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assez joli malgré sa simplicité,— puis le place sur un meuble et attend.
Hais le prince s'occupe à regarder un tableau.
— Mais, Joinvillci, lui dit-elle, — à quoi pensez-vous?
— Pourquoi cette question, ma sœur?
-^ C'est parce que vous savei bien que j'attends.
— Et qu'attendez-vous?
— Le costume.
— Est-ce que je ne vous ai pas donné...
— ' Un collier.
— Eh bien?
— Eh bien ! j'attends le reste.
— Mais il n'y a pas de reste.
— Comment?
— Je vous jure que c'est le costume complet, — et que la reine dont je vous parle ne portait rien de plus.
Hff^ M. Humann — mort, on a mis à sa place M. Lacave- Laplagne. — M. Royer-Collard, en apprenant cette nomination, — a parodié un mot connu, et a dit : « Il n'y a rien de changé, ce n'est qu'un gascon de plus. »
JH^' Je vous ai quelquefois parlé de la quatrième page des journaux, — vous savez, celle où on met tout ce qu'on veut, cette sorte de mur où on affiche librement — et contre lequel il n'est défendu de déposer quoi que ce soit.— Eh bien! — le Jonimai des Débau a, le 10 avril dernier, admis, — en gros caractères, — une annonce dont je n'oserais ù aucun prix écrire ici le premier mot. (Voir le Journal des Débat» dudit jour.)
jljflfç^ Un autre journal a imaginé une forme assez heureusf^ de critique pour les ouvrages modernes.
« AVIS IMPORTANT. — Au milieu de cette inondation de livres de tous genres, dont beaucoup sont inutiles ou dangereux, il est de la dernière importance d'en signaler un qui mérite les plus grands éloges et qui intéresse au plus haut degré une immense quantité de personnes.
a Les auteurs, hommes du métier, sans aucun charlatanisme, avec une conscience et une modestie qui devraient faire la
règk de touê ks écrivains, enseignent dans cet ouvrage si éminemment utile :
ff A obtenir à la fonte du suif en rame une plus grande quantité de suif que par Tancien procédé. ]»
En effet, qu'apprend-on dans nos romans? — lisez-en tant que vous voudrez, — Balzac, Hugo, Dumas, madame Sand,— que saurez-vous après cela? vous y brûlerez quelques bougies, — mais vous n'en ferez pas mieux une chandelle.
H^ On lit dans un nouveau roman de H. d'Ârlincourt, un roman inutile comme nous disions tout à Theure, — un dialogue qui rappelle celui de l'ancien mélodrame dans ses beaux jours.
— Un meurtre ! ! !
— Il a été mérité!
— Un prêtre ! !
— Il n'en avait que Thabit.
— Lui! pas plus ministre du ciel...
— Que je ne suis religieux.
Dans ce genre de dialogue, il faut qu'il y ait eu plusieurs répétitions et que celui qui parle le premier sache parfaitement ce que lui répondra son interlocuteur.
Car jamais un homme ne s'aviserait de dire : « Lui ! pas plus ministre du ciel... » si on ne lui a promis parles plus grands serments et sous les plus certaines garanties d'ajouter immédiatemeiit : a Que je ne suis religieux; » sans cela la phrase serait absurde.
JH^ L'autre jour, dans un procès en adultère, deux avocats dont je regrette de ne pas savoir le nom, ont donné un nouvel exemple de Taudace de ces messieurs.
Il s'agissait d'un escalier et du nombre de marches dont il est composé : — l'un l'évaluait à trente et l'autre à quatrevingt-deux. — Tous deux ont affirmé les avoir comptées.
îlf^ Il existe dans la hiérarchie ecclésiastique de grands abus à rencontre des petits, c'est-à-dire des curés et des pauvres desservants de campagne, — de la part de messeigneurs les évoques, et surtout, — comme cela ne manque jamais, — de la part des grandeurs subalternes, c'est-à-dire de MM. les
MAI 184a. 405
vicaires généraux; — npe guêpe es| spécialement chargée en ce moment — de recueillir sur les tracasseries subies par ces pauvres curés, sur ces fleurs amères de leur vie, — quelque chose qui ressemblera moins au miel qu'à Tabsinthe.
En attendant mieux, voici un fait récent — qui ne manque pas d'une certaine bouffonnerie.
Le desservant d'une pauvre commune qui ressort de l'archevêché de Rouen— s'est vu brusquement suspendu de ses fonctions, — sans qu'on lui en fit connaître la cause.
Les interprétations n'ont pas manqué, — et naturellement on n'a examiné les versions diverses que strictement le temps nécessaire pour adopter exclusivement les plus fâcheuses, — en quoi les gens se sont montrés fort ignorants de la discipline ecclésiastique.
Car ce n'est pas Toubldeâ devoirs ni des serments que l'Église punit le plus sévèrement dans ses ministres, c'est l'indiscipline,— tout autre péché, quelque gros qu'il soit, — n'est qu'un péché véniel.
Les commandements de Dieu passent après les ordres de l'Église.
Il n'y a rien dans ce que je dis ici qui ait la moindre exagération ; — ceux qui ont lu les Guêpes depuis bientôt trois ans, — et mes autres écrits depuis douze ans, savent que je n'ai jamais mêlé ma voix aux criailleries si à la mode contre les prêtres.
Notre desservant donc, lassé de voir son malheur aggravé de toutes sortes d'interprétations peu bienveillantes, s'est avisé de demander à l'archevêché une sorte de certificat de bonnes vie et mœurs ; — il a paru désagréable et embarrassant aux vicaires généraux de monseigneur de Groy d'avoir à donner un certificat favorable ; — ils n'ont pas répondu ; — le curé a insisté pour que son certificat lui fût envoyé ou pour qu'on lui accordât un refus motivé.
Enfin on s'est décidé, et voilà ce qu'il a reçu.
a Nous, soussigné, prêtre vicaire général de S. Â. E. le cardinal prince de Groy, archevêque de Rouen, certifions que M*** a exercé pendant à peu près l'espace de douze ans n. 34.
106 LES 6UÉPES.
les fonctions du ministère ecclésiastique en différents endroits et en différentes qualités, et que, pendant ce temps, il n'a jamais été accusé de mauvaises mœurs, ni connu pour avoir une conduite scandaleuse; le présent certificat lui a été ac* cordé conforme à sa demande — pour lui servir et valoir ce que de droit.
aBouen 1842.
« Signé Surgis, vie. génér. »
Le desservant était après cette lettre plus blanc que neige,
— il n'avait pas même été accusé; c'était la .vertu poussée au degré que César exigeait de sa femme.
Mais le malheureux: curé, innocent aux yeux du monde, devenait par cela même coupable aux yeux de ses supérieurs
— qui considèrent comme une rébellion ouverte son audace de demander un certificat d'innocence précisément au moment où on le punissait; — aussi M. Surgis, le même vicaire général, joignit-il au certificat la lettre que voici :
(( Monsieur, le temps jusqu'à ce moment m'a à peu près manqué pour vous envoyer la pièce que vous avez demandée à S. A. E.; j'éprouve aussi quelque embarras, ne sachant trop comment formuler le certificat objet de vos désirs. Enfin, je vous l'envoie aujourd'hui et je souhaite qu'il remplisse vos vues.
« Je suppose que votre départ devant avoir, lieu incessamment, et ne vous comptant plus vous-même c^mme faisant partie du clergé du diocèse de Rouen, vous avez déjà cessé toute espèce de fonctions ecclésiastiques, mênie de célébrer Us saïMs mystères. Vous sentez qu'un certificat aussi extraordinaire que celui que vous sollicitez vous étant accordé, S. A. E. ne peut plus que vous plaindre et vous regarder comme étranger au sacerdoce, — et vous ne pouvez plus désormais dire la messe dans son diocèse. — Vous trouverez ciinclus le certificat, comme j'ai cru devoir le faire pour suivre vos intentions.
« Recevez l'assurance, etc. « Stjfn^ Surgis, b
Ces deux pièces sont authentiques, — je les tiens dans les mains et je les copie.
. MAI 1842. Wj
M. le vicaire général Surgir nie permettra de- trouver sa lettre beaucoup plus extraordinaire que le certificat qui lui cause tant d'étonnement.
En effet, quel est ce certificat, après lequel celui qui l'obtient ne peut plus dire la messe — ni faire partie du clergé du diocèse, — et cela d'une manière si évidente, que M. Surgis ne croit pas avoir à en donner de raison, — qu'il se contente de dire : « Vous sentez que vous devenez par ce certificat étranger au sacerdoce? »
Tout ce certificat est incompatible avec la prêtrise; ce certificat est un certificat de vie honnête et de mœurs décentes.
Savez-vous, monsieur le vicaire général, qu'on pourrait tirer de là de singulières conséquences pour le clergé; — car enfin, monsieur Surgis, vous ne pouvez échapper à ce raisonnement : si ce prêtre auquel on accorde ce certificat extraordinaire ( un certificat de bonne vie et de bonnes moeurs ), par cela même devient étranger au sacerdoce, ne pettt plus célébrer les saints mystères (c'est tout simplement une excommunication), les qualités nécessaires et habituelles pour faire partie du clergé sont les contraires de celles (énoncées en cet extraordinaire certificat) et qui entraînent nécessairement et évidemment l'exclusion, Tanathème et l'excommunication.
Jllfffç^ Pendant le carême, les églises de Paris étaient curieuses à observer ; — les jours où un prédicateur plus ou moins célèbre devait travailler, on disposait les places comme au théâtre. — On se rappelle, du reste, la fameuse annonce : M. La-
GORDAIfiE PRÊCHERA EN COSTUME DE DOMINICAIN. Il y avait dcS
places où on voyait et où on entendait, — d'autres où on entendait sans voir, — d'autres où on voyait sans entendre, ■■ — enfin un quatrième ordre de places où on ne voyait ni n'entendait absolument rien ; — pour faire le service de ces diverses places, il y avait des contrôleurs, des ouvreuses, etc., qui faisaient valoir les meilleures.
3^ Les lois sont faites par des avocats ; — on ne le saurait pas, qu'on s'en > douterait à la façon dont ils se sont ménagés: ils se sont bien gardés de se placer dans la catégorie des patentés, dans laquelle, ils ont rangé les médecins; — onserait
probablement embarrassé d'en trouver une bonne raison. Lc^ médecin, avant d'obtenir son diplôme, a à faire des études bien plus chères, bien plus dangereuses, il gagne beaucoup moins, — et n'a d'avenir que dans ses économies ; — Tavocat, au contraire, n'est en rapport qu'avec des gens qui ont quelque chose; d'ailleurs ils se sont prudemment interdit tout recours judiciaire pour leurs honoraires, pour avoir un prétexte honnête de se faire payer d'avance. Quand ils vieillissent ils se transforment en ce qu'ils veulent, magistrats , — députés, — que sais-je? — ils ne payent pas patente.
jj^ Un pauvre malade demande son admission dans un hôpital, — on lui dit : « Présentez-vous au bureau central, parvis Notre-Dame. » Gomme il ne peut pas marcher, il prend une voiture. Arrivé, il attend deux heures, quelquefois quatre heures, son tour de visite, — bien heureux lorsque l'encombrement de la salle d'attente — ne le force pas de se tenir debout sur la place, exposé aux injures du temps.
Enfin son tour arrive, et le médecin lui dit qu'il n'y a pas de place ou qu'il n'est pas assez malade, — ou bien encore, ce qui vous paraîtra plus singulier, qu'il est trop malade.
En effet, les affections chroniques sont exclues des hôpitaux : — - qu'un pauvre phthisique se présente, aucun hôpital ne s'ouvrira pour lui ; — lé malade refusé prend une seconde voiture et rentre dans son triste logis, plus malade, plus pauvre, et surtout plus découragé.
Pendant ce temps-là, vingt Sociétés — mangent, boivent, parlent, parlent surtout, car c'est la manie de ce temps-ci, — tout cela sous prétexte de philanthropie.
JM|( ^^ journaux les plus indépendants,'^ je n'en excepte pas un, ne se font aucun scrupule de se rendre complices des mensonges et du charlatanisme de tous les marchands de n'importe quoi, — complicité honteuse, puisqu'elle se fait en par-tageant les bénéfices de ses industriels.— Un de ces journaux, obligé de faire l'éloge d'un tailleur, n'a trouvé à dire sur son compte que ceci : « Ses redingotes sont plus que jamais à deux rangs de boutons, j»
J^ Voici une épigramme échappée à M« Nodier.
Gomme il se trouvait l'autre jour avec M. Fiourens, son collègue à TAcadémie, — il lui dit :
— Ah* çà! M. de Balzac se présente.
— Je ne crois pas, répondit M. Flourens; il n'a pas fait de visites.
— Pardon, il est venu me voir.
— Moi, je ne Tai pas vu.
— C'est que peut-être il ne vous croit pas de TAcadémie. JJlfi/ç^ Au moment de la saison des bains, il me revient à
Tesprit une anecdote assez édifiante à ce sujet.
L'acteur Perlet était triste et malade ; — quelques personnes lui conseillèrent les eaux d'Enghien. Perlet alla trouver le docteur Bouland, médecin des eaux, et lui exposa piteusement sa situation en lui demandant /rancftement son avis.
— Croyez-vous, lui dit-il, que vos eaux me donneront un peu d'embonpoint?
— Certainement, monsieur, certainement; — baignez-vous, et vous engraisserez.
Perlet se baigne, se baigne, et n'engraisse pas ; — il se plaint au docteur.
— Oh ! mais, monsieur Perlet, il faut de la persévérance, il faut un peu de temps ; — baignez-vous, monsieur, baignezvous, et vous engraisserez.
Hais un jour que, conformément aux conseils du docteur Bouland, Perlet était dans sa baignoire, — il entend parler dans le cabinet voisin et reconnaît la voix du docteur.
— Certainement, monsieur, disait le docteur.
— Mais, répondait rinterloeuteur, — j'ai beau me baigner, je ne maigris pas. — Je crois que je suis plus énorme encore qu'il mon arrivée.
— Ah î mais, monsieur, il faut de la persévérance, il faut du temps ; — baignez- vous, et vous maigrirez.
Perlet se leva effrayé, jeta un regard sur lui-même. — Il lui sembla qu'il était maigri. — Il se précipita hors de son bain, et s'enfuit.
Jlff^ Un ancien administré de M. Romieu est venu le voir
un de ces jours,' — et îl lui racontait ee quMI avait vii n Paris.
— A propos, dit-il, j'ai été au Théâtre- Français.
— Et qu'avez-vous vu?
— Ma foi, une fort belle pièce ; — ça peut bien durer do cinq quarts d'heure à uùie heure et demie.
— Mais quelle pièce ?
— Je vous dis... une très-belle pièce, mais je ne sais plus le nom ; — tout ce que je peux vous dire, c'est que mademoiselle Rachel en joue.
— Qu'est-ce qu'on dit dans cette pièce ?
— Je ne sais pas trop... je me rappelle seulement qu'il y a un vieux, au commencement, à qui on donne un soufflet.
— Ah î c'est le Cid.
— Oui, ça peut bien être ça comment dites-vous? le
(Ml — Pardon, avez-vous un morceau de papier, que j'écrive ça. — C — i — d — le CW, — c'est bien ça.
JH^ L'éditeur d'une série d'ouvrages, sur divers sujets, a publié dans les journaux une annonce dans laquelle il proclame et les titres des ouvrages qu'il met en vente, et les noms des auteurs qui les ont composés ; — ces noms sont au nombre de vingt ou vingt-cinq, et tous, moins un, sont écrits sans le M. dont on se sert pour les simples hommes : — Paul de Kock, Maurice Alhoy, Deyeux, Marco Sainl-Hilaire, — monsieitr de Balzac, — etc.
M. de Balzac est, du reste, accoutumé à de pareilles distinctions. — Je me rappelle qu'il y a une huitaine d'années l'éditeur Werdet, avec lequel je me trouvais en relations, — m'annonça que M. de Balzac lui faisait l'honneur de dîner chez lui, — et voulut bien m'inviter à prendre ma part du festin et du spectacle de ce célèbre écrivain ; — j'acceptai volontiers, et je trouvai là, en outre, Jules Sandeau et Michel Masson, qui étaient de mes amis, et M. Paul de Kock, que je ne connaissais pas plus que je ne connaissais alors l'auteur de la VieUte fille et d'Eugénie Grandet.
On était tous sur des chaises. — M. de Balzac seul, faute d'un trône, que probablement M. Werdet ne possédait pas dans son mobilier, était assis sur un fauteuil élevé — et mangeait
MAI 1842. 41 i
dans un couvert de vermeil, — tandis que les autres n'avaient que des couverts d'argent. M. de Balzac ne manifesta ni le moindre étonnement ni le moindre embarras.
4Ml( On lit dans le Moniteur:
a Dans le mois dernier, le minbtre de la marine a alloué aux auteurs de divers actes de sauvetage des gratification», montant en totalité à deux cent quarante francs. »
Je Tai déjà remarqué, — les hommes n'ont de respect, de vénération, que pour ceux qui leur font du mal. — Une croix d'honneur, je parle de celles qui sont bien gagnées, est le prix de quelques tètes fendues ; — on accorde à celui qui en est porteur toutes sortes d'honneurs et de considération ; — au contraire, celui qui sauve la vie d'un homme au péril dé la sienne est traité avec un remarquable dédain. — On appelle son action — acte de êauvetage. — Cette formule s'applique également à celui qui repêche des barriques ou des morceaux de bois, — au courant de Teau.
Gratification est le terme dont on us(î à l'égard des expéditionnaires des bureaux dont on veut récompenser récriture propre et soignée; du reste, il en a toujours été ainsi.
Sous Louis XYt, — le pilote Boussard, de Dieppe, sauva seul huit hommes sur dix, qui périssaient sur un bâtiment naufragé. — On lui donna une pension de trois cents francs.
jS^-^ Il a été arrêté à l'Académie qu'on inviterait les académiciens à se rendre aux séances en costume. — 11 y a bien longtemps que les Guêpes ont provoqué cette mesure ; — il est douteux qu'elles obtiennent le même succès auprès des députés.
Ij^' 11 y a à Paris, sur le boulevard, un [)etit thé<ntre qui fait d'excellentes affaires, sous la direction de M. Mourier : c'est le théâtre des Folies-Dramatiques. — Voici une économie que l'on n'aurait pas imaginée. — Les contrôleurs qui reçoivent les billets au commencement du spectacle sont des acteurs dont la présence est nécessaire ensuite sur ce théâtre.
L'autre jour, — M. Roger de Beauvoir — s'avisa de se présenter vers neuf heures ; — il prit un billet au bureau et se
m LES GUÈPBS.
présenta au contrôle, où il ne trouva qu'un énorme chien qui voulut le manger.
Jlfifç, Le'^vieux prince T***, usé, contrefait, et ayant l'air d'être tombé sur la tête d'un troisième étage, — se promenait à pieds dans les Champs-Elysées, péniblement soutenu par un domestique ; — il rencontra un de ses amis qui lui dit :
— Eh bienl que faites^vous de G*** ?
(Madame G*** est une maîtresse fort connue du prince en question.)
— Ha foi, mon cher, répond le prince en toussant, — son régne est passé, le cœur n'y est plus pour rien ; il n'y a plus entre nous que l'amour physique.
fjjf^' On a essayé dernièrement de répandre le bruit que M. Victor Hugo avait éprouvé une attaque de folie. — Ce n'est pas la première édition de cette plaisanterie.
On se rappelle encore le bruit qui avait eu lieu à la première représentation du Roi s'amuse: on chanta la MarteU" laise, — on hurla le Chant du départ, on demanda deux ou trois tètes et plusieurs perruques. — Le lendemain, la pièce fut défendue. — M. Hugo fit un procès, et, dans le cours de ce procès, fut peu bienveillant pour M. d'Ârgout, qui n'a laissé au ministère d'autre souvenir que celui de son nez plus qu'humain, ce dont M. d'Argout conserve encore un vif ressentiment.
Plus tard, on représenta Lucrèce Borgia, — I^e lendemain de la représentation, un grand nombre d'amis de M. Hugo vinrent le féliciter de son succès. — Au nombre des visiteurs était un jeune poëte, — fils d'un imprimeur et compositeur dans l'imprimerie de son père ; — ledit père, qui est mort aujourd'hui, imprimait un journal ayant pour titre : le Télégraphe des départements.
Après être resté une heure chez M. Hugo, le jeune homme le quitta pour aller composer le journal ; — il se met à Touvrage; mais quel est son étonnement lorsque, dans la part de manuscrit qui lui est échue, il voit cette phrase :
a M. Victor Hugo vient d'être attaqué d'une folie furieuse; su hmille a dû le faire transporter à Charenton. »
Il laissa cette phrase sans la composer, et chargea le prote de Tavertir quand M. ***, rédacteur du journal et secrétaire de M. d'Argout, viendrait ce qu'on appelle corriger les épreuves»
En effet, ce monsieur arrive, il va le trouver et lui dit qu'il n'avait pas composé la phrase parce que le renseignement était faux, qu'il quittait M. Hugo à Tinstant même, etc., etc.
M. *** lui répondit qu'il eût à garder ses avis pour quand on les lui demanderait, qu'il s'occupât de son ouvrage, et eût la bonté de ne pas se mêler du reste.
Le jeune homme s'y refuse et va trouver son père.
Le père répond majestueusement que cela ne le regarde pas ; que, s'il lui fallait s'assurer de ta vérité de ce que les journaux lui donnaient à imprimer, le papier sortirait souvent de chez lui plus blanc qu'il n'y était entré.
Enfin la nouvelle fut insérée et copiée les jours suivants par tous les journaux de départements.
Je l'ai déjà fait remarquer, — si on vous dit : « L'épicier du coin a battu sa femme, » vous direz : « En êtes-vous bien sûr? )) Mais si l'on vous dit qu'un homme célèbre par son talent est devenu enragé et a mordu trois personnes, vous dites : « Il paraît que le grand poëte un tel a mangé beau* coup de monde dans un accès d'hydrophobie. » — Il est si doux pour les envieux de rabaisser par quelque côté celui qui s'élève au-dessus d'eux, — qu'ils ne s'avisent jamais de prendre la moindre information : la chose n'aurait qu'à ne pas être vraie î
JH^ L'autre jour il me tomba sous les yeux un article de xM. Delecluse, qui est chargé dans le Journal des Débais de la critique d'art.
Je parcourus cet article et je vis avec chagrin que je ne me trouvais d'accord presque en rien dans mes jugements sur le salon de cette année avec le révérend H. Delecluse.
L'article commençait par un grand éloge de M. Bidault, dont je vous ai signalé le tableau à propos de Texposition de peinture, — et par une attaque violente contre la nature.
En effet, selon M. Delecluse, le plus grand tort des paysagistes,, c'est de s^asservir à l'imitation servik de la nature ; u. 55
— - ceux qui l'ont le contraire et qui ne se pi*éoccupeni pas trop de ladite nature ont, aux yeux de M. Delecluse, par cela même un avantage unique et un mérite inestimable.
En effet — et je suis honteux de mon erreur, — il n'y a pas trop de dédain possible pour ces peintures timides et sans génie — qui s'asservissent ainsi à l'imitation de la nature au lieu de lutter avec elle, et d^inventer un autre soleil.— M. Delecluse n'est pas content de la nature : je ne sais s'il a à se plaindre d'elle, je n'ai jamais vu cet écrivain ; — toujours est'il qu'il veut qu'on lui fasse mieux que cela.
jjUffit Parlez-moi de H. Bidault — à la bonne heure — et de H. Victor Bertin, et de M. Edouard Bertin, et de M. Âligny. — Voilà des hommes! croyez-vous qu'ils s'amusent à copier servilement un arbre — un de ces mauvais vieux arbres communs comme la nature, cette vieille radoteuse, en met partout? — Regardez les paysages de ces messieurs, — je veux mourir si j'ai jamais vu d'arbres comme les leurs — et les montagnes — et les hommes — et les chevaux — et la lumière, — voilà qui n'est pas copié servilement! — voilà qui est une création ! — voilà qui n'appartient qu'à c^s grands peintres î — voilà où la nature n'a rien à réclamer ! — Vous ne verrez pas là de ces chevaux vivants, souples, bondissants dans les prairies — de ces chevaux comme on en voit partout. — Fi donc !
Vous ne verrez pas des hommes ayant les bras attachés aux épaules — et la tête sur le cou. — C'est trop commun.
Vous ne verrez pas là de ces arbres qui balancent dans l'air leurs beaux panaches pleins d'oiseaux, pleins de chants et pleins d'amours — allons donc! — on ne voit que ça au nK)is de mai.
Vous ne verrez pas dans les tableaux de ces grands peintres selon le cœur de M. Delecluse cette lumière Commune qui donne aux objets leurs couleurs diverses — fi donc! la lumière de M. Bidault est grise; — celle de M. E» Bertin est brune, — chacun a la sienne.
- Parlez-moi donc auprès de cela de rapins comme Brascas* sat, qui vous fait honteusement de l'herbe qu'un mouton
viendrait brouter, et des moutons sur lesquels se jetterait un loup.
Parlez-moi de malheureux comme M. Wickemberg qui vous fait de la glace devant laquelle on a froid — et de vrais enfants comme vous en avez vus sur la place du Louvre avant d'entrer.
Et ce pauvre M. Béranger avec son lièvre et sa perdrix, — quelle misérable et servile imitation de la nature ! — c'est à s'y méprendre ; — et cet autre, — j'ose à peine le nommer, Meissonnier — avec son fumeur! comment le jury admet-il de semblables choses au salon?
JMyc ^ ju^y ^^ niontre cependant tous les ans bien digne de comprendre et d'appliquer la théorie de H. Deleôlûse, belle et ravissante théorie ! En effet, qu'est-ce que l'imitation de la nature dans le paysage? — c'est aussi méprisable que la ressemblance dans un portrait.
Ah ! monsieur Delecluse, — vous venez de publier un roman qui s'appelle Olympia, — vite qu'on m'envoie 0/tfmpia, — que je lise Olympia I j'espère bien ne pas trouver là de ces serviles imitations de la nature, — de ces communes études du cœur humain ; — au nom du ciel^ que l'on m'envoie bien vite Olympia!
m^ M. R^** vient, dit-on, de faire un riche héritage; sur ce, il a invité un certain nombre de ses anciens amis à un dîner au Rocher de Cancale. — Le choix du lieu, — la renommée gastronomique de l'amphitryon , sa nouvelle position financière, — tout avait alléché les amis; — mais quel ne fut pas leur triste étonnement quand ils virent que le festin se composait d'une soupe à l'oignon, — de veau aux carottes ! Les figures se sont allongées, — et m^me, a un des bouts de la table, un des amis désappointés se mit à dire : « R*** n passé la première moitié de sa vie à cacher sa misère ; il va passer la seconde moitié à cacher sa fortune. » — Heureusement que le vin de Champagne, qui fut servi à profusion, vint égayer la fin du dîner.
jffffç Quand on lit l'histoire avec un peu d'attention, on voit qu'elle se compose en général d'événements imprévus et
impossibles, — que le plus hardi romancier n'oserait admet tre dans ses livres.
S. M. Louis-Philippe est aujourd'hui roi des Français; — voici une petite anecdote que je trouve dans un bouquin de 1780, et qui constate à quel point cela paraissait impossible alors : « H. le duc de Chartres (1) étant ailé, suivant Tusage, prendre les ordres du roi (2) au sujet de son intention d'instituer gouverneur de ses enfants (5) madame la comtesse de Geniis, — Sa Majesté a fait un moment de réflexion, puis a dit : « J'ai un dauphin (4) ; Madame (5) pourrait être grosse. « — Le comte d'Artois (6) a plusieurs princes (7), vous pouvez « faire ce que vous voudrez. »
JHfC Voici, dans le même bouquin, — des phrases assez singulières :
(( Les Parisiens, qui devraient s'indigner de se voir insensiblement constitués prisonnier et renverser cette muraille extravagante, ne font qu'en rire; elle leur sert de spectacle et de but de promenade ; ils s'amusent à la voir croître par degrés. »
Remarquez qu'il ne s'agit ni des forts, ni de l'enceinte continue, — on veut parler de la muraille et des barrières de Paris, construites en 1780.
jp^ Le droit de visite, dont abuse si étrangement l'Angleterre et que tolère plus étrangement encore le gouvernement français, — est une question plus sérieuse qu'on ne pense.
J'ai été le premier à attaquer par le ridicule — les besoins que les journaux prêtaient au peuple, — la réforme électorale, — et autres marrons qu'on voulait lui faire tirer du feu ; — mais ici ce n'est plus le cas de plaisanter: — le peuple français est orgueilleux, — cet orgueil est un arbre dont sortent
(1) Le père du roi Louis -Philippe.
(2) Louis XVI.
(3] Le roi actuel.
(i) Louis XVIF, mort au Temple.
(5) Femme du comte de Provence, depuis Louis XYfIL
(6) Depuis Charles X.
(7^ Le duc de Berri et le duc d'Angouléme.
MI 1842. 4i7
deux branches : — l*une produit les vaudevilles , — où il écoute et applaudit avec fureur Téloge de sa propre bravoure ; —elle produit le rappel à Tordre d'un député qui ose dire à la Chambre que les Français ont quelquefois été vaincus.
Hais l'autre donne pour fruits les traits d'héroïsme et de dévouement des guerres de la Révolution et de l'Empire, — et les belles actions qu'on a admirées dans les récentes campagnes d'Afrique.
C'est lin arbre qu'il faut laisser debout.
Il ne faut pas attaquer les Français dans leur vanité.
Jusqu'au fond des boutiques et des campagnes, on voit des épiciers et des paysans humiliés, tristes, furieux,- des affaires du Marabout et de la Sénégambie.
L'opposition au recensement était une sottise, — c'était du bruit pour du bruit; — mais dans l'affaire du droit de visite, l'orgueil national est blessé, — car, il faut le redire, c'est une lâcheté.
Jl^ Je dénonce à l'admiration des contemporains une nouvelle femme de lettres, mademoiselle Godin. Cette muse annonce à la fois une épître en vers et du chocolat. — On trouve les deux objets à la même adresse. — L' épître se vend à la livre, et le chocolat au cent. — Peut-être, cependant, estce le chocolat qui se vend à la livre. — Du reste, voici l'annonce .telle qu'elle est faite :
((Demoiselle GODIN, rue Correspondance amoureuse,
en vers, d'un Pêcheur picard avec une cuisinière de la rue Saint-Honoré ; 25 c. Par la poste, 50 c. ; le cent 45 fr. — Chocolat fin, 2 fr. ; surfin, 2 fr. 40 c. ; Caraque, 3 fr. ; praliné, le plus exquis des bonbons, 4 fr. »
4^ Une académie propose un prix pour la destruction de la pyrale, insecte qui attaque la vigne, au vigneron qui aura découvert le meilleur moyen.
Or, quel est ce prix? Un ouvrage du savant M. Audoin sur la pyrale.
Si l'ouvrage est bon, pourquoi mettre au concours des moyens préférables à ceux qu'il indique?
Si Ton a besoin d'autres moyens, si ceux donnés par M. Aun. 35.
(loin sont insuffisants — que sera-ce pour le vigneron qu'un prix consistant en un ouvrage inférieur à celui qu'on demande de lui sur le même sujet?
Est-ce que par hasard cela ne serait pas absurde. 41^ Voici un exemple frappant des excès auxquels peut se porter un homme qui a de Thuile à vendre. — La plupart des journaux ont reproduit (un franc la ligne) Tannonce que voici.
L'homme qui a de Thuile à vendre commence par des conseils sévères et d'amers reproches au gouvernement de son pays. 11 met son huile dans l'opposition; je copie textuellement :
(( La tolérance du gouvernement, qui après avoir reconnu que la religion catholique était celle de la majorité des Français, et qui néanmoins par son indifférence et surtout par son exemple, en faisant travailler aux édifices publics les dimanches et les fêtes solennelles de l'année, est cause que celte interdiction est sur ce point généralement transgressée; cette infraction au troisième commandement de Dieu, loin d'ébranler nos croyances, les raffermit plus que jamais. Comme il ne suffit pas de rendre à César ce qui appartient à César, et qu'il faut aussi rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, nous sommes fiers de résister à un entraînement qui n'est imité par aucun autre gouvernement, attendu qu'ils savent tous très-, bien que, quand Dieu n'a plus d'empire sur les hommes, les gouvernements n'ont plus d'action sur les esprits.
(( Pour nous, ajoute l'homme qui a de l'huile à vendre, conséquent avec nos croj^ances, fidèle à la ligne que nos pères nous ont tracée, nous nous interdisons toute œuvre servile le dimanche.
« Nous sommes resté stationnaire malgré l'entraînement des siècles. »
L'homme qui a de l'huile à vendre se jette dans d'amers regrets du passé. « Les usages du bon vieux temps, dit-il , étaient en harmonie avec les usages de nos pères, qui, plus sages que nous, apportaient dans leurs relations, intimes ou commerciales, une franchise et une urbanité, qui mialheureu-
sèment se sont (éloignées de nos mœurs, — Mais le goût ancien reprend dans les objets matériels, dans les ameublements, les constructions et les édifices publics. »
L'homme qui a de l'huile à vendre — entrevoit de flatteuses espérances pour l'avenir de sa patrie. « Les nobles et antiques usages du bon vieux temps renaîtront aussi dans la morale publique; — et déjà ne voyez-vous pas un retour aux mœurs de nos pères dans la direction d'un établissement où, tout en s'abstenant scrupuleusement de travailler le dimanche, — la vieille loyauté, les croyances religieuses et les principes de son fondateur forment une puissante garantie, et lui font un commandement de ne livrer aux consommateurs en huile à manger que celles provenant uniquement de l'olivier! »
Voilà l'huile annoncée! — Gela se fait un peu plus attendre que le chapon de Petit-Jean; — mais nous n'y perdons pas; — certes, il est un des héros de comédie auquel Molière n'aurait pas prêté un meilleur langage, si Tartufe avait eu de l'huile à vendre.
Jlf^i Je suis sûr que M. Aymès se tîonsolera de cette remarque innocente, en songeant que les Guêpes lui font en même temps une annonce, — et une annonce qui ne lui coûte rien.
♦ 1" mai.
Jl^ Comme il fait beau dans la campagne! — Les pommiers sont couverts de leurs fleurs blanches et roses; — les fauvettes chantent dans les feuilles, — les insectes bourdonnent dans les fleurs. — Comment dire tout ce qui s'épanouit, — tout ce qui chante dans le cœur? — Le soir, les yeux quittent la terre et les fleurs, — et contemplent le ciel et les étoiles; — mais les campagnes sont désertes; — il y a fête à la ville; c'est la fête du roi ; — et le peuple se soucie bien des étoiles et des parfums du soir quand il peut voir des lampions et respin^ l'odeur du suif.