IV
M. Jars — adresse ensuite quelques reproches et quelques conseils aux auteurs.
Quand on a à porter un nom comme celui de M. Jars, on devrait, ce nous semble, — l'exposer beaucoup moins aux hasards du calembour.
*$$: Il est, selon nous, à la fois odieux et ridicule de voir cette même Chambre, qui traite si légèrement tant d'autres choses, — accorder chaque -année une si grotesque importance aux divers tréteaux comiques et tragiques de Paris.
4^£ M. Auguis a demandé une chose presque raisonnable, — à savoir : que la ville de Paris fût chargée de payer les subventions des théâtres qui la divertissent plus ou moins. — •N'est-il pas en effet singulier que le pauvre paysan breton ou alsacien — soit obligé de payer sa part de la subvention accordée'à l'Opéra, au Théâtre-Français, à l'Opéra-Comique — de Paris !
^jç Du reste, je signalerai ici une tactique assez habile de la part de la direction de l'Opéra.
Beaucoup de MM. les députés et de MM. les journalistes jouissent d'une entrée gratuite à l'Opéra.
il y a un article du règlement qui défend d'accorder ces entrées. Or, au moment où la Chambre arrive à ce qu'on appelle la discussion de la subvention de l'Opéra, — pour que les députés et les journalistes qui ont promis de l'appuyer n'oublient pas leur engagement, pour que les autres aient au moins le soin de rester neutres et muets, — la direction de l'Opéra — fait mettre dans tous les journaux une note qui rappelle la prohibition de l'article tant du règlement — et invite les personnes ayant droit aux entrées à faire établir ce droit sous bref délai.
Ce qui, pour les privilégiés, veut dire : « Vous voyez que vous n'avez aucun droit à la faveur dont vous jouissez ; vous voyez qu'il nous est même défendu de vous l'accorder; — une
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faveur surtout gratuite ne peut pas se donner pour rien ; — ayez donc soin de la mériter et faites votre devoir. »
$fe Et alors, députés et journalistes sortent d'une des cases de leur cervelle cinq ou six phrases vermoulues consacrées à cette question, — absolument comme on sort de temps en temps du magasin les vieux décors de la Vestale et de Fernand Cortez. « L'Opéra est une gloire nationale ; — le Théâtre- Français est X école des mœurs; — la comédie est le miroir des vices: castigat ridendo mores; c'est Y utile dulci d'Horace ; c'est la morale embellie par les grâces ; c'est un magasin de hauts enseignements, » etc., etc.
^^ Cette fois-ci, je résolus de savoir ce qu'il en était — et de m'assurer par moi-même des heureux effets que produit le théâtre sur la morale publique.
A cet effet, j'allai me mêler aux groupes qui, à la sortie du spectacle, se pressent autour de la statue de Voltaire, sous le péristyle du Théâtre-Français, — pour surprendre les impressions que venaient de recevoir les spectateurs des hauts enseignements qui leur étaient présentés.