REFRAIN
Larifla, flafla, larifla.
Onzième observation. — que.
Ceci est le second que que nous avons déjà reproché à notre auteur ; — il est souvent bien difficile d'éviter le que, — nous venons nous-mêmes d'en placer un immédiatement après un autre (que que), que l'oreille ne peut... bien! en voici un troisième à présent.
Douzième observation, — les. {Au numéro prochain,)
Jj^ posT-scRiPTCM. — En général, on gourmande beaucoup un auteur qui parle de lui-même ; — il semble, au premier abord, difficile d'accorder ce blâme avec la curiosité qu'ont les* gens de savoir les plus petits et les plus intimes détails de la vie et les habitudes des hommes qui s'élèvent... tant soit peu au-dessus de la foule par le hasard ou par le talent. Ces deux choses cependant proviennent de la même cause On aime à trouver dans les hommes auxquels survient la célébrité des coins par lesquels ils rentrent dans les proportions communes, — des côtés par lesquels on reprend sur eux l'avantage qu'ils ont pris d'autres côtés. La curiosité qu'on a pour eux n'est donc nullement bienveillante, — et elle ne peut être satisfaite par les indications qu'ils donneraient eux-mêmes ; — il vaut mieux que les renseignements soient moins certains, pourvu qu'ils soient plus fâcheux. Il n'est fable si grotesque sur un homme en vue qui ne soit accueillie parle public, et avec une confiance sans bornes.
Aussi, dans mes premières observations sur l'œuvre du Courrier Français^ ai-je un regret très-vif de ne pouvoir paru. 24
1er que de l'ouvrage, faute de [connaître l'auteur : il vous eût clé agréable de savoir, par exemple, s'il a te nez trop long ou trop court, s'il a une épaule un peu haute, ou une jambe un peu courte ; vous aimeriez que son père fût portier et qu'il eût des dettes.
Je sais bien que, si je vous le disais, vous le croiriez sans scrupule et que vous n'admettriez aucune preuve du contraire, quelque convaincante qu'elle pût paraître ; ces renseignements qui ravalent les gens sont suffisamment prouvés par le désir qu'ont ceux à qui on les donne qu'ils soient véritables.
J'aurais voulu, au moins, vous dire quel tic l'auteur a eu en écrivant; car les uns tambourinent sur leur table, les autres roulent du tabac entre leurs doigts; — celui-ci siffle entre ses dents ; — celui-là se gratte le front. M. Victor Hugo marche en faisant ses vers ; — M. A. de Musset fume; — M. Antony Deschamps s'enfonce les poings dans les yeux ; — M. Janin parle d'autre chose avec les gens qui sont autour de lui ; — M. de Balzac boit des soupières de café ; — M. Gautier joue avec ses chats; — M. de Vigny passe ses doigts dans ses cheveux ; — M. Paul de Kock renifle du tabac ; — pour votre serviteur, il tourmente ses moustaches et les tire jusqu'à se farre mal.
Malheureusement, — je n'ai aucun moyen de vous donner des renseignements de ce genre sur notre auteur, — et je comprends tout ce que mon travail a d'incomplet. — En effet, comme je vous le disais tout à l'heure, on aime à tempérer l'admiration qu'on crdit ne pouvoir refuser à un homme par quelque chose d'horrible ou de ridicule qu'on sait de lui, ce qui rétablit l'équilibre; et, tout en nous le montrant supérieur par un côté, nous rend cette supériorité d'un autre côté.ll n'est pas un seul homme, si élevé qu'il soit au-dessus des autres, que nous ne nous croyons supérieur à lui en quelque point.
N'ai-je pas moi-môme, tout à l'heure, dans ma première observation sur le fragment que je commente, abusé de mes habitudes sur les côtes de Normandie pour chicaner mon auteur sur une petite erreur au sujet des causes qui agitent ou qui calment la mer, et n'avais-je pas, il faut l'avouer, pour
but, beaucoup moins de vous éclairer que de prendre moimême un avantage sur cet écrivain, et de tne venger des éloges que je suis forcé de lui donner, en le rabaissant sur un point où j'ai une supériorité du moins apparente ?
Décembre 1841 .
Les tombeaux de TEiupercar. — M. Haroehetti. — M. Visconii. — H. Duret. « M. Lemaire. — H. Pradier. — Un nouveau métier. » L*arbre de la rue LafQtte. — Les annonces. — Les réclames. — Un rhume de cerveau. -^ Un menu du Constitutionnel. — D'un acte de bienfaisance qui aurait pu être fait. — Les départements vertueux et les départements corrompus. — M. Ledru-Rollin. — Un nouveau noble. — M. Ingres et M. te duc d'Orléans. — Les «prévenus. — L'opinion publique. — Suite des commentaires sur Tœuvre du Courrier français, — M. Esquiros. — Le secret de la paresse.
4|||^ Quand un journaliste parle de la presse en généra), — c'est tout ce qu'il y a de vertueux, d'bonnéte, de désintéressé, de respectable.
C'est la seule majesté qu'il soit posâble de reconnaître. — Les lois doivent plier devant elle ; — c'est un crime de se défendre contre ses attaques; — elle a raison sur tout et contre tout. — La presse est infaillible.
Nous pourrions un peu démêler ce faisceau serré et en examiner chaque brin et chaque fascine l'un après l'autre, — mais laissons ce soin à la presse elle-même.
La presse se divise en deux grands partis : 1° ceux qui sont pour le gouvernement, c'est-à-dire qui veulent obtenir d'amitié les places et Targent ;
2* Ceux qui sont contre le gouvem^aient, c'est-à-dire qui veulent prendre de force Targent et les places. Chacun de ces deux partis traite l'autre fort mal.
Prenons un journal ministériel : Les journaux de l'opposition sont des anarchistes, — des révolutionnaires, — des fauteurs de troubles et de désordres.
Un journal de l'opposition, parlant des journaux ministériels, — les appelle des journaux corrompus et vendus au pouvoir, — des oppresseurs du peuple; — puis, si d'autre part vous recueillez les jugements portés sur les hommes parvenus de la presse par ceux qui ne sont pas parvenus, si
nous admettons en principe que la presse est infaillible, nous sommes fort embarrassés quand elle se trouve ainsi divisée. Chacun des deux partis est de la presse qui est infaillible, il faudrait donc croire et admettre ce qu'ils disent tous les deux l'un de Tautre.
JH^ Je ne compte pas vous entretenir du tombeau de Napoléon ; — quatre-vingt-trois projets de tombeau ! Il n'y avait, selon moi, qu'un tombeau, — pour TEmpereur, — celui que la destinée lui avait donné dans une île presque déserte, sous un arbre.
Puis ensuite, — comme la pensée semble comme les vents avoir plusieurs couches à diverses hauteurs ; au point de vue de la gloire humaine, de Torgueil national, — c'est-à-dire au-dessous du point de vue poétique, — il fallait l'enterrer à Saint-Denis, là où il avait fait faire deux portes en bronze pour son tombeau: et enfin, au point de vue de l'admiration contemporaine de ses soldats, il fallait le mettre sous la colonne de la place Vendôme.
Je ne parlerai donc pas des quatre-vingt-trois projets qui tous ont la prétention d'être exécutés aux Invalides; d'ailleurs, qu est-ce que ces concours où la plupart des artistes les plus distingués d'un pays ne se mêlent pas? — Lemaire est à Pétersbourg. — Pradier en Italie. — Duret bien plus loin, car il est au fond de son atelier, où il boude. — M. Viscontia conçu un projet qui ne manque pas de grandeur.
M. Marochetti en a présenté un qui paraît réunir plusieurs suffrages, — mais qui présente en même temps une petite difficulté qui pourrait bien faire reculer le jury d'examen: — il faudrait commencer par enlever la voûte et le dôme des Invalides.
JMpc Au commencement de la saison, on a eu à enregistrer cinq ou six morts funestes de savants, — d'artistes, etc., — sans compter les propriétaires et les pauvres diables, victimes de leur propre maladresse à la chasse, ou de celles de leurs compagnons ; — ceci coïncidant avec la diminution progressive du gibier, — donne pour résultat qu'il se tue beaucoup moins de perdreaux que de chasseurs.
On lit ceci dans un journal — (^. B. C'est un sarcasme) :
(( Nos escadres de la Méditerranée, qui offusquaient l'Angleierre^ ont été dispersées et désunies. Mais le Moniteur s'empressait hier de nous offrir une glorieuse compensation à cette humiliation maritime : il résulte d'un rapport du prince de Joinville, daté de Terre-Neuve, que nous n'avons pas cessé d'occuper un rang des plus brillants sous le rapport de la pèche de la morue et des harengs. »
De même qu'en fait de modes d'habits on voit succéder les gilets trop longs aux gilets trop courts; — de même, en fait de mode de langage, au chauvinisme qui, sous la Restauration, montrait toujours un soldat français triomphant des armées coalisées de l'Europe, — a succédé, aujourd'hui, un autre ridicule qui consiste, de la part des journaux, à montrer toujours la France humiliée et foulée aux pieds. Un journal un peu répandu doit au moins deux fois la semaine raconter qu'un Français a reçu des coups de pieds à Pétersbourg, qu'un autre a été empalé à Constantinople, et un troisième mangé quelque autre part ; tant ces honnêtes journaux se complaisent dans une humiliation que le plus souvent ils inventent. Mais ici, on peut voir d'une manière manifeste ce que c'est que la politique de ces pauvres carrés de papier.
Ils seraient fort étonnés si on leur disait : « Mais cette pêche du hareng et de la morue est une des branches de commerce les plus importantes; mais c'est la vie de populations entières; mais il y avait plus de vingt ans qu'on n'avait pas fait une bonne pêche : il y avait plus de vingt ans qu'un nombre prodigieux de familles vivaient dans la misère et dans les privations.
Oui, certes, c'est une belle compensation à une diminution d'appareil militaire, et de fanfaronnades inutiles.
Mais on dit que je fais des paradoxes quand je crie, comme je le fais depuis trois ans, que le premier besoin du peuple, c'est de manger.
IMIyc Ah I si vous voyiez, comme moi, ces pauvres pêcheurs de la Normandie et de la Bretagne; — leurs durs travaux, — n. 24.
leurs journées et leurs ni^ts de fatigues avec la mort sous les pieds ; — si vous voyiez, comme moi, toutes ces blondes familles de dix enfants, à peine vétûs, à peine nourris, quand leur père revient sans rapporter de quoi souper, remerciant Dieu de ce qu'il n'a pas permis qu'il fût englouti dans les vagues de rOcéan ; vous ne trouveriez pas que ce soit une nouvelle si peu importante, si ridicule même, celle qui vient vous dire que cette année la pèche du hareng a été favorable, et que tous ces gens-là mangeront.
Hlic . Je me rappelle un temps où Henry Monnier n'avait pas de plus grand plaisir que de cheitiher les métiers bizarres et inconnus auxquels se livrent certaines gens. Il a fait ainsi de singulières découvertes. En voici un qu'il n'a pas trouvé, et que ni lui ni moi n'aurions inventé. *
Les habitants de la campagne ne sont guère exposés, en fait de maladies, qu'à des pleurésies et des fluxions de poitrine,
— on leur ordonne des sangsues. — Le village d'Augerville- Bayeul est situé à cinq lieues du Havre, — d*où il tire ses sangsues. Au Havre chaque sangsue coûte sept sous. C'est fort cher. Une brave femme du pays a imaginé de louer des sangsues,
— elle en a acheté une vingtaine et elle s'est faite bergère de ce noir troupeau, — elle les soigne et les entretient ; quand un malade a besoin de sangsues, elle en loue la quantité demandée à l'heure ou à la saignée ; — Topération faite, on lui rapporte ses sangsues. — Si quelqu'une de ses sangsues meurt ou fait une maladie entraînant incapacité de travail, elle se fait payer la valeur de la morte, — ou convenablement indemniser de la perte qui résulte de l'indisposition de son animal.
JHIyc Le monsieur qui annonçait dans les journaux — du graines de l'orgueil de ia Chine à vendre, — rue Laffitte, 40,
— a profité de l'avis que je lui ai donné dans le volume du mois dernier.
Je faisais remarquer que les annonces publiées pendant le mois d'octobre — portaient que cet arbre — se semait d'octobre à novembre, — et que les annonces insérées dans les journaux — omettaient cette particularité.
Qu'a fait le monsieur, — le planteur de la Louisiane? — Il a continué à publier des annonces à la quatrième page des journaux ; — seulement dans ces dernières annonces publiées tout le long du mois de novembre, — l'orgueil de la Chine — (en chinois arbor sancta) ne se sème plus du tout d'octobre à novembre, — il se sème maintenant de la mi-octobre jmqu'k la mi-mars.
Pas avant, — pas après.
Mais que feront ces braves gens qui, sur la foi de la première annonce, — ont acheté et semé de la graine de Torgueil de la Chine?
Ces gens-là, dites-vous ?
Oui.
Eh bien, — ils en achèteront d'autre, qu'ils sèmeront maintenant de la mi-octobre à la mi-mars.
Parbleu ! l'ami Mars est venu là fort à propos et s'est montré un véritable ami pour prolonger le délai pendant lequel le planteur de la Louisiane — espère duper le public, — avec l'assistance des carrés de papier de toutes les couleurs et de toutes les opinions, — un franc la ligne.
Sérieusement, — carrés de papier, — croyez-vous jouer là un rôle bien honorable, — que d'être ainsi complices de toutes les friponneries contemporaines, — de tous les charlatanismes, — de vous établir compères de tous les marchands d'orviétans?
JlKyc Vous répondez : « On sait bien que la quatrième page des journaux est livrée aux annonces — et que nous ne sommes pas responsables de ce qu'elles disent. »
On? qui est-ce que ce on? — vous, — moi..., et ce n'est pas ici le lieu de dire que je m'y suis laissé prendre plus d'une fois.
tf Et, d'ailleurs, ajoutez-vous en général, la signature des gérants précède les annonces, ce qui explique, clair comme le jour, que nous ne garantissons pas au public la vérité des annonces que nous insérons, d Très-bien; — mais alors, gens si vertueux pendant trois pages, pourquoi cette facilité de
mœurs à la quatrième page? pourquoi ne pas mettre en gros caractères en haut de votre quatrième page :
tf Ceci est un mur public — où on affiche ce qu'on veut, — moyennant la somme de... — Nous ne garantissons pas ce qu'il plaît aux marchands d'y mettre; — ce sont eux qui parlent — et qui crient ainsi leur marchandise — à une distance où leur voix ne parviendrait pas. »
Vous ne l'avez jamais fait, carrés de papier, vous ne le ferez pas ; bien plus, quand vous avez pensé qu'on commençait à soupçonner que ce pouvait bien être cela, vous avez imaginé la réclame; la réclame est une annonce mieux déguisée, là le journal ne se contente pas de ne pas dire qu'il ne garantit pas la vérité de ce qu'il publie.
Là, il assume toute la responsabilité de la chose; là, il prend la parole, il se fait crieur public, il annonce lui-même les marchandises plus ou moins honteuses, et il donne son opinion à lui, il dit je; par exemple, c'est dix sous de plus.
Il dit : « Nous ne saurions trop recommander la pommade de M. un tel.
(( Nous avons vu des effets surprenants de la poudre de madame de Trois-Étoiles. »
Le tout signé du nom de chaque rédacteur ou gérant responsable.
3^ Pendant que nous parlons des annonces, — disons que le Journal des Débats, ce rigoriste — qui prêche la moralC; publie à sa quatrième page des annonces dont je ne puis pas imprimer ici le contenu, — et une gravure — représentant une femme qui se livre à des danses prohibées par la police, et qui, tout en dansant, appuie son pouce sur son nez et fait tourner sa main sur ce pivot pour narguer un garde municipal qui la regarde.
Jjjfff^ Il est un mal horrible, — un mal qui, en quelques instants, fait de l'homme le plus spirituel une buse et un idiot; — je veux parler du rhume de cerveau. Un rhume de cerveau fait horriblement souffrir, et. rend en même temps parfaitement ridicule. — Un jeune homme est obligé d'attendre la nuit, dans un jardin, un entretien longtemps désiré
et demandé. — Tout ce qui l'entoure invite à la plus douce et à la plus poétique rêverie; — la lune monte à travers les arbres, — les clématites exhalent de suaves odeurs. — Il entend des pas légers et le frôlement d'une robe, — c'est elle! — son cœur bat si fort, qu'il semble qu'il va rompre sa poitrine pour s'échapper. — Enfin, il pourra donc lui dire tout ce qu'elle lui a inspiré depuis qu'il la connaît; — il va lui révéler tout ce trésor d'amour qu'il a amassé dans son âme, — et les premiers mots qu'il prononce sont ceux-ci : « Àh! badabe, cobe je vous aibe î »
Le malheureux s'est enrhumé à attendre sous les arbres. Un autre a à prononcer* un discours en public, — un toast à porter dans un gueuleton patriotique ; — il répète son toast d'avance et s'entend avec effroi dire : (( Bessieurs, dous dous sobes rendis dansude intention purebent patriotique, » — ou: a Je débande la bort des tyrans. j>
Comment faire? Son discours lui a coûté bien du mal — et ferait tant d'effet! — à coup sûr on le mettrait dans le journal. — Il va trouver un médecin.
— Bossieur, il faut que vous be rendiez un grand service.
— Volontiers, monsieur, si cela dépend de moi.
— J'aibe à le croire, bossieur; — j'ai ud' affreux rhiibe de cerbeau.
— Ah î ah î un coryza ?
— Un rhube de cerbeau î
— Oui, — j'entends bien, — c'est ce que nous appelons un coryza.
Le malade est flatté de voir que la science s'est occupée assez spécialement de son mal pour lui donner un nom inconnu du vulgaire; — il se voit d'avance guéri.
— Bossieur, — c'est que, pour ud' adiversaire, je suis bembe d'un dîder, et il d'y a pas boyen d'y banquer.
— Cela n'empêche pas de manger, — seulement les aliments vous paraîtront moins savoureux.
— Bossieur, s'il s'agissait seulebent de banger . . . ça de be ferait rien, — je be boque des alibents; — mais c'est que j'ai un
discours à prodoneer, — et vous compredez qu'avec bon rhube de cerbeau — on d*entendra pas le boindre bot.
— Alors c'est fort désagréable.
— Qu'est-ce qu'il faut faire, bossieur, pour bon rhube de cerbeau?
— Pour votre coryza?
— Oui, — bossieur, — on b'avait dit de redifler de l'eau de Cologne.
— Ça n'est pas mauvais.
— Ça n'est pas bauvais, bais j'en d'ai rediflé trois verres et ça de va pas bieux. — On m'avait dit également de be bettre du suif de chandelle autour du dez.
— On en a vu de bons effets.
— Je be suis bis deux chandelles entières sur la figure et ça de va pas bieux. — Qu'est-ce qu'il faut faire, bossieur?
— 11 faut essayer d'une fumigation.
— Et ça be guérira-t-il?
— » C'est possible.
— Cobent ! ça d'est pas sûr î .
— Non, monsieur.
— Et vous d'avez pas d'autre boyen?
— Des bains de pieds.
— Ah ! et ça be guérira-t-il?
— Peut-être, — d'ailleurs, ça n'est jamais bien long, attendez que ça se passe.
Et le malade s'en va persuadé que les médecins, comme certains parrains de complaisance, se sont contentés de donner un nom au rhume de cerveau, — sans se soucier de ce qu'il deviendrait à l'avenir;
Qu'ils sont très-forts sur la lèpre qu'on n'a plus, et sur la peste qu'on n'a pas; — mais qu'ils ne savent rien sur les rhumes de cerveau et sur les cors aux pieds.
IMIyc Le Consiitutionnel, en parlant d'un repas donné par H. O'Connell, a fait une énumération qui a lieu d'étonner de la part d'un journal qui compte au nombre de ses fondateurs des hommes G[ui passent pour savoir manger.
On lit dans le menu du Canstitutionncl : « Cent pommes de
pin » (pme applCy que le Constitutiùnnel traduit par pammen de pin, — veut dire ananas. Il y a de quoi rompre la bonne harmonie qui existe, d'après certains journaux, ou qui n'existe pas^ d après certains autres, entre la France et TAngleterre, en prêtant de semblables nourritures à nos voisins). Le Constitutionnel ajoute : « Trente plats d*orange et autres Iourtes, ))
Ce mot me rappelle une locution semblable d'un portier que j'ai eu et qu'on appelait M. Gorrain. « Monsieur, disait-il, malgré les crimes des jésnites, il ne faut pas oublier que c'est à eux que nous devons l'importation des abricotiers, des dindons et d'une multitude d'autres fruits à noyau. »
JNbc L'autre jour, — dans une maison — où on lisait le journal à haute voix, le lecteur arriva à cette anecdote :
« Le roi était attendu hier, vers une heure, au château des Tuileries. — Tout à coup des cris : Au secoursl un homme se noie ! se font entendre, — dix batelets se détachent de la rive,
— on saisit un homme qui allait disparaître, — on le porte au bureau de secours, — puis chez le commissaire de police, — • où cet homme déclare que c'est la misère qui l'a poussé a cet acte de désespoir, d
Le lecteur s'arrêta.
— Continuez donc, lui dit la maîtresse de la maison.
— Mais c'est tout; il y a un point.
— Mais non; — il est impossible que le roi n'ait pas fait donner des secours... Tournez la page.
— Je la tourne, et je lis : « Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs le mou de veau... )>
— Assez... Comment, le roi?
— Il ne passait peut-être pas précisément à ce moment-là;
— et puis, on peut ne pas lui avoir dit la chose.
— C'est égal, il n'a pas eu de bonheur cette fois-là. j||^ Il est évident que la presse est l'origine de Thor-
rible désordre qui mine la société. — Quelques niais demandent à ce sujet des lois répressives. — Je Tai dit vingt fois, — c'est^ au contraire, le moment de lui mettre la bride sur le cou. — Laissez la presse libre, — sans cautionnement, —
sans timbre, — sans procès, — dans deux ans la presse sera morte ou réformée et moralisée. — C'est une gageure que je tiendrais en mettant ma tête pour enjeu.
Toutes ces sociétés secrètes sont comme les mans qu'on trouve dans la terre, où ils rongent les racines ; le soleil, le jour et Tair les font mourir.
j^^ Si la presse était libre, — les communistes, les égalitaires, qui sais-je, moi, chacune des trente ou quarante républiques dont se compose le parti républicain aurait son journal et développerait ses idées. — Vos lois répressives de la presse donnent à tous les journaux de toutes les opinions des limites égales dans l'expression de leurs opinions, — qui rendent leur langage presque identique, de telle sorte qu'ils se trouvent combattre ensemble, — et dans les mêmes rangs contre vous, — pour des causes toutes différentes, ou ennemies.
Laissez chacun arborer l'étendard qui lui plaît, — et vous verrez cette grande armée de l'opposition que, par vos sottes lois répressives, vous réunissez malgré elle sous un seul et même drapeau d'une couleur ^bizarre formée du mélange de tant de nuances, — vous la verrez se diviser en petites cohortes, chacune sous son véritable étendard, avec ses couleurs, combattant pour son compte, — et contre ses alliées d'aujourd'hui.
Le procès fait à M« Ledru-Rollin, et qui se termine par la condamnation de cet avocat, — est encore une sottise. — — Votre gouvernement représentatif est un mensonge — si un candidat ne peut exprimer sa véritable opinion. — J'admets ici que W Ledru, ou tout autre avocat, ait une véritable opinion.
Ne comprenez-vous pas, d'ailleurs, que M* Ledru ou tout autre, forcé par vos lois à l'hypocrisie, — réunira les suffrages de toutes les nuances qui avoisinent la sienne, -^ au lieu d'être réduit à ses véritables sectaires ?
j^ Le National a eu un nouveau procès; — cette fois il a été acquitté. — Il a appelé encore ce jugement une ieçoQ donnée au pouvoir.
DECEMBRE i841. ^295
M. Ledru-KolUn a été condamné. — On a dît que c'était une erreur du jury.
M. Quesnaut, candidat ministériel, échoue à Cherbourg.
— Gloire aux électeurs, — leur bon sens et leur patriotisme sauvent la France.
M. Hébert, autre candidat ministériel, est nommé à Pont- Âudemer à une grande majorité. — On crie à la corruption,
— à la vénalité, — à l'ignorance.
Ainsi, il y a des départements entiers corrompus et des départements vertueux; — cela vient de l'eau ou de Tair : — on n'en sait rien.
Cela est décidément par trop leste, — et le gouvernement maintient des lois répressives contre les journaux! — Mais laissez-les donc faire, — je vous le répète, — laissez-les deux ans, — laissez-les un an, — et la presse sera morte ou réformée.
Ijjf^ Un M. Doyen, âgé de quatre-vingt-six ans, vient de faire entériner par la cour royale des lettres patentes qui lui confèrent le titre de baron ; — ces lettres ne sont que la confirmation d'un titre qui remonte à 1628. — C'est s'aviser un peu sur le tard, et cela ressemble un peu à ce que faisaient les seigneurs qui voulaient mourir dans un habit de moine de quelque ordre religieux, — supposant sans doute qu'ainsi déguisés ils ne seraient pas reconnus à la porte du paradis et y entreraient plus sûrement ; — pour ce qui est de M. Doyen, le lendemain de l'entérinement de ses lettres patentes, il était déjà, et pour ce fait, exposé aux avanies de quelques journaux.
Au premier abord, on pourrait s'étonner de voir à la même époque tant de manifestations de mépris pour les titres et les honneurs, — et tant d'avidité pour s'en affubler ; — c'est que les gens qui crient le plus ont moins de haine pour les dignités que pour ceux qui les possèdent; que ce mépris est tout en paroles et n'est qu'une façon de dire de l'envie.
41^ Quand Jésus-Christ chassa les marchands du temple,
— c'était avec une corde ; — on a employé des moyens plus doux pour M. Ollivier, qu'on a fait évoque. — On assure que