HISTOIRE D'UNE FEUUE DU MONDE
ET D^CNE ILLUSTRE ÉPÉB.
Mme **" est connue entre autres choses par la grosseur de ses bou<:]nels. — Une femme qui aime et comprend les fleurs mieux qu*aucune autre — disait : lei la hais parce qu elle flnira par me dégoûter des fleurs.
Mme*^* a consacré le lundi à Famitié qu'elle porte à une illustre épée, — • comme on dit en
argot parlementaire. €e jour-là elle le reçoit seul et la porte est fermée pour tout le inonde. Un de res derniers lundis, un domestique renvoyé qui devait quitter la maison quelques jours après, — avait résolu de se venger de Son eipulsion. En conséqueace, feignant d^nblier la consigne, il ouvrit tout d'un coap la porte du salon de Mme *** et annonça deux personnes, un ménage, qui s'étaient présentées. — Mme *** se leva pâle et effrayée, — confosé, — >, L'UluHre épée qui était à sçs genoux, — n'en put faire autant à cause de sa gouUe. Les deux visiteurs s'étaient arrêtés sur le seuil de la porte» -«fiésilant et prêtes à s'enfuir. -^ Villustre épée crut retrouver de la présence d'esprit et restant à genoux, dit ; Madame, c'est aujourd'hui votre fête et je m'empresse de vous la souhaiter. — Ah ! diable, j'ai oublié mon bouquet, — je vais aller le chercher. » Il fit signe au domestique de l'aider à se relever et sortit du salon. — L© ménage fit une courte visite et s'en alla. — Il faut croire qu'il ne fut pas discret, car le lendemain, il y eut chez Mme*** une procession de domestiques apportant (jcs bouquets.
— ÎC —
M. M*** fut 1res surpris , en rentrant de la chamtH*e, de voir toute sa maison pleine de fleurs ; — il en demanda la raison.
— > On les a apportées pour la fête de Madame.
— Mais ce n*est pas sa fête.
— Je repète à monsieur ce qu'on a dit.
On disait d*ua député riche , avare et mal vêtu : Son habit fait peur aux voleurs , il leur iiiontre la corde.
M. Ara^ a prononcé leloge de M. Ampère, mort il y a deHx ans. — Ce discours n*a fait aucun plaisir, à cause de son extrême sécheresse. Cela me rappelle une distraction plaisante de ce bon M. Ampère , qui était un véritable savant.
Il sortait un jour de l'Académie / — rêvant à un problème ; — tout à coup il s'arrête^ ses yeux s'animent, il le tient. — II avait gardé à la main la craie blanche ^^ont il venait de se servir ; — il voit devant lui un carré noir,— assez semblable aux tableaux dont il se sert habitueUement , — il y place ses chiffres; — mais tout à coup — le tableau fuit sous sa main et fait trois pas. — M. Ampère le suit. — Le tableau prend le trot , M. Ampère prend sa course et ne s'arrête qu'exténué, hors d'haleine et violet. Ce tableau n était autre que le dos d'un fiacre arrêté.
eOlRIiDSORLirS GIHII^ ils Piyi© ID^^H^iLÉj^liSS.
Fort instruites et fort spirituelles, pour la plupart, les personnes qui habitent le château sont en général médiocrement organisées pour la musique, à l'exception de Madame Adélaïde et de ]a duchesse d'Oitéans, qui est bonne musicienne et très forte sur le contrepoint. On a cependant donné deux gi^nds concerts qui se renouvelleront plusieurs fois cette année. —
On a nommé M. Halévy directeur de ces concerts, et on a planté le drapeau de la musique française.
La nouvelle salle est arrangée avec un goût pjkrfait ; — Tprchestre, très heureusement dis-^ posé, a eu un grand succès. — On a joué des morceaux de Rosslni, de Mt;rcadante, de Cimarosa, de Meyerbeer, de Bellini, de Gluck et de llèbul.
Le duc et la duchesse d'Orléans ont reçu avec beaucoup de grâce et de bienveillance.
M. Nodier , qtti avait été invité avec MU. Hugo, Auber, Schnetz, elc, a dit: Ma foi, si c'est pour nous donner des princes si aimables, — • vive l'usurpation. — Ce mot rappelle un peu l'enthousiasme comique de
Mme de Sévigni pour le roi qui venait de danser avec elle, quand elle s*écriait : — Ah ! nous avons un grand roi.
L*intenlion du duc d'Orléans est d'inviter successivement tout ce qu'il y a d'hommes distingués dans les lettres, dans les sciences et dans les art$, et de ne pas se livrer tristement, selon l'usage de ces réceptions, à l'aimanach royal et à celui des vingt-cinq mille adresses.
Le monde financier est très inquiet ; — les duchesses de la Bourse, le» marquises du trois
pour cent, les vicomtesses de la nio de la Verrerie s*agi(ent beaucoup pour être in\ilées.
Les directeurs des théâtres de musique s'inquiètent aussi de leur côté ; — la Icsinerie de la nouvelle aristocratie est telle que bien des gens refuseront une loge à TOpcra ou aux Italiens à leur femme, — sous prétexte des chances qu'elle a d'être invitée aux concerts du château.
Pour le faubourg Saint-Germain, il n'ira nulle part tant que don Carlos ne sera pas libre ; pour passer le temps, il s'amuse à dési-
gner les qnèteases pour le carême. Les bourgeoises riches intriguent auprès des curés, non par esprit de religion, — mais parce que cet office de quêteuse est une sorte de privilège de la noblesse, par la même raison les duchesses écartent les bourgeoises»
11 est curieux de voir les époiues de députés dont plusieurs n*ont entendu parler du christianisme que dans la Guerre des Dieux, montrer une si excessive fureur.
Mme Paturie, a obtenu d*ètre d'une des dernières quêtes de Saint-Vincent de Paule.
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l^a maison Thters, Dmv* et coBipagnie ifitrigue pour que Urne Thicrs poisseiquèter dtas Hoeparoisse. — Mai& ses bonnesamiesds j«mt6ipiliea Toat, dans un accès d^envie, dénoncée comme n^ayaftt pas Daitsa première comma* nion. •— On ne croit pas à l'admission^
En écoutant Tautre soir, Mlle Pauline Garcia chanter la cavaline du Barbier de Séville, où elle fait tant de roulades et de floritures, je me suis mis à penser à Grétry. 11 n*aimait guères que les chanteurs lui arrangeassent ainsi sa musique — et il leur disait : Si je voulais qu*on chantât ces choses-là-— je les écrirais et un peu mieux , j'ose le croire, que tous ne les faites.
A la première représenlalion (l'on des grands ouvrages de Grétry, — Martin qui y avait un rôle important, broda tellement son premier air qu'il ne fit aucun effet , quoique le reslc eût beaucoup de succès. Après la pièce, Gré try enlrj^ dans sa loge et lui fit mille compli^* mens sur le succès auquel il avait tant con^ tribuét — (( seulement, ajoula-t-il , pourquoi as-tu donc passé mon premier air? Tout simple que lu le trouves» j*y tenais, moi, et je suis fâché que lu ne Taies pas chanté. Martin rougit extrêmement et comprit si bien qu'à la se* condc représentation , il chanta Tair simplement comme il était composé — et qu'il eut un grand succès.
On dit la future duchesse de Nemours d'une grande beauté. — Il faut que le roi Louis 'Philippe soit bien pauvre» pour s\xpa-
scr à voir ainsi marchander à la chambre des députés la dotation qu il demande pour le mariage de son (ils.
n JMVIER.
Les geus qui s'intitulenl scaÛcux appellent un événement politique — les choses ridicules dont voici quelques échantillons.
M. Thiers est sorti à pieds avant-hier. La reine d*Angleterre n'a p9S parlé de la France avec une assez vive amitié.
On parle d'un remaniement du cabinet.
On pense à une fasion Thiers et Guizot»
Voilà de quoi on parle, de quoi on s'occupe - voilà ce qu'on désire— Yoilà ce qu'on craint.
Certes, on ne m'accusera pas d'exagérer les misères du peuple^ et d'en abuser pour faire à ce sujet de longues phrases ampoulées , — mais il s'est passé , il y a trois jours à Paris , une chose que j'appelle , moi , un événement politique de la plus haute gravilé.
Dans le quartier du quai aux FleUrs , une pauvre vieille femme est morte de faim.
Dans an pays civilise— on ne doit pas pouvoir mourir de faim.
11 y aurait un bon usage à faire de la police ; — un usage qui amènerait , en peu de temps , à la réalisation de celte utopie. — La police faite par les honnêtes gens.
La police ne s'occupe des gens qu'à mesure qu'ils deviennent voleurs ou assassins.
Il faul surveiller tout homme qui ne gagne pas sa vie — le faire venir et lui dire : f^oilà de l'ouvrage ; — s*il ne veut pis travailler , c*esl un homme dangereux qui doit ôtre mis à la disposition du procureur du roi.
Mais pour cela, il faut avoir des travaux toujours prêts.
Il faut , par exemple , que le gouvernement se charge de Texccution des grandes lignes de chemins de fer; il faut qu'il n'y ait pas de ministres et pas de députés qui aient des intérêts occultes dans I exploitation des compagnies, et dont le vote acheté n'enlève pas la direction de ces travaux au gouvernement.
Mais qui est-ce qui s'occupe de cela à la chambre ou ailleurs? Qui est-ce qui montera
à la tribune pour dire ; Une femme est morte de faim à Paris?
bemafin Topposilion , le parli qui s'intitule ami du peuple, demandera pour le peuple d des droits politiques. »
C*esl un pays de sauvages que celui où l'on meurt de faim, dans une rue.
Cest à la fois uu deuil et une infamie publique.
Quand il meurt, à cinq ceùts lieacs d*ici^ — .
on prétendo cousin du roi de France , - on preAd le deuil à la cour, - et on annonce : ; à cause de la mort du ^uc »\ arrière cousm du roi, — le bal annoncé pour le..., - n aura pas lieu. »
Mais si loutes ces phrases , - dont se servent lés rois, - de sujets qui sont leurs enfans, d'amour paUrnel,guils leur portent, - de cœur déchiré des souffrances du peuple. ne sont pas ur.e insolente mystification. -- ce rfoit être un sujet daffliclicn profonde et de Si iUble que la nouvel e qu'une femme et morte de faim,' - dans le quarUc u Quai aux Fleurs. - près du Pala.s deJu l^e. 1 de cette maison où l'on condamnera aux ^Tavaux forcés, le malheureux qui^ura.t vo^ un S Ïun sou à un boulanger , tand» que îl honlanKcr qui vole un sou sur le poids du pafn, et 'rogîe la portion si péniblement «a-
gnce d'un des cnfans d'une pauvre famille en sera quille pour cinq francs d'amende.
Bclise féroce.
Mais qui s'occupe du peuple à la Chambre cl ailleurs ?
Les prclendus amis du peuple — l'exploilent plus que les autres, encore; — leurs plaintes niaises, fausses et hypocrites sur la
misère du peuple, n'ont pour but el pour résultai que d'exciler ce lion endormi, et de le lancer contre les honrimes qui gênent leur ambition et leur avidité. Pui<«, quand il leur aura rendu ce service, ils profileront de ce qu'il aura été blessé au profit de leur avarice et de leur vanité pour le remuscler plus fort qu'il n'était. Le peuple n'est qu'un prétexte et un moyen.
Ce serait cependant une belle chose que la position d'un homme, d'un député qui voudrait être réellement l'ami du peuple. ^
De M. de Cormcnin, par exemple, avec lont
son esprit qui lui donne tant de lecAenrs et tant d^influence , — s'il ayait dans le cœur ce qu'il n*a que dans la phrase, — si au lieu d'exciter tristement Tenvie du peuple contre ks classes dites supérieures, — il lui montrait son bonheur si facile par le travail et la modération, — si au lieu de demander pour le peuple le droit de suffrage qui ne serait qu'un droit de perdre des journées de trayail , il demandait pour lui un trayail et un salaire assurés.
Mais qu'ont donné jusqu'ici au peuple ses prétendus amis?
Il l'ont enivré de paroles bruyantes ; Il Tout traîné sur les places publiques ;
Ils ToBt mené à la mort, à la prison f
En se tenant eux-mêmes k I écart, — • pr^ts également à se saisir du butin si le peuple est vainqueur, et s'il est vaincu , à le renier lâchement.
Voilà ce qu'ont fait les amis du peuple pour le peuple.
— Où idicu , mes chtri loclcurs, mon i^rrmiir ncro sera dalè — d'iilrclal ou du Tréporl.
j^IPHOlTSflB SLO&E.
LES
mars*
PARIS