N*** TIENT MAGASIN ET ASSORTIMENT DE COUVERTURES
de laines de toutes qualités,
MÉRINOS, SOLOGNE et AUTRES;
// remet les vieilles à neuf, Rue***, n0***, Paris.
maux, ayant devant nous un chemin qui nous conduira où nos cœurs haspirent. Ah l mon idole, quand tu entends monter des sabots, c'est dit, il n'y a pas moyen de presser la main de ma gamine sur mon cœur, car cest les sabots de Yindividu. Je redoulte l'individu. Tâche, lorsque je passerai et que je pourrai monter, de ne faire qu'un signe de tête en la baissant pour le oui, et en la tournant pour le non. Quand nous sommes ensemble, c'est tant de pris sur l'ennemi. Mais, comme dit le proverbe, un bon os tombe toujours à un mauvais chien. 0 bonne amie! nos cœurs ne demandent qu'à prendre leur volé, il y a des hommes comme le tient, par exemple, qui regardent leur femme comme leur pissalé.
« Adieu, chère trésore, reçois les serment inextinguibles à la vie à la mort de ton ami. J'ai tant lu et baisé ma lettre, qu'elle est salle. Reçois-la avec ton indulgence et ta bonté accoutumez. Vaincre ou mourir! »
<s^£ sur quelques nisards 4 (suite). — Voici une note qui a paru ces jours-ci dans les journaux :
« M. Charles Nisard, auteur des traductions de, etc., etc., et particulièrement des discours de Cicéron qu'il a épurés d'après une méthode nouvelle, vient de traduire en dernier, et a eu l'honneur de présenter à S. A. R. le duc d'Aumale, les Histoires philippiques de Justin. Son Altesse Royale a Lien voulu encourager le traducteur dans l'étude de ces écrivains sérieux qui seront toujours les éternels modèles de tous les littérateurs. »
Il faut savoir gré au jeune prince, qui, ayant sans doute remarqué que M. Désiré Nisard et M. Auguste Nisard se sont donné la mission de dépecer les vivants, a pensé à garantir les contemporains de ce troisième Nisard, et tâché de l'amener par des gracieusetés à se contenter d'écorcher les morts ; mais les critiques sont comme les médecins, leur travail sur le cadavre n'est qu'une étude préparatoire.
^^ sur les capacités. — M. Ducos a présenté à la Chambre une proposition ayant pour but d'admettre les capacités dans son sein.
Les discours qui ont été prononcés en faveur de la proposition ne pouvaient être agréables à la Chambre ; — en effet, ils peuvent tous se résumer par cette phrase :
« Il est temps d'appeler l'intelligence au pouvoir. Je demande à MM. les députés qu'ils reconnaissent et certifient par un vote solennel, que le système électoral actuel n'envoie à la Chambre que des buses et des oisons. »
1 Voir, pour les précédents Nisards, le numéro de février.
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Le plus grand nombre des députés a refusé de taire cette profession de foi humiliante.
Je dois dire à mes lecteurs ce que ce serait que l'adjonction des capacités.
Au premier abord et en théorie, il n'y a pas un seul argument raisonnable contre cette proposition : appeler au pouvoir les hommes d'intelligence ! Qui osera faire une objection ? Il faudra seulement, pour l'honneur de la France, — faire un carton au Moniteur, — antidater et intercaler cette loi pour la mettre au premier jour du gouvernement représentatif, — afin que la postérité ne croie pas que la France a hésité vingt-cinq ans sur ce sujet ; je dirai plus, — toujours en théorie et au premier abord, — ce n'est pas assez d'admettre le sens à partager les honneurs du cens, — il faut se dépêcher de substituer entièrement le premier au second.
Quelles seront vos bases pour reconnaître l'intelligence et la capacité ? Quels seront les juges et les électeurs ? Pourrez-vous garder encore pour électeurs des gens qui ne seront pas éligibles? Puisque tout homme intelligent et capable sera éligible, les électeurs, c'est-à-dire ceux qui ne seront ni capables ni intelligents, seront des juges médiocres pour apprécier l'intelligence et la capacité des autres. 11 faudra abolir l'élection de bas en haut.
Si vous lui substituez l'élection de haut en bas, — quels seront alors les juges ? C'est un sentier qui vous conduit à l'arbitraire ou gouvernement absolu et nullement représentatif.
On peut prouver qu'on paye le cens d'éligibilité ; — mais il est difficile de prouver sans réplique qu'on est un homme capable.
Vous pouvez dire à un homme : « Monsieur, vous ne payez pas cinq cents francs de contributions. »
Ou bien, comme on a dit dans le temps à M. Pelletier-Dulas : « Monsieur, il s'en faut de trente-quatre sous que vous payiez le cens. »
Et M. Lepelletier ou Pelletier-Dulas s'en est retourné avec ses pareils, — c'est-à-dire avec ceux qui payent trente-quatre sous de moins que M. Ganneron.
Et, s'il a tenu à faire des discours, — il n'a eu d'autres ressources, — ainsi que je le lui ai conseillé dans le temps, — que de se faire philanthrope, — agronome, membre d'une Académie pour l'éducation des vers à soie, ou du comité des prisons, etc., — toutes ces choses qui, sous divers prétextes, n'ont qu'un seul et même but, qui est de monter sur quelque chose et àe faire des discours sur n'importe quoi !
Mais prenez dans l'intelligence de M. Ganneron une fraction équivalente à trente-quatre sous dans le cens d'éligibilité, et osez dire à M. Pelletier-Dulas . « Monsieur, vous êtes moins intelligent de cela que M. Ganneron. »
Qui est-ce qui se chargera de cette commission ? — Ce n'est pas moi, — car le M. Pelletier-Dulas, auquel on adresserait ce compliment, pourrait le trouver mauvais et me faire un mauvais parti.
Voulez-vous seulement (et c'était ce qu'on demandait) admettre les capacités et l'intelligence parmi les électeurs ? Quel sera le rôle des éligibles ? Dans quelle position secondaire les placezvous? L'intelligence par votre vote sera déclarée valoir deux cents francs, — mais pas un sou de plus.
Et puis encore le même inconvénient : comment dresserezvous vos listes ?
Quand on dit à un commis : « Monsieur, d'où vient que je ne suis pas sur la liste électorale ? » il vous répond : « Monsieur, c'est que vous ne payez pas le cens. »
Vous n'avez pas le moindre prétexte de vous fâcher, — et d'ailleurs, vous avez, pour consolation, des phrases toutes faites contre l'argent et les richesses, — et vous dites : « J.-J. Rousseau n'auraU pas été électeur, — je suis comme J.-J. Rousseau. »
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Mais, si vous admettez le sens au lieu du cens, ou si vous admettez l'un avec l'autre, la chose change de face.
Le commis vous répond d'abord : « Monsieur, c'est que vous ne payez pas lé cens. »
Vous répliquez : « Parbleu, monsieur, — mais ce n'est pas à ce titre.
— Monsieur, répond alors le commis, c'est que... »
De quelque euphémisme que s'avise le commis pour dire : « Vous n'êtes pas électeur, » il est impossible qu'on ne lui réponde pas : « Imbécile vous-même, » car sa réponse négative ne veut pas dire autre chose.
Et, c'est alors que vous verriez bien d'autres réclamations encore dans les journaux.
C'est alors qu'on lirait : — « Notre grand Aristide Bachault n'a pas été inscrit sur les listes électorales, — c'est ainsi que les gens qui nous gouvernent répudient toutes nos gloires! etc., etc. »
On constate facilement qu'un homme a cessé de payer le cens; mais comment constater d'une année à l'autre qu'il est devenu un peu plus bête, et comment surtout le lui faire comprendre et admettre?
« Mais, dit M. Ducos en m'interrompant, j'ai prévu toutes ces objections, — je fais représenter l'intelligence par la seconde liste du jury, — par les médecins, les avocats, etc., etc. »
Oh! oh! monsieur Ducos, les médecins! votre proposition est donc bien malade! les avocats, — n'en avez-vous donc pas assez à la Chambre, bon Dieu! et qu'en voulez-vous faire? ou plutôt, que voulez-vous qu'ils fassent de vous et de nous?
M. Ducos ne fait pas semblant d'entendre ce lazzi d'un goût médiocre, et il continue :
« Les citoyens qui ont assez de lumières pour décider, comme jurés, de la vie, de la fortune et de l'honneur de leurs compatriotes, n'en ont-ils pas assez? »
Pardon, monsieur Ducos, et qui vous dit qu'ils en ont assez pour décider de l'honneur et de la vie de leurs compatriotes?
Et d'ailleurs, l'intelligence, reconnue seulement dans certaines professions, n'est-ce pas encore un mensonge, et un feux semblant, et un privilège absurde?
Prenez garde à votre édifice de gouvernement représentatif; il est, — comme disent les maçons, soufflé; — n'y mettez pas trop la truelle pour le réparer, parce qu'il tombera sur vous.
Les institutions politiques sont comme les vieux ehênes, — elles se creusent au dedans , et il vient un moment où elles ont encore la forme, l'écorce et l'apparence, un moment où elles sont debout, — et où i) ne faut pas grand'chose pour les abattre.
*$$z Si vous vouliez appeler réellement l'intelligence au pouvoir, — il ne faudrait pas seulement que les hommes intelligents fussent électeurs, il faudrait qu'ils fussent éligibles, et qu'ils le lussent seuls. — Je viens de vous dire ce que vous auriez d'impossibilités dans l'application.
<^$ç a. m. guizot. — M. Guizot a dit dans le débat relatif à la proposition Ducos : « Ce n'est pas un besoin réel du pays de se mêler ainsi aux affaires publiques, c'est une certaine démangeaison, une maladie de la peau. » L'histoire naturelle devra à M. Guizot la découverte iîe Yacarus de l'ambition, — qu'elle rangera à la suite de Yacarus de la gale.
M. de Lamartine, qui soutenait l'adjonction des capacités, parce qu'en effet il n'y a pas, en théorie, d'objection possible, — a trouvé peu parlementaire cette façon de dire à ses adversaires : Vous êtes des galeux, grattez-vous les uns les autres et laissez-nous tranquilles ; » et il a dit en parlant de M. Guizot : « Je ne répéterai pas l'expression dont s'est servi M. le ministre. »
Je répondrai, moi, à M. Guizot : « Monsieur, vous avez parfaitement raison, c'est une démangeaison qu'ont aujour-
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d'hui toutes les classes de la société; — mais vous l'avez eue aussi cette démangeaison, et vous vous êtes fait gratter par ces mêmes gens qui veulent que vous les grattiez aujourd'hui qu'ils ont gagné votre acarus en vous grattant. »
Sérieusement, — si les gens ont cette démangeaison, c'est vous autres, aujourd'hui au pouvoir, qui la leur avez donnée en les chatouillant pendant quinze ans.
*^£ L'élection de M. Ballanche a présenté un singulier hasard ; les candidats étaient M. Ballanche, M. de Vigny, M. Vatout, M. Patin. M. de Barante a tiré les noms de l'urne, et ils sortis dans l'ordre que voici : M. Ballanche. M. de Vigny.
M. Vatout.
M. Patin.
M. Ballanche.
M. Ballanche. ' M. de Vigny.
M. de Vigny.
M. Vatout.
M. Vatout.
M. Patin, etc., etc.
<2^£ Voici une affaire qui fait bien du bruit à la Chambre et dans les journaux, et qui me paraît la plus simple du monde.
11 s'agit du droit mutuel que s'accorderaient la France et l'Angleterre, — pour les croiseurs des deux nations, de visiter les vaisseaux de l'une et de l'autre.
Cette convention a pour prétexte d'empêcher la traite des nègres.
1° On n'empêchera pas la traite tant qu'on n'aura pas aboli l'esclavage, — et ceci n'est pas une petite question, — si ce n'est pour les philanthropes qui ne voient aucune difficulté à af-
franchir les nègres des autres. Le prix des esclaves augmente au moins à proportion des risques.
2° Si la France ne fait pas la traite, — c'est qu'elle ne veut pas la faire ; — elle n'a pas besoin que l'Angleterre l'aide à faire la police de ses vaisseaux.
5° Permettre la visite, c'est admettre que la France ne fait pas la traite parce que l'Angleterre ne le veut pas.
4° Ce serait tout simplement une lâcheté.
4^£ On lit dans les journaux :
« Le ministre de la marine a alloué aux auteurs de divers faits de sauvetage, des gratifications montant, en totalité! à neuf cents francs.
Le pouvoir ne veut pas ôter à la vertu et au courage le mérite du désintéressement.
La totalité de ces récompenses serait loin de satisfaire la plus modérée des corruptions pendant trois mois.
$fe Notre âge aura dans l'histoire un éclat tout particulier. A toutes les époques on a dit et fait des sottises; — mais le temps et l'oubli en effaçaient le plus grand nombre. Aujourd'hui, on écrit, on imprime, on enregistre tout, et ceux qui viendront après nous nous prendront pour une génération d'insensés.
Jfè)$Z L'ambassade de M. de Salvandy a duré une semaine ; à son retour, il parut à la Chambre. — La première personne qu'il rencontra fut M. de Lamartine. M. de Lamartine va à lui : « Ah! vous voilà, mon cher Salvandy! comment allez vous? »
M. de Salvandy s'apprête à répondre agréablement. M. de Lamartine, qui est la politesse et l'aménité même, l'interrompt cependant et lui dit d'un air distrait • « Eh bien ! avez-vous fait un bon voyage... physiquement ? »
Physiquement voulait si bien dire : Bien entendu, qu'en homme bien élevé je ne vous parle pas de votre voyage sous le rapport politique, — que M. de Salvandy en fut un moment em-
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barrasse; et M. de Lamartine, voyant son embarras, — était prêt d'en avoir plus que lui.
^£ D'où venez-vous, Grimalkin, et dans quelle fleur déjà ouverte vous êtes-vous vautrée que vous m'arrivez toute jaune de pollen ?
Il n'y a au jardin que des primevères, — des violettes et des perce-neige, et le colicothus.
Ah ! je devine ; — j'ai vu en me promenant tout à l'heure les noisetiers qui sont déjà couverts de leurs fleurs mâles et femelles; — les fleurs femelles sont un petit pinceau du plus beau pourpre, les fleurs mâles semblent des chenilles couvertes d'une poussière jaune. — Vous venez des coudriers. — Pourquoi paraissez-vous si pressée?
— Maître, — dit Grimalkin, — c'est que j'ai quelque chose à dire sur les Tuileries.
Voici ce que m'a rapporté Grimalkin :
« Le jardin des Tuileries est un jardin royal ; comment se fait-il qu'on y paye les chaises; ne serait- il pas convenable qu'on pût s'y asseoir gratuitement? — Est-il royal de donner à bail, — à des vieilles femmes à châles bruns, — les chaises du jardin des Tuileries, — et le roi doit-il tirer un bénéfice des gens qu'il laisse entrer chez lui?
« Les bancs de pierre et de bois, — qui du reste sont fort rares, — ne sont occupés que par les bonnes d'enfants, — parce que s'assroir sur un banc gratuit, — quand il y a des chaises qui se payent, — c'est avouer qu'on n'a pas deux sous ou qu'on les destine â un autre usage. »
— Grimalkin, — vous avez raison ; — retournez à vos noisetiers.
2$g On m'écrit : « Monsieur, je vois, dans vos Guêpes du mois dernier, que le duc d'Orléans n'a remis que deux cents francs pour être partagés entre les veuves des malheureux Layec et Hervé, victimes de leur noble dévouement lors du nau-
frage dans la Méditerranée du brick la Picardie. — Ajoutez, monsieur, que le roi a envoyé quatre mille cinq cents francs. »
Allons, allons, — cela me rend un peu plus indulgent pour les chaises du jardin des Tuileries. — Néanmoins, mon observation subsiste.
èjfe A la bataille de Waterloo, vers la fin de la journée, un régiment français fut forcé de mettre bas les armes. Un officier, nommé Bonnardin, fut comme les autres emmené au bivac, — ou plutôt emporté, car il était grièvement blessé et évanoui. — En reprenant ses sens, il se trouva comme de raison complètement dépouillé ; mais ce qui le mit au désespoir, ce fut de voir qu'une croix, qui lui avait été donnée par l'empereur à Wagram, était devenue la proie des lanciers anglais. — 11 s'adressa à un officier, et le supplia, les larmes aux yeux, de la lui faire restituer. L'officier prit son nom et lui donna sa parole de gentilhomme qu'il ferait toutes les recherches nécessaires.
Le pauvre Bonnardin alla comme tant d'autres souffrir sur les pontons; puis, à la paix, il rentra en France. — Mais, quoiqu'il n'eût plus que quelques années de service à faire pour obtenir sa retraite, il refusa de prendre du service sous les Bourbons.
Lorsqu'en 1830 — il revit le drapeau tricolore, il pensa à gagner sa retraite ; — quelques affaires, un voyage, une maladie, retardèrent ce projet de plusieurs années ; enfin, il y a un an, — il entra comme capitaine dans un régiment (le 41e, je crois). Il n'y avait que peu de temps qu'il avait repris son ancien métier, lorsqu'il reçut de Londres une lettre ainsi conçue :
« Monsieur, il y a vingt-trois ans que j'acbète tous les ans et que je lis avec la plus complète attention Y Annuaire militaire de France — pour y découvrir le nom de Bonnardin. — Etes-vous le Bonnardin auquel un officier anglais fit une pro-
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messe solennelle après la bataille de Waterloo? Si c'est vous, faites-le-moi savoir et donnez-m'en la preuve : il y a vingt-trois ans que je suis en mesure de remplir ma promesse; — si ce n'est pas vous, je me remettrai à lire Y Annuaire. »
Le bon capitaine répond en toute hâte, et quelques jours après reçoit par l'ambassade anglaise — le don regretté de l'empereur Napoléon.
*j$g LES SAVANTS SOUS LA HAUTE SURVEILLANCE DES GUÊPES.
— En général, je ne suis pas partisan de l'embaumement mis à la portée de tout le monde. — Si l'on réfléchit que sur la surface de la terre il meurt un homme par seconde, c'est-à-dire à chaque battement de pouls; si l'on songe que cette terre, sur laquelle nous vivons, est tout entière formée de la poussière humaine, — il deviendrait vite difficile de savoir où mettre les morts, — ou du moins où mettre les vivants, qui, eux, ne sont pas embaumés.
A quoi a-t-il servi à cinq pharaons d'Egypte, un peu avariés, du musée Charles X, d'avoir été embaumés en leur temps? — Ils ont été jetés sur la place du Louvre à la révolution de 1830, et ensuite enterrés sous la colonne comme héros de Juillet.
J$g Les enfants conserveraient leur père. — Très-bien. — Les petits-enfants conserveraient leur père et leur grand-père,
— mais la troisième génération serait encombrée. — Les administrations des cimetières n'accepteraient pas les morts embaumés aux fosses communes, — parce que le temps pendant lequel ils doivent occuper la terre, — qui ne leur est que louée, est prévu ; — le temps après lequel ils doivent avoir divisé leurs molécules entre les éléments entre en ligne de compte : — les cimetières seraient trop petits.
^*£ D'ailleurs, pour les idées pieuses attachées à la mort de ceux que l'on a aimés, — tant que le corps garde la forme, l'imagination ne voit qu'un cadavre sous la terre ; — quand il n'en reste plus rien, — elle songe à une âme dans le ciel.
Aussi les anciens avaient-ils bien raison de brûler leurs morts. — Il n'y avait pas dans un sentiment pieux un mélange de dégoût dont on ne peut se défendre — pour un mort enterré.
Mais voici quelque chose de plus dangereux. — On lit dans un journal de Nantes, du 16 février :
» Jeudi dernier, 12 février, M. Cornillier a fait une expérience publique du procédé Gannal. MM. le commissaire général et le directeur des subsistances de la marine, le directeur et l'inspecteur des douanes, le sous-intendant militaire, plusieurs de MM. les membres de la chambre de commerce et M. Gué^ pin, docteur-médecin, étaient présents.
« M. Cornillier leur a montré du mouton conservé depuis deux mois, qui avait l'aspect de viande fraîche. »
Je déclare qu'à compter de ce jour — je perds toute confiance à l'égard de la viande. A quelles côtelettes se fier, bon Dieu ! — Un homme de trente ans ne sera pas assuré contre la chance de manger un bifteck plus âgé que lui, — ou recevra en héritage un pot-au-feu octogénaire et patrimonial, — resté de père en fils dans la famille; — les gigots seront des momies, et nous aurons, au lieu de côtelettes panées, des côtelettes empaillées.
Horace dit à Mécènes : « Nous boirons d'un vin mis en pot — le jour où le peuple salua par trois fois Mécènes, chevalier, à son entrée au théâtre. »
Dans vingt ans d'ici, un poëte de ceux qui tettent aujourd'hui, écrira, non pas à M. Mécènes, — les Mécènes aujourd'hui coûtent trop cher et minent les poètes, — mais à un simple ami : « Viens manger des côtelettes d'un mouton tué le jour où M. Pasquier fut élu membre de l'Académie française. »
4|$£ Je m'élève contre l'embaumement de la viande de la boucherie. — Les bœufs de Poissy ne doivent pas être traités comme le bœuf Apis, parce que celui-là on ne le mangeait pas.
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Et puis, à force d'embaumer et d'empailler tout le monde, — les pharaons, les doyens, les bourgeois, les moutons, les gardes nationaux, — il se mettra dans la boucherie une confusion fâcheuse.— Je ne veux pas être exposé à manger un jour, au café de Paris, M. Gannal au beurre d'anchois.
j^g J'ai donné place de si bonne grâce aux réclamations, qu'on ne me saura pas mauvais gré d'en faire une moi-même, — et je l'adresse à M. Emile de Girardin, qui, j'en suis convaincu, aura la loyauté de la mettre dans la Presse, — autre^ ment ce serait imiter ce prédicateur, qui, voulant réfuter les doctrines de Rousseau, adressait ses objections foudroyantes à son propre bonnet placé sur le bord de sa chaire , — sommait ledit bonnet de répondre; — et après quelques instants, disait : « Tu ne réponds pas, philosophe de Genève, donc tu es convaincu sur ce point. — Passons à un autre. »
« Monsieur, je lis dans un des derniers numéros de la Presse, après quelques lignes où il est question de moi :
« Si nous citons ici le nom de M. Alphonse Karr, c'est que, » contrairement, cette fois, à son habitude, il a insisté avec )> plus d'esprit que de bon sens, dans plusieurs numéros des »> Guêpes y sur la nécessité d'obliger les auteurs à signer leurs » articles, comme la meilleure base qu'on put donner à une » nouvelle loi sur la presse. »
« Je vous remercie d'abord, monsieur, d'avoir bien voulu mentionner mon opinion dans un article où vous passez en revue celle des publicistes les plus distingués, — même quand vous ne faites paraître la mienne que pour déclarer qu'elle n'a pas le sens commun.
» Je n'appellerais pas de ce jugement, monsieur, car je sais que, pour les hommes même les plus sincères, « il a tort, » veut dire « il ne pense pas comme moi ; » — « il a raison » signifie « il est de mon avis; » — nous sommes les antipodes des Chinois comme ils sont les nôtres.
252 LES CrUÊPES.
» Mais l'opinion que vous me prêtez n'est nullement exprimée dans les Guêpes; — -voici le résumé de celle que j'y ai émise en diverses circonstances.
» J'ai dit aux hommes du pouvoir :
» Il n'y a pas de loi sur la presse qu'on ne puisse éluder et » qu'on n'élude. — Chaque loi répressive est le barreau d'une » cage; quelque serrés que soient les barreaux, il y a toujours » un espace entre eux, et la pensée, plus mince et plus ténue » que la vapeur, passe aisément entre deux. — Osez-vous sup- » primer la liberté de la presse? c'est-à-dire fermer la cage » par un mur au lieu de la fermer par des barreaux; c'est un » coup qui peut se jouer, mais l'enjeu en est cher, — et d'ail— » leurs, il ne faut pas oublier votre origine. — Quand on veut » opposer une digue à un torrent, il faut la construire sur un » terrain sec que les eaux n'ont pas encore envahi; — et vous, » vous êtes le premier flot du torrent.
» Laissez-le passer libre ; — il se divisera en une multitude » de petits filets d'eau et de ruisseaux murmurants.
« Loin de là ; — par vos lois fiscales, — par le timbre, par » le cautionnement, vous mettez la presse aux mains des mar- » chands, et vous créez pour elle des privilèges qui font sa » puissance. — Vous vendez les verges cher, mais vous les » vendez pour vous fouetter. — La presse libre, — chaque >-. nuance, quelque bizarre qu'elle soit, aurait son organe — » et son petit pavillon. — La presse, sous les lois fiscales, est » obligée, pour vivre, de réunir douze ou quinze nuances sur » un gros drapeau d'une couleur fausse.
» Vous lui donnez, malgré elle, l'unité qui vous tue et la » fait vivre.
» Vous réunissez les ruisseaux en un lit profond entre des » berges de lois, — et cela devient un torrent.
» Laissez la presse sans timbre, sans procès pendant un an7 » et elle sera morte ou réformée. »
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« Voilà te que je dis depuis trois ans dans les Guêpes , monsieur, je n'ai jamais donné l'obligation de signer les articles comme la meilleure base à une nouvelle loi sur la presse.
» J'en ai parlé comme d'un des moyens de la moraliser et de la réduire en même temps à son importance réelle — en lui ôtant le prisme des royautés anciennes dont on ne voyait jamais le mage, — et vous savez par quelles transitions, — du jour m les rois se sont laissé voir, on est arrivé, par une pente lente, mais continue, à les guillotiner ou à leur tirer des coups de fusil.
» Ua article signé n'aura plus que l'influence qui lui est due, c'est-à-dire celle du raisonnement et de l'esprit. — Une opinion mise en avant ne sera plus l'opinion de la presse, mais l'opinion de monsieur un tel. — Un livre est amèrement déchiré, — dans un article anonyme, — le public dit : « La cri- » tique est défavorable à l'ouvrage, » et il passe condamnation. — Si l'article est signé, le public dit : « Ah! ah! — c'est ce » mosslêur, — un petit, — très-frisé. — Ah! très-bien! — » c'est son idée à lui, — eh bien! je vais lire pour avoir la » mienne. »
« Tout journaliste qui signe n'a plus de pouvoir que celui qu'il se donne par son talent et par son bon droit. — Ses opinions soni celles de monsieur un tel ; — on les discute et on les repousse si elles ne sont pas bonnes. — Mais un article non signée — c est l'opinion de la presse, — du boulevard de nos droits, de la plus vivaee de nos libertés. — (Dieu sait toutes les phrases emphatiques imaginées à ce sujet.) — On accepte l'api ute faite, — comme article de foi.
» D'ailleurs, pour un écrivain, signer un écrit politique ou
araire, c'est dire :
Me me adsum qui feci.
» C'est moi, — me voilà, — ce que je vous reproche de
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faire, vous pouvez chercher si je l'ai fait. — Je loue tel homme, vous pouvez dire s'il m'a donné quelque chose, — j'attaque tel autre, dites s'il m'a refusé.
» Signer un article, c'est sortir des remparts d'où la presse tire depuis longtemps contre les autres pouvoirs combattant en rase campagne.
» C'est renoncer au bénéfice des cavernes sombres d'où elle exerce une inquisition si sévère dans les maisons de verre qu'elle a faites à tous ceux qui ne sont pas avec elle.
» Voilà mes raisons pour que les articles soient signés, monsieur, vous en avez donné de meilleures, vous prouvez qu'il est plus commode de ne pas signer.
» Au fond, monsieur, vous savez bien que l'autre parti est plus loyal, et vous signez les vôtres.
» Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée. Alph. Karr. »
*$g M. Alexandre Dumas, voyant que ce n'était pas encore son tour d'être de l'Académie, a dit en s'en retournant à Florence, où il demeure depuis quelque temps : « Je demande à être le quarantième, — mais il paraît qu'on veut me faire faire quarantaine. »
On a nommé, — comme nous l'avions annoncé à l'avance, — M. Pasquier et M. Ballanche. — Je me rends d'ordinaire peu volontiers complice des criailleries vulgaires; — mais, cette fois, je dois dire que je ne comprends pas l'étrange aplomb avec lequel l'Académie ouvre de si bonne grâce les bras d'un de ses fauteuils à un homme qui n'a jamais rien écrit; le pauvre .M. Cuvillier-Fleury, obligé de faire, dans le Journal des Débats, l'éloge de M. Pasquier, s'est avisé de faire remonter sa gloire littéraire à Etienne Pasquier, — il ne nous dit pas qu'Etienne Pasquier, né à Paris en 1529, y est mort le 31 août 4615. Gloire, dit M. Cuvillier, discrettement cultivée par M. Pasquier le président.
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La candidature de M. Pasquier a dû singulièrement encourager, sinon faire naître celle de M. Dubignac, qui a envoyé à chacun des membres de l'Institut les deux pièces authentiques et imprimées que voici :
« Monsieur, désireux d'avoir l'honneur de devenir membre de l'Académie française ou de l'Institut, et voulant vous épargner une visite de moins, que je regarde comme importune ou peu agréable, j'ai l'honneur de vous écrire et de vous adresser ti-joint l'analyse de mes ouvrages ; daignez avoir la bonté de la lire, vous jugerez de leur utilité pour ma patrie; c'est pour éclairer votre religion et impartialité pour le choix d'un membre digne de l'Institut.
» Daignez agréer l'hommage de ma considération distinguée. Dub. »
J$g M. Dubignac, qui ne garde dans sa lettre que le tiers de l'anonyme, est agronome — comme M. Pasquier est président de la Chambre des pairs ; ces deux positions, qui ont peu de rapports entre elles, au premier abord, en ont cependant un qui va jusqu'à la plus parfaite ressemblance, c'est leur égale et commune et complète absence de rapports avec l'Académie française. — M. Dubignac n'écrit pas bien, il serait naturel qu'on lui préférât un homme qui écrit mieux, — mais non un homme qui n'écrit pas. Voici les documents destinés à éclairer la religion et impartialité de MM. les trente-huit (qu'ils étaient alors), — j'élaguerai les passages les moins importants.
ANALYSE DE i/ AGRONOME DUBIGNAC. — « Cet CUVTaçe S8
composera de deux volumes in- 12.
» Son style est simple, tout naturel, à la portée de tout le monde, notamment des communes rurales, pour lesquelles il a été fait.
» Méthode pour la composition des différentes espèces de
fumiers, engrais, terreaux, et les moyens de leur conservation d'un an à l'autre en étant meilleurs. C'est Y âme de toute ferme.
» Très-bonne méthode pour donner une excellente éducation aux chevaux, à qui il ne manquait que la parole ; et notion sur la parfaite connaissance de leurs défauts, vices, comme de leurs bonnes qualités et de leurs âges, qu'on connaît jusqu'à dix ans.
» Notion sur la vraie et bonne position d'un jardin, sur sa fermeture, sa distribution, plantation; car, quoi de plus agréable qu'un joli jardin à la campagne ; mais sa culture, d'un jardinier, talents, expérience, soin, travail, comme une surveillance de tout propriétaire.
» Notion très-étendue sur la vraie culture de tout légume, fèves, pois, nantilles, notamment des haricots à donner cent pour cent, comme sur la conservation de la plupart en verdure d'un an à l'autre.
» Notion sur la culture des pommes de terre, sur sa grande utilité pour les bestiaux et volailles, comme pour les hommes.
» Il en est de même du blé de Turquie, dont la culture est la même, qui également est d'une très-grande ressource pour les gens de la campagne, dont la nourriture est un régal pour eux.
» Notion sur le chanvre, denrée très-précieuse par sa grande utilité, dont le commerce en est très-grand, — ainsi que sa graine très-bonne pour la volaille, dont la farine est utilisée dans le commerce. •
» 11 en est de même du lin, dont la graine est très-précieuse pour V espèce humaine; Vun et Vautre exigent que la terre soit bonne, bien amendée, bien préparée,
» Notion sur une excellente méthode pour conserver le blé au moins d'une année à l'autre, au moyen des appareils lithographies joints à l'ouvrage, qui, une fois encaissé, ne donne awcuns soucis pour sa conservation.
mars 1842. 257
» Notion sur la vigne et le vin, qui est une branche de commerce et d'industrie la plus étendue par sa grande utilité; nécessaire à l'homme pour la conservation de sa santé, préférable à tout, et lui procurant plaisir, jouissance, joie, gaieté.
» Excellente méthode pour avoir du beau fruit et améliorer l'espèce et qualité, comme d'en varier, multiplier les espèces sur le môme arbre, et de préférence sur Y amandier, qu'on doit regarder comme la mère de tous les arbres fruitiers à noyaux.
» Grand nombre d'autres expériences curieuses; enfin, \e joli tableau de la France et de sa belle capitale couronne le premier volume en disant:
« Qui mon Tableau de Paris lira, Paris très-beau, tel qu'il est, trouvera De la France admirable, son organisation, De l'Europe digne de grande admiration.
Qui mon tableau lira connaîtra Paris.
Plus d'envie et désir n'aura de voir Paris, Et, après l'avoir lu, l'on jugera Si de le louer il ne mérite pas.
» Dans le second volume, deuxième édition, corrigée, augmentée, le Vrai Guide de la Santé, dédié à l'humanité, dont le but de l'auteur a été de faire connaître combien est grand le malheur de perdre la santé, si difficile à rétablir, et à, etc., etc.
» Résultat d'une expérience pratique pendant les dix-huit ans qu'il a été maire de sa commune, où il avait de grandes propriétés, dont tous les habitants le regardaient comme leur père et lui comme ses enfants .
» Amateur de la médecine, il s'occupait à en lire les meilleurs ouvrages sur le botanique, herborisant dans ses boit, et champs, il se familiarisait avec les simples, dont il parvint à en connaître les propriétés; il était leur médecin, pharmacien, avocat, aussi n'y avait-il jamais de procès ; il se faisait un vrai plaisir de leur donner des soins, et avait-il la bien grande jouissance de les
soulager, et bien souvent la douce consolation de les guérir, et par des moyens consistant en infusions, en décoctions de quelques simples dont il connaissait les propriétés et vertus (les remèdes les plus simples sont souvent les meilleurs), des nombreuses maladies qui les affligeaient, plus exposés que les habitants des villes par leurs travaux ou par leurs imprudences.
» L'auteur, dans cet ouvrage, s'est regardé comme un vrai père de famille, aimant tous ses enfants, voulant, désirant leurs prospérités, bonheurs, félicité, et leur procurer cette chère santé sans laquelle on ne peut êîre heureux, et qui, à cet effet, l'a écrit et fait d'après la théorie-pratique la mieux suivie, et des expériences très-réfléchies et avec soin ; aussi peut-on dire :
« De plus instructif, nul en sera des agronomes, De plus utile, il serait de la campagne aux personnes ; Pour faire fortune, il faut bien travailler. Pour bien travailler, il faut se bien porter, Des vrais moyens l'un donne en travaillant, De s'enrichir en peu de temps, travail faisant, Et vous procurera bonheur, prospérité ; L'autre, de rétablir, conserver sa santé. Vive, vive, Vagricuture Et sa chère sœur la culture !
Vive, vive le commerce En tout genre, de toute espèce !
Vive, vive l'industrie De ma patrie c'est la vie !
Vive, vive cette chère santé, Sans elle, bonheur ni félicité !
» S'adresser à l'auteur, passage de la Treille, 5, près l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. »
Imprimerie de Ducessois, quai des Augustins, 55. M. Dubignac n'a pas été élu.
avril 1842. 259
Avril 18^2.
Une pension de mille écus et M. Hébert. — Longchamps. — M. de Vigny.
— M. Patin. — M. Royer-Collard. — Remède contre le froid aux pieds.
— M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M. Cayeux. — exposition du louvre : M. Hébert à propos du portrait de la reine. — Louis XVIII et un suisse d'église. — M. Vickemberg et M. Biard. — M. Meissonnier et M. Béranger. — M. Gudin. — Le lion de M. Fragonard. — M. Affre.— Monseigneur de Chartres. — M. Ollivier et une dinde truffée. — La Vierge de Bouchot. — Les ânes peints par eux-mêmes. — Question des sucres. — Un tailleur à façon. — Lorenzino de M. Al. Dumas. — Un vendeur de beau temps. — M. Listz. — Le cancan, la béquillade, la chaloupe, dansés par M. deB... au dernier bal de madame la duchesse de M... — M. Dubignac sur Napoléon, les femmes et l'amour, etc., etc. — Succès pour le commerce français, obtenu sur la plaidoirie de Me Ledru-Rollin.
avant-propos. — On savait depuis longtemps que j'étais vendu au gouvernement. — Quelques carrés de papier m'appelaient, par euphémisme, ami du château) — mais dans plusieurs estaminets on disait nettement la chose. Cependant on n'était pas d'accord sur certains détails. Quelques personnes portaient la somme dont on m'avait acheté à une importance qui pouvait devenir une dangereuse amorce pour les désintéressements les plus inabordables.
Mais l'autre jour, comme j'arrivais à Paris pour voir l'exposition de peinture, — une des premières choses que m'a dites un des premiers hommes que j'ai rencontrés a été qu'on sait maintenant à quoi s'en tenir : « M. Cave est venu me trouver au bord delà mer, où je péchais des soles et des barbues, et là nous avons fixé le prix à trois mille francs de pension annuelle. »
D'autre part, je reçois une lettre signée Pauline, où on me
dit de prendre garde à moi, —parce que M. Hébert surveille attentivement les Guêpes, dont quelques aiguillons lui ont percé l'épiderme. — Est-ce que M. Hébert serait chargé de me reprendre, sous forme d'amende périodique, les trois mille francs de pension dont je vous parlais tout à l'heure? — Tout cela m'inquiète fort, et ne me laisse prendre la plume qu'avec une extrême timidité.
En effet, on comprendra facilement mon embarras : — je voudrais bien dire des choses extrêmement hardies, — pour démentir le bruit de la pension; — mais j'ai peur que M. Hébert ne profite de la circonstance pour me faire un procès. — Heureusement que j'ai à parler du Salon et de l'exposition de peinture : il n'y a là rien de politique, et je pourrai naviguer entre les deux écueils que je redoute.
-|^ Voici les quatre choses qui m'ont le plus frappé â Longchamps :
Un marchand de briquets promenait six voitures rouges;
Un marchand de chemises, en cabriolet, faisait tomber sur la foule une neige d'adresses et de prospectus;
Plusieurs messieurs à pied — étaient vêtus de toiles représentant des cheminées, avec l'adresse et l'éloge des. fabricants; — ils étaient coiffés d'un tuyau de poêle ; — un de ces malheureux a été chassé de l'administration parce qu'il s'était permis de fumer ;
La garde municipale était en petite tenue, — ce dont on était généralement fâché, parce que la grande tenue est d'im aspect magnifique. (Peut-être ceci, à propos de la garde. municipale, va-t-il confirmer l'affaire des mille écus : — je l'effacerai sur les épreuves.)
J$g M. de Vigny refait en ce moment ses visites à ses futurs collègues. Cette fois, les chances sont pour lui, quoique cependant la rivalité de M. Patin présente quelques dangers. — On a généralement trouvé de mauvais goût qu'eu parlant de
avril 1845. 261
son concurrent M. de Vigny feignît de ne pas savoir son nom et affectai de l'appeler M. Pantin.
J$g M. Royer-Collard tient singulièrement à la .vie. M. Andr..., son gendre et son médecin, lui a recommandé, avec la plus grande sévérité, d'apporter à ses repas une régularité inflexible. Un de ces jours derniers, au moment où la pendule marquait six heures, — M. Royer-Collard mettait la main sur le bras de son fauteuil pour se lever et s'approcher de la cheminée devant laquelle on venait de lui servir une sole fumante, — lorsqu'un domestique maladroit annonce brusquement M. le comte Alfred de Vigny. — M. de Vigny suivait le domestique de fort près et entendit parfaitement la réponse de M. Royer-Collard, qui s'écria : — « Je n'y suis pas. » — Il entra néanmoins, et allait ouvrir la bouche quand l'académicien lui dit :
— Monsieur, vous reviendrez une autre fois.
— Mais, monsieur, — reprit M. de Vigny, — l'affaire dont j'ai à vous entretenir est sérieuse.
— "Eh bien! vous reviendrez une autre fois.
— Je pense, monsieur, — que l'on m'a mal annoncé : — je suis le comte A. de Vigny.
— Eh bien ! — dit M. Royer-Collard, —qui regardait avec anxiété, — et la pendule qui marquait six heures dix minutes, — et la sole, dont la fumée paraissait déjà moins intense; — eh bien! vous reviendrez un autre jour.
— Mais, monsieur...
— Mais, monsieur, — je vous dis de revenir ; — je ne vous connais pas.
— Je croyais, monsieur, que mon nom était parvenu jusqu'à vous ; il a fait un peu de bruit dans la littérature.
— Eh bien, monsieur, c'est pour cela ; — il n'a fait qu'un peu de bruit, et il en faut faire beaucoup pour venir jusqu'à
moi. — Je suis vieux ; j'ai besoin de régularité : — faites-moi le plaisir de me laisser dîner tranquillement.
èSfe A une parade, le marquis de ***, un des jeunes officiers les plus élégants de l'armée, — se plaignait du froid aux pieds qu'il ressentait à cheval :
— Vous avez froid aux pieds, capitaine? lui dit un vieux maréchal des logis.
— Je t'en réponds.
— Je sais ce que c'est, capitaine ; j'y ai eu froid pendant vingt ans.
— Eh bien, tu as dû avoir du plaisir.
— Mais, maintenant, c'est fini ; — on m'a indiqué un moyen...
— Ah ! quel est ton moyen ?
— C'est bien simple, allez, capitaine , — vous ne vous figurez pas comme je souffrais : — c'est-à-dire que les larmes m'en venaient aux yeux.
— Eh bien, qu'as-tu fait?
— Ce n'est presque rien. — On va toujours chercher midi à quatorze heures ; j'ai vu des jours où je serais tombé de cheval.
— Mais, enfin, quel est ton moyen?
— Le plus simple du monde, comme je vous dis, capitaine, —^ presque rien; — moi, j'ai eu froid pendant vingt ans, et, quand on m'a eu donné ce moyen-là, c'a été fini, — je n'ai plus jamais eu froid aux pieds de ma vie; et, comme je vous dis, — ce qu'il y a de meilleur, — c'est que c'est un moyen aussi simple qu'il est excellent. — Vous n'y avez pas froid comme j'y ai eu froid pendant vingt ans ; — et aujourd'hui...
— Eh bien?
— Si vous avez froid aux pieds, — il ne faut pas aller s'ingérer ça ou ça; — le moyen est bien simple... il faut mettre des chaussettes dans vos bottes.
4J$£ M. Casimir Bonjour, — auteur des Deux Cousins et
avril 1842. 263
de la mort de M. Alexandre Duval, qu'il a forcé d'aller, mourant, voter pour lui à l'Institut, — n'ose plus se mettre sur les rangs depuis qu'un académicien lui a dit : « Franchement, mon cher ami, votre candidature n'a plus de chances : — tous les jours la Gazette des Tribunaux met l'Académie en garde contre le vol au bonjour. »
^££ Un de mes amis reçoit hier une lettre de son jardinier; — cette lettre est datée d'une charmante retraite qu'il possède dans le midi de la France ; — le jardinier lui dit :
« Monsieur, voici le printemps, — il va m'arriver comme l'année passée. — Permettez-moi d'aller demeurer à la ferme ; il y a dans le jardin des rossignols qui gueulent toute la nuit : il n'y a pas moyen de fermer l'œil. »
^^ H y a au Musée un portrait du roi Louis-Philippe, — que l'auteur, M. de Rudder, avait fait de son chef, sans en prévenir personne, — et d'après d'autres portraits. - M. de Cayeux offrit à l'artiste de lui obtenir du roi une ou deux séances pour arriver â une plus complète ressemblance. — Il est facile de voir, à l'aspect du portrait, que M. de Rudder a ajouté des cheveux blancs — qui ne se mêlent nullement aux autres. »
Un jour que le roi donnait séance â M. de Rudder, il prit envie à Sa Majesté de faire le tour du Musée, — et elle pria M. de Rudder de l'accompagner avec M. de Cayeux, qui se trouvait là.
Pendant qu'on traversait les appartements, M. de Cayeux, qui aime beaucoup les conseils... quand il les donne, — avait pris M. de Rudder à part, et lui avait dit à voix basse : « Il y a une chose dont il faut que je vous avertisse : le roi n'aime pas qu'on soit trop près de lui, — restez un peu en arriére. »
M. de Rudder croit la chose et n'en demande pas davan-
tage.
On arrive dans les galeries ; — le roi tourne souvent la tête
à droite et à gauche pour parler à M. de Rudder, — mais c'était M. Cayeux qui interceptait les questions et faisait les réponses.
Il faut dire que c'était un manège assez fatigant pour le ni, qui a la fâcheuse habitude de porter deux cravates fort serrées, — dont ses médecins ne peuvent pas obtenir de lui qu'il affranchisse son cou.
Enfin, Sa Majesté, impatientée de ne pas voir M. de Rudder, avec qui elle voulait causer, lui cria d'un peu loin : « Mais, monsieur, je vous en prie, venez à côté de moi î »>
M. de Ruclder obéit et resta près du roi, avec lequel il causa quelque temps.
Ce jour-là, du reste, une fenêtre tomba avec fracas aux pieds du roi pendant cette promenade.
Cette anecdote sur le roi, — M. de Rudder et M. de Cayeux, — nous amène naturellement au Musée. — Entrons an. Musée.
e$£ exposition du louvre. — Constatons d'abord une chose : c'est que les expositions du Louvre ont singulièrement l'air de ne plus amuser le public, et que, excepté moi, je n'ai vu là personne qui fît un peu plus de cent lieues poor se promener dans les galeries en renversant les vertèbres du cou d'une façon si douloureuse et si fatigante.
Je ne reparlerai pas des membres du jury, iacî&res ?wn dodi. Deux fois déjà à pareille époque les Guêpes se sont expliquées à leur sujet.
Je vais vous dire ce que j'ai remarqué en me promeuant dans les galeries.
D'abord un portrait de la reine ; — ce portrait est fait avec soin, par M. Winterhalter. — Je voudrais seulement savoir pourquoi les mains sont aussi bleues, — est-ce le velours qui déteint?
N. B. (Phrase à refaire tout entière : d'un bout, elle est exposée aux estaminets et aux carrés de papier, et de Fautre
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à M. Hébert, — en effet « d'abord la reine » c'est le ab Jove principium des Latins. — Il est évident que j'ai la pension de mille écus.
Puis à la fin — une critique • les mains sont bleues — les mains de la reine. — M. Lévy ne voudra peut-être pas imprimer cela, — et, s'il l'imprime, M. Hébert, qui me surveille, selon madame ou mademoiselle Pauline, — peut se fâcher. — J'aurai soin, pour les estaminets et les carrés de papier, de parler de quelque bourgeoise ou bien de la cuisinière piquant un fricandeau de M. Ghollet, avant de parler de S. M. la reine Amélie. — A l'égard de M. Hébert, j'expliquerai que j'entends parler des mains du tableau. )
Il y a dans ce même salon carré, une grande image ainsi intitulée au livret :
M. Vinchon. 1831. Séance royale pour l'ouverture des Chambres et la proclamation de la Charte constitutionnelle [14- juin 1814). Maison du Roi.
Qu'est-ce que la peinture historique si elle n'ose pas poétiser un peu les figures? Pourquoi donner à Louis XVIII cet air de suisse d'église? — pourquoi avoir présenté de face un homme d'une grosseur extraordinaire qu'on pouvait dissimuler sans mensonge en changeant sa position? pourquoi faire la lumière de ce blanc pâteux? — la lumière se compose de toutes les couleurs.
En voyant ce tablea^, M. Villemain a dit :
— Il faudra donner cinq cents francs à l'auteur»
— Mais, a répondu quelqu'un, — ^cinq cents francs! le cadre les vaut !
— Aussi est-ce en comptant le cadre, a répondu M. Villemain.
<*^£! M. Lestang-Parade a â se reprocher une Bethsàbée très-décolletée, dont la peau est couleur gorge de pigeon.
£ Au-dessus de la Bethsàbée est un petit tableau de
M. Wickemberg, — c'est un étang* gelé, sur lequel des enfants jouent avec un traîneau ; deux autres enfants apportent des fagots; — c'est d'une vérité charmante et d'un fini précieux. C'est une comparaison fâcheuse pour les glaces bleu de ciel de M. Biard. — Il n'y avait pas besoin d'aller en Laponie, — un baquet de blanchisseuse oublié dans une cour, une nuit de décembre, donne une glace de cette couleur. — Je ne pense pas qu'il y en ait ailleurs.
Au-dessous d'un Combat naval de M. Th. Gudin, — toujours dans le salon carré, — sont deux tableaux, grands comme des tabatières, et qui méritent l'attention, — un Fumeur, de M. Meissonnier, et surtout un Lièvre et une Perdrix, de M. Béranger. — Je ne pense pas que la peinture soit jamais allée plus, loin comme imitation.
Un monsieur, voulant savoir si c'était peint sur toile, a donné un coup violent de la pointe de son doigt sur le tableau. « Heureusement qu'il est peint sur bois, me disait A. L***, qui était avec moi. — Du reste, ajoutait-il, ce monsieur avait pris un bon moyen de satisfaire sa curiosité, — car, si le tableau avait été sur toile, il l'aurait vu tout de suite; son doigt aurait passé au travers. .»
A propos de M. Gudin, sa Barque de pêche danoise est un de ses meilleurs tableaux.
Au-dessus est un tableau de M. Fragonard, ainsi nommé au livret : Femmes chrétiennes livrées aux bêtes féroces dans le Cirque.
Or, il n'y a qu'une femme, — il n'y a qu'une béte, et il n'y a pas de cirque.
La bête est un lion qui, par sa forme et sa pose, ressemble singulièrement aux lions qui servent d'enseigne à beaucoup de marchands de vins. — La femme est renversée, et une des pattes du lion est levée, arrondie, un peu au-dessus d'un des seins nus de la malheureuse chrétienne. Ce sein nu fait tout â fait l'effet de la boule que la tradition place sous la patte des
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lions d'or et des lions d'argent. M. Fragonard a senti la chose, et, pour éviter l'application, pour empêcher d'appeler son tableau le Lion d'or, il a fait son lion brun.
*£J$* Deux taureaux appuyés l'un sur Vautre dans une grande prairie. Ce tableau est une de ces fenêtres que M. Brascassat ouvre de temps en temps dans les murs du Louvre sur les prairies de Normandie. Son tableau a une étendue immense dans un cadre de quelques pieds.
<5^£ Il y a énormément de femmes nues et laides, ce qui constitue la véritable et la plus haute indécence. — Parmi celles qui ont eu le regret de se faire peindre habillées, plusieurs ont imaginé une autre indécence; - elles se sont fait peindre entières, vues de dos, sur des sièges sans dossiers, qui ne permettent de rien perdre des formes Oudinot ( crinoline — cinq ans de durée ), que les femmes exagèrent singulièrement depuis quelques années. — Je prendrai, pour l'exemple le plus frappant de ce que je dis, le portrait de S. A. I. la grande-duchesse Hélène Paulowna, peint par M. Court, portrait détestable du reste, dont la guipure, parfaitement imitée par des procédés connus des derniers rapins, — excite au musée une assez vive admiration.
£$q£ Madame. G*** (84) est rouge; — madame G. est jaune; — mademoiselle R. est violette ; — madame *** est grosse comme un muid; — mademoiselle de R. est orange; — Madame de ***, gris-bleu ; — M. R*** est chauve, etc. Je pense que c'est là ce que veulent faire savoir au public les diverses personnes qui ont fait mettre leurs portraits au Louvre.
^^ A propos de portraits, — il y a un peintre qui a fait le portrait de sa femme ; sa femme est, dit-on, jolie, et le portrait semble avoir pour but de le cacher au public; — quelqu'un, disait à l'original : « Votre mari est jaloux, c'est pour cela qu'il vous a faite si laide; ils sont tous comme cela. — Oui-da, répondit-elle, et à quoi cela les avance-t-il?
e^fee UN chanoine de saint-dénis. — Nous venons de voir M. Affre, archevêque de Paris. — M. Ollivier, ancien curé de Saint-Roch, — puis un évêque de je ne sais où; — il y a au moins quinze prélats attifés avec une coquetterie féminine, — des recherches de parures inouïes, des raffinements d'élégance inimaginables, des dentelles qui font envie aux femmes.
L'Eglise est pour le moment assez mondaine; monseigneur de Chartres fait depuis quelque temps des feuilletons dans les journaux.
$fez Madame la comtesse de ET* n'a pas suffisamment compté sur ses charmes, — elle a fait mettre son écusson dans un coin du tableau.
Ah! mon bon monsieur Lévy, — laissez-moi une fois dire ce que je pense sur cette odieuse galerie de bois.
Quel est le malheureux qui a eu l'idée d'accrocher cette hideuse baraque au flanc d'un monument comme le Louvre? Jamais les peuples barbares n'ont rien imaginé de cette force. — Les Vandales eussent peut-être détruit le Louvre, mais ils ne l'eussent pas ainsi déshonoré. — Ah! diable, — et M. Hébert... à ce que dit madame ou mademoiselle Pauline.
èj^ Près de ce portrait blasonné est celui d'une femme vêtue de noir, — c'est une figure intéressante et un tableau remarquablement peint. — Il faut lui reprocher un fond d'un bleu dur et uniforme, — comme le papier de tenture d'un appartement ; — mais ce n'est pas, à ce qu'il paraît, si facile de faire des fonds.
Du vivant de Rubens, — une femme alla le trouver et lui dit :
— Monsieur Rubens — (on l'appelait monsieur), mon fils a d'heureuses dispositions (c'est incroyable combien ont d'heureuses dispositions les enfants dont on est la mère) : il faut absolument qu'il travaille auprès de vous.