UNE VÉRITÉ
II faudrait enfia yoirquc dans toutes ces luttes, dans ces guets -à-pens, dans ces coinbats, il n'y a qu'ambition et avidité ; que l'intérêt du peuple, le bien de la France, la liberté, le patriotisme, etc., etc., ne sont que des armes arec lesquelles on s'assomme de part et d'autre ; — armes que le vainqueur a bien soin de jeter après la victoire, pour n'en avoir pas les mains embarrassées à l'heure du butin.
On comprendra alors que chaque chef de parti a la curée vendue d'avance à sa meute; — qu'il n'y a pas une partie, quelque petite
qu'elle soit, des entrailles de cette pauvre France aux abois et éventrée, qui ne soit marquée et promise à quelqu'un des chiens haletâns et affamés -qui ont chassé et aboyé pour lui.
Que si trois chefs de parti arrivaient aux aÉfdires ensemble, — il se trouverait au moment de la curée plus de bouches avides qu'il n'est possible de faire de morceaux.
l'académie.
Qa*allait donc demander Ai. .Victor Hugo k TAcadémie? Il reconnaît donc TAcadémie? Il admet donc sa prétendue autorité littéraire, et il pense que la réputation d*un écrivain a besoin de sa sanction ? Mais alors il fallait être conséquent : quand un orfèvre se propose de présenter ses ouvrages au contrôle de la Monnaie» il a soin de les mettre au titre qu'elle exige. M. Hugo a-t-il pensé à TAcademie en écrivant ses plus beaux livres? Pourquoi demander la voix de gens dont il n*a jamais chercha le suffrage? La révolte de M. Hugo ressemblait-elle donc à Tincorrnptibilité de tant d'hommes politiques, qui n*a pour but et pour résultat que de les faire acheter plus cher?
Je comprendrais le besoin d'ane sanction imposantepour un écrivain qui pourrait douter de lui-même et de son succès ; mais aucune formule de la louange n'a manqué à M. Hugo. — ^Elle a trouvé moyen d'aller jusqu'à l'exagération ^ — quoiqu'il faille monter bien haut pour qu'une louange donnée à M. Hugo soit de l'exagération.
Vous voulez des honneurs ? Bel honneur pour un poète que d'être le quarantième d'un corps quelconque, — et surtout d'un corps dont vingt membres au moins n'ont aucune valeur ni aucune autorité.
Vous ressemblez à un de ces corsaires si redoutés des Anglais dans nos anciennes guerres maritimes, — qui aurait demandé un jour à être nommé lieutenant de vaisseau dans la marine royale, — ^ pour son avancement.
Vous voulez des honneurs l — vos honneurs, ô poète ! c'est de faire battre de jeunes et nobles cœurs au bruit de vos beaux vers; — c'est de faire répandre de douces larmes à celle femme si belle sous les lilas en fleurs y et liii traduire ces pensées c^^n fuses qui s'épanouissent dans son âme au milieu du silence et aux premiers rayons du printemps; — c'est de verser un baume salutaire sur les blessures du cœur; — c*est de dire au pauvre tout ce que la nature lui a réservé de richesses graluitcs.
M. Hugo! — M. Hugo! — est-ce que votre royaume serait de ce monde?
Mon Dieu y — est-ce qu'il n'y a pas de poète î
Est-ce que tous ceux-là sont dei menteurs qui disent eu vers et en prose qu'ils aiment mieux les violettes que les améthystes^ — les gouttes de rosée que les diamans, — le bandeau de cheveux bruns d'une jeune fille que le diadème des rois ?
Est-ce qu'ils sont des menteurs ceux qui disent en si beaux vers qu'ils préfèrent la voûte étoilée du ciel aux plus riches lambris, — qu'ils ne reconnaissant de véritable grandeur que les merveilles.de la nature, — qu'ils n'admirent aucune pompe royale à Tégal du ' soleil d* automne qui se couche dans son lit somptueux de nuages rouges et violefà?
Est-ce qulls n'existent pas, ces hommes que j'ai tant aimés sans les connaître, — ces rois de rintelligence, qui trouvent dans leuj. cœur et dans leur génie des trésors qui les rendent si supérieurs aux rois de la terre, — est-ce que toutes ces belles pensées sont des mots et des phrases qu'ils vendent le plus cher possible y pour acheter avec le prix
qu*il8 en retirent, tout ce qu'ils font semblant de mépriser.
L'Académie a repoussé H. Victor Hugo, — pour accueillir dans son sein H. Flourens, médecin et secrétaire de TAcadémie des Sciences.
M. Flourens n*est connu dans les lettres que par la nomination de TAcadémie.
Les académiciens se défendent contre les roprocbes qu*on leur adresse, et citent des précédens qui conslalent que le secrétaire de TAcadémie des Sciences a très souyeut été admis par TAcadémic française.
Oui certes, messieurs, — mais les secrétaires de TAcadémic s'appelaient alors, non pas Flourensj mais Fontenelle, — non pas Flourens, mais (TAlembert; non pas Flourens , mais Condorcet ; non pas Flourens , mais Cuvier; non pas F/ot«rfn5, mais Fourreur.
Le secrétaire de TAcadémie des Sciences était, dans ce cas-Iè, non pas un obscur savant^ mais un grand écrivain, — sans en excepter Mairan, auteur plein de finesse et d-élégance.
Et d'ailleurs y messieurs des lettres» c'est de votre part une grande humilité^ car je ne m'aperçois pas que FAcadémie des Sciences
ait rhabitude de prendre des membres parmi vous.
M. FlourenSf était fort protégé par M. JragOf dont il est à peu près le Trois- Ëchelles.
M. Fiennet a voté pour M. Hugo, malgré son antipathie contre le romantisme. — a, yiennet a agi en honnête homme et en homme d*esprit; — il aurait voulu, a-Ml dit, que FAcadémie fit de temps en temps une élection littéraire, ne fOt-ce que pour n'en pas perdre l'habitude.
L'avocat DupÏQ devait être partisan'de la méaioçrité} —il a voté pourM..Ploureqs.
M. Delavigne , l'écrivaio chaaffé , logé , nourri et indépendant du château^ a voté contre Af. Hugo.
M, Scribe^ Tanteur d'une médiocre comé* die, représentée le même jour au ThéAtre- Français, a voté contre M, Hugo,
Petit conseil à M. Scribe, — Maintenant qu0 M« Scn))e est décoré et académicien , c[u'il a fait sa fortune^ et qu'il refiût, pour le Théâtre-Français^ les pièces qu'il a faites
autrefois pour le Gymnase, — il se présente à lui une iiouyellc carrière, — ce serait de mettre en français tout ce qu'il a écrit jusqu ICI.
M. Royer-Collard, — ne trouvant pas»
dans ses idées, M. Hvgo un assez grand écrivain pour l'Académie, — n'a pas cn| cependant que M. Flourens lui dût être préféré et il s'est abstenu.
Tous les gens qui n'ont pas écrit, — tous ceux qui ne devraient pas être de l'Académie, -—ont voté avec frénésie pour M. Flourens; — leur enthousiasme pour ce médecin rap-
pelle la reconnaissance du duc de RoquC'^ laure pour ce seigneur ^ sans lequel il eût été rhomme le plus laid de France.