‹ Les guêpes (volume 3)Chapitre 8 sur 49 · QUE LE VRAI N'EST PRESQUE JAMAIS VRAISEMBLABLE · texte numérisé non relu

QUE LE VRAI N'EST PRESQUE JAMAIS VRAISEMBLABLE

Quand un pauvre romancier veut mettre en scène une femmeadultère, il se creuse la cervelle pour orner de fleurs, — adoucir et rendre insensible la pente qui conduit une femme , une épouse, une mère, du milieu des vertus domestiques — à l'oubli de tous ses devoirs.

Le vrai, le réel, ne se donnent pas tant de peine; — il semble que la plupart des femmes qui trompent leur mari ne sont

mars 1842. 237

nullement abusées, aveuglées, etc., etc.; — qu'elles trahissent la foi conjugale, tout simplement parce qu'il leur plaît de trahir la foi conjugale ; — car les amants que la vengeance des maris produit au grand jour de la police correctionnelle ne paraissent d'ordinaire, ni par les agréments de leur personne, ni par l'astuce de leurs moyens, justifier ni même expliquer ce qu'on appelle un entraînement.

Il y a dans un adultère beaucoup plus de haine contre le mari que d'amour pour l'amant, — qui n'est, le plus souvent, qu'un élément désagréable, mais malheureusement nécessaire d'un crime qu'on est décidé à commettre.

Quelques procès récents viennent à. l'appui de ce que nous avançons.

Le jeune Charles *** est traîné devant les juges par un époux justement irrité; — ledit époux a des preuves accablantes, — il a trouvé la correspondance.

(Les amoureux sont comme les conspirateurs, ils se donnent une peine incroyable pour fabriquer des preuves contre eux. Dans tous les procès en adultère, — on trouve des correspondances. Dernièrement, M. D***, ancien notaire, qui, surprenant sa femme en flagrant délit, s'est contenté de faire signer au docteur R...,son complice, une lettre de change de soixante mille francs, — avait découvert la correspondance, — où? — sur le parquet de son salon.)

Dans l'affaire du jeune Charles ***, le ministère public s'est élevé avec force contre le séducteur qui, par des manœuvres coupables, un art perfide, avait détourné de ses devoirs les plus sacrés une femme jusque-là pure et innocente : — à l'appui de sa vertueuse indignation, il lisait une lettre où on remarquait ce passage :

« Penses-tu un peu à moi ? Combien fais-tu de toilettes par jour? Mais écris-moi donc tout cela, grosse scélérate. »

En effet, comme dit M. le procureur du roi, résistez donc à

cela ; — on comprend qu'une mère de famille, une femme honnête et distinguée, risque tout et perde tout — pour recevoir de semblables lettres.

Nous appelons sur ce sujet l'attention des femmes adultères ou sur le point de le devenir. — Certes, pour un semblable usage, — pour s'entendre appeler grosse scélérate, un mari est bien suffisant, et on peut se dispenser de prendre un amant.

Voici un autre exemple que nous tirons des mœurs de magasin :

Un marchand aime la femme d'un autre marchand, son voisin, le sieur D**\

Une première fois, M, D*** surprend une correspondance coupable, — il pardonne.

Mais, une seconde fois, il s'irrite, fait incarcérer sa femme et son complice, et demande judiciairement à ce dernier quarante mille francs de dommages-intérêts, somme à laquelle il évalue les avaries et dégâts causés dans son honneur. — Débat devant la... je ne sais combienme chambre, — comme d'usage, M. D*** produit les lettres.

Une de ces lettres, que nous allons citer textuellement, — est écrite par le marchand amoureux à l'objet criminel de sa flamme adultère, — tout simplement sur une de ses factures, laquelle porte au tiers de la page son nom, sa profession, son adresse.

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