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un non-sens, appliquée à Tépoque d'aujourd'hui, où il n'y a plus de pouvoir et où le prêtre écrit des livres pareils à ceux de H. de Lamennais :
€ L'histoire, qu'est-ce? le long procès-verbal du supplice de l'humanité: — le pouvoir tient la hache, et le prêtre exhorte le patient. »
Disons encore à ce sujet que, s'il est une chose bêtement immorale, — c'est le prestige dont on entoure de ce temps-ci tout homme qui subit lep rigueurs de la justice, dès l'instant qu'on peut donner à sa condamnation une couleur quelque peu politique.
On envoie des adresses à M. Lamennais, et M. Lamennais répond : a La prison m'était due pour avoir défendu les cœurs justes. — J'y suis entré avec une grande joie. »
Je lis dans le Siècle un éloge funèbre ainsi conçu : a H. Jules Olivier, juge au tribunal de Grenoble, vient de mourir dans un âge peu avancé. M. Jules Olivier avait été tout récemment en butte aux rigueurs du gouvernement. » .
On ne se donne même plus la peine d'arguer lesdites rigueurs d'injustice ; — non, il suffit pour la gloire d'un homme qu'il ait été en prison.
Que pensez -vous qu'il arrive de cette glorification de la prison?
Jljfff^ STEEPLE-CHASE. — Voici quclqucs phrases que je copie dans un journal français, relativement à une course faite en France et par des chevaux appartenant à des Français : — « New betting room stakes. — Two years old atakes. — Les sportmen — le stud-book. — Les gentlemen riders turf —
sport — STEEPLE CHASE. ))
Tout homme qui a un cheval, un tiers de cheval, — car il y a des gens qui ont un tiers de cheval de course, comme un tiers de charge d'agent de change, — tout homme qui parie, tout homme qui veut faire semblant d'avoir un cheval, tout homme qui veut faire semblant de parier, s'efforce de ne parler qu'anglais. — C'est un ridicule qui passera comme passent les ridicules, — quand il sera détrôné par un autre.
lîM. LES DéPUT#.s. — A propos du baptême du comïo ; ^
de Paris, — déjà flagorné et insulté par les journaux selon leur couleur, — le ministère de Tintérieur a fait frapper des médailles : quelques-unes en or pour la famille royale; d'autres en argent pour quelques hauts dignitaires. — Celles de MM. les députés étaient en bronze, économie suffisamment expliquée par leur nombre de plus de quatre cent cinquante.
Beaucoup d*entre eux. — considérant que la médaille en argent, qui coûte au ministère vingt-4;inq francs, pouvait avoir une valeur intrinsèque d'une dizaine de francs, — se sont agités jusqu'à ce qu'on leur ait donné une médaille d'argent.
Jlf^ Du reste, la session est finie de fait, et MM. les députés assiègent les ministères de demandes de toutes sortes; et on se tromperait fort si on croyait que les députés des oppositions sont les moins âpres à cette curée.
j^ Voici, à ce sujet, une petite anecdote :
H. Dugabé est gendre de madame..., propriétaire de la cité Berryer, passage situé à côté de Téglise de la Madeleine. Madame..., pour donner un peu de mouvement à sa cité, a pensé qu'il serait excellent d'y construire un théâtre. — Elle a fait demander le privilège avec beaucoup d'instances par M. Dugabé, se contentant, dit-on, du bénéfice apporté à son quartier, et abandonnant à son gendre le produit du théâtre, qu'on devait louer quinze mille francs. — On assure que M. Berryer en a dit quelques mots, et que l'importance du pétitionnaire avait rendu tout d'abord le ministre très-favoçable à la demande;: — mais on a ensuite pensé que, lors de l'ouverture de l'église, le curé ne manquerait pas de trouver inconvenant le voisinage aussi proche d'un théâtre, et que, si on s'avisait alors de supprimer le théâtre, on crierait au jésuitisme, au parti prêtre, etc. ; c'est pourquoi on a refusé le privilège, c'est pourquoi — M. Dugabé a prononcé à la Chambre deux diseourîi contre l'administration.
Jl^ UN MOT DU ROI. — Yoici un mot du roi Louis-Philippe, qui est plus juste que constitutionnel : — « MM. les députés sont quatre cent cinquante ; — mais j'ai pour moi l'unité. »
jHf^ VÉRITABLE HISTOIRE DE l'iNFAMTB ISABELLE. — ComniC
'.qùoî nn jeune Polonauest devenu neveu de la reine deFranee
JUIN 1841. ii7
et de la reine Chrittine. — On a souvent plaisanté amèrement dans plusieurs journaux légitimistes et républicains sur les difficultés que rencontrait le roi Louis-Philippe pour rétablissement de sa nombreuse famille. Voici cependant une nouvelle alliance qui s*est faite et conclue non-seulement sans quMl se soit donné pour cela aucune peine, mais encore à peu prés malgré lui.
M. le comte ....ski, — j'espère que ces trois lettres sont fort discrètes/ attendu qu'elles appartiennent aux deux tiers des Polonais, — était connu dans le monde comme un assez joli homme, élégant et canime il faut, et ami de H. le marquis de C***. Rien jusque-là n'avait fait présager qu'il dût devenir aussi prochainement neveu de deux reines, d'autant qu'il passait pour avoir peu de penchant au mariage.
L'infante dont on a tant parlé par ces derniers temps — est fille de don François de Paule, infant d'Espagne, domicilié à Paris, hôtel Galiffet ; — et, par suite d'une généalogie aussi longue que celle de la Genèse, nièce de la reine Amélie de France, et de la reine Christine d'Espagne. — Aussitôt l'enlèvement connu, on mit à la poursuite de la princesse le gouverneur des infants, qui rejoignit le couple à Namur, où il trouva Tappui des autorités prévenues par le télégraphe. — On laissa, ou plutôt on fit échapper le comte ....ski ; — et le gouverneur annonça à Tinfante qu'il allait la ramener à Paris.
— Monsieur, lui dit-elle avec beaucoup de calme et d'autorité, je ne pense pas que vous ayez l'intention de porter la main sur moi. — Eh bien! je ne vous suivrai qu'après que vous m'aurez donné votre parole d'honneur de respecter une condition que je mets à mou obéissance.
— Quelle est cette condition, mademoiselle?
— Monsieur, je suis comtesse ....ski ; — ma condition est celle-ci : vous me reconduirez directement <>hez mon père, — et vous ne me renverrez pas au couvent.
— Je vous le promets.
— C'est bien, partons.
On part, on arrive ; l'infant refuse de recevoir sa fille, u. 10.
— Que faire? Si vous vouliez retourner au couvent?
— Non, monsieur, je ne retournerai pas au eouvent.
— Hais où voulez-vous aller?
— Cela m'est égal, pourvu que ce ne soit pas au couvent.
— Je suis fort inquiet.
— Moi, je suis fort tranquille, j'ai votre parole que vous ne me renverrez pas au couvent.
— Ha foi, je ne vois qu'une chose : c'est de vous conduire au ministère de Tintërieur, puisque c'est du ministère de l'intérieur qu'est venu Tordre de vous arrêter.
— Comme vous voudrez.
On arrive au ministère de l'intérieur. — H. Ihichâtel est à Chantilly — ou ailleurs ; — le sous-secrétaire d'État est également absent; — il n'y a absolument que H. Hallac, secrétaire particulier de H. Duchâtel. Le gouverneur lui expose iion embarras.
H. Hallac n'est pas moins embarrassé.
— Que voulez-vous que je fasse de l'infante? dit-il au gouverneur.
— C'est justement la question que je viens vous faire pour mon compte, répond le gouverneur.
-— Il faut que vous retourniez près de don François dePaule.
— Je le veux bien.
H. Hallac fait ouvrir à l'infante les appartements de madame Duchâtel, qui est à la campagne avec son mari, et la confie aux soins de mademoiselle ***", amie de pension de madame Duchâtel, qui Ta gardée auprès d'elle, se réservant ceux de faire fermer les portes et les fenêtres. Le gouverneur revient avec un nouveau refus de l'infant.
— Allons, — allons, — dit H. Hallac, il faut la décider à retourner au couvent.
— Hademoiselle, lui dit-il, votre père refuse de vous recevoir ; — dans cette situation, vous n'avez d'autre asile convenable que le couvent.
— Vous vous trompez , monsieur, répondit l'infante avec dignité, j'ai un asile sûr et honorable auprès de mon mari, — H. le comte ....ski.
— Mais, mademoiselle, vous savez bien que votre mariage...
— Monsieur, quelques heures après mon évasion , nous avons trouvé, dans un village, un prêtre qui nous a mariés.
— Ce mariage manque de toutes les formalités , mademoiselle.
— Monsieur, je suis au moins mariée devant Dieu ; — je suis comtesse ....ski, et vous m'obligerez en m'appelant ainsi. — On a beaucoup parlé de mon aventure, n'est-ce pas?
— Je ne vous cache pas, madame...
— Je le savais, il y a eu du scandale ; j'en suis désolée, mais c'était le seul moyen d'arriver à mon but ; — ma mère savait que j'aimais M. le comte ....ski, — je le dis sans rougir, parce que je suis sa femme maintenant. — Cestpour cela qu'elle m'a mise dans cet affreux couvent, d'où j'ai risqué ma vie pour m'échapper, car j'ai descendu d'une fenêtre de trente pieds de haut avec des draps et des serviettes ; — je n'y retournerai pas, parce que j'y mourrais. — Qu'y a-t-il de notiveau en Espagne, monsieur?
— Madame, Espartero est régent.
— Cela va désoler ma mère ; elle avait rêvé la régence pour mon père ; — pauvre femme ! elle s'aveuglait, cela lui irait si peu. — Ma tante Amélie a dû être bien fâchée contre moi?
— On dit qu'elle a été fort triste de ce qui est arrivé.
— J'en suis désolée. Et ma tante Christine?
— Elle est arrivée à Paris.
— Monsieur, faites-moi, je vous prie, donner un mouchoir.
H. Mallac s'empresse d'obéir à l'infante.
— Savez- vous, monsieur, ce qui m'a trahie et ce qui m'a fait reconnaître ? — rien autre chose que mes maudits cheveux roux ; — si je pouvais au moins en accuser quelque chose de moins laid ; — n'est-ce pas que c'est affreux?
M. Mallac cita Rubens, qui aimait à donner cette nuance aux cheveux de ses héroïnes, et la plupart des peintres, qui,
plus justes appréciateurs de la beauté que le vulgaire, ont pour les cheveux ardents une affection particulière.
Sur ces entrefaites, M. Duchâtel arrive ; — on demande H. Mallac ; — M. Hallac va lui raconter la chose.
— Il faut la décider à retourner au couvent.
— C'est impossible.
— Il faut renvoyer chez le père.
On envoie encore le précepteur, plus que jamais dans rembarras.
11 revient avec un nouveau refus de recevoir Tinfante,
mais avec un consentement formel à son mariage avec le
comte ....ski. — L'infante, à cette nouvelle, saute de joie. —
r— Je vais donc être rendue à mon mari. — Allons, monsieur,
donnez-moi mes passe-ports — et demandez des chevaux.
Hais il n'y a point de passe-ports au ministère de Tintérieur; on va prendre les ordres du roi ; le roi répond : « Donnez-lui ses passe-ports, — mais je ne veux pas qu'ils partent du ministère de l'intérieur : j'aurais l'air d'avoir donné mon approbation à ce singulier mariage ; envoyez le passe-port chez don François, c'est lui qui le fera donner à sa fille, b L'infante s'est mise en route.
La reine Amélie a dit, dans sa naïveté de femme simple, honnête et bonne qu'elle est : « Ce qui me console, c^est qu'il y avait deux lits dans la chambre où on les a arrêtés. »
J^ Dans ce roman réel, — si rare dans la vie, où les romans n'ont qu'un premier volume, — ce n'est p^s le Polonais qui est mon héros. — Tout mon intérêt se porte sur la jeune femme animée d'une passion si vraie et si profonde, d'une croyance si absolue; si forte de son amour. — Et je songe avec tristesse que tout cela doit finir par un cruel désillusionnement. — Don François n'est pas riche, et d'ailleurs ne parait pas disposé à négliger un des plus magnifiques prétextes que puisse trouver un père pour marier sa fille sans dot. Ou pense que le comte ski va aller offrir à Espartero les services du neveu de la reine Christine et de la reine Amélie.
JH^' La question adressée à H. Mallac par l'infante d'F.spagne me rappelle une mésaventure arrivée à un dramaturge
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obscur à propos d'une cantatrice de second ordre, qui a les cheveux roux, — mais qui n'en convient pas. — Le pauvre diable avait fait laborieusement un ëioge des cheveux roux.
« Apollon, — dit-il dans sa lettre, — avait les cheveux roux comme Jésus-Christ et comme sainte Magdeleine. — La nature avare, qui a caché les pierreries dans le sein de la terre et les perles au fond des mers, a rendu rares les plus belles choses. -y- La rareté des cheveux roux en signale le mérite. -^ 11 n'y a que deux couleurs de cheveux : — le noir et le roux. — Le blond est au roux ce que le châtain est au noir ; le blond est un roux incomplet et manqué.
a Le roux est de la couleur de l'or et du feu, — de ror,Je plus précieux des métaux; — du feu, le plus puissant des éléments, > etc., etc.
Il y en avait sept ou huit pages, que je veux bien vous épargner.
La dame répondit : a 11 est possible, monsieur, que votre lettre soit spirituelle et qu'elle soit agréable à quelque femme, si vous en connaissez qui ait les cheveux de la couleur que vous préconisez si fort. ***. »
« P. S, Je ne pourrai me trouver au souper auquel vous m'aviez invitée, — j'ai ma migraine. »
JlPtye H. vtuEMÀiN, — (( Quo l'ou cst douc mécbant dans le monde! disait l'autre jour H. Villemain : voilà déjà que l'on veut nuire à mes pauvres petites filles : on répand le bruit qu'elles me ressemblent. »
Jl^ VADEifoisELLE FiTZJAUEs. — Mademoiselle Fitzjames est une danseuse très-maigre, qui a une plus grande influence politique qu'on ne le croit généralement. — L'autre soir, en la voyant danser avec une écharpe de gaze, — quelqu'un a dit : (( On dirait une araignée qui danse avec sa toile. ))
Jj^^ M. VOLÉ. — Le jour du grand dîner de trois cents couverts donné pour le baptême du comte de Paris, — on a oublié d'inviter M. Mole, — qui a cependant donné à dîner au roi, à Champlâtreux.
Ijff^' HUMBLES REHOKTRANCES A HONSEIGMEOR DE PARIS. — C'OSt
une bizarre chose aujourd'hui qu'une promenade du roi au
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travers de ce peuple qui a laissé dire pendant tant de temps ù ses poètes qu'il adorait ses rois. L'art militaire n'a pas d etudes, la stratégie n'a pas de secrets qu'on n'emploie pour protéger la rentrée et la sortie de Louis-Philippe-, — les sentinelles avancées, les marches, les contre-marches, toutes les ruses de guerre sont mises en usage pour faire prendre l'air à Sa Majesté. — Je ne sais si Turenne ou Napoléon, s'ils étaient encore de ce monde, deux hommes qui en leur temps passaient pour entendre quelque chose a l'art de la guerre, — j'en parle par ouï-dire, je ne m'y connais pas ; — je ne sais s'ils se chargeraient sur leur tête de faire, sans danger, promener le roi de France pendant une heure au milieu de son peuple. Quand le roi doit sortir, on fait maintenant une haie de soldats du côté opposé à celui qu'il doit prendre, puis on change brusquement de route.
On lit dans les journaux :
« Après la cérémonie, vers midi et demi, au moment du retour, les gardes municipaux et les sergents de ville ont ou* vert le passage sur le quai aux Fleurs, le pont au Change et les quais de la rive droite, en forçant la foule à reculer. Le public, pensant alors que le cortège suivait ce chemin, s'est porté de ce côté ; mais alors le cortège a passé devant la Morgue; il a suivi le quai des Orfèvres, le pont Neuf, les quais de la Monnaie et Malaquais, le pont du Carrousel et le quai des Tuileries. A une heure, le roi était rentré au château. »
On a remarqué que la voiture du roi n'était ^traînée que par deux chevaux.
jj^ C'est ce moment que monseigneur Tarchevôque de Paris a pris pour prononcer un discours, qui aurait été fort convenable adressé à Louis XIV, mais qui a l'air aujourd'hui d'une sanglante ironie : — « Sire, a dit monseigneur Affre, — JésuS'Chrtsty par le preniier de ses sacrements, impose le même caractère au descendant des rois et an fils du citoyen le plus obscur, »
Vraiment, monsieur Affre, — vous n'y pensez pas, — de venir ainsi, comme Bossuet, rappeler les rois au souvenir de la
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cuudition humaine^ la même pour tous; — de leur rappeler par des paroles sévères qu'ils ne doivent pas se laisser éblouir par la splendeur de leur rang, ni enivrer par Tenc^ns qu'on leur prodigue ;
De les prier ainsi de se souvenir des autres hommes, et de les vouloir prendre en compassion et en miséricorde.
saint liomme! qui traversez ainsi la vie, les yeux sur la pointe de vos souliers, sans regarder ni devant vous, ni à droite ni à gauche, — et ne vous apercevant, dans votre pieuse contemplation, de rien de ce qui se passe, de rien de ce qui s'est passé depuis cinquante ans.
Ce n'est plus le temps où les rois étaient adorés, — et où la Bruyère lui-même, — ce moraliste frondeur, disait de Louis XIV : « Le roi n'a pas dédaigné d'être beau, afin de réunir en lui toutes les perfections. »
Votre discours, monseigneur, ressemble singulièrement à un vieux cantique à la Vierge que chantent encore aujourd'hui les marins de nos côtes de Normandie:
Quelqu'efTort qae le Turc fasse, ?<ous nous moquerons de loi, Et braverons son audace Par votre invincible appui.
Vous n'avez donc pas compris, — monseigneur, — cet abaissement où est tombée la royauté aujourd'hui, tel que vous auriez dû retourner vos paroles, — et recommander les rois à la clémence et à la merci des peuples.
Est-il un homme qui chaque jour soit aussi cruellement et aussi impunément insulté que le roi de France? — ne savezvous pas qu'au moment où vous parliez on jugeait le quatrième assassin du roi? — et l'enfant que vous baptisiez, tandis que quelques journaux le traitaient assez ridiculement de monseigneur, presque tous ne lui donnaient-ils pas déjà aussi comme un baptême do railleries et d'invectives?
Demandez à vos vicaires moins distraits, monseigneur, et ils vous diront que la royauté est aujourd'hui la royauté insultante dont on aggrava le supplice de Jésus-Christ, — une
iU LES GUËPËS.
couronne d'épines sur la tête, — un roseau pour sceptre, — et des soufflets sur le visage.
Il faut absolument, monseigneur, faire aujourd'hui soimême ses discours ; — et, quelque beaux que soient les modèles de réloquence de la chaire, il les faut abandonner, car ils parlaient de choses qui ne sont plus.
Les temps sont accomplis, — monseigneur; — les opprimés ont escompté les consolations de TËvangile : les derniers sont devenus les premiers , sans attendre pour cela la vie future ; — et les pauvres d'esprit^ auxquels on avait promis le royaume du ciel, l'ont vendu — comme Ésati son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, — et se sont emparés des royaumes de la terre, où ils s'en donnent à cœur joie.
j^ LES LIVRES. — La longue plaisanterie du gouvernement représentatif suit toujours son cours. — Les fortifications votées sont en pleine activité. — M. Thiers, qui ne trouvait rien de si facile que de nourrir Paris assiégé avec le double de sa population ordinaire, — devrait bien se charger en ce moment de résoudre une question de quelque gravité, sur laquelle M. de Lespinasse et un ou deux de ses collègues ont essayé inutilement d'attirer l'attention de la Chambre.
Depuis plusieurs années, la consommation de la viande diminue à Paris dans une proportion d'autant plus remarquable, que la popuIa4ion a, au contraire, considérablement augmenté. — La viande est arrivée à un prix tellement exorbitant, que les ouvriers qui, plus que personne, auraient besoin d'une nourriture forte et substantielle, — sont obligés de s'en abstenir presque entièrement, et qu'il a été découvert qu'il se mangeait à Paris une horrible quantité de viande de cheval.
Je suis peu indulgent pour les prétentions sottement en^ couragées par une partie de la presse, — qui pousse les ouvriers à demander des droits politiques ou d'injustes augmentations de salaires ; — mais j'ai toujours élevé la voix plus haut qu'aucun de ces estimables carrés de papier — quand il s'est agi de souffrances réeHes.
|Hb( Sous prétexte d'encourager et de soutenir l'agricul-
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ture en France, — on grève de droits si énormes les blés et les bestiaux étrangers, — qu'il n'y en peut entrer, parce que, dit-on, les éleveurs et les cultivateurs français ne pourraient soutenir la concurrence. — J'ai entendu M. Bugeaud, agriculteur distingué, dire à la Chambre des députés : « J'aimerais mieux voir entrer en France une armée de Cosaques qu'un troupeau de bœufs étrangers. » — Et personne n'a dit à H. Bugeaud : — ^ Parce que c'est à la fois pour vous un métier profitable, et d'aller vous battre contre les Cosaques, et de vendre cher les bœufs de vos prairies de la Dordogne ! d
JH^' Je comprendrais, — à la rigueur, — s'il s'agissait de quelque industrie dans l'enfance, que l'on voudrait acclimater dans le pays, que l'on pût, pendant un nombre d'années limité, protéger les efforts encore incertains de cette industrie, jusqu'à ce que nos compatriotes eussent acquis l'expérience et l'habileté nécessaires pour produire avec les mêmes avantages que les étrangers. — Hais, le temps fixé écoulé, il faudrait dire aux gens : — « Le pays ne peut pas prolonger davantage ses sacrifices; — si vous n'êtes pas arrivés au même degré que vos concurrents de l'étranger, tant pis pour vous:
— c'est que vous avez manqué d'intelligence ou d'activité,
— ou que le pays manque des éléments nécessaires. »
Mais l'agriculture n'est pas, que je sache, une invention nouvelle, — pas plus que la viande n'est une nourriture récemment découverte.
Si nos éleveurs ne peuvent donner leurs produits au même prix que les étrangers, — on ne peut sacrifier, non pas seulement les intérêts, mais la santé de toute la classe ouvrière et de toute la classe pauvre, aux intérêts des éleveurs.
Cette protection, qui consiste à payer plus cher les produits du pays qu'on ne payerait ceux de l'étranger, et à ne pas profiter de ceux-ci, — n'a de prétexte qu'autant que cela ne durerait que pendant un temps limité, — et que cela aurait pour but d'arriver à pouvoir donner les produits indigènes à un prix inférieur à celui des produits exotiques ; — car, si le prix n'était qu'égal, on serait en perte de tout ce qu'on aurait n. il
payé de trop pendant tout le temps de l'apprentissage de Tindustrie protégée.
Et peut-être, dans ce cas-là, — serait-il plus sage et plus honnête de donner aux éleveurs des encouragements en argent pris sur d^autres impôts, pour compenser la perte momentanée qu'ils éprouveraient en donnant leurs produits aux mômes prix que ceux des étrangers.
Hais quand cette situation devient permanente ; quand il faut payer dix sous de plus par livre la gloire de manger le bœuf de sa patrie, au lieu de manger le bœuf de l'étranger ;
— quand, surtout, plusieurs générations d'ouvriers et de pauvres doivent ne pas manger de viande, s'étioler et souffrir, et n'avoir pour consolation que la pensée que leurs compatriotes plus riches mangent de la viande française, — je trouve cela un fricot médiocre, et je ne puis m'empêcher de dire que ce système de protection est une monstrueuse sottise et une niaiserie infâme.
J^ Mais les choses seront ainsi, ou pis encore, tant qu'on n'aura pas compris que les impôts devraient peser, non pas sur les choses de première nécessité, mais sur tous les luxes, quels qu'ils soient ; — que le pain, — la viande, — les vins du peuple, devraient en être exempts, — et qu'on devrait en grever les vins fins, — les voitures, — les chevaux de luxe,
— que ce serait un impôt raisonnable que celui qui s'établirait sur les gants, sur certaines étoffes, — sur les chapeaux, etc.
Je sais qu'il y a eu autrefois en Angleterre, — et je ne sais si cela existe encore, — un impôt sur la poudre à poudrer, qui était d un assez grand produit, parce qu'on tirait à vanité de faire poudrer les domestiques.
Une loi qui établirait qu'on peut porter gratuitement une veste, — mais que, si on y ajoute derrière deux pans pour en faire un habit, on sera soumis à un impôt de tant par année,
— suffirait pour remplir les coffres de TÉtat.
Et au moins une partie du peuple cesserait de payer sa part d'impôts en abstinence, en jeûne et en maigreur i
J^ Cette question, la plus grave, sans contredit, de la session, — n'a pas obtenu un quart d'heure d'attention ; —
le ministère a dit : a Nous verrons plus tard , )> — et tout a été fini. ^
11 n'y a de questions réellement graves à la Chambre que celles qui peuvent ramener ou renverser un ministère.
Mais nos représentants ne sont occupés en ce moment que de retourner dans leurs foyers, suffisamment munis des bureaux de tabac, — des ponts, — des routes, -^ des bourses dans les collèges, — des privilèges de toutes sortes que leurs électeurs leur ont fait promettre pour prix de leur voix, — et tout en leur recommandant Tindépendanceet Tineorruptibilitè.
Jlf^ Et la question si importante de la subsistance est ajournée ; — tout ce que MM. les députés vont faire pour le peuple en cette occurrence — sera de bien boire et de bien manger dans divers gueuletons dits patriotiques, et de porter des toasts à «on affranchissem^t et à l'extension de nos droits politiques. — Je voudrais bien qu'on y comprit le droit de manger — autrement que par représentants.
3^' LES JOURNAUX. — M. Duchâtcl a dit à la Chambre : — « Tout le monde convient que le gouvernement a besoin d'un journal. j>
Je suis, à ce sujet, parfaitement de l'avis de M. Duchâtel; seulement, je crains bien que nous n'entendions pas ce besoin tout à fait de la même manière.
Outre la faveur qui s'attache en France à tout ce qui est contre le pouvoir, — outre l'esprit fanfaron du plus grand nombre des gens qui se croient braves et audacieux de lire sans danger, au coin du feu, un journal qui attaqne le gouvernement, 7- la presse systématiquement opposante et dissolvante se répand sous toutes les formes, se glisse dans les masses par le bon marché.
Pendant ce temps, le gouvernement actuel, inventé par le journalisme et perpétuellement menacé dans son existence par celui qui Ta créé, — sent le besoin d'avoir un journal ; — il en a trois : — le Moniieur, — le Journal de« Débats et le Messager, *— L'un des trois est le plus cher et le moins répandu de tous les journaux ; — les deux autres sont entre les pins chers après lui et les moins répandus.
Ces trois journaux ne sont lus que par des gens qui, par leurs idées, leur position et leurs intérêts, appartiennent au gouvernement. — Ils ne parlent qu'à des gens d'avance convaincus ; — ils y lisent les réponses à des attaques contre le gouvernement, qu^ils n'avaient pas lues et qu'ils apprennent par là; — tandis que ceux qui ont lu ces attaques dans les journaux de l'opposition ne lisent jamais une ligne des journaux du gouvernement.
Cela fait un jeu peu divertissant et ressemblant beaucoup à ce qui arrive aux gens qu» mangent de ces bonbons appelés demander et réponses, — que Ton vend au poids et au hasard, — de telle sorte qu'une personne a quelquefois toutes les demandes, et que c'estmne autre qui a toutes les réponses..
Certes, le gouvernement, au lieu de payer clandestinement certaines plumes et certains journaux plus ou moins indépendants, pourrait avoir un journal à lui, un journal le plus riche, le plus répandu, le plus recherché de tous, avec les sommes ' qu'il jette honteusement dans la presse. — On a vu le succès de la presse à bon marché : les journaux à quarante francs se partagent plus d'un million de lecteurs. Pourquoi le journal du gouvernement n'est-il pas à vingt francs? — pourquoi n'attache-t-on pas par des liens avoués et honorables à sa rédaction les écrivains les plus habiles et les plus aimés du public?
Tout cela serait facile, — mais quos vult perdcre Jupiter demeniat,
Jll^ Ainsi, dans l'affaire des lettres attribuées au roi — tous les journaux en ont produit des extraits; — des brochures de toutes sortes ont circulé en grand nombre dans les départements ; — la défense du roi a été mise — dans un des deux journaux que personne ne lit.
A la Chambre, on avait annoncé que M. Guizot parlerait des fameuses lettres ; — il a parlé à côté.
Le bon M. Auguis — a principalement séduit ses électeurs par la simplicité qui préside habituellement à sa toilette — et ils l'envoient à la Chambre pour appliquer au gouvernement de la France l'économie qu'il apporte dans son exté-
rieur. La session presque finie, ri a cru devoir faire son examen de conscience et s'est demandé à lui-même contre quel luxe abusif il s'était élevé ; — il a alors songé à son embarras quand ses électeurs, à Tépoque des gueuletons représentatifs, rappelleraient comme Dieu appela Adam après sa faute, — Adam, Mes? — et lui demanderaient compte des économies qu'ils Font envoyé faire à la Chambre basse.
Il a vu avec terreur qu'il avait laissé passer les meilleures occasions ; et cependant, décidé à demander une économie sur n'importe quoi, il est monté à la tribune et a déclaré à la face de la France que les animaux du Jardin des Plantes mangeaient trop.
Il a demandé positivement qu'on les fit empailler, par économie, — attendu que c'est une dépense une fois faite. Dans sa farouche indépendance, H^ Auguis a déjà bien des fois attaqué l'existence d'autres hôtes du Jardin des Plantes, et on n'a pas oublié ses violentes philippiques contre les singes et contre leur palais.
JJlfifÇ^ Voici le dénombrement des partis qui existent en Espagne : parti libéral, — parti carliste, —parti exalté, — modéré, — progressiste, — rétrograde, — monarchiste, — républicain, — catholique, — fanatique, — sanguinaire, — constitutionnel soi-disant, — unitaire, — trinitaire, — chaussé, — déchaussé, — absolutiste illustré, — absolutiste ténébreux, — etc.
Il faut y joindre encore le parti des apothicaires ; car, dans la Chambre des députés de Madrid, sur deux cent quarante membres, on compte quatorze pharmaciens.
JH^ Je suppose que vous avez un frère illustre par ses vertus, par ses talents, — ou sans qu'on sache pourquoi. «- Comme beaucoup d'autres, — ce frère s'appelle François Tartempiou. Vous vous nommez Alfred ou Edgard Tartempiou.
Vous vous présentez ou l'on vous présente dans une maison.
On annonce H. Tartempiou. A ce nom européen de Tartempiou, tout le monde se retourne; — le quadrille commencé s'arrête; un beau danseur manque son cavalier seuL — On murmure le nom de Tartempiou. « Ah ! Tartempiou vient ici ? » a 11.
Les femmes jettent un regard de côté dans une glace. Mais un monsieur dit :
— Ce n'est pas là Tartempiou. Je le connais beaucoup^ — — J'ai dîné avec lui avant-hier. — On a cependant annoncé M. Tartempiou.
— Oui, mais c'est son frère !
— Ah ! ce n'est que son frère ?
— Ce n'est rien, c'est son frère.
Et tout le monde est déjà mal disposé pour vous. — Il semble que vous les avez attrapés. — Ils vous siffleraient volontiers.
Jj^ Le public est irrité comme celui d'un théâtre de province sur les portes duquel on avait affiché : <( La Dame blanche, opéra en trois actes ; paroles de M. Scribe, musique de Boieldieu. d
On entre en foule. On lève le rideau. Un acteur s'avance et dit : « Que les cors se fassent entendre ! Chez les montagnards écossais on donne volontiers l'hospitalité. »
Un peu après, un autre personnage dit : a C'est réellement un état fort agréable que l'état militaire. »
— Ah çà î dit un spectateur qui avait entendu la pièce à Paris, il y avait des couplets : « Ah ! quel plaisir î ah î quel plaisir d'être soldat ! »
La remarque circule ; on siffle, on crie, on hurle» on demande le régisseur. Le régisseur s'avance, fait ses trois saints et dit :
— Que veulent ces messieurs?
— La musique !
— Pardon, vous n'avez pas lu l'affiche; elle porte ceci, en caractères un peu fins, il est vrai : « Un dialogue vif et spirituel remplacera la musique, qui nuit à l'action. »
i^ Le public du salon où vous entrez est trompé : il croyait avoir un personnage illustre, et ce n'est que son nom, ce n'est que vous.
Un peu décontenancé d'abord, vous vous remettez cependant bientôt ; vous invitez une femme à danser, vous dansez de votre mieux ; elle vous dit :