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FAIT TOUT CE QUI CONCERNE L'ÉTAT DES AUTRES

On en voit surtout de fréquents exemples à la Chambre des députés.

Entre autres, M. Arago. — M. Arago est un savant célèbre; pendant longtemps, on s'est habitué à n'avoir chaud ou froid en France que sur Tavis de M. Arago. Les journaux considéraient M. Arago comme un capucin hygromètre ; on disait : M. Arago a 6té ou a remis son capuchon:» — c'est-à-dire il fait beau ou il pleut.

En ce temps-là, les affaires du ciel allaient on ne peut mieux.

— La nuit succédait au jour régulièrement et le jour à la nuit«

— et Ton savait gré à M. Arago; — l'année avait ses cinquante-deux dimanches, et l'on disait : < Cet excellent If. Arago ! »

Pour les affaires de la terre, elles allaient comme elles onl toujours été et comme elles iront toujours : — fort mal pour le plus grand nombre, — au bénéfice de quelques-uns.

Mais voici qu'un jour M. Arago se laissa choir dans le puits des affaires politiques, — - qu'il se fit député et grand eitoyen. ' ^ j

De ce jour, les affaires de la terre se mirent à aller absolument comme elles allaient auparavant; — pour les affaires du ciel, ce fut autre chose : l'anarchie se mit dans les astres; -^ la voix même de M. Arago ne fut plus écoutée : — M. Arago avait dit : « Les étoiles fileront. »

Et les étoiles ne filèrent pas : — il y eut au ciel des étoiles

intelligentes^ — - comme sur terre des baionneues tntelligentes; — il pleut rhiver, il ne pleut pas Télé; — il fait chaud en février et froid en mai; enfin, on s'attend à voir arriver, d'un moment à l'autre, la fameuse semaine des trois jeudis, tant 'prédite par les prophètes.

Voilà sur quoi se fondent les personnes qui veulent s'en prendre à M. Arago de ce qu'il ne pleut pas.

^^ A force de récriminations, il est et il demeure avéré que tous les ministres que nous avons eus depuis douze ans — se sont au moins laissé jouer par l'Angleterre, et que quelquesuns en vue de la traite, — d'autres en vue de l'alliance anglaise, — quelques autres par pusillanimité, — tous ont plus ou moins consenti au droit de visite qui institue les Anglais commissaires de police des mers. Le soin que les ministres, ceux d'aujourd'hui et ceux qui les ont précédés, prennent de se rejeter la chose les uns sur les autres, montre au moins qu'ils reconnaissent unanimement que l'état de choses actuel ne peut durer, — que ratifier le traité serait une lâcheté, — que, si la France ne veut pas que les vaisseaux fassent la traite, c'est elle seule qui surveillera l'exécution des lois qu'elle s'impose à elle-même et qu'elle seule a le droit de s'imposer.

Je vous l'ai déjà dit : il ne faut pas jouer avec l'orgueil national ; la Chambre des députés a voté un supplément de fonds pour la marine, — c'est une bonKe et sage manifestation ; •— tenez-vous pour avertis, — car cette guerre que vous redoutez trop, — vous l'aurez par les moyens mêmes que vous employez pour l'éviter; peut-être, au moment où j'écris ces lignes, commence-t-elle par un coup de poing entre deux matelots.

tf.

26 LES GUÈPEa.

JmQet 1843.

Dédicace à la reine Pomaré. -• Dissertation sur les tabatières, ^ La

cuisine électorale. — àm Bauehtn»

Pourquoi et comment ce numéro e$t offert et dédié à la reino Pomaré^ et ce que c'est que la reine Pomaré. — Une digression peu étendue au sujet de MM, Haislardj Piati, Mamoi, Priier et Tate. -*- A une date récente, on lit dans le Journal d'Anvers — que S. M. Pomaré, reine d'Olaîti, — par Toi^gane de ses ministres ;

Hatstard, président du conseil et ministre des relations extérieures ;

Plat'i, secrétaire d'État au département de l'instruction publique.

Mamol, ministre de la justice et des cultes;

Pfiter, ministre de la guerre;

Et Tate, ministre de l'intérieur.

Reconnaît à S M. Louis-Philippe et i la nation fiançaise la souveraineté sur son pays. — On ne donne pas le nom du ministre des finances, — parce qu'il n'y a pas de finances à Otaîti» ou parce que le secrétaire d*Élat qui en est chargé — est quelque Gouio ou quelque Passy, — ou quelque autre ministre de remplissage, — quelque cheville comme en met M. de Pongerville dans ses vers hexamètres, — auxquels on n*a cependant jamais fait le reproche de ne pas être assez longs.

4J^ DÉBICACE A s. M. LA REINE POMARÉ, SOUYERAirSE DE

l'île d'otaïti. — i Madame, j'ignore ce que vous avez l'habitude

JOILLEÎ 1842. 19

4e dômtéf pSiif teê déficaces. ^ Autrefois, en Franêë, le roi donnait ane tabatière enrichie de diamants; —"il y atratt 4e8 poètes qui ataient ainsi un revenu fl&e de quatre ou einq tabatières de rente. — On ne s'informait pas si l'auteur de h ^dédicace prenait ou non du tabac, parce qu'on était sûr que, ne prît-il pas de tabac, il prendrait néanmems volontiers dee taba- Ifèfes — enrichies de diamants.

» La tabatière est ici tombée en désuétude ; -^ la dédioace aussi; — les académies en province, qui proposent, «^ pour de magnifiques prix de trois cents francs, -^ tant de questions saugrenues à résoudre, devraient bien encourager  des re^ cherches ayant pour but de fiier l'histoire du cœur humain sur ee point : « a^t^n cessé de donner des tabatières après qu'on a cessé de faire des dédicaces, ou a-t-on cessé de faire des dà** dicaces aux rois depuis qu'ils ne donnent plus de tobitiéfes — enriehiei de diarmniêf •

• Il ne faut pas croire cependant que la source des faveurs royales soit tout à fait tarie et desséchée.

» Le public, «^ le peuple roi, ^ est jalout des autres rois; -^ par ses trente-^trois millions de fiialns, il donne plus, — ehacune ne donnât-elle qu'un liard, **« que ne peut donner le prince le plus magnifique.

i U n'y a donc plus que quelques poètes, mal aveo ledit pu« bile, -^ qui risquent de temps en temps la dédicace*

» Non pas au roi, — ce serait trop hardi. i » Autrefois, pour insulter le roi de France, on allait un peu pourrir à la Bastille ; -^ mais aujourd'hui, pour ne pas l'insulter, — le public vous condamne à mourir de faim.

i C'est pourquoi les plus audacieui ^ eherchent des objets pour les dédicaces à l'ombre du tr6ne ; ^^ M. Fouinet a dédié, il y a quelques années, quelque chose au fils du duc d'Orléans ; la duchesse lui a envoyé un porte-ersyen en or. «^ La portière de la maison qu'habite M. Fouinet, à laquelle madame Fouinet

a montré le porte-crayon, m'a assuré que le porte-crayon étsdt cwUrolépar la Monnaie.

» Le porte-crayon est k présent ordinaire de la ducl^sse d*0rléans.

t La reine de France — • donne des épingles.

t La duchesse de Nemours ne donne rien.

> Personne ne donne de tabatière ; — la tabatière est une forme réservée â la munificence personnelle du roi, — lequel n'en donne jamais *.

t Quelques autres, — comme M. Nisard, — je ne sais, princesse, si vous connaissez M. Nisard, — dédient leurs ouvrages à des princes étrangers, au roi Léopold, par exemple, qui leur donne en échange — son innocente contrefaçon de la croix d'honneur française.

» J'ignore, princesse, quelle forme prendra votre munificence pour répondre à la dédicace que je lui fais de ce volume in-32 ; — je n'ose espérer votre portrait en pied : — c'est une faveur par trop intime, si, comme rassurent plusieurs navigateurs, vous ne portez pour vêtement qu'une paire de boucles d'oreilles.

• Je crois donc devoir avertir Votre Majesté que je serais certainement flatté d'une décoration — quoique la vôtre se compose d'un clou de girofle comme on sait: — cela se met dans la sauce» il est vrai, mais c'est un sort commun avec le laurier des poètes.

» Je serais donc flatté — d'être grand girofle, — â moins cependant que vous n'aimiez autant ra'envoyer un peu de bon tabac *.

» De progrès en progrès, de liberté en liberté^ nous en sommes arrivés â ce point que le gouvernement ne permet d'acheter ni de vendre du tabac que dans ses propres boutiques, dans lesquelles il entasse avec soin toutes sortes d'herbes acres et nauséabondes qu'il nous vend fort cher.

* Voir aux notes de la Dédicace.

> Voir les notes.

* Vous voulez, grande reine, donner vous et vos États au roi des Français et à la nation française ^ — Vous voulez prendre votre part des bienfaits du régime constitutionnel. — Permettez-moi de vous détailler quelques-uns de ces bienfaits, — et de vous donner ainsi un avant-goût des félicités auxquelles vous et vos sujets vous vous dévouez avec tant d'empressement.

» J*ai rhonneur d*étre, madame, de Votre Majesté, etc.

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