petit blanc est au bout de la rue.
— Eh ben ! allons.
Au bout de la rue, pas de vin blanc. — *- dit :
—C'est que la boutique est fermée.
— Tu me fais aller, — répond l'oncle, — j' te vas crever la gneule !
— Allons, je le veux bien ; —viens au bout de la rue.
Et, de cette façon, *** ramena l'oncle jusque chez lui.
^^ Voici ce qu'on raconte de M. Eugène Delacroix et de l'architecte de la Chambre des députés.
M. Delacroix est allé le trouver et lui a dit : • — Je ne peux pas peindre sur votre plafond, il ne tient à rien, cela ne durera pas trois ans. i
— Qu'est-ce que cela vous iiût, — pourvu qu'on vous' paye? • \
H. Delacroix n'a pas cru devoir adopter ces principes d'art moderne et a fait recrépir le plafond i ses frais.
^^ POUR LES PAUVRES. — HM. de Noailles, Dupin atoé.
— marquis d'Osmond, comte Roy, Vassal, — Rousselin, Michault, — viennent de demander, par une pétition, que les droits qui pèsent sur le charbon de terre et la houille soient élevés de trente centimes à quatre-vingts centimes.
C'est toujours le système absurde dont j'ai parlé le mois dernier à propos de la viande.
il^ Je demanderai d'abord pourquoi Ton protège et Ton eiiCciirage plutôt une industrie qui nous fait payer le chauffage cher qu une industrie qui nous le donne à bon marché. 1^^ Si les intérêts de MM. les propriétaires de forêts et de MM. les marchands de bois sont lésés, et s'ils ne peuvent cesser de Tôtre qu'en élevant le prix du chauffage économique, tant pis pour MM. les propriétaires de forêts et pour MM. les marchands de bois.
Ils sont à coup sûr moins nombreux que les pauvres consommateurs et les intérêts des consommateurs doivent passer avant les leurs.
^ifC Que diraient-ils si un monsieur ayant chez lui du bois d'acajou, — désirant le vendre pour le chauffage, voulait qu'on élevât les droits sur le bois ordinaire, jusqu'à ce que ce Jbois coûtât aussi cher que son bois d'acajou? Cela leur paraîtrait absurde.
C'est précisément ce qu'ils demandent.
Mais, — au nom du ciel ! — cessez donc, — ô philanthropes! de faire tant de phrases sur le peuple, et occupez-vous un peu de lui. — Ne demandez pas tant de droits électoraux, — et donnez-lui un peu plus de moyens de n'avoir^ ni faim ni froid.
Vous, messieurs de Noailles, Dupin aîné, — d'Osmond, Roy, Vassal, Rousselin, Michault, — vous, dont les noms sont cités entre ceux des plus riches habitants de la France, vous osez signer une demande qui aurait pour résultat de condamner au froid le plus insupportable des milliers de familles!
Vous n'avez donc jamais vu de pauvres ouvriers avec des femmes et des enfants demi-nus, — dans des chambres sans feu pendaùt les rigueurs de Thiver, grelottant et pleurant, ^ pour que vous osiez tenter de leur enlever — en augmentant le prix d'un combustible heureusement moins cher, — le peu de secours qu'ils peuvent espérer contre les horribles souffrances du froid?
Ce que je demanderais, moi, — ce que j'ai demandé chaque fois que j'en ai trouvé l'occasion, — ce serait le contraire ;
— ce serait de reporter les droits sur le luxe, — ce serait de dégrever tout ce qui est destiné au peuple et aux pauvres.
— Quel bonheur, messieurs, que cela ne puisse rien vous rapporter I — Vous feriez mettre des droits sur le soleil, — sous prétexte que le peuple, l'ayant pour rien, achète moins de bois de vos riches forêts.
Août 1841.
Les anniversaires. — Paris et Toulouse. — Les trois journées de Toulouse. — M. Floret. — M. Plougoulm. — M. Mahul. — M. de Saint- Michel. — Ce qu'en pensent Pascal, Rabelais et M. Royer-Collard. — Un quatraim — Le peuple et l'armée. — Les Anglais. — Un pensionnat à la mode. — Les maîtres d'agrément. — A monseigneur rarchevéque de Paris. — Un projet de révolution. — Un baptême. — Une lettre de M. Dugabé. — Le berceau du gouvernement représentatif. — En faveur d'un ancien usage, excepté M. Gannal. — Parlons un peu de M. Ingres.
— Un chat et quatre cents souris. — Le roi et les archevêques redeyenus cousins. — A M. le vicomte de Cormenin. ~ M. Thiers en Hollande. — Contre l'eau. — MM. Mareschal et Souchon. ^ Les savants et le temps qu'il fait. — Les citoyens les plus honorables de Lévignac, selon M. Chambolle. — Triste sort d'un prix de vertu. — De l'héroïsme.
— La science et la philanthropie. — Les médailles des peintres. - Les ordonnances de M. Homann. ^ De l'homicide légal. — An Raucbir fur
Jf^ AOUT. — LES ARNiVERSÀiRCS. — Les Français, selon moi, ne se défient pas assez des anniversaires, qui ont le défaut de les mettre dans de singulières contradictions.
Voici, par exemple, dans le mois de juillet qui vient de finir, — des gens qui pourraient être fort embarrassés, — je parle du roi Louis-Philippe et du parti dont le journal le National est Torgane.
Le National a proclamé avec le roi et avec M. Thiers la nécessité de construire des forts contre lesquels il s'était élevé pendant plusieurs années ; — j'ai dit, — quand il a été question de ces forts, — les raisons secrètes de chacun, — voici qu'aujourd'hui on les bâtit grand train, — que le roi met lui-même la main à la besogne et se fait un véritable plaisir de poser la première pierre de chacun d'eux.
^^ Halheoreosement, le National est obligé, le 14 juillet, de célébrer ranniYerssdre de la prise de la Bastille avec uoe emphase convenable — au moment même où cette vieille Bastille, où l'on mettait de temps en temps on Parisien ou deux, — est remplacée ayantageusement, — da consentement du National, — par nn demi-quarteron de forts qui mettent Paris tout entier et à la fois à la Bastille.
^^ D'autre part, le roi Louis-Philippe, obligé de fSter avec pompe l'anniversaire de l'émeute réussie qui l'a mis sur le trône, — est forcé en même temps et précisément dans le même mois, de réprimer à Toulouse l'insurrection dont il célèbre la fête à Paris.
^^ C'est une bouffonnerie qui manquait à cette époque, que je crois à présent fort complète.
j^ LES TEOis JOURRÉES DE TOULOUSE. — J'ai plusiours fois parlé de la haute bêtise qui a fait ima^er de ce temps-ci — Findépendance des fonctionnaires et FinteUigenee des iati9finettesj — c'est-à-dire une machine politique dont chaque rouage irait au hasard de sa volonté, — te» duur de FÉtat, — pour parler le langage du ConstUulwnnel, dont chacune des quatre roues — roulerait dans un sens particulier.
M. Floret, — préfet de Toulouse, — n'approuvait pas les mesures fiscales de M. Humann ; — il navait à prendre que deux partis honnêtes : — obéir, ou donner sa démission ; — il en a pris un troisième qui a eu et qui devait avoir le plus grand succès dans certains journaux et dans certains esprits; il s'est établi fonctionnaire indépendant, — a gardé sa place et s'est opposé au nouveau recensement.
Le ministère a donné congé à M. Floret et a nommé à sa place M. Mahul. — H. Mahul aurait, je crois, de la peine à s'établir prophète quelque part, — et on l'envoie précisément dans son pays, — c'est-à-dire là où personne ne peut l'être.
Demandez, en effet, à tous les hoounes qui se sont élevés
par leur talent, si leurs parents et leurs amis n'ont pas attendu pour reconnaître ce talent qu'ils en aient été avertis par les applaudissements du dehors, — et demandez-leur^ aussi. jusqu'à quel point^ils Tout reconnu. i
— Un grand poète, Pierre? disait un camarade d'enfance de Corneille : — ce n'est pas possible, — il allait à l'école avec moi.
— Voilà un fameux préfet •— qu'on nous donne là, -r disaient les Toulousains, — le petit Mahul, — que j'ai vu pas plus haut que ça.
— Qui ça? — celui qui demeurait dans ma rue?
— Précisément, porte à porte avec vous.
— C'est là le préfet qu'on nous envoie? — mais j'ai été en classe avec lui, — mais j'ai joué à la balle avec lui, — mais je l'ai vu vingt fois comme je vous vois là, — mais il avait une redingote marron.
— C'est impossible ; — ça doit être un mauvais préfet. ^^^ Il y a dans Pascal un argument terrible contre
M.Mahul : — «Le pouvoir, dit-il, ayant été établi sans raison, il faut le faire regarder comme authentique, éternel, et en cacher le commencement, si on ne veut qu'il prenne bientôt fin. »
Je dénonce ledit Pascal à M« Partarrieu-Lafosse, — à cause qu'il ne serait pas impossible d'appliquer ceci à toute espèce de nouvelle royauté.
Alors on donna deux charivaris — dont l'un, sous les fenêtres de M. Floret, fut intitulé sérénade.
Je me suis souvent inquiété de l'anxiété d'un malheureux député ou fonctionnaire qui entend sous ses fenêtres une musique populaire — mêlée de cris, :— et je me suis demandé : — € A quoi reconnalt-on qu'on reçoit une sérénade ou un charivari? »
^^ Puis la colère du peuple s'exaspérant sans autre cause nouvelle que cette même colère, — on commença à tout briser
dans la ville et i assiéger l'hôtel de la préfecture et accès • soirement la maison de M. Plougoulm.
Alors Tesprit de vertige descendit sur la ville.
Le maire, fonctionnaire indépendant, fit relâcher les prisonniers arrêtés dans les émeutes. — M. de Saint-Michel, bûonnette intelligente commandant la place, refusa le renfort de troupes que requérait M. Mahul pour sa propre sûreté. — Les officiers de la garde nationale, baïonnettes non moins intelligentes, annoncèrent audit M. Mahul qu'ils ne répoudaient pas de l'ordre tant qu'il resterait dans la ville, — et M. Mahul se retira.
En quoi personne ne fit son devoir et tout le monde manqua de courage, — le maire, le commandant militaire, les officiers de la garde nationale, — se laissant ainsi entraîner en insurrection et en émeute. — Pour H. Mahul, — sa situation était dangereuse; — mais^ quand on a accepté un poste, on ne le quitte pas parce qu'il devient périlleux.
M. Mahul parti, — le commandant militaire et M. Plougoulm— publièrent un avis ainsi conçu et signé de leurs deux noms :
M. Mahul est parti, toute cause de désordre doit cesser.
On envahit la maison de M. Plougoulm et on jette ses meubles par les fenêtres, — et M. Plougoulm s'enfuit.
Le gouvernement, alors, destitua M. Mahul pour avoir quitté la Mie. — Mais faire ainsi cette concession à l'émeute, — n'était-ce pas faire précisément ce qu'avait fait H. Mahul, c'est-à-dire lâcher le pied devant elle? — et, si quelqu'un était au gouvernement ce qu'est le gouvernement à M. Mahul, ce quelqu'un ne devrait-il pas destituer le gouvernement?
Certes, — le choix de M. Mahul pouvait être discuté, — mais c'était avant de l'envoyer à Toulouse ; — une fois là, il devait être soutenu et installé, — à quelque prix que ce fût. Et, si on avait à le destituer, — ce qiû était justice, — ce ne
devait être qu'après avoir imposé silence à l'émeute, et en destituant en môme temps le commandant militaire, le maire, les officiers de la garde nationale et M. Plougoulm, — et en leur faisant leur procès.
Pour celui-là du moins, — le peuple a fait justice de sa lâcheté, — et je n'ai pas le courage de blâmer l'émeute en ce point. — Ce n'était pas de là que devait venir la punition, — mais toujours est-il qu'elle est arrivée, — et, comme dit Rabelais : « Les cuisiniers du diable révent parfois et mettent bouillir ce qu'il destinait pour rôtir, — mais n'importe, pourvu que cela soit cuit à point. »
Si quelque poète candidat à l'églantine veut faire une épopée sur les trois journées de Toulouse, — il trouvera son commencement dans le commencement de VEnéide de Viri^ile.
Arma virumque cano Trojœ qui primas ab cris...
fato profugus.
Je chante les baïonnettes intelligentes {arma) et le fonctionnaire (virum) qui le premier (M. Mahul, •— le second est M. Plougoulm) s'enfuit de Toulouse.
Comme on demandait à M. Royer-Collard ce qu'il pensait de l'affaire de Toulouse : « Je pense, dit-il, que le ministère s'est trompé : il a cru que les oies pourraient encore une fois sauver le Capitole ; — mais il y a entre les oies d'aujourd'hui et les oies de ce temps-là la môme différence qu'entre le Capitole de Toulouse et le Capitole romain. • — Je trouve le mot un peu cynique.
^^^ On a affiché sur les murailles à Toulouse — ces quatre vers, dont l'auteur a gardé l'anonyme :
Quand ce pauvre Mahul, en habit de préfet, Aux remparts de Toulouse a manqué son crct, Il a justifié cette belle parole:
La roche tarpéienne est près du Capitole.
:j^ lE PEUPLE ET l'aqbiee. — Il est Une plaisâbterie des journaux dont il est temps de faire justice; -^lorsque dans une émeute — la troupe, sur Tordre de ses chefs, se répand dans une ville pour y rétablir Tordre, — les malheureux soldats sont traités comme on ne traita pas les Cosaques en 1814. — Des pierres sont lancées du haut des fenêtres; — des coups de fusil leur sont tirés des angles des rues ou des toits, de derrière les cheminées, -— et, lorsque plusieurs ont été atteints, lorsque, exaspérés, — ils finissent par se défendre, — les journaux du lendemain — n'ont aucun blâme pour les habitants de la ville — et traitent les soldats d'assassins.
Certes, je suis moins partisan que personne du despotisme militaire, — qui serait le plus odieux et le plus aveugle de tous sans le despotisme populaire, — et je me félicite de n'avoir pas vécu sous 1 Empire ; — mais ni les journaux ni le peuple ne doivent oublier que les soldats sont des Français, leurs compatriotes, leurs frères, — et que, quand il y a quelqu'un qui assassine dans une émeute, ce n'est pas celui qui se bat à découvert et après avoir essuyé les insultes et les projectiles de tout genre, mais bien celui qui à Tabri tire à Timproviste des coups de fusil sur des soldats oui passent Tarme au bras. — Qu'on se rappelle seulement combien de vieux soldats, respectés par la mort pendant trente ans sur les champs de bataille, — ont succombé dans les rues de Paris — sous la balle d'un pistolet tiré dans le dos par un enfant.
Les journaux voudraient que nos soldats s'élevassent tous â la hauteur de ce type grotesque qu'ils ont inventé de la baïonnette intelligente, c'est-à-dire que chaque soldat, selon ses lumières, souvent plus que médiocres, — examinât les ordres qu'on lui donne avant de s'y soumettre, — c'est-à-dire qu'il fût traître à ses serments, — et qu'il se conduisît d'une façon qui le rendrait digne d'être fusillé d'après les codes militaires de tous les pays. Ils ne pensent pas — que le seul moyen qu'on n'ai^
rien à craindre de Tarmée est qu'elle soit retenue dans les règles de la plus stricte discipline.
Mais cela est si bête, que j'aurais honte d'en parler si je ne rencontrais à chaque instant des gens qui récitent les phrases que font les journaux à ce sujet, et s'indignent d'après eux contre les soldats.
^^^ Il est évident qu'une fois l'affaire engagée les soldais ne peuvent manquer de commettre des excès ; — mais les victimes de semblables accidents ne pourraient- elles pas s'en prendre moins aux soldats qu'aux gens qui, dans l'intérêt d'hypocrites ambitions, tiennent depuis dix ans la France en état de guerre civile permanente, — et, par des prédications insensées, des théories captieuses, — mettent à chaque instant aux Français les armes à la main contre d'autres Français?
éj^ Messieurs, — vous qui vous prétendez mus par l'amour du peuple, — n'avez-vous pas de remords quand vous comptez combien, —par vos conseils et vos préceptes, •— vous avez envoyé déjà de pauvres ouvriers au cimetière et en prison?
j^ Et vous qui vous dites de si grands politiques, — ne voyez- vous pas, quand vous félicitez le peuple — de ce que force lui est restée, — que vous justifiez d'avance tout succès dû à la force, et que vous perdez le droit de blâmer une revanche si le pouvoir s'avisait d'en vouloir prendre une?
-^j* LES ANGLAIS. — Je uc sais rien de ridicule comme ces injures de nation à nation, — comme ces épithèles qui s'appliquent à un peuple tout entier, — comme si tous les hommes d'un pays étaient faits exactement sur le même modèle;— comme si les qualités et les vices étaient soumis à la surveillance de la douane et ne dépassaient pas les frontières.
Aussi, en lisant les injures adressées récemment par un mi)\ nistre anglais à la nation française, — n'ai-je recueilli que malgré moi ce mot (ja\ m'a été arraché par l'orgueil de l'insulaire :
38 LES eVÊPBSo
i Les Anglais sont jugés par cela seul que, pour avoir six pieds, ils ont imaginé de faire le pied de onze ponces. •
^^ M. de C... n'a qu'un fils, — je ne vous dirai pas toutes ses raisons de ne pas le mettre an collège. Il est allé, il y a quelnes jours, vi iter avec sa femme an de ces pensionnats renommés aujourd'hui parmi les gens du monde. — Gelai qu'on leur avait indiqué n'admet pas plus de <pinze éiéves, ^ et leur fait suivre les cours les plus avaneéSy «» harmonie avec le$ progrès de la société actuelle.
M. de G..., dans sa sollicitude, prend quelques rense^ements sur la nourriture de la maison :
— Âh ! — monsieur, pour la nourriture, vous n'aurez pas de reproches à faire, — Je donne i mes élèves du vin de Cham-' pagne le jeudi et le dimanclie, — et du vin de Bordeaux toute la semaine.
— Hais mon fils n*a pas cela chez moL
Madame de G..., femme spirituelle et pieuse, demande i son tour si l'on soit exactement les devoirs de la religion, — li l'on va à la messe tons les dimanches.
— Oh! non, — pas tous les dimanches, — quelquefois, — de temps en temps, — par-ci, par-là.
— Mais enfin, monsieur, vous avez sans doute un prêtre attaché à votre maison?
— Ah! oui, madame, certainement, — certain^nent, M. votre fils pourra avoir son confesseur, — rien ne l'en empêche; mais le prospectus vous a prévenue que les maîtres d'agrément se payent à part.
A M0NSEI6IŒUE l'ARCHEVÊQUE DE PARIS.
^1^ Note à l'appui de $on dtscotrrs, dam lequel U tâche finsmuer adroitement au roi Louis-Philippe que^ malgré la grandeur et la vénération qui Ventourent^U ferait bien de oe rappeler quelquefois quil n'est qu'un homme. — Monseigneur,
on lit dans la Quotidienne, — le National, etc., etc. : « Le roi ne peul plus sortir qu'au milieu des précautions les plus minutieuses. — Depuis les Champs-Elysées jusqu'au pont Royal,
— on compte, quand il sort, plus de cent cinquante sergents de ville. — Toute la brigade de M. Delessert est échelonnée auprès du château. » — Agréez, monseigneur, etc.
iJJ^ m PROJET DE BÉvoLUTiON, — Sous Certains rapports, C" est une singulière situation que celle du roi Louis-Philippe. En effet, il n est pas une de ses actions à laquelle on ne donne une fâcheuse interprétation. — Tout ce qui lui est opposé jouit à l'instant môme d'une popularité certaine. — Tout homme accusé de ne pas être son ennemi, — s'empresse de se justifier.
— On n*ose pas tout à fait louer les misérables qui ont tenté de l'assassiner, mais on se complaît à parler de leur fermeté, •- - on l'exagère et on l'invente. — Je ne crois pas que Néron, ni Caîigula, ni Tibère, aient jamais excité, en apparence, une baine aussi ardente et aussi implacable.
A quelqu'un qui verrait les choses de loin, — il semblerait qu'il faut qu'un peuple soit bien lâche pour conserver deux jours un roi aussi odieux. — Mais, de près, — il faut d'abord voir, en faisant la liste des crimes reprochés aux trois tyrans dont ma plume vient de rencontrer les noms, •— qu'il n'y a pas un seul de ces forfaits qu'on puisse attribuer à Louis-Philippe. — Appliquez au contraire à Caîigula tout ce qu'on re« proche à Louis-Philippe, — et Caîigula vous paraîtra un assez honnête homme, — ce qui vous laissera queh}ne étonnement de voir tant de Tacites pour si peu de Nérons, — tant de Brutus pour si peu de Césars.
Il faut diviser en trois classes ces haïsseurs de rois : Les premiers sont des gens qui ont contribué à faire le coup de la révolution de Juillet, et qui n'ont pas eu leur part ou n'ont eu qu'une part insuffisante aux dépouilles qu'elle a produites. ^ Ils sont semblables aux gens qui poussent à la queue
d'un théâtre, — alors qu'un bras inflexible de gendarme placé en travers ne laisse approcher le public des bureaux que par escouade d'une dizaine de personnes. — Quelques-uns ont poussé, espérant être dans les dix premiers, — mais le bras rigide s'est abaissé devant eux, et ils s'efforcent de pousser jusqu'à ce qu'on laisse passer une seconde dizaine dont ils comptent bien s'arranger cette fois pour faire partie. — Us font contre Louis-Philippe précisément ce qu'ils ont fait contre Charles X. — S'ils réussissent, et s'ils sont plus heureux et plus adroits, ils seront à leur tour poussés par d'autres qui voudront remettre la partie, — car quelque menu hachée que soit aujourd'hui la France, on n'a pas pu faire encore les morceaux si petits qu'il y en ait pour toutes les avidités.
^^ La seconde classe se compose des gens auxquels on avait fait croire, — sous la Restauration, — que tout le mal venait du gouvernement d'alors ; — qu'en le renversant on renverserait en même temps toutes les dures conditions imposées à l'humanité; — que la poudre tirée en Juillet devait faire tomber du ciel des alouettes toutes plumées, rôties, bardées, — assaisonnées.
If^ Aujourd'hui, ceux de la première classe leur disent, à regard de Louis-Philippe, comme ils disaient à l'égard de Charles X : que si Louis-Philippe n'était plus roi, — les ruisseaux couleraient du café à la crème ; — qu'on payerait la journée triple aux ouvriers, sans qu'ils dussent pour cela travailler; -\ que les petits pois seraient gros comme des melons, qu'une tranche suffirait 'pour le dîner d'un homme, — et que les fruitiers les donneraient pour rien. — Ceux-là sont une classe éternellement béte et éternellement victime et de ceux qui possèdent et de ceux qui veulent posséder, — ceux-ci les ruant sur les autres, ce qui les amène habituellement à être oressés et écrasés entre les deux partis.
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ij^ La troisième classe est inoifensive : •— elle se compose de gens vaniteux, entraînés par la joie d'être audacieux sans danger. — Il y a entre eux la distance qui existe entre les esprits forts qui plaisantent ou insultent le ciel et les Titans qui Fescaladent.
J^ Mais supposez que tout cela arrive au résultat qu'on ne prend la peine de cacher que bien juste ce qu'il faut pour que les PUmgoulm ou les Partarrieu-Lafosse ne trouvent pas à mordre; supposez qu'on finisse par faire une nouvelle révolution, — il arrivera précisément ce qui est arrivé de l'autre : — un parti ou quelqu'un s'en emparera, — ce quelqu'un ou ce parti aura ses amis et sa queue, — et ce sera à recommencer. — Il y aura toujours — des avides et des envienx. — Les révolutions sont comme la loterie, — il y a cinq numéros gagnants sur quatre-vingt-dix, — conséquemment , quatre-vingt-cinq qui veulent recomuiencer le coup.
Pour arriver aux mêmes résultats,— il me semble qu'on paye an peu cher, — qu'on met bien de l'ardeur et qu'on joue gros jeu. — On comprend l'impétuosité du cheval de course ou du cheval de chasse, mais on ne comprendrait pas celle que mani* festerait un cheval de manège tournant avec fureur toujours dans le même cercle.
^ije L'infériorité du gouvernement actuel à l'égard dç celui qui l'a précédé — vient de ce que c'est un nouveau gouvernement, — de ce qu'il a, — pour nous servir de nos comparaisons de tout à l'heure, — proclamé cinq numéros sortants de la loterie,
— de ce qu'il a laissé passer les dix premiers de la queue, — et, comme il n'y a pas plus d'ambition que d'amour sans espoir,
— de ce qu'il a montré qu'on pouvait gagner et qu'on pouvait arriver.
Sous ce rapport, le gouvernement qui lui succéderait serait encore pire,— attendu que les cinq numéros gagnants qu'il proclamerait, joints aux cinq de celui-ci, en feraient dix; — que
les dix qu'il laisserait approcher du bureau, j précédemment, en feraient râgt.
11 est bien facile pour les agitateurs — de critiquer tel ou tel acte ; — mais il le serait moins d'ajouter i leur critique ce qu'ils feraient à la place du gouvernement, — de prouver qu'ils le pourraient faire, d'en déduire les conséquences nécessaires, et d'établir sans réplique qu elles seraient bonnes*
Cette agitation furieuse contre la royauté et contre le pouvoir» qui n'aurait, en cas de succès, d'autre résultat que d'amener un autre pouvoir et une autre royauté absolument semblables» est une niaiserie. — Prenez votre temps, — ne vous •ocspez plus de la royauté; — faites vos plans, — présentez*les, — faites-en signer l'apprc^tion comme vous faites signer vos pro* jets de réforme électorale; — puis, quand vous aurez dsôrement établi que cette fois vous ae bercez plus les gens de coules de fées, — que vous pouvez faire le bonheur du peuple, — quand vous l'aurez prottvé d'une manière incontestable, — quand tous aurez eu outre démontré que le seul obstacle, la seule digne & ces torrents de bonheur qui Tont inonder le pays — est le loi Louis-Phibppe ou tout autre, -» que tout le monde se lè?e aa masse, — et qu'on déclare lâches et mdignes de la vie et de la liberté ceux qui ne marcheront pas, — et que le roi Louis-Phi- Iq^ soit renversé, s'il ne s'en va pas de son plein gré; — et mctt-méme, qui ai cadié ma vie dans l'herbe, — qui ai placé mes désirs et mes besoins si bas — qae toutes les avidités de ce temps^ci se battent au-dessus sams pouvoir rien leur prendre,
— moi-même — je saisirai alors mon innocent fusil de chasse,
— et je jure sur l'honneur que je marcherai avec vous.
i^^ Mais jusque-là — il faut penser, que la moitié des fautes du gouvernement viennent des obstacles dont vous jonchez sa route, — que le meilleur gouvernement du monde, aussi harcelé que celui-ci, ne ferait pas beaucoup mieux.
Mettez dans un diapeau — les noms que vous voudrez, — >
M. Fnlchîron, mademoèselle Déjazet, -— M. ChamboIIe, Alcide Tousez, etc., etc., tirez au hasard, — et ensuite, quel que soit le nom qui sortira de cette urne, — laissez-vous gouverner et aidez un peu ce monarque improvisé et provisoire, — je réponds que les affaires iront un peu mieux quelles ne vont, — jusqu'au moment où vous serez convenus de ce que vous voulez.
f^ UN BAPTÊME. Je suis allé l'autre jour à Étretat pour une cérémonie religieuse; on bénissait un bateau appartenant à Césavre Bhnquet et â Martin Glam : — - on Ta appelé la Guêpe d'Éthetat.
II y avait là un homme étranger an pays, qui, tandis que je distribuais aux enfants du pays toutes les dragées de la boutique de Pierre Paumel, me dit :
— Quelle singulière superstition!
— Pas si singulière, monsieur, lui dis-je; — si, comme les marins, vous vous trouviez sans cesse dans des situations où tous les hommes de toute la terre, réunissant leurs efforts, ne pourraient rien pour vous, — vous inventeriez un dieu pour avoir recours i lui, si on ne vous avait pas appris à le prier.
Ce qui obtient de coutume votre vénération, — on n'a guère ici le loisir d'y penser; — tous les monarques du monde ne pourraient réussir à faire tourner à Vest ce vent i'onest maudit qui empêche les bateaux de sortir et d'aller i la pèche.
Quand vous êtes dans une ville, — tout ce qui vous entoure a été construit de la main des hommes, —tous les accidents qui peuvent vous arriver, il dépend de vous ou du préfet de police et de ses agents de vous les faire éviter; — mais ici tout ce que nous voyons était là avant nous et durera après nous ; — ces arbres ont abrité de leur ombre épaisse bien des générations et en abriteront d'autres encore après que nous serons morts, tous tant que nous sommes ici. — Quand la mer gronde et se livre à ses colères, vos quatre cent cinquante députés ne peuvent décréter qu'elle se calmera.
Tout ce qui a du pouvoir ailleurs, — on n'a ici aucune raison de s'en occuper. — Au-dessus de la mer il n'y a que le ciel — sans intermédiaire.
i^tf: CORRESPONDANCE. — H. Dugabé — me fait Thonneur de m'écrire pour protester contre les renseignements qui m'ont été donnés à son sujet. (Numéro de juin.)
f S'il faut tout dire, — me dit M. Dugabé, — j'ai été l'adversaire constant du projet qui sert de base à des attaques que votre loyauté regrettera, j'en suis certain... Il y a trois ans que j'attaque la censure, et^e suis décidé à la poursuivre de mes plaintes jusqu'à ce qu'elle soit digne, élevée, morale... Vous voyez, monsieur, que mes discours ne sonVpas prés de finir.
> J'ai appelé l'attention du gouvernement sur l'emploi des fonds destinés aux monuments publics, et, si l'engagement pris par deux ministres devant la Chambre demeure sans résultats, je reproduirai des faits qui prouvent avec quel soin on ménage l'argent des contribuables.
» Il est bien, monsieur, de poursuivre sans trêve ni merci la corruption et ses adeptes; mais prenez garde de vous trom* per d'adresse en acceptant des renseignements qui détournent vos piqûres de ceux qui ont le plus à les redouter.
• J'oublie, monsieur, les droits que la loi me donne, et je demande à votre loyauté bien connue l'insertion de ma lettre dans voire première livraison.
» Recevez, monsieur, l'assurance, etc.
• DU6Â6É, député. •
Je mets donc la dénégation de M, Dugabé en présence du renseignement qui m'avait été donné. — C'est un devoir de la presse dont j'ai parlé dans mon dernier volume. — Lorsqu'il m'est arrivé de refuser de pareilles rectifications, c'est que les personnes qui les demandaient manifestaient des exigences exagérées — ou formulaient leur demande avec un accompagne-
ment de menaces et d'airs terribles qui ne me permettaient pas d*y faire droit.
^feje LEBERCEAO DU GOUVEUNEMBNT REPRÉSENTATIF. — A la
bonne heure, — ^ voilà qui est clair, sans circonlocutions et sans ambages; — voilà le gouvernement représentatif tel que je Taime, c'est-à-dire dans toute sa naïveté, dans toute sa pureté et dans tout son éclat.
ij^ EXTRAITS DES JOURNAUX ANGLAIS. — Un toumeur dHuddersfield est occupé à confectionner quatre cents bâtons ferrés qui lui ont été commandés par les wigbs libéraux, pour être employés contre leurs adversaires politiques aux élections de Wakefield.
A Harwick, — où deux candidats fort riches étaient en présence, — les votes se sont payés de sept à huit mille francs ; les dix derniers qui devaient décider la question ont monté à cent mille francs.
A Carlow, les tories ont tiré des coups de fusil sur leurs adversaires.
A Bath, les radicaux ont traîné les officiers de police dans la boue. — Lord Duncan et M. Roebuck ont été élus, lord Pov^rescourt et M. Bruges n ayant pu se présenter sur les htisiings, où leur vie eût été compromise. Une seule élection a coûté au candidat élu un million deux cent cinquante mille francs.
Nous n'en sommes pas encore là sous quelques rapports ; — mais^ sous quelques autres, nous avons de beaucoup dépassé nos voisins d'Angleterre (berceau du gouvernement représentatif).
Nous avons laissé bien loin derrière nous ce procédé naïf et vulgaire d'acheter de sa propre fortune les suffrages éclairés de ses concitoyens. — Nos candidats ne procèdent pas comme les candidats anglais, dont les amis vont grossièrement dans la foule mettre de l'argent dans la main des électeurs. — Cela 6st honteux et humilierait nos électeurs.
Le candidat français ne donne rien, il promet, — > n(»B ^ son argent à lui, — mais à celui-ci ia gloire de nos armées et un bureau de tabac ; — à celui-là les frontières du Rhin et une bourse pour son fils; — à tel autre la reprise du rang que doit tenir la France dans le cofigrés européen et une permissioa de chasse dans une forêt de l'Etat <|oi avoisiae sa demeure;-^ à M. *** la conservation de notre coaquéte d'Alger et une recette particulière.
^^ EN FAVEUR d'uiv ANCIEN USAGE. M. Gannal, — irrité de n'avoir pas été choisi pour empailler les cendres de TEmpa* reur, -— s'est renfermé longtemps dans un silence plus ^gnî* ficatif que la tente d'Achille. — Le voilà qui reparaît à la quatrième page des journaux, où il annonce qu'il embaume ' les personnes sans soustraction des organes.
Oh ! diable, — voici une belle nouvelle. — Les Égyptiens poursuivaient leurs embaumeurs à coups de pierres. — Nous avions laissé tomber cet usage en àésoétade, faute d'ea connaître l'origine et la cause.
La voilà dévoilée.
Les embaumeurs, — M. Gannal excepté, — ont la.manvaise habitude de vous soustraire des organes^ je ne sais pas bien précisément quels organes ils volent, — ni ce qu'ils en font; — peut-être les revendent-ils aux morts, qui natureUemeot manquent de quelques-4ms.
Et voilà cependant comme on est embaumé! Je demande qu'on fouille à favenir les embaumeurs pour voir s'ils n'ont pas dérobé quelques organes, — et qu'on ramène l'usage de les poursuivre à coups de pierres, — toujours à l'exception de M. Gannal.
f^ PABtONs UN peu DE M. iNfiRES. H. Ingros ost uu peintre qui, pendant bien longtemps, s'est contenté d'avoir un grand talent et une grande réputatioa. — M. Ingres a sa couleur comme un autre; — à force de regarder ses tableaux, on finil
pfâr y troctTer toute la gamine de tons des eoloristes, — sealemeot â travers un verre bleu.
M. Ingres était lui-même, — on l'admirait, on Taimait ; — mais ses défauts ont amorcé des élèves qui n*ont pas tardé à devenir une école complète; — - cette école a étudié sans re* lâche les défauts du madtre et les a non-seulement atteints, mais surpassés.
En Tain on leur a dit :
• Mes bons messieurs,
» Voyez les peintres de talent^ — leur peinture ressemblet-elle â la peinture de leur maître?' — Géîicault peint-il comme Guérin? — Decamps, Roqtieplan, Delacroix, peignent-ils comme Gros et Girodet? — Rohert-Fleury fait-il comme Horace Vernet? — et ledit Horace Vemet et M. Ingres lui-même peignentils comme David ? »
^^ L'empereur Napoléon a fait sortir bien des généraux de Tobscurité ; — ces hommes, pour la plupart si distingués, n'étaient pas des singes qui se contentaient de s'affubler d'une redingote grise pour effaroucher l'ennemi.
M. Ingres, â force de voir sa charge faite par ses élèves, — 8*est trouvé fort laid; — il a eu de récents remords en se croyant cause de la façon dont plusieurs jolies femmes — avaient été massacrées au dernier salon par ses plus chers disciples ; — il s'est pris lui-même en horreur, — et a cherché une nouvelle manière, abandonnant avec dégoût, à son école, celle qu'elle lui a gâtée et rendue odieuse même â ses propres yeux.
^^ Il vient de faire pour la cour de Russie une vierge dans laquelle il s'est efforcé d'être coloriste, — et il y tenait tant, qu'il a été jusqu'à lui sacrifier le dessin. — Il y a là une tête de jeune homme dont la bouche n'est pas sous le nez ; — c'est ce que les peintres appellent, je crois, dans leur argot, ne pas être ensemble ; la vierge est d'un modèle mou et rend ■— (toujours le même argot).
Oh! monsieur Ingres, je vous aime mieux vous-même; — j*ai vu par hasard une étude faite par vous en une seule séance» ^ d'après madame E... B..., âgée de dix-sept ans; rien n*est plus pur, plus jeune, plus naïf; *- le modelé est la plus admi* rable chose qu*on puisse voir.
Donc, comme je le disais au commencement de ces pages qui lui sont consacrées, — M. Ingres s'est longtemps contenté de son talent et de sa réputation ; voilà que des amis maladroits Tont réveillé de cette noble indifférence, et qu'ils l'ont rendu jaloux de la gloire de la pommade mélaïnocome et du journal YAudience.
Us ont regagné tout le temps perdu pour la réclame, et ont à la fois et brusquement entassé feuilletons sur statuettes, litho* graphies sur banquets.
Et ils ont déclaré que M. Ingres était coloriste.
Je ne connais, pour moi, rien de niais comme ces perpétuelles disputes sur le dessin et la couleur : la nature a donné à ses créations la richesse des tons comme la beauté de la forme ; -^ tant pis pour les artistes s'ils sont forcés de se partager l'imitation de ses magnificences ; — mais qu'ils ne nous forcent pas de nous irriter contre leur impuissance en en tirant vanité et en en faisant une prétention ridicule.
1^^ Madame D*** avait un chat magnifique; — M. de G*** s'amusa un jour à le tuer d'un coup de fusil ;-*• faute de grives, on prend des merles ; — faute de merles, des chats.
Madame D*'* fait dresser dans sa maison et dans celles de ses amis toutes sortes de souricières ; quand elle a réuni trois ou quatre cents souris, elle les fait renfermer dans une caisse et l'adresse à madame de C***, dans son château. — Madame de G*** ouvre la caisse elle-même, comptant y trouver quelques modes nouvelles, — les souris s'échappent et remplissent la maison; — au fond de la caisse était un billet adressé à madame de G'