‹ Les GuêpesChapitre 1 sur 6 · Les Guêpes · texte numérisé non relu

Les Guêpes

Deuil et fêtes un peu trop môles. — Les récompenses de la yertu et les récompenses du vice. ^ Une-grande révélation sur M. Eugène Sue.

— Espartero considéré comme abonné. — Les morts payent l'amende.

— H. le préfet de police et les affiches. — L'œillet bleu. •— Un savant.

— On sait enfin à quoi s'en tenir sur les dents des musaraignes. — Les journaux et les épiciers.— Un aubergiste de Trouville et M. Âncelot.

— Un journal légitimiste, gastronomique et religieux

j^ AOUT. — Le gouvernement et Topposition n'étaient pas tout à fait d'accord sur la célébration de l'anniversaire de la révolution de Juillet.

Le gouvernement voyait dans cette fête — des réjouissances à cause de son heureux avènement de 1830.

L'opposition y voyait, au contraire, des réjouissances à cause d*ttn roi qu'on avait chassé et toutes sortes d'encouragements à chasser son successeur.

Naturellement le gouvernement actuel devait faire tous ses efforts pour faire tomber en désuétude ces anniversaires dangereux. — Il y a longtemps que les Guêpes l'ont prédit. Il /est

â LES GUEPES.

naturel â l'homme de vouloir renverser l'échelle après qu'il est monté, et un gouvernemeni; se compose d'hommes.

Mais je ne sais si je ne moatre pas, — aux yeux de certaines personnes, — une sorte de probité niaise — en disant que je ne puis m'empôcher de désapprouver hautement — les prétextes dont on s'est servi pour supprimer \m £$t06 de Juillet.

^^ Le mensonge est une chose odieuse et lâche, — et je ne vois pas qu'il soit une chose moins odieuse et moins lâche parce qu'il part de personnages plus haut placés. — Je suis précisément d'une opinion contraire.

On a pris pour prétexte l'anniversaire si proche — de la mort déplorable du malheureux duc d'Orléans ; — et les journaux ministériels, — tout en entassant les doléances hypocrites sur ce sujet, — remplissent en môme temps leurs colonnes du récit pompeux des fêtes données et reçues dans je ne sais combien de villes de France.

À Caen, — grand bal où, dansent le duc et la duchesse de Nemours ; à Tulle, dîners, bals et fêtes où paraît le due de Montpensier, etc., etc.

Deuil, — larmes, — regrets, â la première colonne des journaux du gouvernement.

Joie, — fête, musique, parure, — bal, â la troisième colonne des mêmes journaux.

C'est un mensonge, — c'est une maladresse ; et puis encore il y a quelque chose qui répugne au cœur d'exploiter ainsi la perte de ceux qu'on a aimés.

^^ Je ferai plaisir k ceux de mes amis connus et inconnus qui ont, il y a quelcjues années, répondu à l'appel des Guêpes ei| venant généreusement au secours de nos autres amis les pêcheurs d'Étretat, — en leur donnant cet extrait de la liste des gratifications offertes par le préfet de la Seine-Inférieure aux auteurs d'actes de courageux dévouement :

.Jean Beaufils, marin, âÉtretat ; — Frédéric Maillard, marin^

AOUT 1843. â

à Étretat; — Pierre David, marin, à Étretat ; — Pierre Martin fils, tisserand, à Étretat; — Jean Coquin, marin, à Étretat;

— François Argentin, à Etretat; — François Valin, marin, i Étretat. — Vous voyez comme ce sont de braves gens, — et comme nous serons heureux d'aller leur serrer la main — quand L. Gâtâmes — va être auprès de moi.

J*ai dit qu'on leur avait offert des gratifications, — je me suis trompé; — les journaux officiels disent accorder, — C'est une inconvenance que j'ai déjà eu occasion de signaler en d'autres circonstances. On a bien plus d'égards — quand il s'agit de payer des services honteux. — Il est vrai qu'on paye bien plus cher. — On a donné vingt francs à chacun de ces braves gens.

— L'administration me semble prendre un peu trop à la lettre cette phrase de vieille morale égoïste : « que c'est dans son cœur que l'homme vertueux trouve sa récompense. » — L'argent est réservé pour les gens qui vendent eux et les autres ;

— ces pauvres gens ne pouvant trouver aucune récompense dans leur cœur, — il faut leur en donner une autre.

^^ Le fameux roman d'Eugène Sue, — les Mystères de Paris, a un grand tort, — un tort qu'on ne peut lui pardonner : c'est son succès. — Je n'en ai lu que quelques passages, — mais je n'ai pas encore découvert la profonde immoralité qu'on lui pardonnerait si facilement, si le livre avait passé obscur et sans éclat,

Je veux aussi avoir quelques succès ce mois-ci, et j'ai trouve un bon moyen, — je vais fournir un argument et une arme â l'envie furieuse ; voici ce que j'ai découvert sur le père ée M. Eugène Sue.

J'aimerais mieux que ma découverte tombât sur le fils*, — on dit, il est vrai, — qu'il boit dans un crâne de jeune fille, — qu'il est prévôt dans l'art de la savate, etc.; mais je n'ai pas, â ce sujet, de preuve bien positive.

Faute de mieux, j'ai trouvé bien.

i LES GUÊPES.

Dans un livre imprimé en 1775, — un gros livre ma foi, — un livre in-folio , recouvert en veau , dont voici le titre : Dictionnaire raisonné universel d'Histoire naturelle; — et fait par qui? par M. Valmont de Boniare, démonstrateur d'histoire naturelle avoué du gouvernement, censeur royal, directeur des cabinets d'histoire naturelle, de physique, etc. , de S. A. S. monseigneur le prince de Condé, honoraire de la Société économique de Berne, membre des Académies impériale des Curieux de la nature, impériale et royale "des sciences de Bruxelles; associé régnicole de l'Académie des sciences, belles-lettres et beauxarts de Rouen ; des Sociétés royales des sciences de Montpellier, littéraires de Caen, de laRjochelle, etc., d'agriculture de Paris; maître en pharmacie; rien que cela! — dans ce livre, dis*je, — tome IV, — page 701, voici ce qu'on peut lire; — l'ouvrage est dans toutes les bibliothèques publiques : « M. Sue, — célèbre chirurgien de Paris, — a donné au cabinet du 'roi une paire de pantoufles faite avec de la peau humaine, tannée comme celle des quadrupèdes. »

^i^ Ah ! vous êtes bien le sang d'Atrée et de Thyeste. Vous ne démentez pas une race funeste. — Que pouvait-on attendre d'un homme dont le père avait de pareilles pantoufles .^^ Les mystères de Paris : rien de plus, — rien de moins.

Ah! — Eugène Sue, — mon cher ami, — vous avez besoin, pour qu'on vous pardonne tout cela, — de faire bien vite un livre qui n'ait aucun succès; — pensez-y sérieusement. — A moins toutefois que ces ridicules colères ne vous soient parfaitement égales — ou ne vous amusent un peu. -— Voyez, — c'est à vous de choisir, — et vous êtes bien capable de prendre le dernier parti. — Parbleu ! — un homme dont le père marchait dans les pieds d'âutrui.

j^ Le National, journal appartenant aux promesses d'une révolution future, -^ le Globe, appartenant aux tendresses présentes du gouvernement actuel» r- avaient accepté la tâche

difficile de soutenir le Napoléon de comédie qui gouvernait l'Es*" pagne. ,

^^ Le Glohe, quoique ses patrons fussent pour la reine Christine; -r- le National^ quoique Esparlero fît volontiers mitrailler le peuple.

Ces deux journaux, — si peu d*accord sur tous les autres points, — avaient sur celui-là une touchante unanimité. Cela a donné lieu à des calomnies contre eux; — on a prétendu qu^Espartero était également abonné aux deux feuilles. — - Allons, il est heureux pour Thistoire de la gloire humaine qu*Espartéro soit tombé aussi honteusement, — embarrassé dans la peau de lion dont il s'était imprudemment affublé.

Si un homme qui répétait mot pour mot dans les assemblées des Certes les discours de Napoléon imprimés au Moniteur; — si un homme qui avait eu la sottise insolente de s'appeler duc de la Victoire, — était resté debout, — la gloire humaine était à jamais déshonorée, — et personne n'en eût plus voulu pour rien.

1^^ Un jugement définitif — vient de déclarer que, dans la catastrophe du 8 mai, — ce sont les morts et les blessés qui ont eu tort.

M. Appiau, entre autres, qui a eu un fils tué, un autre défiguré, — qui, lui-môme, a été dangereusement blessé, — a été condamné aux dépens, — ainsi que tous les autres blessés demandeurs. — Jamais gens plus cruellement battus — n'ont payé l'amende. — Les morts, par grâce spéciale, — n'auront aucune indemnité, à payer à l'administration des chemins de fer. — On a sans doute, — dans cette indulgence que quelques personnes trouvent exagérée, — pris en considération qu'ils ne recommenceront pas.

4^ Il est donc décidé que les malheurs de ce genre peuvent arriver à chaque instant, qu il n'y a de la faute de personne, — qu'il faut s'y attendre et s'y accoutumer tout doucement. En

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attendant, quelques personnes ne s'y accoutument pas. >— Le roi voulait faire un trajet en chemin de fer, le^ ministres s'y sont opposés. Jusque-là, rien de mieux ; mais il n'est ni fort adroit, ni fort obligeant pour l'administration, ni fort aimable pour les gens qu'on y expose, — d'avoir fait proclamer dans les journaux ministériels cetle opposition à la promenade royale.

^^ L'Académie a couronné les Glanes de mademoiselle Bertiu, ce recueil dont les Guêpes les premières ont cité de si charmants vers.

^^ Je dénonce à M. le préfet de police de la ville de Paris

— des affiches peintes et immuables, ignoblement drduriéres, dont on a orné depuis six semaines les murailles et les maisons de la ville de Paris et de la banlieue.

M. Delessert aurait dû déjà les voir; ^ lui qui aime tant à se promener à cheval dans les rues, — se trouve précisément ainsi à la hauteur la plus favorable pour n'en perdre aucuns détails. — Us sont tels, que je ne puis les donner dans les Guêpes;

— je me contenterai de dire à M. le préfet de police qu'il les trouvera notamment aux places qui suivent :

A droite et â gauche en entrant dans la rue de Matignon ; — â gauche, au bout de la rue Rousselet; — sur le mur qui fait le eoin de la rue Montaigne et du Faubourg*Saint-Uonoré, etc. , etc.

M. le préfet me permettra d'ajouter qu'il est honteux que l'administration ferme les yeux sur de pareilles immondices, — dont son devoir est de nettoyer Paris aussi bien que de la boue des rues.

^^ Je prie — M. Ragonot, — l'intelligent horticulteur,

— de vouloir bien m'envoyer Y œillet hleu que Janin, dans un de ses derniers feuilletons, raconte avoir vu chez lui, — à moins que cet œillet bleu ne soit destiné au jardin mystérieux où M. de Balzac a déjà planté son azalée qui grimpe.

e^ On lit dans tous les journaux :

c Dans la dernière séance de FAcadémie. des sdenees, —

M. Davernoy a ]a un deuxième supplément à son'Mémoire sur les dents des musaraignes. »

Félicitons la France du nouveau jour qui paraît devoir briller sur cette importante question. Nous regrettons seulement que les journaux n'entrent pas dans plus de détails, — et ne nous disent pas si M. Duvernoy a joint à ses considérations comme savant quelques autres considérations inspirées par la pitié, — 6*il a réussi à guérir les maux de dents chez ces animaux.

^^ De par M. le procureur général et M. le préfet de po^ lice, -- il vient d'être défendu aux épiciers et autres habitants de distribuer et vendre à l'avenir des journaux comme ils le fai« saient depuis quelque temps. Nous sommes heureux de pouvoir fournir à MM. les directeurs de ces journaux, et en même temps â MM. les épiciers, uii moyen sûr d'éluder Topposition du parquet et de la préfecture : — ils n'ont pour cela qu'à faire servir chaque journal d'enveloppe à quelque denrée, — à un demiquarterôn de fromage de Gruyère ou débourre salé,— ce â quoi il n'y aurait aucun moyen de s'opposer. Ils subviendront â cette augmentation dans les dépenses de la rédaction par une légère augmentation dans leurs prix,. — augmentation qui, par le fait, ne coûtera rien â leurs abonnés, qui seront agréablement indemnisés par le beurre et le fromage — y inclus.

^^ Voici une carte que l'on distribue au Havre :

fiftTEI. DB l'AGNÉAU D'OR, A T&OUVlIJUB>

Tenu par David^

Propriétaire dudit hôtel — et adjoint au maire de la commune de Trouville.

'Voic^ un piquant usage de l'autorité municipale; — M. Fadjoint peut marier ses pratiques au dessert.

^^ Il est triste que l'exemple de cet abus ait été donné par M. Ancelot,— qui fait imprimer tous les Jours dans les journaux :

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