‹ Les Guêpes. 1e-6e sérieChapitre 15 sur 53 · SUR LE PAIN · texte numérisé non relu

SUR LE PAIN

Le pain, c'est le premier des besoins; Avec le pain, on ne crève jamais de faim.

SBR UII-MÂlffi.

De prétention, Dubignac aucune n'a; Se ces concitoyens, restime lui saf&«»

j^ Une lôeiUe fémiBe est traduite emp<^ee correctÎMr nèfle 80IIS prévention de mendieité ; — on fait ane peFquisilion i son dinnieile, — en trouve dix-buit cents francs dans sa paillasse.

Les mendiants ont pris depuis quelques années, s*il faut en eroire les journaux, l'habitude d*avoir dix-huit cents francs dans leur paillasse.

JlP^e Les journaux sont dans un abattement profond» — f ordr» de cluses afituel se eassolide ; — tous les arrivés tirent ehacttv sa fiexiti échelle. — C'est en vain que ceux qui von* laient mouler après enx s'efforcent de les retenir. Le» gens arrivés maintenant — auront probablement à passer par toutes les phases qu*ont franchies les castes qm ont disparu en juillet 1830. Ils agissent à découvert; — ils avouent par leurs actes que leur patriotisme était de Tenvie, — et que ce qu'ils ontren- Wersé, ils n'ont jamais voulu le détruire, mais s'en emparer. D'autre part, comme ceux qui les attaquent feraient juste les mêmes choses, — nous n'y perdons et nous n'y gagnons rien ; — seulement il se glisse dans les esprits une grande indifférence poUtique. — Les têtes, comme le thermomètre, ont baissé eo Krance de dix degrés.

^i^ Voici la copie authentique d'un certificat délivré à im domestique :

.c Je soussigné, doyen des colonels, des chevaliers de SainI* Louis et des gentilshommes domiciliés dans l'arrondissement communal du*^, électeur du département de la Seine^ Inférieure, otage et volontaire royal, ancien commissadre de la noblesse aux éta\s de Bretagne et en d'autres assemblées légalement délibé-

rantes, associé de plusieurs Académies royales d*histoire, sciences et belles-lettres, commissaire de Tassociation paternelle des chevaliers de Saint-Louis et du mérite militaire pour le canton municipal de*", certille que Pierre**' m'a toujours servi fidèlement et avec zèle, en foi de tout quoi j'ai délivré le présent avec apposition de Tempreinte du cachet de mes armes.

» Fait ce..., au château de*", commune dont feu mon père, aussi officier supérieur et chevalier de Saint-Louis, était, par longue dépendance et succession patrimoniale, seigneur paroissial et haut justicier au 4 août 1789, et dont je suis depuis plusieurs années doyen du conseil municipal, n*en ayant point accepté la mairie, que les règlements ne rendaient pas compatible avec ma place de chef d*une légion nationale par laquelle j*ai longtemps exercé un commandement à la fois régulier, paternel et fraternel, supprimé par les dernières ordonnances relatives à ce corps ou à cette arme. • Le vicomte T. de R. •

^^ En ce moment où les nouvelles routes et les tracés de chemins de fer entraînent de nombreuses expropriations, — il est assez curieux d'entendre les doléances des propriétaires dont les terrains sont écornés.

Voici quelques-uns de ces cris, partant de Tàme, que j*ai re* cueillis :

Un propriétaire auquel on prend trois pommiers parfaitement payés sur estimation légale :

c Âh ! monsieur, vous prenez ces trois-là ; — mais, monsieur, il n'y a pas de pommiers comme ceux-là pour faire le bonheur d'une famille. Le cidre qu'ils donnent est parfait; je n*ai acheté tout le verger que pour ces trois pommiers, t Un autre auquel on prend sa haie — (toujours en payant) : € Il peut bien prendre tout, — ça m'est bien égal. ~- Qu'estce que c'est qu'un champ qui n'a pas de haie? —j'aime mieux ne rien avoir. •

Un autre auquel on achète la moitié d un champ :

f Quelle terre je vous abandonne ! — l'année dernière j'y al récolté des pommes de terre grosses comme les deux poings ; — dans la moitié qui me reste, il n'y a que de la pierraille. §

A entendre les propriétaires, on croirait qu'il n'y avait de fertilité dans le pays que précisément sur une longueur de huit mètres et sur une largeur de douze cents, et que tout le reste ii*est que landes et steppes.

i^^ « Il s'est agité devant la chambre des requêtes une question d'une haute gravité pour le commerce de France.

f On sait avec quelle avidité le commerce étranger contrefait les objets de notre fabrication, emprunte les marques, le nom des maisons les plus renommées de France dans les différents genres d'industrie.

» Quelques-uns de nos négociants ont pensé que le seul moyen de neutraliser les funestes effets de cette déloyale livalité était d'user de représailles envers le commerce étranger.

» C'est ainsi que la maison Guélaud, de Paris, avait vendu en France un article recherché de parfumerie, sous Tadresse de la maison Rewland, de Londres.

â Cette dernière maison s'adressa aux tribunaux français pour obtenir des dommages-intérêts, qui lui furent accordés, par arrél de la Cour de Paris du 30 novembre 1840.

i Sur le pourvoi formé contre cet arrêt s'élevait la question, fort importante, de savoir si les fabricants étrangers peuvent poursuivre en France la contrefaçon de leur marque ou de leur nom.

• La Cour, sur la plaidoirie de M« Ledru-Rollin, au rapport de M. le conseiller Hervé, et sur les conclusions de M. l'avocat général Delangle, a admis le pourvoi.

1 C'est un succès pour le commerce français, t

Je trouve le succès assez joli. — Les succès de ce genre sont prévus par les codes de tous les pays.

Mai 184SL

Le roi Loais-Philippe et le jardînfer^ de Blonwwx. — Uà concurrents à M. Emile Marco de Saint-Hilaire. — Propoe légâre d-iwe Dam*-. -^ M. de Lamartine au château. — M. Aimé Martin et la reine d'Espagne.

— Le sucre. — Les rues de Paris. — Les morts d'avriL — M. Boursault.

— Le duc de Joinville. — Un costume complet. — M. Laoaw-Laplagne et M. Royer-Collard. — Un bon livre. — Dialogue de M. d'Arlincourfe. --• Un vicaire général et un curé. — M. Surgis. — Éloge d'un tailleur. — M. Nodier et M. Flourens;.— Les eaux. — M. Periet. — M. Romieu et le Cmj. — U» triomphe de M. daiBalxao. — M. Boger de Beauvoir au coa* trôle des Folies-Dramatiquee. -^ Un bruit sur M. Hugo* — De M. Delecluse. — Comme quoi il est brouillé avec la nature. — Un souvenir historique. — Opinion d'un journaliste de 1780 sur les fûrtifications dit Pavift. •— Enoore le droit de visite. ~ Une nouvelle muse. ^ Bévue d'une Académie. — Un homme qui a de l'huile à vendre. — Le premier mai.

On dit que le roï va vendre son jardin de Monceaux, — et qu*on y bâtira un nouveau quartier; — des maisons vont remplacer les arbres séculaires, et des rues pavées les belles peîouses du jardin dirigé par Schœne. — Je ne sais pourquoi cela m'attriste : — j'y suis allé plusieurs fois dans ma première jeunesse, — en mon avril, — comme disaient les vieux poètes, — et je me rappelle les pensées et les rêves que j'ai portés dans les silencieuses allées de ce pauvre jardin ; — il me semble que ces souvenirs, ces rêveries, — ces méditations — vont être, avec les chênes et les acacias, — débités en rondins en en fagots, el vendus au stère et à la voie.

J'ai prononcé le nom de Schœne, — je vais vous parler un peu de lui : — c'est un caractère remarquable, — on philosophe pratique, — un homme simple, bon et fier; — vous le connaîtrez mieux par deux ou trois petites anecdotes que par les phrases que je pourrais vous faire.

Schœne se lève le matîa, revêt une veste de la plus grossière

étoffeqni n'a pas changé de mode depuis vingt ans, — et allume

sa pipe; — ^ettepipe ne s'éteint que le soir lorsque Schœne

s'endort.

Il yravaille avec ses garçons jardiniers, et réserve pour lui les

travaux les plus durs, et ceux que Ton donne d'ordinaire au plus

ignorant de ses ouvriers.

Un jour, le roi, visitant Monceaux, lui dit:

— Ah ça! Schœne, quel diable de tabac fumez-vous? les serres ^en sont in&ctées, c'est ce qui fuit que la reine n*ose pas y entrer.

— C'est vrai, sire, répondit Schœne, mais cela ne peut pas être autrement, — tout le monde sait que les plantes de serres sont exposées à un ennemi dangereux, qui est le puceron vert ; — le seul moyen de les écarter est la ûmiée du tabac ; — «r, comme j*aime que mes plantes soient propres et non pas mangées par les pucerons, — je dois faire, dans les serres, des fumigations de tabac ; — comme d'autre part j'aime beaucoup à fun^r, je fais passer cette fumée par ma bouche, — les plantes ne s'en trouvent pas plus mal, et moi je m'en trouve mieux ; — si eq)endant Votre Msgesté ne veut pas que je fume dans son domaine de Monceaux, j'irai tous les jours fumer dehors, mais cela doublera ma dépense en tabac.

Le roi lui dit :

-» Fumez où vous voudree.

ttlff^ Un autre jour, un chien, ordinairement d'assez mauirais caractère, brisa sa chaîne et vint auprès de la reine, dont A iécba les souliers. — Le xm dit à Schœne :

— Votre chien ost iûen doux pour la reine.

— Oui , sire , répondit le jardinier, qui est Allemand et parle 'Sssez dikilement irançais ; oui, il a des dispositions à la serviliiude.

^)fft Le roi donna l'ordre de construire un énorme m

nége ; Tarchitecte cboisit pour cette constraction précisément la partie du jardin où Scbœne mettait sa magnifique collection d*œillets allemands et ses plantes de terre de bruyère, ses rbododendrums, ses magnalia, kalmia, azalea.

(Â propos, on n*a pas encore trouvé Tazalea grimpant de H. de Balzac.)

On vint dire à Scbœne, — de la part du roi, — - d'arracher toutes ses plantes de terre de bruyère, de les placer ailleurs et d*en avoir le plus grand soin.

— Dites de ma part au roi, répondit Scbœne indigné, que les soins que je prendrai ne me fatigueront pas; j'arracberai tout,^ — et je f..... tout par-dessus le mur, dans la rue. -« Dites encore au roi — que je veux partir et qu'il me fasse mon compte.

Depuis ce temps on n*a jamais revu à Monceaux d'œillets ni de plantes de terre de bruyère ; — c*est une singularité que bien des promeneurs ont sans doute remarquée sans en deviner la raison.

Je ne sais si on rendit bien fidilement au roi la réponse de Scbœne ; mais j'ignore si le roi répliqua.

Toujours est-il qu*à quelque temps de là le roi alla voir le manège qu*il avait fait faire.

Scbœne, qui n'était pas consolé du sort de ses plantes, aper* çut le roi et se sauva d*un autre côté. 4^0 roi s'en aperçut et rappela; mais Scbœne feignit d*étre fort occupé et ne répondit pas. — Le roi appela une seconde fois sans plus de succès ; è la troisième il appela si fort, qu'il n'y avait pas moyen de ne pas entendre. -^ D'ailleurs Scbœne était attendri de cette persévérance. — Il se retourna et dit brusquement :

— Qu'est-ce que vous me voulez, sire?

Le roi, qui n'ignorait pas la cause de sa mauvaise humeur, — voulut essayer de Tadoucir et lui dit :

— Ah ça! qu'est-ce qu'ils m'ont fait là? On dirait une

église du temps de Louis XIII ; — ce n*esk pas ce que j'avais aemandé.

— Si TOUS ne l'aviez pas ordonné, dit Schœne, on ne Tau* rait pas fait. — Votre Majesté a perdu Monceaux avec cette affreuse baraque; elle en est bien le maître,

(Que dirait donc Schœne, bon Dieu ! s'il voyait la galerie de bois pendue et accrocbéee comme un garde-manger de bonne femme, contre une galerie du Louvre?)

Cette fois cependant on causa et on se raccommoda. Lorsque Louis-Philippe était encore duc d'Orléans, longtemps avant les anecdotes que je viens de vous raconter, on avait beaucoup tourmenté Schœne pour qu'il portât la livrée du prince ; — il refusa positivement. — Quand le duc d'Orléans fut roi de France, ~ un jour qu'il se promenait à Monceaux, il dit â Schœne :

. — Schœne, vous n'avez pas voulu porter la livrée du duc d'Orléans, porterez-vous celle du roi des Français?

— Pas davantage, sire, je ne suis pas domestique, je suis jardinier; — vota seriez empereur ^ que ce serait la même chose : — j'aime mieux m'en aller.

Le roi rend justice à Schœne et l'aime beaucoup ; — il a défendu qu'on lui Ot jamais aucune plainte contre son favori.

ij^ J'avertis — M. E. Marco — de Saint-Hilaire — qu'il y a dans la commune que j'habite un pécheur qui lui fait une( assez sérieuse concurrence. — Voici un souvenir intime de' rEmpirê — qu'il m'a conté l'autre jour, et qui ne le cède en rien à ceux de Vancien page du palais ;

— Eh bien, maître Vincent, lui dis-je, avons-nous quelque chose ce matin?

— Un peu de bouquet, me dit-il, -^ Le vendez-vous bien?

— Mais, oui ; — deux sous chaque.^

— C'est bien payé.

— J'en ai vendu plus cher que ça. — C'était du temps de Fempereur; — je revenais de mon parc, — et l'empereur montait voir les phares avec toute l'armée et plusieurs offiders.

Comme je passais près de lui avec mes lanets et mes candelettes sur une épaule et une manne de bouquets sur l'autre, — quelques généraux s'arrêtèrent pour voir ce que je portais ; l'empereur revint au galop pour voir ce que regardaient ses maréchaux.

— S.... n.. de D.... — me dit-il, — qu'est-ce que lu portes là?

— Votre Majesté, — que je lui répondis — en ôtant mon chapeau, — c'est du bouquet que par le Nord ils appellent sclicoque,

— S..;, n.. de D..., —répliqua l'empereur; — voilà de beau bouquet, — porte-le à mon hôtel.

Il remît son cheval au galop et alla voir les phares.

Moi, j'allai le soir à l'hôtel, — où l'empereur me fit donner quatre sous pour chaque bouquet, avec beaucoup de viande.

<^fefe Le S.... n.. de D..., — que prête maître Vincent à l'empereur, — sera peut-être révoqué en doute par M. Emile Marco. Je lui avouerai — que ce pourrait bien être un agrément qu'ajoutent volontiers au récit les gens de la localité.

Il y a un jardinier que je vais voir quelquefois et qui a de fort belles plantes; dernièrement, — je#lui marchandais un delphinium azureum :

— Il est fort beau, — disais-jc.

— J'en avais deux pareils, — répondit-il, — mais madame *** (je ne mets pas le nom, qui est fort connu), madame"* est venue l'autre jour, et m'a dit :

— Ah, sacredieu 1 — il faut que vous me vendiez un de vos delphiniums.

^l^ Chapelain était, sous Louis XIV,

Le mieux rente de tous les beaux espritSt

de même le roi Lonîs-Philippe ne reconhatt d'écrivain moderne que M. Casimir Delavigne. — Sa Majesté pousse si loin ce dédain pour la littérature contemporaine, que, dans un dîner où se trouvait invité M. de Lamartine comme député de Mâcon, le roi fit semblant d'ignorer qu'il eût jamais écrit, lui parla de choses indifférentes, — mais ne prononça pas un mot qui eût trait à la littérature ni à la poésie.

^^ On cite un mot assez singulier de la reine Christine.

— Quelques-uns disent que c*est fort spirituel ; d'autres, que c*est fort naïf. — M. Aimé Martin, admis i la faveur de lui être présenté, lui offrit obligeamment ses ouvrages : c Merci, monsieur, dit-elle ; je ne veux pas vous en priver, i

^kfç A propos des phares — dont je parlais tout à l'heure, -—quelqu'un que je ne nommerai pas, mais qui ne demeure pas loin de là, avait pris à la fois un cheval et un domestiqu^.

— Il s'ensuivait que le domestique avait un cheval, et que le cheval avait un domestique ; mais lui n'avait ni domestique ni cheval.

Un jour, le cheval et le domestique disparurent pendant quatre heures. Au retour, le maître, fâché» demanda au domestique :

— Ah ça ! qu'as-tu fait et d'où viens-tu ?

— Monsieur, répondit tranquillement celui-ci, cette pauvre béte... je l'ai menée voir les phares.

^^ Voici un résumé plus curieux qu'il n'en a l'air : Sous le régne de Henri IV, le sucre se vendait à l'once chez les apothicaires. En 1700, la consommation du sucre s'éleva, en France, à un million de kilogrammes. — La population était alors de seize millions d'hommes. — Cela faisait pour l'année, par personne, à peu prés deux onces. — En 1815, on en consomma seize millions de kilogrammes. — Et, en 1841, cette consommation s'est élevée à plus de cent millions de kilogrammes.

292 l'Es GUÊPES.

Ceci pent donner le secret des embarras de la position actuelle. — Le sucre n'est pas la seule friandise dont Tusage se soit ainsi répandu. — Tout le monde veut être quelque chose dans rÉtat, comme tout le monde veut manger du sucre.

Il faut, i chaque période politique, trouver moyen de multiplier les parts de bonbons; —les anciennes grosses parts en sont fort diminuées. — Ceux qui les possédaient autrefois se contentent aujourd'hui d'avoir de gros cornets dans lesquels il n'y a presque rien ; on les a vidés pour faire de petites parts à presque tout le monde.

En effet, il n'est aujourdliui presque personne qui n'ait, sous un titre quelconque, — un petit morceau du sucre du pouvoir, — député, — électeur, — juré, — garde national, — membre de tel ou tel conseil, — de tel ou tel comité, — rédacteur de tel ou tel journal, etc.

Eh bien ! il y a encore des gens qui n'ont pas leur part et qui crient, — qui demandent une réforme électorale ; — ceux qui ont les grosses parts, tirées du cornet de la puissance royale,-— ont peiu* qu'on ne tire de leur cornet pour faire de nouvelles petites parts : — comment faire?

On a déjà usé, en fait de pouvoir, de tous les expédients dont on a usé en fait de sucre pour égaliser la production et la consommation; — on a imaginé des équivalents au sucre de betteraves, au sucre brut, — à la cassonade et à la mélasse.

Mais tout le monde veut du sucre blanc ; — ^mais tout le monde en veut beaucoup ; — les nouveaux cornets se ferment avec frénésie, le cornet royal est vide ou peu s'en faut.

Comment faire?

1^^ J'avais remarqué déjà la négligence de l'autorité qui permet au monsieur chargé d'inscrire les noms des rues de Paris aux coins d'icelles, de retrancher certains dé au bénéfice probablement des opinions poUtiques dudit monsieur peintre en lettres ; — j'ai cité, je crois, la rue Rohan^ la rue Grammont et

quelques autres; -» mais on m'a fait observer que cette suppression , loin d*étre blâmable , provenait au contraire d'un louable sentiment d'économie de la part des administrateurs des deniers publics. — On sait, en effet, que ces inscriptions se 'payent à tant la lettre, — et que toutes celles qu'on peut retrancher sont un bénéfice net pour l'État.

Je m'étais expliqué de même la désignation A*avenue Gabrielle donnée à cette allée des Champs-Elysées, dédiée jadis par la duchesse de Berry à la belle Gabrielle d'Ëstrées, — - qui, certes, n'avait rien en son temps de l'existence incorporelle des archanges.

Mais je ne peux plus appliquer la même excuse à une transposition de lettres sans bénéfice, comme celle qu'on a fait subir sur l'arc de l'Étoile au glorieux nom d'Eckmuhl, — que l'on a écrit Echmulh, — mais heureusement à une hauteur inacces-' sible à l'œil nu.

Mais comment expliquer surtout qu'on ait fait présent d'une lettre à l'historique famille de Beauvau, et que l'on ait écrit iphct Beauveau; — passe encore si l'on avait écrit Bovo, — réconomie justifiait la hardiesse ; — mais Beauveau, '— cette lettre n'a rien d'agréable et coûte de l'argent.

Je soumets cette nouvelle observation comme la première, et avec le même respect, à l'autorité compétente.

<^ Le mois d'avril, qui vient de finir, a vu mourir M. le ministre des finances Humann; M. le maréchal Moncey; M. le maréchal Clauzel; M. le général Castex; M. le général Heymes; M. Berlin de Vaux, pair de France; M. de Rigny, conseiller d'État; M. le comte de Mesnard, premier écuyer de la duchesse de Berry ; M. Bouilly, doyen des auteurs dramatiques; M. Tabbé Boyer, directeur du séminaire Saint-Sulpice ; jM. Âguado, marquis de las Marismas; M. Boursault, membre -'de la Convention; M. le comte de Sesmaisons; madame la baronne Virginie de Gazan, fille de Bernardin de Saint-Pierre;

madame la comtesse de Balby; madame la marquise de Boisgelin; madame la comtesse de Sallaberry; madame Wanler* berghe, mère de madame Jacqueminot et grand'mére de madame Duchâlel; M. de *Lur Saluées, ancien député; M. Beaupré, ancien danseur de'l*Opéra; M.Wilhem, inspecteur des écoles de chant; Antonio Espartero, frère du régent d*Espagne, etc., etc.

Je ne cite que les personnages très-connus.

En général, on ne se rend pas bien compte de la mort même ou plutôt surtout de la sienne. — J'ai vu mourir, ces jours derniers, une pauvre fille qui souffrait beaucoup et qui disait: je serai bien contente quand ça sera fini. »

Je lis en même temps, — dans le testament du roi Gustave de Suède, mort il y a cinquante ans : « Si quelque auteur veut écrire des anecdotes concernant l'histoire de mon règne, je le verrai avec plaisir, »

i^kje Un jour du printemps dernier, comme j'allais à Versailles déjeuner avec quelques amis, je pris place dans un waggon du chemin de fer. — Assis à côté de moi, se trouvait un vieillard d'une belle figure avec de longs cheveux blancs, — coiffé d'une toque de velours noir et vêtu d'une douillette violette, — un domestique était en face de nous et tenait sur ses genoux une petite plante que mon voisin ne quittait pas des yeux ; — bientôt même, craignant quelque maladresse, il la prit et la garda entre ses mains.

— Vous avez là, lui dis-je, un rhododendron qui n'est pas encore dans le commerce.

— C'est vrai, me répondit le vieillard ; est-ce que vous êtes jardinier?

— Un peu, lui dis-je.

Notre connaissance se trouva faite. — Nous regardâmes ensemble les cerisiers qui étaient encore en fleurs sur la route. Comme nous étions près d'arriver, il me dit :

MAI 4 84â. S95

— J'ai de beaux rhododendrons en fleurs, — voulez-vous les venir voir?

— Volontiers,' repris-je?

Je lui offris le bras pour descendre du vraggon.

— Je vous remercie de votre politesse, me dit*il, mais je n'en ai pas encore besoin.

En eifet, il était leste et dispos ; — il remit le petit rhododendron au domestique, nous prîmes une sorte de fiacre dont le cocher le connaissait sans doute^ car il ne demanda pas où il fallait le conduire. — Au bout d'un quart d'heure, on nous descendit devant une fort jolie maison ; — je dis au cocher de m' attendre, et j'entrai avec l'inconnu dans un magnifique jardin. — Nous nous mîmes alors à parcourir de grandes et nombreuses serres remplies de plantes précieuses et parfaitement soignées ; — chemin faisant, nous parlions de fleurs ; — quelquefois il me racontait une anecdote curieuse de la Révolution.

— Toujours est-il qu'il vint un moment où il me dit :

— Il est tard, voulez-vous déjeuner avec moi?

— Non, — répondis-je, — car vous me rappelez en ce moment — que l'on m'attend pour déjeuner depuis plus de deux heures — et que je suis sans doute l'homme le plus maudit du monde.

— Eh bien! me dit-il, venez me voir rue Blanche, à Paris,

— nous reparlerons des fleurs, et, puisque vous avez un jardin,

— je vous ferai quelques cadeaux ; — je m'appelle Boursault. Je le saluai et lui donnai ma carte.

— Oh bien ! dit-il en la lisant, cela se trouve bien, je suis abonné aux Guêpes et j'avais envie de vous connaître;

Je ne l'ai jamais revu — depuis ce temps. J'ai si peu resté en place, que je n'ai pas trouvé le moment de lui faire ma visite. II est au nombre des morts du mois d'avril.

^tje Lors d'un des derniers retours du duc de Joinville, — sa sœur, la princesse Clémentine, lui fit de vifs reproches de

n'avoir pas rapporté quelque costume de femme des pays qu'il avait visités.

— J'aurais aimé, — dit-elle, — à en essayer un.

— Rien n'est plus facile, — ma sœur, — répondit le jeune prince, — car vos reproches sont injustes, et j'ai précisément acheté le costume complet d'une reine sauvage, «-^ qui était i peu prés de votre taille.

— Voyons-le.

— Je vous le ferai apporter demain.

Le lendemain, — le prince arrive et dit à sa sœur :

— Je n'ai pas oublié ma promesse, — me voici !

— Et le costume?

Le duc de Joinville, sans répondre, — tire de sa poche un collier fort bizarre formé d'un rang de graines rouges mêlées de morceaux de verre bleu.

îid princesse Clémentine le regarde avec attention, le trouve assez joli malgré sa simplicité, — puis le place sur un meuble et attend.

Mais le prince s'occupe à regarder un tableau.

— Mais, Joinville, lui dit-elle, — à quoi pensez- vous?

— Pourquoi cette question, ma sœur?

— C'est parce que vous savez bien que j'attends.

— Et qu'attendez-vous?

— Le costume.

— Est-ce 4ue je ne vous ai pas donné...

— Un collier.

— Eh bien?

— Eh bien I j'attends le reste,

— Mais il n'y a pas de reste.

— Comment?

— Je vous jure que c'est le costume complet, — et que la reine dont je vous parle ne portait rien de plus.

^^ M. Humann — mort, on a mis à sa place M. Lacave-

Laplagne. — H. Royer-CoUard, en apprenant cette nomination,

— a parodié un mot connu, et a dit : c II n'y a rien de changé, ce n*est qu'un gascon de plus, t

^^ Je TOUS ai quelquefois parlé de la quatrième page des journaux, — vous savez, celle où on met tout ce qu'on veut, cette sorte de mur où on affiche librement — et contre lequel il n'est défendu de déposer quoi que ce soit. — Eh bien ! — le Journal des Débats a, le 10 avril dernier, admis, — en gros caractères, — une annonce dont je n'oserais à aucun prix écrire ici le premier mot. (Voir le Journal des Débais dudit jour. )

1^^ Un autre journal a imaginé une forme assez heureuse de critique pour les ouvrages modernes.

c AVIS IMPORTANT. — Au milieu de cette inondation de livres de tous genres, dont beaucoup sont inutiles ou dangereux, il est de la dernière importance d'en signaler un qui mérite les plus grands éloges et qui intéresse au plus haut degré une immense quantité de personnes.

» Les auteurs, hommes du métier, sans aucun charlatanisme, avec une conscience et une modestie qui devraient faire la règle de tous les écrivains, enseignent dans cet ouvrage si éminemment utile :

f A obtenir à la fonte du suif en rame une plus grande quantité de suif que par l'ancien procédé. »

En effet, qu'apprend-on dans nos romans? — lisez-en tant que vous voudrez, — Balzac, Hugo, Dumas, madame Sand, — que saurez-vous après cela? vous y brûlerez quelques bougies,

— mais vous n'en ferez pas mieux une chandelle.

Jj^ On lit dans un nouveau roman de M. d'Arlincourt, un roman inutile comme nous disions tout à l'heure, — un dialogue qui rappelle celui de l'ancien mélodrame dans ses beaux jours.

— Un meurtre l 11

— Il a été mérité!

— Un prêtre l!

— Il n'en avait que Thabit.

— Lui 1 pas plus ministre du ciel.* • .

— Que je ne suis religieux.

Dans ce genre de dialogue, il faut qu'il y ait eu plusieurs répétitions et que celui qui parle le premier sache parfaitement ce que lui répondra son interlocuteur.

Car jamais un homme ne s'aviserait de dire : « Lui ! pas plus ministre du del. .. » si on ne lui a promis par les plus grands serments et sous les plus certaines garanties d'ajouter immédiatement : c Que je ne suis religieux ; t sans cela la phrase serait absurde.

^^ L'autre jour, dans un procès en adultère, deux avocats dont je regrette de ne pas savoir le nom, ont donné un nouvel exemple de l'audace de ces messieurs.

Il s'agissait d'un escalier et du nombre de marches dont il est composé ; — l'un l'évaluait à trente et l'autre à quatre-vingtdeux. — Tous deux ont afiirmé les avoir comptées.

ij^ Il existe dans la hiérarchie ecclésiastique de grands abus à rencontre des petits, c'est-à-dire des curés et des pauvres desservants de campagne, -^ de la part de messeigneurs les évéques, et surtout, — comme cela ne manque jamais, — de la part des grandeurs subalternes, c'est-à-dire de M.M les vicaires généraux ; — une guêpe est spécialement chargée en ce moment — de recueillir sur les tracasseries subies par ces pauvres curés, sur ces fleurs amères de leur vie, — quelque chose qui ressemblera moins au miel qu'à l'absinthe.

En attendant mieux, voici un fait récent — qui ne manque pas d'une certaine bouffonnerie.

Le desservant d'une pauvre commune qui ressort de l'archevêché de Rouen — s'est vu brusquement suspendu de ses ionc* tions; — sans qu'on lui en flt connaître la cause.

Les interprétations n'ont pas manqué, — et naturellement on n'a examiné les versions diverses que strictement le temps nécessaire pour adopter exclusivement les plus fâcheuses, — en quoi les gens se sont montrés fort ignorants de la discipline ecclésiastique.

Car ce n*est pas l'oubli des devoirs ni des serments que rÉglise punit le plus sévèrement dans ses ministres, c'est Tindiscipkne, — * tout autre péché, quelque gros qu'il soit, <— n'est qu'un péché véniel.

Les commandements de Dieu passent après les ordres de l'Église.

Il n'y a rien dans ce que je dis ici qui ait la moindre exagé« ration ; — ceux qui ont lu les Guêpes depuis bientôt trois ans,

— et mes autres écrits depuis douze ans, savent que je n'ai jamais mêlé ma voix aux criallleries si à la mode contre les prêtres.

Notre desservant donc, lassé de voir son malheur aggravé de toutes sortes d'interprétations peu bienveillantes, s'est avisé de demander à l'archevêché une sorte de certificat de bonnes vie et mœurs; ~ il a paru désagréable et embarrassant aux vicaires de monseigneur de Croy d'avoir à donner un certificat favorable;

— ils n'ont pas répondu ; — le curé a insisté pour que son certificat lui fût envoyé ou pour qu'on lui accordât un refus molivé.

Enfin on s'est décidé, et voilà ce qu'il a reçu. '

• Nous, soussigné, prêtre vicaire général de S. A. E. le cardinal prince de Croy, archevêque de Rouen, certifions que M"* a exercé pendant à peu prés l'espace de douze ans les fonctions du ministère ecclésiastique en différents endroits et en différentes qualités, et que, pendant ce temps, il n'a jamais été accusé de mauvaises mœurs, ni connu pour avoir une conduite scandaleuse; le présent certificat lui a été accordé conforme à sa demande — pour lui servir et valoir ce que de droit.

« Rouen l8/i2.

« Signé Surgis, vie. génér. n

300 LBS GUÊPES.

Le dessenrant était après cette lettre plas blanc qne neige, *— il n'avait pas inôme été accusé; c'était la vertu poussée au degré que César exigeait de sa femme.

Mais le malheureux curé, innocent aux yeux du monde, devenait par cela même coupable aux yeux de ses supérieurs — qui considèrent comme une rébellion ouverte son audace de demander un certificat d'innocence précisément au moment où on le punissait; — aussi M. Surgis, le môme vicaire général, joignitil au certificat la lettre que voici :

• Monsieur, le temps jusqu'à cemomentm'aà /)eu|)fè5 manqué pour vous envoyer la pièce que vous avez demandée à S. Â. E. ; j'éprouve aussi quelque embarras, ne sachant trop comment lormuler le certificat objet de vos désirs. Enfin, je vous l'envoie aujourd'hui et je souhaite qu'il remplisse vos vues.

t Je suppose que votre départ devant avoir lieu incessamment, et ne vous comptant plus vous-même comme faisant partie du clergé du diocèse de Rouen, vous avez déjà cessé toute espèce de fonctions ecclésiastiques, même de célébrer les saints mys-tères. Vous sentez qu'un certificat aussi extraordinaire que celui que vous sollicitez vous étant accordé, S. A. E. ne peut plus que vous plaindre et vous regarder comme étranger au sacerdoce, — et vous ne pouvez plus désormais dire la messe dans son diocèse. — Vous trouverez ci-inclus le certificat, comme j'ai cru devoir le faire pour suivre vos intentions.

» Recevez l'assurance, etc. « Signé Surgis. »

Ces deux pièces sont authentiques, —je les tiens dans les mains et je les copie.

M. le vicaire général Surgis me permettra de trouver sa lettre beaucoup plus extraordinaire que le certificat qui lui cause tant d'étonnement.

En effet, quel est ce certificat après lequel celui qui l'obtient ne peut plus dire la messe — ni faire partie du clergé du dio-

cése, — et cela d'une manière si évidente, que M. Surgis ne croit pas avoir à en donner de raison, — qu'il se contente de dire : t Vous sentez que vous devenez par ce certificat étranger au sacerdoce ? »

Tout ce certificat est incompatible avec la prêtrise ; ce certificat est un certificat de vie honnête et de mœurs décentes.

Savez-vous, monsieur le vicaire général, qu*on pourrait tirer de là de singulières conséquences pour le clergé; — car enfin, monsieur Surgis, vous ne pouvez échapper à ce raisonnement : si ce prêtre auquel on accorde ce certificat extraordinaire (un certificat de bonne vie et de bonnes mœurs), par cela même devient étranger au sacerdoce, ne peut plus célébrer les saints mystères (c'est tout simplement une excommunication), les qua* lités nécessaires et habituelles pour faire partie du clergé sont les contraires de celles (énoncées en cet extraordinaire certificat) et qui entraînent nécessairement et évidemment l'exclusion, i'anathéme et l'excommunication.

j^ Pendant le carême, les églises de Paris étaient curieuses à observer ; — les jours où un prédicateur plus ou moins célèbre devait travailler, on disposait les places comme au théâtre. — On se rappelle, du reste, la fameuse annonce : M. Lagordaire PRÊCHERA EN COSTUME DE DOuiNiGiiN. Il y avait dos placcs où on voyait et où on entendait, — d'autres où on entendait sans voir, — d'autres où on voyait sans entendre, — enfin un quatrième ordre de places où on ne voyait ni n'entendait absolument rien ; — pour faire le service de ces diverses places, il y avait des contrôleurs, des ouvreuses, etc., qui faisaient valoir les meilleures.

^^^ Les lois sont faites par des avocats ; — on ne le saurait pas, qu'on s'en douterait à la façon dont ils se sont ménagés : ils se sont bien gardés de se placer dans la catégorie des patentés, dans laquelle ils ont rangé les médecins; — on serait probablement embarrassé d'en trouver une bonne raison. Le

médecin, avant d'obtenir son diplôme, a à faire des études bien plus chères, bien plus dangereuses, il gagne beaucoup moins,

— et n*a d'avenir que dans ses économies ; — l'avocat, au contraire, n'est en rapport qu'avec des gens qui ont quelque chose; d'ailleurs ils se sont prudemment interdit tout recours judiciaire pour leurs honoraires, pour avoir un prétexte honnête de se faire payer d'avance. Quand ils vieillissent ils se transforment en ce qu'ils veulent, magistrats, ^-< députés, -^ que sais-je? ils ne payent pas patente.

^^ Un pauvre malade demande son admission dans un hôpital, — on lui dit : « Présentez-vous au bureau central, parvis Notre-Dame. § Comme il ne peut pas marcher, it prend une voiture. Arrivé, il attend deux heures, quelquefois quatre heures, son tour de visite, — bien heureux lorsque Tencombrement de la salle d'attente — ne le force pas de se tenir debout sur la place, exposé aux injures du temps. ^ Enfm son tour arrive, et le médecin lui dit qu'il n'y a pas de place ou qu'il n'est pas assez malade, — ou bien encore, ce qui vous paraîtra plus singulier, qu'il est trop malade.

En effet, les affections chroniques sont exclues des hôpitaux :

— qu'un pauvre phthisique se présente, aucun hôpital ne s'ouvrira pour lui; — le malade refusé prend une seconde voiture et rentre dans son triste logis, plus malade, plus pauvre et surton*, plus découragé.

Pendant ce temps-là, vingt sociétés — mangent, boivent, parlent, parlent surtout, car c'est la manie de ce temps-ci, — tout cela sous prétexte de philanthropie.

1^^ Les journaux les plus indépendants, — je n'en excepte pasun, ne se font aucun scrupule de se rendre complices des mensonges et du charlatanisme de tous les marchands de n'importe quoi, — complicité honteuse, puisqu'elle se fait en partageant les bénéfices de ces industriels. — Un de ces journaux, obligé de faire l'éloge d'un tailleur, n'a trouvé à dire sur son

compte que ceci : t Ses redingotes sont plus que jamais k deux rangs de boutons. >

^^ Voici une épigramme échappée à M. Nodier.

Comme il se trouvait Tautre jour avec M. Flourens, son collègue à TAcadémie, — il lui dit :

— Âh ça! M. de Balzac se présente.

— Je ne crois pas, répondit M. Flourens ; il n'a pas fait de visites.

-- Pardon, il est venu me voir.

— Moi, je ne l'ai pas vu.

— C'est que peut-être il ne vous croit pas de l'Académie, j^ Au moment de la saison des bains, il me revient à

l'esprit une anecdote assez édifiante à ce sujet.

L'acteur Perlet était triste et malade ; — quelques personnes lui conseillèrent les eaux d'Ënghien. Perlet alla trouver le docteur Bouland, médecin des eaux, et lui exposa piteusement sa situation en lui demandant franchement son avis.

— Croyez-vous, lui dit-il, que vos eaux me donneront un peu d'embonpoit?

— Certainement, monsieur, certainement; —baignez-vous, et vous engraisserez.

Perlet se baigne, se baigne, et n'engraisse pas; il se plaint au docteur.

— Oh ! mais, monsieur Perlet, il faut de la persévérance, il faut un peu de temps; — baignez-vous, monsieur, baignez-vous, et vous engraisserez.

Mais un jour que, conformément aux conseils du docteur Bouland, Perlet était dans sa baignoire, — il entend parler dans le cabinet voisin et reconnaît la voix du docteur.

— Certainement, monsieur, disait le docteur.

— Mais, répondait l'interlocuteur, — j'ai beau me baigner, je ne maigris pas. — Je crois que je suis plus énorme encore qu'à mon arrivée.

304 LES GUfiPES.

— Ah! mais, monsieur, il faut de la persévéranee, il faut du temps ; — baignez-vous, et vous maigrirez.

Perlet se leva eflGrayé, jeta un regard sur lui-même. ^ Il lui sembla qu'il était maigri. — Il se précipita hors de son bain, et s'enfuit.

1^^ Un ancien administré de H. Romieu est venu le voir un de ces jours, — et il lui racontait ce qu'il avait vu â Paris.

— A propos, dit-il, j'ai été au Théâtre-Français.

— Et qu'avez-vous vu?

— Ma foi, une fort belle pièce ; — ça peut bien durer de cinq quarts d'heure à une heure et demie.

— Mais quelle pièce?

— Je vous dis... une très-belle pièce, mais je ne sais plus le nom ; — tout ce que je peux vous dire, c'est que mademoi* selle Rachel enjoué.

— Qu'est-ce qu'on dit dans cette pièce?

— Je ne sais pas trop... je me rappelle seulement qu'il y a un vieux, au commencement, à qui on donne un soufflet.

-- Ah ! c'est le Cid.

— Oui, ça peut bien être ça... comment dites-vous? le Cid!

— Pardon, avez-vous un morceau de papier, que j'écrive ça.

— C— i— d — le CW, — c'est bien ça.

ij^ L'éditeur d'une série d'ouvrages, sur divers sujets, a publié dans les journaux une annonce dans laquelle il proclame et les titres des ouvrages qu'il met en vente, et les noms des auteurs qui les ont composés ; — ces noms sont au nombre de vingt ou vingt-cinq, et tous, moins un, sont écrits sans le M. dont on se sert pour les simples hommes : — Paul de Kock, Maurice Alhoy, Deyeux, Marco Saint Hilaire, — monsieur de Balzac, — etc.

M. de Balzac est, du reste, accoutumé â de pareilles distinctions. — Je me rappelle qu'il y a une huitaine d'années l'éditeur Werdet, avec lequel je me trouvais en relationSi —

m'annonça que M. de Balzac lui faisait l'honneur de dtner chez lui, — et voulut bien m'inviter à prendre ma part du festin et du spectacle de ce célèbre écrivain ; — j'acceptai volontiers, et je trouvai la, en outre, Jules Sandeau et Michel Masson, qui étaient de mes amis, et M. Paul de Kock, que je ne connaissais pas plus que je ne connaissais alors l'auteur de la Vieille fille et à' Eugénie Grandet.

On était tous sur des chaises. — M. de Balzac seul, faute d'un trône, que probablement M. Werdetne possédait pas dans son mobilier, était assis sur un fauteuil élevé — et mangeait dans un couvert de vermeil, — tandis que les autres n'avaient que des couverts d'argent. M. de Balzac ne manifesta ni le moindre étonnement ni le moindre embarras.

^^ On lit dans le Moniteur :

< Dans le mois dernier, le ministre de la marine a alloué aux auteurs de divers actes de sauvetage des gratifications, montant en totalité à deux cent quarante francs. »

Je l'ai déjà remarqué, — les hommes n'ont de respect, de vénération, que pour ceux qui leur font du mal. -^ Une croix d'honneur, je parle de celles qui sont bien gagnées, est le prix de quelques têtes fendues ; — on accorde à celui qui en est porteur toutes sortes d'honneurs et de considération ; — au contraire, celui qui sauve la vie d'un homme au péril de la sienne est traité avec un remarquable dédain. — On appelle son action — acte de sauvetage, — Cette formule s'applique également à celui qui repêche des barriques ou des morceaux de bois, -^ au courant de l'eau.

Gratification est le terme dont on use à l'égard des expéditionnaire^des bureaux dont on veut récompenser l'écriture propre et soignée; du reste, il en a toujours été ainsi.

Sous Louis XVI, — le pilote Boussard, de Dieppe, sauva seul huit hommes sur dix, qui périssaient sur un bâtiment naufragé. — On lui donna une pension de trois cents francs.

1^^ Il a été arrêté à FAcadéniie qu*OD inviterait les aca^ démiciens à se rendre aux séances en costume. — 11 y a tien longtemps que les Guêpes ont provoqué cette mesure ; — il est douteux qu'elles obtiennent le mémo succès auprès des députés.

«9^ Il y a â Paris, sur le boulevard, un petit théâtre qui fait d'excellentes affaires, sous la direction de M. Mourier : c'est le théâtre des Folies-Dramatiques. — Voici une économie que Ton n'aurait pas imaginée. — Les contrôleurs, qui reçoivent les billets au commencement du spectacle sont des acteurs dont la présence est nécessaire ensuite sur ce théâtre.

L'autre jour, — M. Roger de Beauvoir — s'avisa de se pré senter vers neuf heures ; — il prit un billet au bureau et se présenta au contrôle, où il ne trouva qu'un énorme chien qui voulut le manger.

i^t^ Le vieux prince T**, usé, contrefait, et ayant l'air d'être tombé sur la tête d'un troisième étage, — se promenait à pieds dans les Champs-Elysées, péniblement soutenu par un damestique ; — il rencontra un de ses amis qui lui dit :

— Eh bien! que faites-vous de G"*?

(Madame G*** est une maîtresse fort connue du prince en question.)

— Ma foi, mon cher, répond le prince en toussant, — son règne est passé, le cœur n'y est plus pour rien , il n'y a plus entre nous que l'amour physique.

^^ On a essayé dernièrement de répandre^ le bruit que M. Victor Hugo avait éprouvé une attaque de folie. — Ce n'est pas la première édition de cette plaisanterie.

On se rappelle encore le bruit qui avait eu lieu â la première représentation du Roi s'amuse : on chanta la 'Marseil" laise, — on hurla le Chant du Départ, on demanda deux ou trois têtes et plusieurs perruques. — Le lendemain, la pièce fut défendue. — M. Hugo iit un procès, et, dans le cours de ce

procès, fut peu bienveillant pour M. d'Argout, qui n'a laissé au ministère d'autre souvenir que celui de son nez plus ^qu'humain, ce dont M, d'Argout conserve encore un vif ressen- ^liment.

f Plus tard, on représenta Lucrèce Borgia. — Le lendemain de la représentation, un grand nombre d'amis de M. Hugo vinrent le féliciter de son succès. — Au nombre des visiteurs était un jeune poète, — fils d'un imprimeur et compositeur dans l'imprimerie de son père; — ledit père, qui est mort aujourd'hui, imprimait un Journal ayant pour titre : le Télégraphe des départements.

Après être resté une heure chez M. Hugo, le jeune homme le quitta pour aller composer le journal ; — il se met à l'ouvrage ; mais quel est son étonnement lorsque, dans la part de manuscrit qui lui est échue, il voit cette phrase :

« M. Victor Hugo vient d'être attaqué d'une folie furieuse ; sa famille a dû le faire transporter à Charenton. »

Il laissa cette phrase sans la composer, et chargea le prote de l'avertir quand M. ***, rédacteur du journal et secrétaire de M. d'Argout, viendrait ce qu'on appelle corriger les épreuves.

En effet, ce monsieur arrive , il va le trouver et lui dit qu'il n'avait pas composé la phrase parce que le renseignement était faux, qu'il quittait M. Hugo ^ l'instant môme, etc. , etc.

M. *** lui répondit qu'il eût à garder ses avis pour quand on les lui demanderait, qu'il s'occupât de son ouvrage, et eût la bonté de ne pas se mêler du reste.

Le jeune homme s'y refuse et va trouver son père.

Le père répond majestueusement que cela ne le regarde pas; qttô» s'il lui fallait s'assurer de la vérité de ce que les journaux lui dotmiaient à imprimer , le papier sortirait souvent de chez lui plus blanc qu'il n'y était entré.

Enlin la nouvelle fut insérée et copiée les jours suivants par tous ie^ journaux de départements.

Je Fai déjà fait remarquer, — si on vous dit : c L'épicier du coin a battu sa femme, » vous direz : c En étes-vous bien sûr? » Mais si l'on vous dit qu'un homme célèbre par son talent est devenu enragé et a mordu trois personnes, vous dites : « Il paraît que le grand poète un tel a mangé beaucoup de monde dans un accès d'hydrophobie. • — 11 est si doux pour les envieux de rabaisser par quelque côté celui qui s'élève au-dessus d'eux,

— qu'ils ne s'avisent jamais de prendre la moindre information : la chose n'aurait qu'à ne pas être vraie !

^^ L'autre jour il me tomba sous les yeux un article de M. Oelecluse , qui est chargé dans le Journal des Débats de la critique d'art.

Je parcourus cet article et je vis avec chagrin que je ne me trouvais d'accord presque en rien dans mes jugements sur le Salon de cette année avec le révérend M. Delecluse.

L'article commençait par un grand éloge de M. Bidault, dont je vous al signalé le tableau à propos de l'exposition de pein^ ture, — et par une attaque violente contre la nature.

En effet, selon M. Delecluse, le plus grand tort des paysa* gistes, c'est de s*asservir à l'imitation servile de la nature ; — ceux qui font le contraire et qui ne se préoccupent pas trop de ladite nature ont, aux yeux de M. Delecluse, par cela môme un avantage unique et un mérite inestirnable.

En effet — et je suis honteux de mon erreur, — il p'y a pas trop de dédain possible pour ces peintures timides et sans génie

— qui s'asservissent ainsi à l'imitation de la nature au lieu de lutter avec elle , et d'inventer un autre soleil. — M. Delecluse n'est pas content de la nature : je ne sais s'il a à se plaindre d'elle, je n'ai jamais vu cet écrivain ; — toujours est-il qu'il veut ou'on lui fasse mieux que cela.

^j^ Parlez-moi de M. Bidault — à la bonne heure — et de M. Victor Bertin, et de M. Edouard Bertin, et de M. Aligny.

— Voilà des hommes ! Croyez-vous qu'ils s'amusent à copier

senilement nn arbre— un de ces mauvais vieux arbres communs comme la nature, cette vieille radoteuse, en met partout? — Regardez les paysages de ces messieurs, — je veux mourir si j'ai jamais vu d*arbres comme les leurs * et les montagnes — et les hommes — et les chevaux — : et la lumière , — voilà qui n'est pas copié servilement ! — voilà qui est une création ! — voilà qui n'appartient qu*à ces grands peintres ! voilà où la nature n'a rien à réclamer !— Vous ne verrez pas là de ces chevaux vivants, souples, bondissant dans les prairies — de ces chevaux comme on en voit partout. — Fi donc !

Vous ne verrez pas des hommes ayant les bras attachés aux épaules — et la tête sur le cou. — C'est trop commun.

Vous ne verrez pas là de ces arbres qui balancent dans l'air leurs beaux panaches pleins d'oiseaux, pleins de chants et pleins d'amours — allons donc ! — on ne voit que ça au mois de mai.

Vous ne verrez pas dans les tableaux de ces grands peintres selon le cœur de M. Delecluse cette lumière commune qui donne aux objets leurs couleurs diverses — fi donc! la lumière de M. Bidault est grise ; — celle de M. E. Bertin est brune^ chacun a la sienne.

Parlez-moi donc auprès de cela de rapins comme Brascassat, qui vous fait honteusement de l'herbe qu'un mouton viendrait brouter, et des moutons sur lesquels se jetterait un loup.

Parlez-moi de malheureux comme M. V(^ickemberg qui vous fait de la glace devant laquelle on a froid — et de vrais enfants comme vous en avez vu sur la place du Louvre avant d'entrer.

Et ce pauvre M. Béranger avec son lièvre et sa perdrix, — quelle misérable et servile imitation de la nature! — c'est à s'y méprendre; — et cet autre, ^— j'ose à peine le nommer, Meissonnier — avec son fumeur ! Comment le jury admet-il de semblables choses au Salon?

Ij^ Le jury se montre cependant tous les ans bien digne de comprendre et d'appliquer la théorie de M. Delecluse, belle et

ravissante théorie! En effet, qa'est-ce que rimltaiion de la nature dans le paysage? — c*est aussi méprisable que la ressemblance dans un portrait.

Ah ! monsieur Delecluse, — vous venez de publier un roman qui s'appelle Olympia, — vite qu'on m*envoie Olympia^ — que je lise 0/i/mp/a/ j'espère bien ne pas trouver là de ces servîtes imitations de la nature, «-^ de ces communes études du cœur humain ; — au nom du ciel, qœ Ton m'envoie bien vite Olympia f

j^ M. R^ vient, dit-on, de faire nn riche héritage ; sur ce, il a invité un certain nombre de ses anciens amis à un dîner au Rocher de Cancale. — Le choix du heu, — la renommée gastronomique de l'amphitryon, sa nouvelle position financière, — tout avait alléché les amis ; — mais quel ne fut pas leur triste étonnement quand ils virent que le festin se composait d'une soupe à l'oignon, — de veau aux carottes 1 Les figures se sont allongées, — et même, à un des bouts de la table, un des amis désappointés se mit à dire : c R*** a passé la première moitié de sa vie à cacher sa misère ; il va passer la seconde moitié à cacher sa fortune. > — Heureusement que le vin de Champagne, qui fat servi à profusion, vint égayer la fin du dîner.

^^ Quand on lit l'histoire avec un peu d'attention, on voit qu'elle se compose en général d'événements imprévus et impossibles, — que le plus hardi romancier n'oserait admettre dans ses livres.

S. M. Louis-Philippe est aujourd'hui roi des Français; -—

voici une petite anecdote que je trouve dans un bouquin de 1780,

et qui constate à quel point cela paraissait impossible alors :

a M. le duc de Chartres ^ étant allé^ suivant l'usage, prendre

4es ordres du roi ^ au sujet de son intention d'instituer gouver-

'a Le père da roi Loim-Philippc; > Louis XVI.

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