XIII. Il faut à Tamour des ailes et un bandeau
XIV. Il faut que Tamour dérobe tout à Tinnocence, il méprise les dons volontaires.
Ah! mon Dieu! est-ce bien M. Louis-Aimé Martin qui dit cela? mais c'est horrible, — mais on ferait sur ces maximes
un commentaire plus sérieux que celui qu'il a fait sur les maximes de la Rochefoucauld! — mais ce que M. Aimé Martin nous conseille là, — ce n'est ni plus ni moins que le viol !
Est-ce que ces maximes seraient moins innocentes que je ne l'avais cru d'abord? — je me rappelle le numéro III, qui renferme des tendances un peu bachiques.
Mais rassurez-vous, mères prudentes, qui songiez â mettre les maximes de M. Aimé Martin aux mains de vos iSlles, ~ ce n'est que par hasard qu'il s'échappe ainsi en pensées inquiétantes ; les idées de M. Aimé Martin sur l'amour sont tout autres que celles que vous pourriez lui supposer d'après le numéro XIV.
M. Aimé Martin est partisan de l'amour platonique : c Les autres passions, dit-il, cherchent leurs jouissances dans les choses de la terre, le véritable amour ne s'attache qu'aux choses du ciel. Ce n'est pas la beauté physique qu'on aime, mais la douceur, la générosité, etc., ou quelques autres beautés morales. »
« Ce ne sont pas les plus belles femmes qui inspirent les plus grandes passions, mais celles qui possèdent les vertus dans un degré éminent, voilà ce qu'on aime. »
« Un demi-aveu enchante bien plus qu'une certitude entière. »
Il est évident que M. Aimé Martin parle de l'amour comme les anciens acteurs tyrannisés par l'Opéra, — qui récitaient leurs rôles dans la couUsse et laissaient faire les gestes â d'autres.
Voici ce que m'a fait M. Aimé Martin relativement â la Rochefoucauld. Je vous dirai une autre fois ce qu'il m'a fait relativement aux fleurs.
M. Louis-Aimé Martin se présente pour un des fauteuils vacants â l'Académie française.
WABS 4842. 235
Iran 18&9.
Les bals de TOpéra. — Une nipture. — M. Thîers et les Guêpes. — Le bal du duc d'Orléans. — Plusieurs adultères. <«• Grosse scélérate. — Une gamine. — Sur quelques Nisards (suite). — Les capacités. -— M. Ducos. — M. Pelletier-Dulas. — A M. Guizot. » Vacarus du pou-* voir. — Grattez-vous. — M. Ballanche. — M. de Vigny. — M. Vatout. — M. Patin. — Le droit de visite. — M. de Salvandy et M. de Lamartine. ^ Les chaises du jardin des Tuileries. — Une prompte fuite à Waterloo. — Le capitaine Bonardin. — M. Gannal au beurre d*anchois. — Â. M. E. de Girardin. ~ M. Dumas. — M. Ballanche. — M. Pasquier. — M. Dubignac.
^^ Les bals de TOpéra ont fini par se moraliser, et cela d'ane singulière manière ; — ils sont arrivés à un point de sans-façon tel, qu'une femme comme il faut ne peut plus trouver aucun prétexte pour s'y faire conduire.
C*est du reste une époque qui sert de raison à bien des brouilles. — Nous avons parlé Tannée dernière d'une femme qd avait chassé son amant pendant le carême, et en avait repris un autre pour obéir à cet usage populaire qui veut qu'on ait quelque chose de neuf à Pâques. — Cette année, madame *** a écrit au sien , qu'elle soupçonnait d'une infidélité :
• Certainement ce n'est pas contre vous que je suis irritée, mais bien contre celle qui a accepté votre hommage : vous n'avez ni figure ni esprit, et la femme qui vous prend pour amant ne peut avoir eu pour but que de me contrarier. »
1^ H. THIERS ET LES GUÊPES. — Le dernier numéro des Gtiépes a paru le i«' février; le 5 du même mois, M. Thiers portait an bal de M. le duc d'Orléans l'habit de membre de l'Institut, — absolument comme le général Bonaparte à son
retour d'Egypte, On ne saurait mieux ni plus vite profiter d*un bon avis.
Tous les morceaux de papier imprimé ont donné, sous le bon plaisir de leurs imprimeurs respectifs, des détails plus ou moins circonstanciés, plus ou moins apocryphes, sur le bal des Tuileries ; — Fensemble était riche et piquant; — on a critiqué avec raison le quadrille des bergères ; — toutes les bergères étaient vêtues en rose et tous les bergers en bleu, je crois. Il eût été bien plus vrai et bien plus charmant de donner à chaque couple une couleur particulière, — ainsi qu'on le voit dans les bonsYatteau. Chaque bergère doit avoir son berger vêtu de sa couleur. — Il aurait dû y avoir un couple rose, un autre tourterelle, un autre gris-de-la-reine, etc., etc.
ij^ M. Hugo avait le costume de membre de l'Institut, — habit aussi glorieux pour les combats qu*il a livrés pour Tobtenir que par la grandeur de la chose elle-même, — habit qui faisait allusion à la peau du lion dont se couvrait Âlcide ; — - il causait fort galamment avec la belle madame de ***, il se livrait aux madrigaux et aux concettis les plus rocailles,
— Vraiment, lui dit madame de***, votre esprit complète pour moi Tillusion, il semble' que nous soyons à une des belles nuits de Versailles.
— Madame, répondit Tacadémicien, il me manque pour cela bien des choses : — tenez, par exemple, — un costume d*abbé, — la poudre, le petit collet, le rabat et une rose à la main.
^l^ QUE LE VRAI N*EST PRESQUE JAM4IS VRAISEMBLABLE. —
Quand un pauvre romancier veut mettre en scène une femme adultère, il se creuse la cervelle pour orner de fleurs, — adoucir et rendre insensible la pente qui conduit une femme , une épouse, une mère, du milieu des vertus domestiques — à Vou" bit de tous ses devoirs.
Le vraiy le réel, ne se donnent pas tant de peine; — il semble que la plupart des femmes qui trompent leur mari ne sont
nullement abusées, aveuglées, etc., etc.; — qu'elles trahissent la foi conjugale, tout simplement parce qu*il leur plaît de trahir la foi conjugale ; — car les amants que la vengeance des maris produit au grand jour de la police correctionnelle ne paraissent d'ordinaire, ni par les agréments de leur personne, ni par l'astuce de leurs moyens, justifier ni môme expliquer ce qu'on appelle un entraînement.
Il y a dans un adultère beaucoup plus de haine contre le mari que d'amour pour l'amant, — qui n'est, le plus souvent, qu'un élément désagréable, mais malheureusement nécessaire d'un crime qu'on est décidé à commettre.
Quelques procès récents viennent à l'appui de ce que nous avançons.
Le jeune Charles *** est traîné devant les juges par un époux justement irrité; -* ledit époux a des preuves accablantes, — il a trouvé la correspondance,
(Les amoureux sont comme les conspirateurs, ils se donnent une peine incroyable pour Jabriquer des preuves contre eux. Dans tous les procès en adultère, — on trouve des correspondances. Dernièrement, M. D***, ancien notaire, qui, surprenant sa femme en flagrant délit, s'est contenté de faire signer au docteur R...,son complice, une lettre de change de soixante mille francs, — avait découvert la correspondance, — où? — sur le parquet de son salon.)
Dans l'affaire du jeune Charles "*, le ministère public s'est élevé avec force contre le séducteur qui, par des manœuvres coupables, un art perfide^ avait détourné de ses devoirs les plus sacrés une femme jusque-là pure et innocente : — à l'appui de sa vertueuse indignation, il lisait une lettre où on remarquait ce passage :
f Penses-tu un peu à moi? Combien fais-tu de toilettes par jour? Mais écris-moi donc tout cela, grosse scélérate. »
En effet, comme dit M. le piocureur du roi| résistez donc à
cela ; — on comprend qu'une mère de famille, une femme honnête et distinguée, risque tout et perde tout — pour recevoir de semblables lettres.
Nous appelons sur ce sujet Fattention des femmes adultères ou sur le point de le devenir. — Certes, pour un semblable usage, — pour s*entendre appeler grosse scéléi^ate, un mari est bien suffisant, et on peut se dispenser de prendre un amant.
Voici un autre exemple que nous tirons des moeurs de magasin :
Un marchand aime la femme d'un autre marchand, son voisin, le sieur D***.
Une première fois, M. D*** surprend une correspondance coupable, — il pardonne.
Mais, une seconde fois« il s'irrite, fait incarcérer sa femme et son complice, et demande judiciairement à ce dernier quarante mille francs de dommages-intérêts, somme à laquelle il évalue les avaries et dégâts causés dans son honneur. — Débat devant la... je ne sais combien"* chambre, — comme d'usage, M. D*" produit les lettres.
Une de ces lettres, que nous allons citer textuellement, — est écrite par le marchand amoureux à Tobjet criminel de sa flamme adultère, — tout simplement sur une de ses factures y laquelle porte au tiers de la page son nom, sa profession, son adresse.
N"* TIENT liAGÀSIX ET ASSORTIMENT DE COOVERTUBES
de laines de toutes qualités,
MERINOS, SOLOGiNE et AUTRES;
n remet les vieilles à neuf.
Rue***, n«***, Paris.
N. B. Autrefois les amoureux appelaient leur maîtresse leur dame ou leur souveraine^ — et s'intitulaient leur chevalier ou leur esclave.
M. N^ appelle celle qu*il aime sa gamine, et se donoe à lui-même le titre de gamin. — Mais quels sont les amoureux qui seraient charmés de voir imprimés les jolis noms qu*ils ont donnés et reçus?
Vindividu^ c'est le mari.
Voici la lettre :
« A ma meilleure amie, mon ange idolâtré du plus sincère des amis jusqu'au tombeau, plutôt mourir que de vivre sans Éléonore. Jurement indissoluble, ton gamin ne peut vivre plus longtemps sans te voir; je suis haut de ta maison. J'ai reçu une lettre de Vindividu. Je lui ai r^ondu. Mais, comme je mettais bien des civilités respectueuses pour toi, il n'aura pas manqué de déchirer la lettre en fronsant le sourcil. Ah! ma pauvre gamine, supportent avec courage tes
K*** TIENT MAGASIN ET iSSORTHIElTr ^ DE COUVERTURES
de laines de toutes qualités,
MÉEEHOS, SOLOGNE et AUTRES;
// remet les vieilles à nevf, Rue*", n«***, Paris.
maux, ayant devant nous un chemin qui nous conduira où nos cœurs haspirent. Ah ! mon idole, quand tu entends monter des sabots, c'est dit, il n'y a pas moyen de presser la main de ma gamine sur mon cœur, car c*est les sabots de Yindividu. Je redotdte rindividu. Tâche, lorsque je passerai et que je pourrai monter, de ne faire qu'un signe de tête en la baissant pour le oui, et en la tournant pour le non. Quand nous sommes ensemble, c'est tant de pris sur l'ennemi. Mais, comme dit le proverbe, un bon os tombe toujours à un mauvais chien. 0 bonne amie! nos cœurs ne demandent qu'à prendre leur volé, il y -a des hommes comme le tient, par exemple, qui regardent leur femme comme leur ^alé.
c Adieu, chère irésore, reçois les serment inextinguibles i la vie â la mort de ton ami. J'ai tant lu et baisé ma lettre, qu'elle est salle. Reçois-la avec ton indulgence et ta bonté accoutumez. Vaincre ou mourir! »
^^ sua QUELQUES NISARDS * {suitc). — Voicî UUO UOtC
qui a paru ces jours -ci dans les journaux :
c M. CHàRLEs Ntsard, auteur des traductions de, etc., etc., et particulièrement des discours de Cicéron qu'il a épurés d'après une méthode nouvelle, vient de traduire en dernier, et a eu l'honneur de présenter à S. Â. R. le duc d'Âumale, les ffts* toires philippiques de Justin. Son Altesse Royale a bien voula encourager le traducteur dans l'étude de ces écrivains sérieux qui seront toujours les étemels modèles de tous les littérateurs. >
Il faut savoir gré au jeune prince, qui, ayant sans doute remarqué que M. Désiré Nisard et M. Auguste Nisard se sont donné la mission de dépecer les vivants, a pensé à garantir les contemporains de ce troisième Nisard, et tâché de l'amener par des gracieusetés à se contenter d'écorcher les morts ; mais les critiques sont comme les médecins, .leur travail sur le cadavre n'est qu'une étude préparatoire.
Jj^ SUR LES CAPACITÉS. — • M. Ducos a présenté à la Chambre une proposition ayant pour but d'admettre les capor cités dans son sein.
Les discours qui ont été prononcés en faveur de la proposition ne pouvaient être agréables à la Chambre ; - eu effet, ils peuvent tous se résumer par cette phrase :
c II est temps d'appeler l'intelligence au pouvoir. Je demande à MM. les députés qu'ils reconnaissent et certifient par un vote solennel, que le système électoral actuel n'envoie à la Chambre que des buses et des oisons, t
* Voir^ pour les précédents Nisards, le numéro de février.
Le plus grand nombre des députés a refusé de Taire cette profession de foi humiliante.
Je dois dire à mes lecteurs ce que ce serait que l'adjonction des capacités.
Au premier abord et en théorie, il n'y a pas un seul argument raisonnable contre cette proposition : appeler au pouvoir les hommes d'intelligence! Qui osera faire une objection? Il faudra seulement, pour Thonneur de la France, — faire un canon au Moniteur, — antidater et intercaler cette loi pour la mettre au premier jour du gouvernement représentatif, — afin que la postérité ne croie pas que la France a hésité vingtH^inq ans sur ce sujet ; je dirai plus, — toujours en théorie et au premier abord, — ce n*est pas assez d'admettre le sens à partager les honneurs du cens, — il faut se dépêcher de substituer entièrement le premier au second.
Quelles seront vos bases pour reconnaître l'intelligence et la ^.apacité? Quels seront les juges et les électeurs? Pourrez -vous garder encore pour électeurs des gens qui ne seront pas éligibles? Puisque tout homme intelligent et capable sera éligible, les électeurs, c'est-à-dire ceux qui ne seront ni capables ni intelligents, seront des juges médiocres pour apprécier Tintelligence et la capacité des autres. 11 faudra abolir l'élection de bas en haut.
Si vous lui substituez l'élection de haut en bas, «- quels seront alors les juges ? C'est un sentier qui vous conduit à l'arbitraire ou gouvernement absolu et nullement représentatif.
On peut prouver qu'on paye le cens d'éligibilité ; — mais il est difficile de prouver sans réplique qu'on est un homme capable.
Vous pouvez dire à un homme : « Monsieur, vous ne payez pas cinq cents francs de contributions. »
Ou bien, comme on a dit dans le temps à M. Pelletier-Dulas : « Monsieur, il s'en faut de trente quatre sous que vous payiez le cens. •
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Et M. Lepelletier ou Pelletier-Dulas s'en est retourné avec ses pareils, — c'est-à-dire avec ceux qui payent trente-quatre sous de moins que M. Ganneron.
Et, s'il a tenu à faire des discours, — il n'a eu d'autres ressources, — ainsi que je le lui ai conseillé dans le temps, — que de se faire philanthrope, — agronome, membre d'une Académie pour l'éducation des vers à soie, ou du comité des prisons, etc., — toutes ces choses qui, sous divers prétextes, n'ont qu'un seul et même but, qui est de monter sur quelque chose et de faire des discours sur n'importe quoi 1
Mais prenez dans l'intelligence de M. Ganneron une fraction équivalente à trente-quatre sous dans le cens d'éligibilité, et osez dire à M. Pelletier-Dulas : « Monsieur, vous êtes moins intelligent de cela que M. Ganneron. >
Qui est-ce qui se chargera de cette commission ? — Ce n'est pas mol, — - car le M. Pelletier-Dulas, auquel on adresserait ce compliment, pourrait le trouver mauvais et me faire un mauvais parti.
Voulez-vous seulement (et c'était ce qu'on demandait) admets ire les capacités et Vintelligence parmi les électeurs ? Quel sera le rôle des éligibles ? Dans quelle position secondaire les placezvous? L'intelligence par votre vote sera déclarée valoir deux cents francs, — mais pas un sou de plus.
Et puis encore le même inconvénient : comment dresserezvous vos listes?
Quand on dit à un commis : « Monsieur, d'où vient que je ne suis pas sur la liste électorale ? • il vous répond : « Monsieur, c'est que vous ne payez pas le cens. »
Vous n'avez pas le moindre prétexte de vous fâcher, — et d'ailleurs, vous avez, peur consolation, des phrases toutes faites contre l'argent et les richesses, — et vous dites : « J.-J. Rousseau n'aurait pas été électeur, — je suis comme J.-J. Rousseau. »
Mais, si vous admettez le sens an lieu du cens, ou si vous admettez Fun avec Tautre, la chose change de face.
Le commis vous répond d'abord : « Monsieur, c'est que vous ne payez pas le cens. »
Vous répliquez : « Parbleu, monsieur, — mais ce n'est pas à ce titre.
— Monsieur, répond alors le commis, c'est que.:. »
De quelque euphémisme que s'avise le commis pour dire : • Vous n'êtes pas électeur, » il est impossible qu'on ne lui réponde pas : • Imbécile vous-même, » car sa réponse négativi ne veut pas dire autre chose.
Et c'est alors que vous verriez bien d'autres réclamations encore dans les journaux.
C'est alors qu'on lirait : — « Notre grand Aristide Bachault n'a pas été inscrit sur les listes électorales, — c'est ainsi que les gens qui nous gouvernent répudient toutes nos gloires! etc., etc. »
On constate tellement qu'un homme a cessé de payer le cens; mais comment constater d'une année à l'autre qu'il est devenu un peu plus bête, et comment surtout le lui faire comprendre et admettre?
fl Mais, dit M. Ducos en m'interrompant, j'ai prévu toutes ces objections, — je fais représenter l'intelligence par la seconde liste du jury, — par les médecins, les avocats, etc., etc. »
Oh! oh! monsieur Ducos, les médecins! votre proposition est donc bien malade! les avocats, — n'en avez-vous donc pas assez à la Chambre, bon Dieu! et qu'en voulez-vous faire? ou plutôt, que voulez-vous qu'ils fassent de vous et de nous?
M. Ducos ne fait pas semblant d'entendre ce lazzi d'un goût médiocre, et il continue :
f Les citoyens qui ont assez de lumières pour décider, comme jurés, de la vie, de la fortune et de Thonneur de leurs compatriotes, n'en ont-ils pas assez? §
Pardon, monsieur Ducos, et qui vous dit qu'ils en ont assez pour décider de Thonneur et de la vie de leurs compatriotes?
El d'ailleurs, Tintelligence^ reconnue seulement dans certaines professions, n'est-ce pas encore un mensonge, et un faux semblant, et un privilège absurde?
Prenez garde à votre édifice de gouvernement représentatif; il est, — comme disent les maçons, soufflé; — n'y mettez pas trop la truelle pour le réparer, parce qu'il tombera sur vous.
Les institutions politiques sont comme les vieux chênes, — ell.s se creusent au dedans, et il vient un moment où elles ont encore la forme, l'écorce et l'apparence, un moment où elles sont debout, — et où il ne faut pas grand'chose pour les abattre.
^^ Si vous vouliez appeler réellement l'intelligence au pofUvoir, — il ne faudrait pas seulement que les hommes intelligents fussent électeurs, il faudrait qu'ils fussent éligïbles, et qu'ils le fussent seuls. — Je viens de vous dire ce que vous auriez d'impossibilités dans l'application.
^!^ A. M. GUizoT. — M. Guizot a dit dans le débat relatif â la proposition Ducos : « Ce n'est pas un besoin réel du pays de se mêler ainsi aux affaires publiques, c'est une certaine démangeaison, une maladie de la peau. » L'histoire naturelle devra à M. Guizot la découverte de Yacarus de l'ambition, — qu'elle rangera à la suite de Yacarus de la gale.
M. de Lamartine, qui soutenait Tadjonction des capacités, parce qu'en effet il n'y a pas, en théorie, d'objection possible, — a trouvé peu parlementaire cette façon de dire à ses adversaires : Vous êtes des galeux, grattez-vous les uns les autres et laissez-nous tranquilles ; » et il a dit en parlant de M. Guizot : « Je ne répéterai pas l'expression dont s'est servi M. le ministre. •
Je répondrai, moi, à M. Guizot : t Monsieur, vous avez parfaitement raison, c'est une démangeaison qu'ont aujour-
d'hai toutes les classes de la société; — mais vous Tavez eue aussi cette démangeaison, et vous vous êtes fait gratter par ces mêmes gens qui veulent que vous les grattiez aujourd'hui qu'ils ont gagné votre acarus en vous grattant. »
Sérieusement, — si les gens ont cette démangeaison, c'est TOUS autres, aujourd'hui au pouvoir, qui la leur avez donnée en les chatouillant pendant quinze ans.
ij^ L'élection de M. Ballanche a présenté un singulier basard ; les candidats étaient M. Ballanche, M. de Vigny, H. Vatout, M. Patin. M. de Barante a tiré les noms de l'urne, et ils sortis dans l'ordre que voici :
H. Ballanche.
M. de Vigny.
M. Vatout.
H. Patin.
H. Ballanche.
M. Ballanche.
M. de Vigny.
M. de Vigny.
M. Vatout.
M. Vatout.
M. Patin, etc., etc.
^^ Voici une affaire qui fait bien du bruit i la Chambre et dans les journaux, et qui me parait la plus simple du inonde.
11 s'agit du droit mutuel que s'accorderaient la France et l'Angleterre, — pour les croiseurs des deux nations, de visiter les vaisseaux de l'une et de l'autre.
Cette convention a pour prétexte d'empêcher la traite des Degrés.
1^ On n'empêchera pas la traite tant qu'on n'aura pas aboli Fesclavage, — et ceci n'est pas une petite question, — si ce n'est pour les philanthropes qui ne voient aucune diflGculté à ai*
franchir les nègres des autres. Le prix des esclaves augmente au moins à proportion des risques.
2» Si la France ne fait pas la traite, — c'est qu'elle ne veut pas la faire ; — elle n'a pas besom que TAngleterrc l'aide à faire la police de ses vaisseaux.
D<» Permettre la visite, c'est admettre que la France ne fait pas la traite parce que l'Angleterre ne le veut pas.
A9 Ce serait tout simplement une lâcheté.
1^^ Pn lit dans les journaux :
« Le ministre de la marine a alloué aux auteurs de divers faits de sauvetage, des gratifications montant, en totalité ! à neuf cents francs.
Le pouvoir ne veut pas ôter à la vertu et au courage le mérite du désintéressement.
La totalité de ces récompenses serait loin de satisfaire la plus mo icrce des corruptions pendant trois mois.
^.^ Notre âge aura dans l'histoire un éclat tout particulier. A toutes les époques on a dit et fait des sottises ; — mais le temps et l'oubli en effaçaient le plus grand nombre. Aujourd'hui, -on écrit, on imprime, on enregistre tout, et ceux qui viendront après nous nous prendront pour une génération d'insensés.
^^^ L'ambassade de M. de Salvandy a duré une semaine ; à son retour, il parut à la Chambre. — La première personne qu'il rencontra fut M. de Lamartine. M. de Lamartine va à lui : « Ahl vous voilà, mon cher Salvandy! comment allez vous? •
M. de Salvandy s'apprête à répondre agréablement. M de Lamartine, qui est la politesse et l'aménité môme, l'interrompt cependant et lui dit d'un air distrait *. « Eh bien! avez-vous fait un bon voyage... physiquement? »
Physiquement voulait si bien dire : Bien entendu, qu'en homme bien élevé je ne vous parle pas de votre voyage sous le rapport politique, — que M. de Salvandy en fut un moment em-
barrasse; et M. de Lamartine, voyant son embarras, — était prêt d'en avoir plus que lui.
Jl^ D'où venez-vous, Grimalkin, et dans quelle fleur déjà ouverte vous êtes-vous vautrée que vous m'arrivez toute jaune de pollen ?
U n'y a au jardin que des primevères, — des violettes et des perce-neige, et le colicothus.
Ah l je devine ; — j'ai vu en me promenant tout à l'heure les noisetiers qui sont déjà couverts de leurs fleurs mâles et femelles; — les fleurs femelles sont un petit pinceau du plus beau pourpre, les fleurs mâles semblent des chenilles couvertes d'une poussière jaune. — Vous venez des coudriers. — Pourquoi paraissez-vous si pressée?
— Maître, — dit Grimalkin, — c'est que j'ai quelque chose à dire sur les Tuileries.
Voici ce que m'a rapporté Grimalkin :
a Le jardin des Tuileries est un jardin royal; comment se fait-il qu'on y paye les chaises ; ne serait-il pas convenable qu'on pût s'y asseoir gratuitement? — Est-il royal de donner à bail, — à des vieilles femmes à châles bruns, — les chaises du jardin des Tuileries, — et le roi doit-il tirer un bénéfice des gens qu'il laisse entrer chez lui?
« Les bancs de pierre et de bois, — qui du reste sont fort rares, — ne sont occupés que par les bonnes d'enfants, — parce que s'asseoir sur un banc gratuit, — quand il y a des chaises qui se payent, — c'est avouer qu'on n'a pas deux sous ou qu'on les destine à un autre usage. »
— Grimalkin, — vous avez raison ; — retournez à vos noisetiers.
^!jC On m'écrit : a Monsieur, je vois, dans vos Guêpes du mois dernier, que le duc d'Orléans n'a remis que deux cents francs pour être partagés entre les veuves des malheureux Layec et Hervé, victimes de leur noble dévouement lors du nau-
frage dans la Méditerranée du brick la Picardie. — Ajoutez, monsieur, que le roi a envoyé quatre mille cinq cents francs. :»
Allons, allons, — cela me rend un peu plus indulgent pour les chaises du jardin des Tuileries. — Néanmoins, mon observation subsiste.
Jj^ A la bataille de Waterloo, vers la fin de la journée, un régiment français fut forcé de mettre bas les armes. Un officier, nommé Bonnardin, fut comme les autres emmené au bivac, — ou plutôt emporté, car il était grièvement blessé et évanoui. — En reprenant ses sens, il se trouva comme de raison complètement dépouillé ; mais ce qui le mit au désespoir, ce fut de voir qu une croix, qui lui avait été donnée par Tempereur à Wagram, était devenue la proie des lanciers anglais. — Il s*adressa à on officier, et le supplia, les larmes aux yeux, de la lui faire restituer. L*officier prit son nom et lui donna sa parole de gentilhomme qu'il ferait toutes les recherches nécessaires.
Le pauvre Bonnardin alla comme tant d'autres souffrir sur les pontons; puis, à la paix, il rentra en France. — Mais, quoiqu'il n*eût plus que quelques années de service à faire pour obtenir sa retraite, il refusa de prendre du service sous les Bourbons.
Lorsqu'on 1830 — il revit le drapeau tricolore, il pensa à gagner sa retraite ; — quelques affaires, un voyage, une maladie, retardèrent ce projet de plusieurs années, enfin, il y a un an, — il entra comme capitaine dans un régiment (le 41 «, je crois). Il n'y avait que peu de temps qu'il avait repris son ancien métier, lorsqu'il reçut de Londres une lettre ainsi conçue :
Cl Monsieur, il y a vingt-trois ans que j'achète tous les ans et que je lis avec la plus complète attention V Annuaire mili'' taire de France — pour y découvrir le nom de Bonnardin. — Etes-vous le Bonnardin auquel un officier anglais fit une pro-
messe solennelle après la bataille de Waterloo? SI c'est vous, iaites-le-moi savoir et donnez-m'en la preuve : il y a vingt-trois ans que je suis en mesure de remplir ma promesse; —^ si ce n'est pas vous, je me remettrai à lire V Annuaire, t
Le bon capitaine répond en toute hâte, et quelques jours après reçoit par l'ambassade anglaise — le don regretté de l'empereur Napoléon.
jj^ LES SWANTS SOUS LA HAUTE SURVEILLANCE DES GUÊPES.
— En général, je ne suis pas partisan de l'embaumement mis à la portée de tout le monde. — Si Ton réfléchit que sur la surface de la terre il meurt un homme par seconde^ c'est-à-dire â chaque battement de pouls; si l'on songe que cette terre, sur laquelle nous vivons, est tout entière formée de la poussière humaine, — il deviendrait vite difficile de savoir où mettre les morts, — ou du moins où mettre les vivants, qui, eux, ne sont pas embaumés.
A quoi a-t-il servi à cinq pharaans d'Egypte, un peu avariés, du musée Charles X, d avoir été embaumés en leur temps? — Us ont été jetés sur la place du Louvre à la révolution de 1830, et ensuite enterrés sous la colonne comme héros de Juillet.
^lllC Les enfants conserveraient leur père. — Très-bien. — Les petits-enfants conserveraient leur père et leur grand-père»
— mais la troisième génération serait encombrée. — Les administrations des cimetières n'accepteraient pas les morts embaumés aux fosses communes, — parce que le temps pendant lequel ils doivent occuper la terre, — qui ne leur est que louée, est prévu ; — le temps après lequel ils doivent avoir divisé leurs molécules entre les éléments entre en ligne de compte : — les cimetières seraient trop petits.
lell^ D'ailleurs, pour les idées pieuses attachées â la mort de ceux que l'on a aimés, — tant que le corps garde la forme^ l'imagination ne voit qu'un cadavre sous la terre ; — quand il n'en reste plus rien, — elle songe à une âme dans le ciel.
Aussi les anciens avaient-ils bien raison de brûler leurs morts. — Il n'y avait pas dans nn sentiment pîenx un mélange de dégoût dont on ne peut se défendre — pour un mort enterré, î
Hais voici quelque cbose de plus dangerenx. — On Et dans on journal de Nantes, du 16 février :
• Jeudi dernier, 12 février, M. Cornillier a fait une expé« rience publique du procédé Gannal. MM. le commissaire général | et le directeur des subsistances de la marine, le directeur et l'inspecteur des douanes, le sous-intendant militaire, plusieurs de MM. les membres de la cbambre de commerce et M. Gué* pin, docteur-médecin, étaient présents.
• M. Cornillier leur a montré du mouton conservé depuis deux mois, qui avait Faspect de viande fraîche. •
Je déclare qu'à compter de ce jour — je perds toute confiance à regard de la viande. A quelles côtelettes se fier, bon Dieu 1 — Un homme de trente ans ne sera pas assuré contre la chance de manger un bifteck phis âgé que lui, — on recevra en héritage un pot*aa-feu octogénaire et patrimonial, — resté de père en fils dans la famIHe ; — les gîgots seront des mmnies, et nous aurons» au lieu de côtelettes panées, des côtelettes empaillées.
Horace dit à Mécènes : c Nous boirons d*mi "vin mis en pot — le jour où le peuple salua par trois fois Mécènes, chevalier, i son entrée au théâtre, t
Dans vingt ans d*id,un poète de ceux qui tettent aujourd'hui, écrira, non pas à M. Mécènes, — les Mécènes aujourd'hui coûtent trop cher et minent les poètes, — mais à ur. simple ami : « Viens manger des côtelettes d'un mouton tué le jour où M. Pasquier fat élu membre de l'Académie française. »
^^ Je m'élève contre l'emlsamnement de la viande de la boucherie. — Les bœufs de Poissy ne doifvent pas être trutés ' comme le bœuf Âjnsy parce qoe celui-là on ne le mangeait pas.
Et puis, 'à force d*embaumer et d'empailler toat le monde, — ks pharaons, les doyens, les bourgeois, les moutons, les gardes nationaux, — il se mettra dans la boucherie une confusion ,fâcheuse. — Je ne veux pas être exposé à manger un jour, au café de Paris, M. Gannal au beurre d'anchois.
^^ J*ai donné place de si bonne grâce aux réclamations, qu'on ne me saura pas mauvais gré d'en faire une moi-même, — et je t'adresse à M. Emile de Girardin, qui, j'en suis convaincu, aura la loyauté de la mettre dans la Presse, — autrement ce serait imiter ce prédicateur, qui, voukint réfuter les doctrines de Rousseau, adressait ses objections foudroyantes â son propre bonnet placé sur le bord de sa chaire , — sommait kdit bonnet de répondre; — et après quelques instants, disait : « Tu ne réponcte pas, philosophe de Genève, donc tu es convaincu sur ce point. — Passons à un autre. >
« Monsieur, je lis dans un des derniers numéros de la Presse, après quelques lignes où il est question de moi :
« Si nous citons ici le nom de M. Alphonse Karr, c'est que, » contrairement» cette fois» k son habitude» il a insisté avec » plus d'esprit que de bon sens, dans plusieurs numéros des • Guêpes, sur la nécessité d'obliger les auteurs à signer leurs t articles, comme la mdlleure hase qu'on pût donner â une » noavelle loi sur la presse. •
« Je vous remercie *d' abord» monsieur, d'avoir bien voulu mentionner mon opinion dans un article où vous passez en revue celle des publicistes les plus distingués, — même quand vous ne faites paraître la mienne que pour déclarer qu'elle n'a pas le sens commun.
i Je n'appellerais pas de ce jugement, monsieur, car je sais qae, pour les hommes même les plus sincères, « il a tort, » veut dire « il ne pense pas conune moi ; • — t il a raison * signifie c il est de mon avis; > — nous sommes les antipodes ies Chinois comme ils sont les nôtres*
252 GUEPES.
i Mais l'opinion que ^ous me prêtez n*est nullement exprimée dans les Guêpes ; — voici le résumé de celle que j'y ai émise en diverses circonstances.
> J'ai dit aux hommes (Ui pouvoir :
» Il n'y a pas de loi sur la presse qu'on ne puisse éluder et » qu'on n'élude. — Chaque loi répressive est le barreau d'une
• cage ; quelque serrés que soient les barreaux, il y a toujours
> un espace entre eux, et la pensée, plus mince et plus ténue » que la vapeur, passe aisément entre deux. — Osez-vous snpf primer la liberté de la presse? c'est-à-dire fermer la cage » par un mur au lieu de la fermer par des barreaux; c'est un 9 coup qui peut se jouer, mais l'enjeu en est cher, — et d'ail-
> leurs, il ne faut pas oublier votre origine. — Quand on veut » opposer une digue à un torrent, il faut la construire sur un » terrain sec que les eaux n'ont pas encore envahi ; — et vous, » vous êtes le premier flot du torrent.
I Laissez-le passer libre; — il se divisera en une multitude » de petits filets d'eau et de ruisseaux murmurants.
4 Loin de là ; ^ par vos lois fiscales, — par le timbre, par x> le cautionnement, vous mettez la presse aux mains des mar- » chands, et vous créez pour elle des privilèges qui font sa » puissance. — Vous vendez les verges cher, mais vous les » vendez pour vous fouetter. — La presse libre, — chaque » nuance, quelque bizarre qu'elle soit, aurait son organe — » et son petit pavillon. — La presse, sous les lois fiscales, est » obligée, pour vivre, de réunir douze ou quinze nuances sur » un gros drapeau d'une couleur fausse.
• Vous lui donnez, malgré elle, l'unité qui vous tue et la
• fait vivre.
• Vous réunissez les ruisseaux en un lit profond entre des
• berges de lois, — et cela devient un torrent.
• Laissez la presse sans timbre, sans procès pendant un an» » et elle sera morte ou réformée. »
« Voilà ce que je dis depuis trois ans dans les Guêpes^ monsieur, je n'ai jamais donné ro2^%af ion de signer les arti^ des comme ta mdlleure hase à une nouvelle loi sur la presse.
• J*en ai parlé comme d*un des moyens de la moraliser et de la réduire en même temps à son importance réelle — en lui ôtant le prisme des royautés anciennes dont on ne voyait jamais le visage, — et vous savez par quelles transitions, — du jour où les rois se sont laissé voir, on est arrivé, par une pente lente, mais continue, à les guillotiner ou à leur tirer des coups de fusil.
» Un article signé n*aura plus que Tinfluence qui lui est due, c'est-à-dire celle du raisonnement et de Tesprit. — Une opinion mise en avant ne sera plus Topinion de la presse, mais Fopinion de monsieur un tel. — Un livre est amèrement déchiré, — dans un article anonyme, — le public dit : a La crit tique est défavorable à Touvrage, • et il passe condamnation. — Si Tarticle est signé, le public dit : « Ah ! ah ! — c'est ce » monsieur, — un petit, — très-frisé. — Ah ! très-bien ! — > c'est son idée à lui, — eh bien! je vais lire pour avoir la » mienne. • .
« Tout journaliste qui signe n'a plus de pouvoir qUe celui qu'il se donne par son talent et far son bon droit. — Ses opinions sont celles de monsieur un tel ; — on les discute et on' l66 repousse si elles ne sont pas bonnes. — Mais un article non signé, — c'est l'opinion de la presse, — du boulevard de nos droits, de la plus vivaee de nos libertés. — (Dieu sait toutes les phrases emphatiques imaginées à ce sujet.) — On accepte l'opinion toute faite, — comme article de foi.
• D'ailleurs, pour un écrivain, signer un écrit politique ou littéraire, c'est dire :
Me me adsum qui fecit.
• C'est moi, — me Toilà, — ce que je vous reproche de
25i LES GUÊPES.
faire, vous pouvez chercher si je l'ai fait. — Je loue tel homme, vous pouvez dire s'il m*a donné quelque chose, — j'attaque tel autre, dites s'il m'a refusé.
t Signer un article, c'est sortir des remparts d'oiï la presse tire depuis longtemps contre les autres pouvoirs combattant en rase campagne.
f C'est renoncer au bénéfice des cavernes sombres d'où elle exerce une inquisition si sévère dans les maisons de verre qu'elle a faites à tous ceux qui ne sont pas avec elle.
» Voilà mes raisons pour que les articles soient signés, monsieur, vous en avez donné de meilleures, vous prouvez qu'il est plus commode de ne pas signer.
f Au fond, monsieur, vous savez bien que l'autre parti est plus loyal, et vous signez les vôtres.
» Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée. Alph. Karr. •
^^ M. Alexandre Dumas, voyant que ce n'était pas encore son tour d'être de l'Académie, a dit en s'en retournant i Florence, où il demeure depuis quelque temps : « Je demande i être le quarantième, — mais il parait qu'on veiit me faire faire quarantaine. •
On a nommé, -<- comme nous l'avions annoncé à l'avance, — M. Pasquier et M. Ballanche. — Je me rends d'ordinaire peu volontiers complice des criailleries vulgaires; — mais, cette fois, je dois dire que je ne comprends pas l'étrange aplomb avec lequel l'Académie ouvre de si bonne grâce les bras d'un de ses fauteuils à un homme qui n'a jamais rien écrit; le pauvre H. Cuvillier-Fleury, obligé de faire, dans le Journal des Débats^ l'éloge de M. Pasquier, s'est avisé de faire remonter sa gloire littéraire à Etienne Pasquier^ — il ne nous dit pas qu'Etienne Pasquier, né à Paris «n 1539, y est mort le 3i août 1615. Gloire, dit M. Cuvillier, discrettemeni cultivée par M. Pasquier le président*
La candidature de M. Pasquier a dû singulièrement encourager, sinon faire naître celle de M. Dnbignac, qui a envoyé i chacun des membres de l'Institut les deux pièces authentiques et imprimées que void :
c Monsieur, désireux d'avoir Thonneur de devenir membre de TÂcadémie française ou de Flnslitut, et voulant vous épar-^ gner une visite de moins, que je regarde comme importune ou peu agréable, j'ai l'honneur de vous écrire et de vous adresser d-joint l'analyse de mes ouvrages ; daignez avoir la bonté de la lire, vous jugerez de leur utilité pour ma patrie; c'est pour éclairer votre religmn et impartialité pour le choix d'un membre digne de l'Institut.
• Daignez agréer l'hommage de ma considération distinguée. DUB. i
11^ M. Dubrgmic, qui ne garde dans «a lettre que le tiei^ de l'anonyme, est agronome — comme M. Pasquier est président de la Chambre des pairs; ces deux positions, qui ont peu de rapports entre elles, au premier abord, «n ont cependant im qui va jasqu'à la plus parfeile ressemblance, c'est leur égale et- commune et complète absence de rapports avec l'Académie française. — M. Dubignac n'écrit pas bien, il serait naturel qu'on lui préférât un homme qui écrift mieux, — «mais non un homme qui n'éertt pas. Voici les documents destmés ft édaîrer la religion et impartialité de MM. les trente-huit (qu'ils étaient alors); — j'élaguerai les passages les moins importants.
ANALYSE DE l'agronome dtibignac. — • Cet ouvrage se composera de deux volumes in-i2.
» Son style est simple^ tout naturel, à la portée de tout le inonde, notamment des communes rurales, pour lesquelles il a été fait.
» Méthode pour la composition fies 'différentes espèces de
fumiers, engrais, terreaax, et les moyens de leur conserYation d'un an à Tautre en étant meilleurs. G*est ïàme de toute ferme.
» Très-bonne méthode pour donner une excellente éducation aux chevaux, à qui il ne manquait que la parole; et notion sur la parfaite connaissance de leurs défauts, vices, comme de leurs bonnes qualités et de leurs âges, qu'on connatt jusqu'à dix ans.
0 Notion sur la vraie et bonne position d*un jardin, sur sa fermeture, sa distribution, plantation; car, quoi de plus agréable qii un joli jardin à la campagne; mais sa culture, d'un jardinier, talents, expérience, soin, travail, comme une surveillance de tout propriétaire.
» Notion très-étendue sur la vraie culture de tout légume, fèves, pois, nantilles, notamment des haricots à donner cent pour centy comme sur la conservation de la plupart en verdure d'un an à Tautre/
» Notion sur la culture des pommes de terre, sur sa grande utilité pour les bestiaux et volailles, comme pour les hommes.
• Il en est de même du blé de Turquie, dont la culture est la même, qui également est d'une très-grande ressource pour les gens de la campagne, dont la nourriture est un régal pour eux^
• Notion sur le chanvre, denrée très-précieuse par sa grande utilité, dont le commerce en est très-grand, -^ ainsi que sa graine très-bonne pour la volaille, dont h farine est utilisée dans le commerce.
» Il en est de même du lin, dont la graine est très-précieuse pour V espèce humaine; Vun et Vautre exigent que la terre soit bonne, bien amendée, bien préparée,
» Notion sur une excellente méthode pour conserver le blé au moins d'une année à l'autre, au moyen des appareils lithographies joints à l'ouvrage, qui, une fois encaissé, ne donne aucuns soucis pour sa conservation.
». Notion sur la vigne et le vin, qui est une branche de commerce et d'industrie la plus étendue par sa grande utilité; nécessaire à l'homme pour la conservation de sa santé, préférable à tout, et lui procurant plaisir , jouissance, joie, gaieté.
Excellente méthode pour avoir du beau fruit et améliorer
Tespéce et qualité, comme d'en varier, multiplier les espèces sur le môme arbre, et de préférence sur Vamandier, qu'on doit regarder comme la mère de tous les arbres fruitiers à noyaux.
• Grand nombre d'autres expériences curieuses; enfin, le joli tableau de la France et de sa belle capitale couronm le premjer volume en disant:
« Qui mon Tableau de Paris lira,
Paris très-beau, tel qu'il est, trouvera ^
De la France admirable, son organisation,
De TEurope digne de grande admiration.
Qui mon tableau lira connaîtra Paris.
Plus d'envie et désir n'aura de voir Paris,
Et, après l'avoir lu, l'on jugera
Si de le louer il ne mérite pas.
» Dans le second volume, deuxième édition, corrigée, augmentée, le Vrai Guide de la Santé, dédié à l'humanité, dont le but de l'auteur a été de faire connaître combien est grand le malheur de perdre la santé, si difQcile à rétablir, et à, etc., etc.
> Résultat d'une expérience pratique pendant les dix-huit ans |u'il a été maire de sa commune, où il avait de grandes propriétés, dont tous les habitants le regardaient comme leur père et lui comme ses enfants.
i Amateur de la médecine, il s'occupait à en lire les meilleurs ouvrages sur le botanique, herborisant dans ses bois et champs, il se familiarisait avec les simples, dont il parvint à en connaître les propriétf^s; il était leur médecin, pharmacien, avocat, aussi n'y avait il jamais de procès; il se faisait un vrai plaisir de leur donner des soins, et avait-il la bien grande jouissance de les
soulager, et bien souvent la douce consolation de les guérir, et par des moyens consistant en infusions, en décoctions de quelques simples dont il connaissait les propriétés et vertus (Içs remèdes les plus simples sont souvent les meilleurs), des nombreuses maladies qui les affligeaient, plus exposés que les habitants des villes par leurs travaux ou par leurs imprudences*.
» L*auteur, dans cet ouvrage, s'est regardé comme un vrai père de famille, aimant tous ses enfants, voulant, désirant leurs prospérités, bonheurs, félicité, et leur procurer cette chère santé sans laquelle on ne peut être heureux, et qui, à cet effet, Ta écrit et fait d'après la théorie -pratique la mieux suivie, et des expériences très-réfléchies et avec soin; aussi peut-on dire:
« De plus instructif, nul en sera des agronomes, De plus utile,, il serait de la campagne aux personnes ; Pour faire fortune, il faut bien travailler. Pour bien travailler, il faut se bien porter. Des vrais moyens Tun donne en travaillant, De s'enrichir en peu de temps, travail faisant, Et vous procurera bonheur, prospérité; L'autre, de rétablir, conserver sa santé. Vive, vive, Vagricuturc Et sa chère sœur la culture l Vive, vive le commerce En tout genre, de toute espèce X
Vive, vive«rindastrie De ma patrie c'est la vie I Vive, vive cette chère santé, Sans ello, bonheur ni félicité !
» S'adresser à Fauteur, passage de la Treille, 5, prés l'élise Saint-Germain-rAuxerrois. »
Imprimerie de Ducessois, quai desAngustins, 55. M. Dubign^c n'a pas été élu.
CTne pension de mille écQse&M. HébertL — Len^ohamps. — M. de Yignjo
— M. Patin. — M. Royer-Coliard. — Remède contre le froid aux pieds.
— M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M. Cayeui. — EXPOSITION DU LODYRB : M". Hébert k propos du portrait de la reine. — Louis XYIII et un suisse d'église. — M. Yickeinberg et M. Biard. — Mv Meissonnier et M. Béranger — M. Gudiu. — Le lion de M. Fragonard. —M. AfTre.— Monseigneur de Chartres. —M. Ollivier et une dinde truffée. ~ La Vierge de Bouchot. ~ Les ânes peints par eux-mêmes. — Question des sucres. — Un tailleur d./Vi^on.~-£orenjK»no de M. Al. Dumas. — Un vendeur de beau temps. — M. Listz. — Le cancan, la béquillade, la chaloupe, dansés par M. deB... au dernier bal de madame la duchesse de M.*. — M. Dubignac sur Napoléon, les femmes et Tamoun, etc., etc.. — i Succès pour le commerce Jrançais, obtenu sur la plaidoirie de Me Ledru-RolUn.
AVANT-PROPOS. — On savaît depuis longtemps que fêtais vendu au gouvernement. — Quelques carrés de papier m'appelaient, par euphémisme, ami du château ; — mais dans plusieurs estaminets ou disait nettement la chose. Cependant on n'était pas. d'accord sur certains détails. Quelques personnes portaient la somme dont on m'avait acheté à une importance qui pouvait devenir une dangereuse amorce pour les désintéressements les pUis inabordables.
Mais l'autre jour, comme j'arrivais à Paris pour voir l'exposition de peinture, — une des premières choses que m'a dites un des premiers hommes que j'ai rencontrés a été qu'on sait maintenant à (juLoi s'en tenir : « M. Cave est venu me trouver au bord de la mer, où je péchais des soles et des barbues, et là nous avons Oxé le prix à trois mille francs de pension annuelle. •
D*autre part, ^e reçois une lettre signée Pauline, où on me
dit de prendre garde à moi, — parce que M. Hébert surveille attentivement les Guêpes, dont quelques aiguillons lui ont percé Tépiderme. — Est-ce que M. Hébert serait chargé de me reprendre, sous forme d'amende périodique, les trois mille francs de pension dont je vous parlais tout à l'heure? — Tout tela m'inquiète fort, et ne me laisse prendre la plume qu'avec une exti'ôme timidité.
En effet, on comprendra facilement mon embarras : — je vou* drais bien dire des choses extrêmement hardies, — pour démentir le bruit de la pension; — mais j*ai peur que M. Hébert ne profite de la circonstance pour me faire un procès. — Heureusement que j*ai à parler du Salon et de Texposition de peinture : il n*y a là rien de politique, et je pourrai naviguer entre les deux écueils que je redoute.
e^ Voici les quatre choses qui m*ont le plus frappé à Longchamps :
Un marchand de briquets promenait six voitures rouges;
Un marchand de chemises, en cabriolet, faisait tomber sur la foule une neige d'adresses et de prospectus ;
Plusieurs messieurs à pied — étaient vêtus de toiles représentant des cheminées, avec l'adresse et l'éloge des fabricants; — ils étaient coiffés d'un tuyau de poêle ; — un de ces malheureux a été chassé de l'administration parce qu'il s'était permis de fumer;
La garde municipale était en petite tenue, — ce dont on était généralement fâché, parce que la grande tenue est d'un aspect magnifique. (Peut-être ceci, à propos de la garde mnnicipale, va-t-il confirmer l'affaire des mille écus : — je l'effacerai sur les épreuves.)
ij^ M. de Vigny refait en ce moment ses visites à ses futurs collègues. Cette fois, les chances sont pour lui, quoique cependant la rivahté de M. Patin présente quelques dangers. — On a généralement trouvé de mauvais goût qu'en parlant de
son concurrent M. de Vigny feigntt de ne pas savoir son nom et affectât de l'appeler M. Pantin.
^jffi^ M. Royer-Collard tient singulièrement à la vie. M. Ândr..., son gendre et son médecin, lui a recommandé, avec la plus grande sévérité, d'apporter à ses repas une régularité inflexible. Un de ces jours derniers, au moment où la pendule marquait six heures, — M. Royer-CoUard mettait la main sur le bras de son fauteuil pour se lever et s'approcher de la cheminée devant laquelle on venait de lui servir une sole fu« mante, — lorsqu'un domestique maladroit annonce brusquement M. le comte Alfred de Vigny. — M. de Vigny suivait le domestique de fort prés et entendit parfaitement la réponse de M. Royer-CoUard, qui s'écria : — • Je n'y suis pas. » — Il entra néanmoins, et allait ouvrir la bouche quand l'académicien lui dit :
-*• Monsieur, vous reviendrez une autre fois.
— Mais, monsieur, — reprit M. de Vigny, — l'affaire dont j'ai à vous entretenir est sérieuse.
— Eh bien! vous reviendrez une autre fois.
— Je pense, monsieur, — que l'on m'a mal annoncé : — je suis le comte A. de Vigny.
— Eh bien ! — dit M. Royer-CoUard, —qui regardait avec anxiété, — et la pendule qui marquait six heures dix minutes, — et la sole, dont la fumée paraissait déjà moins intense; — eh bien! vous reviendrez un autre jour.
-**Hais, monsieur...
— Mais, monsieur, — je vous dis de revenir ; — je ne vous connais pas.
— Je croyais, monsieur, que mon nom était parvenu jusqu'à TOUS ; il a fait un peu de bruit dans la littérature.
-* Eh bien, monsieur, c'est pour cela ; — il n'a fait qu'un peu de bruit, et il en faut faire beaucoup pour venir jusqu'à
moi. — Je suis vieux ; j'ai besoin de régularité : — faites-moi le plaisir de me laisser dîner tranquillement.
^^ A une parade, le marquis de ***, un des jeunes officiers les plus élégants de l'armée, — se plaignait du froid aux pieds qu'il ressentait â cheval :
— Vous avez froid aux pieds, capitaineTltii dit un vieux maréchal des logis.
— Je t'en réponds.
— Je sais ce que c'est, capitaine; j'y ai eu froid pendant vingt ans.
— Eh bien, tu as dû avoir du plaisir.
— Mais, maintenant, c'est fini"; — on m'a indiqué uxr moyen...
— Ah! quel est ton moyen?
— C'est bien simple, allez, capitaine , — vous ne vous figurez pas comme je.soufFrais : — c'est-à-dire que les larmes m'en venaient aux yeux.
— Eh bien, qu'as-tu fait?
— Ce n'est presque rien. — On va Koujours- chercher xmSt i quatorze heures ; j'ai vu des jours où- je seras tombé dôeheval.
— Mais, enfin», quel est ton moyen?
— Le plus simple du monde, comme je vous, dis^ capitaine; — presque rien ; — moi, j"at eu froid pendant viflgt an*, et, quand- en m'a eu donné gq moyen-lé, ç'aî ébé fim, — je m'aL plus jamais eu iv(Âà aux pieds- de ma vie; et, comme je vous^ dis^ — ce qu'il y a de meilleur,. — c'est; que d'est un moyen aussi simple qu'il est excellent. — Vous n'y avez pas froid- coome j'y ai eu froid pendani vkigi ans ;: — et aiqourd'bui.,..
— Eh bien?
— Si vous avez froid aux pieds, — il. ne faut pas aller s'ingérer ça ou ça; — le moyea est bien simple... il faut mettce des chaussettes dans, vos l)ottes..
^^ M. Casimir Bonj[our, — auteur dca deux Comns. çt
de la mort de M. Alexandre Duval, qu'il a forcé d'aller, mourant, voter pour lui' à Tlnstitut, — n'ose plus se mettre sur les ramgs depuis qu'un académicien lui a dit : « Franchement, mon cher ami, votre candidature n'a plus de chances : — tous tes jours la Gazette des Tribunemx met FAcadémie en garde contre le vol au bonjour, ■
^kj; Un dîB mes amis reçoit hier une lettre de son jardinier; — cette lettre est datée d'une charmante retraite qu'il possède dans le midi de la France; — le jardinier lui dit :
<f Monsieur, voici le printemps, — il va m'arriver comme Tannée passée. — Permettez-moi d'aller demeurer à la ferme ; il y a dans le jardin des rossignols qui gueulent toute la nuit : il n'y a pas moyen de fermer l'œil. »
^S^ Il y a au Musée un portrait du roi Louis- Philippe, — que l'auteur, M. de Rudder, avait fait de son chef, sans en prévenir personne, — et d'après d'autres portraits. - - M. de Cayeux offrit â Tartiste de lui obtenir du roi une ou deux séances pour arriver â une plus complète ressemblance. — il est facile de voir, à Taspect du portrait, que M. de Rudder a ajouté des cheveux blancs — qui ne se mêlent nullement aux autres.
Un jour que le roi donnait séance â M. de Rudder, il prit envie à Sa Majesté de faire le tour du Musée, — et elle pria M. de Rudder de l'accompagner avec M, de Cayeux, qui se trouvait là.
Pendant qu'on traversait les appartements, M. de Cayeux, qui aime beaucoup les conseils... quand il les donne, — avait pris M. de Rudder à part, et lui avait dit à voix basse : « Il y a une chose dont il faut que je vous avertisse : le. roi n'aime pas qu'on soit trop près de lui, — restez un peu en arrière. »
M. de Rudder croit la chose et n'en demande pas davantage.
On arrive dans les galeries* — le roi tourne souvent la télé
à droite et à gauche pour parler à M. de Rudder, — mais c'était M. Cayeux qui interceptait les questions et faisait les réponses.
Il faut dire que c'était un manège assez fatigant pour le roi, qui a la fâcheuse habitude de porter deux cravates fort serrées, — dont ses médecins ne peuvent pas obtenir de lui qu'il affranchisse son cou.
Erifin, Sa Majesté, impatientée de ne pas voir M. de Rudder, avec qui elle voulait causer, lui cria d'un peu loin : « Mais, monsieur, je vous en prie, venez à côté de moi ! §
M. de Rudder obéit et resta prés du roi, avec lequel il causa quelque temps.
Ce jour-là , du reste, une fenêtre tomba avec fracas aux pieds du roi pendant cette promenade.
Cette anecdote sur le roi, — M. de Rudder et M. de Cayeux, — nous amène naturellement au Musée. — Entrons au Musée.
1^^ EXPOSITION DU LOUVRE. — Coustatous d'abord une chose : c'est que les expositions du Louvre ont singulièrement l'air de ne plus amuser le public, et que, excepté moi, je n'ai vu là personne qui Ht un peu plus de cent lieues pour se promener dans les galeries en renversant les vertèbres du cou d'une façon si douloureuse et si latiganle.
Je ne reparlerai pas des membres du jury, doclores nor^ docii. Deux fois déjà à pareille époque les Guêpes se sont ex* pliquées à leur sujet.
Je vais vous dire ce que j'ai remarqué en me promenant dans les galeries.
D'abord un portrait de la reine ; — ce portrait est fait avec soin, par M. Winterhalter. — Je voudrais seulement savoir pourquoi les mains sont aussi bleues, — est-ce le velours qui déteint?
iy. B. (Phrase à refaire tout entière : d'un bout, elle est exposée aux estaminets et aux carrés de papier, et de l'autre
AVRIL 4 84â. 265
à M. Hébert, — en effet < d'abord la reine • c'est le ah Jove prinâpiîim des Latins. — Il est évident que j'ai la pension de mille écus.
Puis à la fin — une critique : les mains sont blettes — les mains de la reine. — M. Lévy ne voudra peut-être pas imprimer cela, — et, s'il l'imprime, M. Hébert, qui me surveille, selon madame ou mademoiselle Pauline, — peut se fâcher. — J'aurai soin, pour les estaminets et les carrés de papier, de parler de quelque bourgeoise ou bien de la cuisinière piquant un fricandeau de M. CboUet, avant de parler de S. M. la reine Amélie. — A l'égard de M. Hébert, j'expliquerai que j'entends parler des mains du tableau. )
il y a dans ce môme salon carré, une grande image ainsi intitulée au livret :
M. ViNCHON. 1831. Séance royale pour V ouverture des Chanibres et la proclamation de la Charte constitutionnelle [i 4 juin 1814), Maison du Roi.
Qu'est-ce que la peinture historique si elle n'ose pas poétiser un peu les figures? Pourquoi donner à Liouis XVIII cet air de suisse d'église? — pourquoi avoir présenté de face un homme d'une grosseur extraordinaire qu'on pouvait dissimuler sans mensonge en changeant sa position? pourquoi faire la lumière de ce blanc pâteux? -— la lumière se compose de toutes les couleurs.
En voyant ce tableau, M. Villeniain a dit :
— Il faudra donner cinq cents francs à l'auteur.
—.Mais, a répondu quelqu'un, — cinq cents francs ! le cadre les vaut!
— Aussi est-ce en comptant le cadre, a répondu M. Villemain.
^^ M. Lestang-Parade a à se reprocher une Beihsabée trés-décolletée, dont la peau est couleur gorge de pigeon.
Au-dessus de la Beihsabée est un petit tableau de
M. Wickemberg, — c'est un étang gelé, sur lequel des enfants joueat avec un traîneau ; deux autres enfants apportent des fagots; — c'est d'une vérité charmante et d'un fini précieux. C'est une comparaison fâcheuse pour les glaces bleu de ciel de M. Biard. — Il n'y avait pas besoin d'aller en Laponie, — un baquet de blanchisseuse oublié dans une ceur, une nuit de décembre, donne une glace de cette couleur. — Je ne pense pas qu'il y en ait ailleurs.
Au-dessous d'un Combat naval de M. Th. Gudin, — toujours dians le salon carré, — sont deux tableaux, grands comme des tabatières, et qui méritent l'attention, — un Furneur, de M. Meissonnier, et surtout un Lièvre et une Perdrix, de M. Déranger. — Je ne pense pas que ta peinture soit jamais allée plus loin comme imitation.
Un monsieur, voulant savoir si c'était peint sur toile, a donné un coup violent de la pointe de son doigt sur le tableau. « Heureusement qu'il est peint sur bois, me disait A. L***, qui était avec moi. — Du reste, ajoutait-il, ce monsieur avait pris un bon moyen de satisfaire sa curiosité, — car, si le tableau avait été sur toile, il l'aurait vu tout de suite; son doigt aurait passé au travers. »
A propos de M. Gudin, sa Barque de pêche danoise est un de ses meilleurs tableaux.
Au-dessus est un tableau de M. Fragonard, ainsi nommé au livret : Femmes chrétiennes livrées aiix hêtes féroces dans le Cirque,
Or, il n'y a qu'une femme, — il n'y a qu'une bête, et il n'y a pas de cirque.
La bête est un lion qui, par sa forme et sa pose, ressemble singulièrement aux lions qui servent d'enseigne à beaucoup de marchands de vins. — La femme £st renversée, et une des pattes du lion est levée, arrondie, un peu au-dessus d'un des seins nus de la malheureuse chrétienne. Ce sein nu fait tout & fait TelTet de la boule que la tradition place sous la patte des
lions d'or et des lions d'argent, M. Fragonard a senti la chose, et, pour éviter l'application, pour empêcher d* appeler son tableau le Lion dor, il a fait son lion brun.
e^^ Deux taureaux appuyés Vun sur rautre dans une grande prahie. Ce tableau est une de ces fenêtres que M. Brascassat ouvre de temps en temps dans les murs du Louvre sur les prairies de Normandie. Son tableau a une étendue immense d:ins un cadre de quelques pieds.
<^^ II y a énormément de femmes nues et laides, ce qui constitue la véritable et la plus haute indécence. — Parmi celles qui ont eu le regret de se faire peindre habillées» plusieurs ont imaginé une autre indécence; — elles se sont fait peindre entières, vues de dos, sur des sièges sans dossiers, qui ne permettent de rien perdre des formes Oudinot ( crinoline — cinq ans de durée ), que les femmes exagèrent singulièrement depuis quelques années. — Je prendrai, pour l'exemple le plus frappant de ce que je dis, le portrait de S. A. I. la grande-duchesse Hélène Paulowna, peint par M» Court, portrait détestable du reste, dont la guipure, parfaitement imitée par des procédés connus des derniers rapins, — excite au musée une assez vive admiration.
fl^ Madame G*** (84) est rouge ; — madame G. est jaune ; — mademoiselle R. est violette ; — madame *" est grosse comme un muid ; — mademoiselle de R. est orange; — Madame de ***, gris-bleu ; — M. R*** est chauve, etc. Je pense que c'est là ce que veulent faire savoir au public les diverses personnes qui ont fait mettre leurs portraits au Louvre.
^^ Â. propos de portraits, — il y a un peintre qui a fait le portrait de sa femme ; sa femme est, dit-on, jolie, et le portrait semble avok pour but de le cacher au public ; — quoiqu'un iisait à l'original : « Votre mari est jaloux, c'est pour cela qu'il vous a faite si laide; ils sont tous comme cela. — Oui-da, répondit-elle, et à quoi cela les avance-l-il?
^^ UN cHANOmE DE sAi.NT-DENis. — Nous veiions de voir M. Affre, archevêque de Paris. — M. Ollivier, ancien curé de Saint-Roch, — puis un évoque de je ne sais où; — il y a au moins quinze prélats attifés avec une coquetterie féminine, — des recherches de parures inouïes, des raffinements d*élégance inimaginables, des dentelles qui font envie aux femmes.
L'Église est pour le moment assez mondaine; monseigneur de Chartres fait depuis quelque temps des feuilletons dans les journaux.
^^- Madame la comtesse de B'** n'a pas suffisamment compté Sûr ses charmes, »- elle a fait mettre son écusson dans un coin du tableau.
Ah! mon bon monsieur Lévy, — laissez-moi une fois dire ce que je pense sur cette odieuse galerie de bois.
Quel est le malheureux qui a eu l'idée d'accrocher cette hideuse baraque au flanc d'un monument comme le Louvre? Jamais les peuples barbares n'ont rien imaginé de celte force. — Les Vandales eussent peut-être détruit le Louvre, mais ils ne l'eussent pas ainsi déshonoré. — Ah! diable, — et M. Hébert... à ce que dit madame ou mademoiselle Pauline.
e^ Prés de ce portrait blasonné est celui d*une femme vêtue de noir, — c'est une figure intéressîinte et un tableau remarquablement peint. — Il faut lui reprocher un fond d'un bleu dur et uniforme, — comme le papier de tenture d'un appartement ; — mais ce n*est pas, à ce qu'il parait, si facile de faire des fonds.
Du vivant de Rubens, — une femme alla le trouver et lui dit:
— Monsietir Rubens — (on l'appelait monsieur), mon fils a d'heureuses dispositions (c'est incroyable combien ont d'heureuses dispositions les enfants dont on est la mère) : il faut absolument qu'il travaille auprès de vous.
Rubens, qui n'en voulait à aucun prix, 8*excuse sur ses occupations.
— Oh ! monsieur Rubans, il ne vous fera pas perdre de temps;
— au contraire, il vous aidera : il y a un tas de petites choses qu'il fera à votre place, il vous fera vos fonds...
— Âh! parbleu, madame, s'écrie Rubens, il me rendra li un vrai service, car je ne sais pas encore les faire !
j|^ — Pardon, la grosse mère qui êtes en face, serrez un peu vos gros bras contre votre gros corps, vous me cachez trop de ce beau papier qui sert de fond à votre portrait.
Dans l'épisode du Combat de Trafalgar, de M. Causse, — on remarque un fragment de mât brisé, *- sur lequel quelques matelots sont debout ou assis comme dans des fauteuils. -— Je voudrais vous y voir, monsieur Causse ; -^ je gage que, par une mer un petit peu houleuse, vous ne vous tenez pas sur le bateau du Havre à Ilonfleur comme vos matelots se tiennent sur leur morceau de mât. — Tenez-vous la gageure?
j^ Mademoiselle Dimier a peint son propre portrait (567), cela m'a rappelé ce que fit Phryné : — Accusée devant Taréo* page, — elle se contenta, pour toute réponse, de montrer sa gorge aux juges, — et elle obtint son acquittement par cette plaidoirie d'un genre tout particulier, qui n'aurait guère de succès aujourd'hui..., du moins en audience publique. — Mademoiselle Dimier paratt appeler son visage au secours de son pinceau ; ils sont agréables l'un et l'autre.
^^ Tiens, — deux singes !
Ah! non... pardon; mille pardons. — C'est un ménage vert
— dans une forôt. — Cela s'appelle portrait de M. et de madame *'*; mais je serai plus discret que le peintre, M. Defer, je ne mettrai pas les initiales; — j'intitulerai l'objet : Portrait du livret du salon, tenu à la tnain par M**\ qui est dans une forêt; c'est du reste ce que cela représente. — Le livret est fort ressemblant. — J'espère que M et madame*** le sont moins.
^j^ M. Lafond a peint nue — une femme grosse de sept mois ; — c'est laid.
-^ije Je ne sais pourquoi certains carrés de papier ne font pas plus attention â la manière dont on peint les villes de la conquête d'Alger. Le jury qui admet ces tableaux ne peut avoir pour but que de dégoûter les Français de leurs possessions d'Afrique.
Selon M. Firère, Constanline est couleur chocolat â Feau et Alger couleur chocolat au lait.
Joignez à cela un Combat de M. Guyon, et dites-moi si vous vous sentez envie d'aller être héros là-bas, pour qu'on vous peigne comme cela ici.
^^ Le 4 avril 1840, dit WT. Chazal dans le livret, — il se passait dans le port de Cherbourg un de ces rares et majestueux événements où se révèle la puissance du génie de l'homme^: on lançait à la mer le vaisseau Te Fri'edfand,
Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce tableau, c'est une sorte de dressoir où sont figurées les autorités de Cherbourg, et qui ressemble, à s'y méprendre, à l'un des côtés dte la boutique ^'un pharmacien avec les fioles de diverses conleurs qui y sont rangées sur des tablettes.
Quelques-unes dès fleurs de M. Chazal, dans lé tabfeatpqui est près du portrait de la reine, d'ans le salon carré, valent mieux que son tableau du Friedtand; cependant je ne les aime guère ; — au reste, —je dois dire pour consoler BT. ChazaV, en lui donnant le moyen de se réfugier dans un grand mépris de mon opinion, — que la plupart, des fleurs, même des maîtres en ce genre, — me paraissent un barbouillage die convention.
II y a cependant au Salon, dans la galerie de bois, un remarquable tableau de fleurs de madame Chantereine : — c'est a peu prés la seule fois que j'ai vu aussi bien reproduire l'étoffe des fleurs; — c'est un charmant tableau et un charmant talent.
Disons encore, toujours pour consoler M.. Chazal et les autre
peintres de fleurs, que j:*ai. quitté mes pêchers, et mes abrii^oliers en fleurs pour venir voir leurs tableaux, et que cela me rend difficile et un peu de mauvaise humeur.
ij^ M. VilUers a peint un bœuf bleu, sons le n» 1847.
M. Raynaud a représenté une famille se réjouissant de la convalescence d'un homme que jp déclare mort depuis six semaines : — voir le visage dud'it.
1^^ 614 Tobie et l'Ange. — Sur le livret, on croirait que c'est une marchande de poisson a laquelle un ange marchande sa denrée.
Au bout de la galerie de pFerrc, en tournant pour entrer dans la galerie de bois, — je vous recommande une trés-drôïe de dame jouant du tambour de basque, — et une Cléopâlre de quatorze pieds.
. ^î^ Puisque M. Olivier, évéque d'Évreux et ancien cur^de Saint' Roch, a fait mettre son portrait au Musée,— c'est qu'il n'est pas ennemi de la publicité ; — nous pensons lui être agréah ble en citant un mot de lui. Au commencement de l'hiver qui finit, if avait, je ne sais à quel sujet, fait une gageure avec un de ses vicaires : — l'enjeu était une dinde truffée ; — le vicaire perdît, et ne montra aucun empressement pour s'acquitter; — en vain M. Ollivier portait au pari des allusions chaque jour plus directes; — le vicaire paraissait décidé â ne pas compsendre. — M. OHivier, poussé â bout, résolut de s'expliquer clairement et lui dit:
— Ah ça ! monsieur le vicaire, — je voudrais bien vous TSppeler adroitement que vous me devez une dinde trufifôe?
— Je le sais bien, monseigneur, dit le vicaire, — et, si je ne me suis pas acquitté plus tôt, c'est que les truffes sont de mauvaise quaïïté cette année.
— Allons donc, mon cher vicaire \ — s'écria M. Ollivier, n'en croyez donc pas un mot : c^est un bruit que les dindons font courir.
^^ Je voudrais voir le Passage d^Honfleur de M. Bîard. — J'ai lu dans tous les journaux qu'une foule compacte stationnait devant le tableau. — Je n'aurai pas de peine à le reconnaître. — Où est-ce qu il y a une foule compacte? — Je ne vois pas de foule compacte : — c'était pourtant dans les journaux.
Où peut être le tableau de M. Biard?
En attendant, voici celui de M. Decamps, la Sortie de Vécole turque; — on m*a dit d*admirer cela; — eh bien! je n'admire pas; — je soupçonne fort les qualités de ce tableau de consister principalement en difficultés plus ou moins vaincues, — en adresse, en habileté, — toutes choses qui peuvent intéresser les peintres. — M. Decamps a beau lever les jambes de ses petits bonshommes, il n'en est pas moins vrai qu'ils ne sautent pas, — qu'ils ne courent pas, qu'ils ne jouent pas; — rapprochez de cela cette si spirituelle gravure de vacarme dans l'école que nous avons tant vue sur les boulevards,— -rappelez-vous-en la vie et la malice, et vous comprendrez la froideur du tableau de M. Decamps ; — pour les qualités probables que j'ai men- -lionnées plus haut, — je suis tout à fait incapable de les apprécier, et, si elles existent, elles n'en existent pas moins pour cela.
C'est un argument qu'on m'oppose habituellement pour la peinture et pour la musique. — En fait de musique, je n'ai jamais que sonné de la trompe, •— et, en dessin, je n'ai jamais fait un nez au profil. — Je réponds que les peintres et les musiciens ne faisant pas de la peinture et de la musique entre eux, et postulant au contraire les suffrages du public , on doit attendre d'eux des ouvrages qui aient un charme qu'on puisse éprouver sans être peintre ou musicien. — Si, pour admirer ua tableau de M. Decamps, ou la musique de M. Meyer-Beer, il me faut travailler huit ans au Conservatoire et â l'atelier, — je ne vous cache pas que je me priverai d'un plaisir aussi laborieux. — Heureusement que ces messieurs ont assez souvent
le bonheur de n'avoir pas besoin que nous'soyons aussi savants. QuandHin ignorant comme moi leur adresse un éloge, ils n'élèvent pas de réclamation. — Je ne juge que ce qui est à ma portée, — je laisse toutes réserves pour les arcanes de l'art.
Par exemple, je demanderai à M. Decamps comment il y a tant de poussière sur un sol aussi pierreux, — et pourquoi elle est si lourde. — Il faudrait un escadron de cavalerie pour soulever cette poussière de plomb.
Deux grands dessins de M. Decamps, placés en face de la sortie de Técole, ont des parties remarquables et d'un beau style ; — mais pourquoi s'avise-t-il de faire ses chevaux d'après des bas-reliefs et non d'après des chevaux? — Les chevaux de profil, bas sur leurs jambes, à encolure roide des bas-reliefs, sont une impuissance ; — si le sculpteur savait leur donner de la vie, du mouvement et de la couleur, je suppose qu'il s'en ferait un vrai plaisir. Pourquoi alors ne pas faire les lions d'après les lions du blason ?
J!^ M. Chevaudier est auteur d'un tableau qu'il appelle un Ruisseau dans la campagne de Rome. — L*eau est bleue, les arbres sont bleus, — l'herbe est bleue, — et l'auteur, voulant mettre un oiseau dans un coin, a cherché un oiseau bleu et a peint un martin-pôcheur un peu plus bleu qu'il ne faut. — Le paysage est animé par une bacchante qui se laisse aller à de singulières exagérations.
4^^ Je ne sais plus de qui est une Niohé vert-pomme qui pleure ses enfants vert-choux.
Jj^ Mais où est donc la foule compacte qui m'empêche de 'voir le tableau de M.Biard? « Voici le tableau, » me dit quelqu'un qui m'accompagnait; — pour la foule, elle se compose d'un monsieur en redingote verte qui se presse devant.
J'attends que ce monsieur se soit écoulé, et je me presse à mon tour devant le Passage du Havre à Honflcm^ ; c'esrt tout simplement une carirature triviale.
,^^ Mais voici une chose véritablement intéressante^ — et qui vous laisse longtemps pensif. — Voici un tableau inachevé, — k Vierge et saint Joseph sont endormis et l'enfant-Dien lève ses yeux au ciel; — la tête de la Vierge, pleine d'une angélique suavité, est seule terminée. — Bouchot est mort sans pouvoir achever son tableau ; — on voit encore les lignes faites à la craie de Tesquisse : — ce qm est fait est d'une grande beauté.
Trois autres tableaux offrent le môme întéi ôt et une partie des mêmes qualités.
^^ Ceci est un tableau de M. Bidault, de l'Institut, — et Tun des membres de ce jury d'admission ; ou, si vous voulez, de ce jury de refus — contre lequel on élève un si magnifique concert de malédictions.
Je renvoie encore mes lecteurs pour ce sujet aux volumes qui ont parlé des deux dernières expositions.
Disons seulement que deux tableaux de M. Gudin, qu'il avait oublié de signer, ont été parfaitement refusés.
M. Bidault est, assure-t-on, Tun des plus grands refuseun du jury ; — c'est donc â lui un louable courage d'exposer ainsi son tableau au jugement de ses victimes.
J'aurais voulu voir plus de monde devant un tableau aussi curieux. — Les peintres refusés devraient au moins étudier» dans une contemplation assidue de l'œuvre de M. Bidault» quelles beautés il faut chercher, quels défauts il faut fuir pour mériter l'indulgence du jury. Voici le sujet du tableau 137 : ^ Yue de Mynènes et fune partie de la ville tArgos,
« Le site que le peintre a voulu représenter est celui qui so trouve indiqué dans les premiers vers de VÈledre de Sophocle. Oreste, son gouverneur et Pylade, tous trois partis de laPho* eide, arrivent à Hycènes, et le gouverneur indique à Oreste les temples et les principaux monuments qui composent cette ville» Pendant un dialogue entre ces deux héros, Pylade est occupé i
cacher dans les broussailles le vase d'ahrain qui est censé renfermer les cendres d*Oreste. »
Je crois devoir, de l'étude que f ai faîte du tableau en question, pouvoir tirer une poétique à l'usage des jeunes peintres. — Homère n'a pas fait ses poèmes d'après les règles d'Aristote, — comme il serait facile de le démontrer. — C'est, au contraire, Aristote qui a fait sa poétique d'après VIliade et Y Odyssée, — Voici le résumé de mon travail :
Voulez-vous peindre Mycènes ? — Beaucoup croiraient travailler d'après nature et suivraient tout pensiÊs le chemin de Mycènes. — C'est une voie parfaitement feusBe. — M. Bidault peint d'après des vers de Saphocle. — Il veut représenta Mycènes, — î! place dans son tableau h Madeleine, la Chambre des députés, l'Hôtel-Dieu, — l'églige Notre-Dame-deli(rrette et dnq ou six bornes-fontaines. — Si Mycènes n'est pas comme cela, tant pis pour Mycènes, — C'est elle qui a tont Pour l'eau, — vous croyez peut-être «devoir loi donner de la transparence et de la limpidité? — Autre erreur, ce serait alors comme de l'eau véritable. — Quoi de plus commun que de feau ? — Si vous fartes de l'eau semblable à la vraie eau, j'aime «mieux regarder couler l'eau de la Seine que de regarder votve tableau.
Pour les personnages, — il est bon d'attacher quelquefois un 'bras à l'oreille pour mettre un peu de variété dans les bras attachés à l'épaule, ce qui est du dernier commun. (Voir le gouverneur.)
Il est des parties du corps humain qu'on est convenu de dérober aux yeux, — et que beaucoup de peintres représentetft cependant comme tout le reste. — Vous comprenez, dans un personnage, vu de dos, tout ce qu'on évite d'inconvenant en lui faisant partir les jambes du milieu des reins. (Voir le personnage, en char, dans le fond, traînant, avec un cheval de bois^ un petit canon de cuivre comme en font les enfants.)
Vous trouverez un nouvel exemple de la variété qu'il est bon de mettre dans les bras dans Pylade, qui cache le vase d'airain ; — vous tâchez sans cesse de donner à vos personnages des bras de longueur égale, — eh bien! cela n*est pas vrai ; il y a beau* eoup de gens qui ont des bras inégaux.
J*ai entendu dire, — par un mauvais plaisant, que le vase d*airain était une casserole de cuivre ; par un autre, que Pylade cueille une citrouille sur un olivier ; ces critiques n'ont aucun sens, — attendu que le livret dit positivement que c'est un vase d'airain que Pylade cache dans des broussailles ; ~ si c'était une casserole, il ne coûtait pas plus à H. Bidault de mettre au Uvret que c'était une casserole ; — également, si c'était une citrouille, rien ne l'empêchait de mettre une dtrouille; il est donc évident que c'est un vase d'airain.
Je désire que ces quelques conseils puissent servir aux jeunes peintres.
Jj^ Il y a une impression que d'autres ont dû ressentir comme moi; — en tout cas la voici :
L'autre jour, je vis ouverte la partie de la galerie, séparée par un rideau, qui ne renferme que des tableaux des maîtres anciens ; — j'y entrai et je sentis à l'instant même un grand calme dans tous mes sens.
Dans les galeries que je venais de quitter, — c'était à l'œil une confusion presque bruyante ; — la lumière, divisée Sciemment entre les tableaux qui se disputaient les rayons, s'éparpillait en tons durs et heurtés; — il semblait qu'elle fût mise au pillage, — et que toutes ces images, comme une peuplade d'Esquimaux, s'arrachassent les lambeaux de lumière, les rouges et les bleus les plus féroces. — C^était un charivari de couleurs, — un tintamarre de tons crus et hostiles.
Hais tout à coup succéda une harmonie calme et paisible; il semblait qu'on passât d'un cabaret en tumulte dans on salon de bonne compagnie.
J*; restai quelque temps pour me reposer^et je pris la fuite.
^^ Qu'ai-je encore vu? — un turban dans une baignoire, par M. Court,— un paysage vrai, mais un peu commun, de M. Fiers; — de bien jolis enfants de madame Boulanger; — un beau tableau par Troyon ; — des marines trés-estimables de M. Gilbert de Brest ; — un gué de M. Loubon, vrai et d'une bonne couleur; -* un joli tableau de mademoiselle Colin ; — beaucoup d'ânes dont quelques-uns semblent peints par eux-mêmes, comme les Français de M. Curmer; — des bonsbommes en fer-blanc par M. Hesse.
ij^ J'ai déjà parlé, il y a un an, de cette question des sucres qui cause aujourd'hui tant de rumeur; — je ne la mentionne aujourd'hui que parce' qu'elle me rappelle une caricature faite sous l'Empire, à l'époque où Napoléon voulait absolument du sucre de n'importe quoi.
On voyait le petit roi de Rome — faisant une grimace horrible à une betterave qu'il tenait à la main, — sa nourrice Jui disait : • Mange donc, petit, ton papa dit que c'est du sucre. »
ij^ W** est un homme économe qui se défie des tailleurs — achète son drap lui-même et donne ses habits à façon. Dernièrement, il demande son tailleur, — qui prend mesure en tous sens et lui déclare qu il n'y a pas moyen de lui faire une redingote avec le coupon d'étoffe qu'il a acl^té. Il le chasse ignominieusement et en demande un autre. — Celuici arrive, prend l'étoffe et promet l'habit pour dans deux jours.
— Apportez la note.
— Volontiers.
Le troisième jour, le tailleur arrive avec l'habit, qui est bien fait et d'une ampleur suffisante.
— Et la note?
— Ahl mon Dieu, je l'ai oubliée; '— je l'avais mise sur l'établi avec mes gants, j'ai laissé les gants et la note.