FAIT TOUT CE QUI CONCERNE L'ÉTAT DES AUTRES
On en voit surtout de fréquents exemples à la Chambre des députés.
Entre autres, M. Arago. — M. Arago est un savant célèbre; pendant longtemps, on s'est habitué à n'avoir chaud ou froid en France que sur l'avis de M. Arago. Les journaux considéraient M. Arago comme un capucin hygromètre; on disait : M. Arago a ôté ou a remis son capuchon, — c'est-à-dire il fait beau ou il pleut.
En ce temps-là, les affaires du ciel allaient on ne peut mieux.
— La nuit succédait au jour régulièrement et le jour à la nuit,
— et l'on savait gré à M. Arago ; — l'année avait ses cinquante-deux dimanches, et l'on disait : « Cet excellent M. Arago ! »
Pour les affaires de la terre, elles allaient comme elles ont toujours été et comme elles iront toujours : — fort mal pour le plus grand nombre, — au bénéfice de quelques-uns.
Mais voici qu'un jour M. Arago se laissa choir dans le puits des affaires politiques, — qu'il se fit député et grand citoyen.
De ce jour, les affaires de la terre se mirent à aller absolument comme elles allaient auparavant ; — pour les affaires du ciel, ce fut autre chose : l'anarchie se mit dans les astres; — la voix même de M. Arago ne fut plus écoutée : — M. Arago avait dit : « Les étoiles fileront. »
Et les étoiles ne filèrent pas : — il y eut au ciel des étoiles
juin 1842. 2'ù
intelligentes, — comme sur terre des baïonnettes intelligentes; — il pleut l'hiver, il ne pleut pas l'été; — il fait chaud en février et froid en mai; enfin, on s'attend à voir arriver, d'un moment à l'autre, la fameuse semaine des trois jeudis, tant prédite par les prophètes.
Voilà sur quoi se fondent les personnes qui veulent s'en prendre à M. Arago de ce qu'il ne pleut pas.
2^g A force de récriminations, il est et il demeure avéré que tous les ministres que nous avons eus depuis douze ans — se sont au moins laissé jouer par l'Angleterre, et que quelquesuns en vue de la traite, — d'autres en vue de l'alliance anglaise, — quelques autres par pusillanimité, — tous ont plus ou moins consenti au droit de visite qui institue les Anglais commissaires de police des mers. Le soin que les ministres, ceux d'aujourd'hui et ceux qui les ont précédés, prennent de se rejeter la chose les uns sur les autres, montre au moins qu'ils reconnaissent unanimement que l'état de choses actuel ne peut durer, — que ratifier le traité serait une lâcheté, — que, si la France ne veut pas que les vaisseaux fassent la traite, c'est elle seule qui surveillera l'exécution des lois qu'elle s'impose à elle-même et qu'elle seule a le droit de s'imposer.
Je vous l'ai déjà dit : il ne faut pas jouer avec l'orgueil national ; la Chambre des députés a voté un supplément de fonds pour la marine, — c'est une bonne et sage manifestation ; — tenez-vous pour avertis, — car cette guerre que vous redoutez trop, — vous l'aurez par les moyens mêmes que vous employez pour l'éviter; peut-être, au moment où j'écris ces lignes, commence-t-elle par un coup de poing entre deux matelots.
Juillet 1 842.
Dédicace à la reine Pomaré. — Dissertation sur les tabatières. — La cuisine électorale. — Am Rauchen.
J$g Pourquoi et comment ce numéro est offert et dédié à la reine Pomaré, et ce que c'est que la reine Pomaré. — Une digression peu étendue au sujet de MM. Hatstard, Piati, Mamoi, Priter et Tate. — A une date récente, on lit dans le Journal d'Anvers — que S. M. Pomaré, reine d'Otaïti, — par l'organe de ses ministres;
Hatstard, président du conseil et ministre des relations extérieures ;
Piati, secrétaire d'État au département de l'instruction publique.
Mamoi, ministre de la justice et des cultes ;
Priter, ministre de la guerre ;
Et Tate, ministre de l'intérieur,
Reconnaît â S M. Louis-Philippe et à la nation française la souveraineté sur son pays. — On ne donne pas le nom du ministre des finances, — parce qu'il n'y a pas de finances à Otaïti, ou parce que le secrétaire d'État qui en est chargé — est quelque Gouin ou quelque Passy, — ou quelque autre ministre de remplissage, — quelque cheville comme en met M. de Pongerville dans ses vers hexamètres, — auxquels on n'a cependant jamais fait le reproche de ne pas être assez longs.