‹ Les guêpes (volume 3)Chapitre 42 sur 49 · LE PARRICIDE · texte numérisé non relu

LE PARRICIDE

Je suis un parricide, — un monstre dégoûtant, Meurtrier de mon semblable, — un homme bien innocent.

Pardon, monsieur Kersch, — je ne veux pas vous chicaner sur votre second vers, qui a deux syllabes de trop, — mais je désire vous demander une explication sur le sens des deux vers. — Votre criminel dit qu'il a tué son semblable — et il s'intitule lui-même monstre dégoûtant : — le semblable d'un monstre dégoûtant est un autre monstre dégoûtant, — alors ce semblable ne peut pas être un homme bien innocent.

Ou, s'il est un homme bien innocent et en même temps le semblable de votre parricide, — votre parricide est forcément le semblable de ce semblable-, — donc il serait également un homme bien innocent — et en même temps un monstre.

dégoûtant et un parricide. — Tout cela est difficile à arranger.

Mais le parricide va mourir.

Quoi ! des milliers de bras, comme sur l'Océan, Se lèvent agités, s'agitent en baissant ; Mille voix en furie ont vomi le délire : Une tête bondissante ensanglante le sable. Elle hurle et mugit, — elle n'est plus coupable.

Encore un vers un peu long ; — mais si M. Kersch fait des vers trop longs assez souvent, il n'en fait jamais de courts, — ce qui prouve que ce n'est pas par défaut de fécondité, — mais que, au contraire, son génie est à l'étroit. dans les douze syllabes de notre vers français.

a Ensanglante le sable » n'est pas très-exact. — M. Kersch ne connaît pas une horrible histoire qu'on raconte dans les ateliers, — histoire où le grotesque est singulièrement mêlé à l'horrible; — histoire que je vous dirai quelque jour où elle me paraîtra plus grotesque qu'horrible . — Dans cette histoire, le criminel — arrive sur l'échafaud, regarde le panier qui va recevoir sa tête— et il s'écrie : « Minute, minute! — qu'est-ce que c'est que ça? — qu'est-ce qu'il y a dans le panier ? c'est pas de la sciure de bois, au moins ; j'ai droit à du son, j'exige du son. »

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